‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 162 sur 229 · SAINTE MARCELLINE, VIERGE · texte numérisé non relu

SAINTE MARCELLINE, VIERGE

Marcelline aurait pu, comme beaucoup d’autres le faisaient à cette époque, vivre dans la piété et la virginité, avec les habits du siècle; néanmoins, plus généreuse, plus savante dans les voies de la perfection, elle -quitia le monde et reçut publiquement le voile, le jour de Noël de l’an 352, des mains du pape Libère.

La cérémonie se fit dans l’église de Saint-Pierre, en présence d’une grande multitude de peuple. Le Pape l’exhorta à s'attacher fortement à Jésus-Christ qu’elle choisissait pour époux, à vivre dans la pratique perpétuelle de l’abstinence, de la mortification, du silence, de la prière, et à témoigner toujours dans l’église les vifs sentiments de respect dont elle devait être pénétrée. Il lui cita l'exemple de ce page d'Alexandre le Grand, qui, pour ne pas troubler la solennité d’un sacrifice païen, aima mieux se laisser brûler la main jusqu’à l’os que de secouer de la cire fondue qui était tombée dessus.

Saint Ambroise, qui nous a conservé ce discours, ajoute qu’il était audessous de ce que pratiquait Marcelline. Elle ne se contentait pas de jeûner tous les jours jusqu’au soir, mais elle passait encore plusieurs jours sans manger, et lorsqu'on voulait lui persuader de quitter les saintes lectures qu’elle faisait, pour venir prendre quelque nourriture, elle répondait ce que le Sauveur avait répondu au tentateur : « Que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Ce saint Docteur nous apprend encore que, quand elle était obligée de prendre quelque aliment, elle choïsissait les choses les plus communes et les moins délicates, afin que, ne trouvant rien qui püût flatter son goût, le jeûne lui en devint plus agréable. Il ajoute qu’elle ne buvait jamais que de l’eau, qu’elle ne prenait son repos que quand elle se trouvait accablée par le sommeil, qu’elle employait ses veilles à lire et à faire oraison, et que ses prières étaient ordinairement accompagnées de ses larmes.

Saint Ambroise, craignant que ces austérités extraordinaires fissent disparaître trop tôt de la terre ce beau modèle des vierges chrétiennes, ce cher objet de sa pieuse affection, la pria de modérer son zèle; il lui disait que, s'étant consacrée publiquement à son Dieu, elle devait servir de modèle aux autres; que, pour cela, il fallait leur présenter des exemples imitables. -

Notre Sainte me vivait point, comme le font aujourd’hui les vierges qui ont pris le voile, dans une communauté, mais dans une maison particulière avec la compagne dont nous ayons parlé. Quand son frère saint Ambroise fut nommé archevêque de Milan, elle eut sans doute la pensée d’aller habiter avec lui, afin de profiter de ses leçons et de ses exemples. Mais des raisons supérieures la firent résister à ce désir. Elle s’en dédommagea par un commerce fréquent de lettres; on n’a qu’à ouvrir les écrits de saint Ambroise, et l’on jugera, par les lettres qu’il écrit à sa sœur Marcelline, quelle était l’estime qu’il en concevait. Il ne fait point difficulté de l’appeler Sainte en plusieurs endroits, et, sachant quelle était sa pénétration et l'intérêt qu’elle portait à la cause de l'Eglise, notre saint prélat se fait un plaisir, en lui écrivant, de lui rendre compte des combats qui lui étaient livrés de la part des hérétiques, et des victoires qu’il remportait sur les Ariens; de son côté, cette pieuse sœur sollicitait avec ardeur ce grand évêque de lui apprendre les heureux succès qui arrivaient à son Eglise, pour en rendre gloire à Dieu; ou les adversités et Les disgrâces pour prier le ciel de les détourner ou de les modérer, Saint Ambroise avait tant de confiance-au jugement de sa sœur, qu’il lui envoyait même la copie des sermons qu’il avait

prononcés en public, pour qu'ils lui servissent à elle-même et qu’elle lui dît ce qu’elle en pensait.

Quand mourut leur frère Satyre, qu’ils chérissaient tendrement pour ses excellentes qualités naturelles et pour l’insigne piété que tout le monde admirait en lui, saint Ambroise fit son oraison funèbre. Dans ce discours, après avoir exposé au peuple ce qu’il perdait en la mort de cet illustre frère, il dit à ses auditeurs « qu’il est vrai qu’il lui restait une sainte sœur, digne de toute vénération pour l'intégrité de sa conduite, qui se soutenait toujours également par la probité de ses mœurs, et dont les actions extérieures répondaient à la sainteté de sa vie cachée » : Superest soror sancta, integritate venerabilis, æqualis moribus, non impar officüs. Ces seules paroles sont un bel éloge de la vierge Marcelline. A la fin du discours funèbre, le saint docteur, après avoir apostrophé son cher frère Satyre, qu’il pleurait, et lui avoir témoigné la douleur qu’il concevait de sa mort, ajoute : « Que deviendra maintenant notre sainte sœur ? Il est vrai que la crainte d’offenser la divine Providence, qui a disposé de Satyre, l’oblige à modérer le chagrin qu’elle a de la perte d’un frère si cher; néanmoins, son amour de la piété lui fait regretter un frère dont les conseils lui étaient si utiles pour aimer Dieu ». Zicet fletum sermone suspendat, in oratione renovet. « On la voit », dit-il, « prosternée en terre, embrassant de tout son cœur le tombeau du défunt, accablée de lassitude, en proie à une sainte tristesse, passant les jours et les nuits dans la prière ». Et, comme si ce grand prélat voulait répondre à la pensée de ceux qui pourraient s’imaginer qu'une vierge aussi pieuse et aussi soumise aux ordres de Dieu ne devait pas répandre tant de larmes pour la mort d’un frère, il prononce cette belle sentence sur la fin de son discours : Flere in oratione virtutisest : « il est permis à une personne vertueuse de pleurer devant Dieu ».

Sainte Marcelline interrompait quelquefois sa vie solitaire en allant voir son frère Ambroise à Milan, soit pour conférer avec lui, touchant les moyens de parvenir à la plus haute perfection, ou pour lui rendre les services qu’il pouvait attendre d’une telle sœur.

Ayant appris, en l’année 378, qu’il était tourmenté par une cruelle et très-longue maladie, peu de temps après qu'il lui eut envoyé l'ouvrage qui a pour titre : De Virginibus, Marcelline fit un voyage de Rome à Milan, pour l'assister. On sait aussi qu’elle alla assister son frère Satyre dans sa dernière maladie. Elle entreprit encore un autre voyage par un motif de charité, au sujet d’une vierge chrétienne de Vérone, nommée Indicie, qui avait demeuré à Rome avec la même sainte Marcelline, et que l’on avait accusée et fait condamner devant l’évêque du lieu, par une sentence injuste, dont elle se trouvait obligée d’appeler au tribunal de saint Ambroise comme métropolitain. On sait peu de chose sur le reste de la vie de notre Sainte; on ne peut pas dire combien elle vécut après le dernier voyage qu’elle fit de Rome à Milan pour rendre service à la vierge dont nous venons de parler. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’elle survécut à ses deux frères, Satyre et saint Ambroise. Le jour de sa fête est marqué au 17 juillet dans le martyrologe romain.

il paraît qu’elle était allée se fixer à Milan et qu’elle y finit ses jours. Baronius assure qu’elle les termina à Rome; mais il est combattu sur ce point par les écrivains milanais et par plusieurs autres. Ce qui est certain, c’est qu’on voit son tombeau dans la basilique ambrosienne, avec sa statue en marbre blanc, et que ses reliques sont conservées dans cette église. Le martyrologe indique aussi Milan comme le lieu de la mort de cette Sainte.

On la représente : 4° avec une petite croix dans sa main, suivant l’usage grec qui caractérise ainsi les personnes consacrées à Dieu, et une vie occupée de méditation et de pénitence; 2° recevant le voile des mains du pape Libère.

Acta Sanctorum ; Godescard ; Baillet.

404, — Pape : Saint Innocent ler, — Empereurs romains : Arcadius et Honoriys.

Cruz, qua mundus crucifigitur, est paupertas spiritus ; cujus quatuor sunt brachia : contemptus gloriæ, pecuniæ, patriæ et parentelæ.

La croix sur laquelle le monde est crucifié, c'est la pauvreté d'esprit; elle a quatre bras, savoir : le mépris de la gloire, des richesses, de la patrie et de la famille.

S. Bonaventure, sup. Luc., ©. 28.

Nous ne pensons pas qu'il ÿ aït dans l’histoire ecclésiastique un exemple de renoncement aussi absolu, aussi pénible à la nature que celui d’Alexis. Ce saint naquit à Rome, après le milieu du 1v° siècle. Son père, nommé Euphémien, était un des principaux membres du sénat ; et sa mère, appelée Aglaïs, était une dame de grand mérite et dont la noblesse répondait à celle de son mari. Leurs biens étaient si grands , qu’ils n’avaient pas moins de trois mille esclaves, dont les unsles servaient à la ville, et les autres étaient dans leurs maisons de campagne, pour faire valoir les héritages qu'ils y possédaient. Dieu ne leur donnant point d’enfants, ils faisaient grande part de leurs richesses à toutes sortes de malheureux : on dressait tous les jours trois tables dans leur hôtel, où les veuves et les pupilles, les pèlerins et les pauvres, et enfin les malades étaient traités libéralement. Les religieux étrangers étaient aussi très-bien reçus par cet illustre patricien ; mais il les faisait ordinairement manger à sa table, ce qui l’obligeait de différer son diner jusqu’à l’heure de None, qui était l'heure de manger des religieux ; et s’il lui arrivait de se relâcher dans sa miséricorde envers les pauvres , il se prosternait la face contre terre, et disait à Dieu en soupirant : « Je ne suis pas digne, mon souverain Seigneur, d’être porté sur la terre que vous avez créée ».

Cependant Aglaïs, à qui sa stérilité faisait beaucoup de peine, pria instamment l’Auteur de tous les biens de lui donner un fils qui fût la consolation de son époux et le soutien de sa famille dans le temps de leur vieillesse. Ses vœux, accompagnés de tant d’aumônes, furent enfin exaucés : elle mit au monde un enfant à qui Euphémien fit donner au baptême le nom d’Alexis. Lorsqu'il fut en âge d'étudier, on lui fit apprendre la grammaire, la rhétorique et l’histoire ; il devint D orateur et fôrt savant dans les choses de l'antiquité. Il passa son enfance et les premières années de sa jeunesse dans l'étude ordinaire aux enfants de sa condition; et, comme il était sous la discipline d’un père et d’une mère qui faisaient de la religion leur affaire capitale, il se forma en même temps à la vertu et à tous les

exercices de la piété chrétienne. Ainsi, il promettait d’être, dans peu de temps, un des principaux ornements de l'empire, et on jetait déjà les yeux sur lui comme sur un jeune homme qui allait entrer dans les premières charges de l'Etat. Son père et sa mère pensèrent à lui trouver un bon parti, et le marièrent en effet à une fille fort riche, et qui était d’une famille impériale. La cérémonie se fit dans l’église de Saint-Boniface : vinrent ensuite des fêtes et des festins splendides. Mais Alexis, à qui Dieu donna des pensées bien plus élevées, et qui n'avait consenti à son mariage que par un profond respect pour tout ce que son père et sa mère souhaitaient de lui, bien loin d’être charmé des grâces de son épouse, ni de prendre plaisir à tous les divertissements du festin nuptial, soupirait continuellement au fond de son cœur après une solitude où il pût vivre dégagé du monde, et occupé de la connaissance et de l’amour de Dieu seul. Pendant que cette pensée rempiissait son esprit, Dieu lui inspira de quitter ce soir-là même la maison de son père, et tous les attraits qu’il y trouvait, et de s’en aller ‘en pèlerinage dans les lieux de dévotion les plus célèbres de l'Orient. Il entre dans la chambre de son épouse, et lui donne une bague et une ceinture enveloppée dans un taffetas d’écarlate, lui disant : « Gardez, je vous prie, ce présent, et Dieu sera entre vous et moi jusqu’à ce que sa volonté s’accomplisse ». Ensuite il passe dans son propre cabinet, prend de l'argent et des pierres précieuses, et, étant sorti secrètement du logis, sans que personne s’en aperçût, il s’en va au port, monte dans un vaisseau et fait voile vers Laodicée. De là, se faisant conduire à cheval, ilse rend à Edesse, ville de Mésopotamie, où était cette image sacrée de Notre-Seigneur, qui n'avait point été faite de la main des hommes, mais que lui-même avait envoyée pendant sa vie mortelle au prince Abagare, comme l’assure Eusèbe de Césarée, en son Histoire. Lorsqu'il y fut arrivé, il vendit ce qu’il avait de joyaux, et en donna le prix aux pauvres avec le reste de l'argent qu'il avait apporté : réduit lui-même à une extrême nécessité, il ne vécut plus que d’aumônes. Le lieu où on le trouvait ordinairement était le porche de l’église de Notre- Dame, où il s'occupait sans cesse à prier Dieu , à méditer les mystères de notre religion ét à contempler les grandeurs et les perfections de la Divinité. 11 n'avait point de plus grande joie que de se voir rebuté du monde, et regardé comme un homme de rien, un mendiant. Il était toujours mal vêtu à la manière des pauvres. Ses jeûnes et ses veilles étaient continuels : il prenait très-peu de nourriture et donnait aux autres les aumônes qu'il recevait.

xependant son père, sa mère et son épouse qu'il avait quittés sans leur dire adieu, . furent extrèmement surpris de ne plus le voir, surtout, lorsqu'après une attente et une recherche de quelques jours dans Rome et aux environs, ils n'en apprirent aucune nouvelle. Ils envoyèrent au plus tôt lèurs serviteurs dans presque tous les endroits du monde pour s'informer de ce qu’il était devenu, ctil y en eut même quile suivirent de si près qu’ils le rencontrèrent à Edesse, où il s'était retiré. I les reconnut, leur demanda l’aumône, et la reçut de leur main, bénissant Notre-Seigneur de cette humiliation ; mais ceux-ci ne le reconnurent pas, parce que ses abstinences, ses pleurs et son état négligé le rendaient méconnaissable. Ainsi ils furent contraints, comme tous les autres, de retourner à Rome sans avoir rien appris. Qui pourrait peindre quels furent en cette occasion la douleur, les gémissements du père, de la mère et de l’épouse de notre Saint ? « Que vous ai-je fait, Alexis ? » disait ce père dans l’amertume de son cœur, « que vous ai-je fait, mon fils, pour m'avoir ainsi abandonné et jeté dans le der-

nier excès de la tristesse? Ai-je agi avec vous comme ces pères barbares qui n’ont que de la rigueur et de la dureté pour leurs enfants? N’ai-je pas été pour vous le meilleur des pères? Tout ce que j'ai n’était-il pas à vous, et tous mes soins ne tendaient-ils pas à agrandir votre maison et à vous rendre un des plus glorieux et des plus riches seigneurs de l'empire ? Vous ai-je choisi une épouse indigne de vous ? n’est-ce pas le parti le plus avantageux qui fût dans Rome, et une fille avec laquelle vous pouviez vivre dans une joie innocente et qui n’eût jamais blessé votre conscience ? Pourquoi m'’avez-vous donc quitté dans un temps où vous receviez les plus grands témoignages de mon amour paternel? Mais il y a sans doute un mystère caché dans votre retraite : car vous êtes trop bon fils pour avoir voulu donner le moindre mécontentement à votre père ».

La mère vivait seule, renfermée dans sa chambre, où elle laissait à peine pénétrer un peu de lumière ; elle couchait sur la cendre et soupirait sans cesse vers le ciel ; elle disait : « Pourquoi, Seigneur, me l’avez-vous donné pour me l’ôter en un temps où j’en devais recevoir plus de satisfaction et de joie ? encore s’il était mort je me consolerais, parce que j'aurais espérance qu’il jouirait de votre divine présence ; mais qu’il soit vivant et que j'en sois privée, et que d’autres jouissent du bonheur de sa vue et de sa conversation, c’est ce qui fait ma plus grande douleur. Est-il possible, Alexis », ajoutait-elle, « que tes entrailles aient été de fer et de bronze en mon endroit, et que tu n’aies pas eu pitié d’une mère qui t'a désiré avec tant d’ardeur, qui t'a élevé avec tant de soin et qui t’a aimé plus qu'aucune mère n’a jamais aimé ses enfants ? Mais il faut qu’une cause supérieure l'ait emporté : car tu avais trop de tendresse pour me procurer de toi-même la peine et l’affliction où je suis plongée ». Enfin, la nouvelle épouse, qui ne voulut jamais abandonner sa belle-mère, ni accepter un autre époux, se plaignait plus que nulle autre, s’accusant d’être cause de l'éloignement de son Alexis. « Si ce n’est point pour moi », disait-elle, « que vous vous êtes absenté, pourquoi attendiez-vous, pour le faire, au soir de nos noces? que ne le faisiez-vous plus tôt ? Mais, puisque vous ne l’avez fait qu’au moment de notre union conjugale, il est clair que c’est que je n'étais pas digne de vous. Que ne le disiez-vous donc librement, et pourquoi m’avez-vous rendue cause de la désolation de votre famille ? Mais, quelque indigne que je sois de vous posséder, je vous garderai toute ma vie une foi inviolable, et je la passerai dans les larmes, comme une tourterelle délaissée ». Telles étaient les plaintes de cette famille désolée.

Quant à saint Alexis, lorsqu'il eut passé dix-sept ans sous ce porche de l'église Notre-Dame, l’image de cette glorieuse Mère de Dieu parla au trésorier de ce temple, et lui dit qu’il devait beaucoup considérer le pauvre qu'il voyait si souvent à sa porte, et lui donner même un honnête logement au dedans, parce qu’il était agréable à Dieu ; que le Saint-Esprit reposait sur lui, et que ses prières étaient très-considérées dans le ciel. Cette révélation ayant été connue, on fit réflexion sur l’humilité de ce mendiant, sa patience, son silence, son assiduité à la prière, sa charité envers les autres pauvres et toutes sortes d’autres vertus dont il donnait à tous moments de grands exemples : on commença à l’honorer et à le regarder comme un Saint ; le trésorier ne voulut plus qu’il demeurât dans ce vestibule, mais le pourvut d’un appartement dans l’église : c'était à qui lui fournirait les choses nécessaires à la vie.

Ces faveurs qui eussent arrêté tout autre en ce lieu, engagèrent Alexis à s’en retirer : comme il n’était sorti de la maison de ses parents que pour

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fuir l'honneur etse priver des commodités de la vie, il ne put rester dans un endroit où l’on ne voulait plus que rien lui manquât, et où son humilité n’était plus en sûreté. Il partit donc d’'Edesse, et s’'embarqua à Laodicée, dans le dessein d’aller à Tarse, dans l’église Saint-Paul, où il espérait n’être pas moins inconnu qu’il ne l'avait été dix-sept ans dans sa première retraite. Mais une tempête furieuse agita longtemps son vaisseau : ce qui lui fit faire un chemin presque incroyable ; il arriva enfin, par la conduite de Dieu, en Italie, et à la ville de Rome, qui devait être le plus glorieux théâtre de ses combats et de ses victoires. Alors il se sentit fortement porté par le Saint- Esprit, à séjourner dans la maison de ses parents, tout en restant inconnu, afin de combattre de plus près les sentiments les plus chers, de résister au spectacle le plus émouvant.

C'était là véritablement une conduite bien extraordinaire, et plus admirable qu'imitable, puisque, selon les voies communes, il n’est pas permis de s’exposer aux tentations et aux dangers, et qu'il faut fuir ce que l’on ne doit pas aimer; mais l’esprit de Dieu l’y avait préparé par une mort parfaite à lui-même, et par un si grand détachement de tout ce qui est créé, qu’il y était devenu comme insensible. Ainsi, après avoir visité les tombeaux des Apôtres et les autres saints lieux de la ville, où il implora le secours du ciel pour son dessein, il se mit sur le passage de son père et lui dit : « Je vous supplie, serviteur de Dieu, d'exercer votre charité en mon endroit, moi qui suis un pauvre homme destitué de tout secours; donnez-moi, s’il vous plaît, un abri en quelque coin de votre maison, et souffrez que j'y vive, avec vos serviteurs, des miettes qui tombent de votre table : je n’y serai nullement à charge, et Dieu, qui récompense les miséricordieux, versera sur vous ses bénédictions ; et si quelques-uns des vôtres sont absents et en voyage, il vous les fera revoir en bonne santé ». A ces paroles, Euphémien se souvint de son fils, qu’il croyait bien loin ; et, touché d’un mouvement de charité, il mena le pauvre à son hôtel et lui fit donner un petit endroit pour se retirer. Il commanda aussi à un de ses esclaves d’en avoir soin, lui promettant pour cela la liberté et de quoi vivre libre.

La vie de notre Saint, dans ce petit réduit, fut admirable : il continua d'y affliger son corps par des jeûnes et des veilles continuelles ; il ne mangeait presque point, et deux onces d’eau par jour faisaient toute sa boisson ; sa vie était de prier et de pleurer ; il passait les jours et les nuits à adorer Dieu et à contempler ses bontés ; il ne sortait que pour aller à l'église, et l’esclave à qui on l'avait confié déposa, après sa mort, qu’il ne manquait point de communier tous les dimanches. Sa patience était à chaque instant mise à l'épreuve par les nombreux esclaves de son père. Les uns lui donnaient des soufflets et des coups de pied, d’autres lui arrachaient la barbe et les cheveux, ceux-ci lui jetaient des lavures d’écuelles sur la tête, ceux-là lui faisaient des outrages encore plus sensibles, ce que Dieu permettait, pour consommer de plus en plus la vertu de son serviteur : et de fait, rien de tout cela ne put ébranler son courage, ni lui faire perdre le calme et la sérénité dont il jouissait au fond de son âme ; il se réjouissait, au contraire, d'être traité chez lui par ses propres esclaves, avec plus d’inhumanité qu'il ne l'aurait été dans l’état de la plus cruelle servitude, et il s’offrait tous les jours à Dieu pour porter de plus grands opprobres et des humiliations plus rudes et plus sensibles pour son amour et pour sa gloire.

Mais ce qui exerçait davantage sa patience, c'était la vue continuelle de son père, de sa mère et de son épouse. Il savait que la longueur du temps

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n'avait pas encore apaisé leur douleur; qu’ils souffraient toujours une grande peine de son absence prétendue ; qw’ils en pleuraient souvent trèsamèrement, peut-être même lui en parlaient-ils quelquefois. D’ailleurs, l'étude de la perfection, loin d’avoir éteint en lui l'amour naturel, l’avait au contraire beaucoup augmenté ; s’il avait autrefois aimé ses parents et celle que Dieu lui avait donnée pour femme, il les aimait alors bien plus parfaitement. Quelle force d'esprit, et quelle grandeur d’âme ne lui fallaitil pas pour se taire en face de ses serviteurs qui l’insultaient, de ses parents qui le pleuraient, de sa maison, de ses richesses qui l’invitaient à en jouir!

Siméon Métaphraste, rapporté par Surius, ne dit pas combien de temps dura une épreuve si difficile; mais Pierre de Natalibus, le martyrologe romain et les leçons de ce jour, disent qu’elle dura encore dix-sept ans,

Ainsi, notre Saint fut trente-quatre ans dans cette lutte contre luimême, qui demandait à chaque instant un effort héroïque. Mais enfin, Dieu, voulant glorifier son serviteur en ce monde et en l’autre, lui fit connaître que l'heure de sa mort approchait et lui ordonna de mettre par écrit qui il était, et ce qu'il avait fait depuis sa fuite. Il pria donc l’esclave qui le venait voir de lui apporter de quoi écrire ; obéissant à la voix de Dieu, il marqua distinctement sur le papier les particularités de sa naissance, de son éducation et de son mariage, avec les circonstances de son départ et les lieux où il avait été, et plia ce billet pour n’être vu qu'après sa mort. Cependant, un jour de dimanche, le pape Innocent I célébrait la messe dans l’église de Saint-Pierre, en présence de l’empereur Honorius et d’un grand nombre d’ecclésiastiques et de seigneurs ; on entendit une voix du milieu du sanctuaire, qui disait : « Venez à moi, vous tous qui êtes dans la peine et dans l’accablement, et je vous soulagerai ». Chacun, à cette parole, fut saisi d’admiration et de crainte, et, se prosternant la face contre terre, s'écria : « Seigneur, ayez pitié de nous! » Aussitôt on entendit une seconde voix qui venait de l’autel, et qui disait : « Cherchez l’homme de Dieu; il priera pour Rome, et le Seigneur lui sera propice ; au reste, il doit mourir vendredi prochain ». On se mit donc à la recherche de celui que cette voix avait marqué, mais on ne put le trouver, ni rien apprendre à son sujet. C’est pourquoi, le vendredi suivant, il s’amassa une foule considérable dans la même église, et le Pape même avec l’empereur s’y trouvèrent. Alors la même voix fut entendue, et elle déclara que c'était dans la maison d’Euphémien qu'il fallait chercher ce grand trésor.

Euphémien était présent auprès de l’empereur, comme un des seigneurs les plus considérables de Rome. Honorius se tourna donc vers lui, et lui dit :« Comment cachez-vous en votre maison un homme si chéri du ciel? » — « Je n’en ai point connaissance », dit Euphémien ; « cependant il faut aller voir qui il est ». Aïnsi, il prit les devants, afin de préparer toutes choses pour recevoir le Pape et l’empereur. Pendant que les choses se passaient ainsi dans l’église, saint Alexis, ayant mis son papier dans sa main, se coucha doucement sur son pauvre chevet, et, ayant le cœur tout embrasé d'amour et du désir de posséder son souverain bien, il s’endormit paisiblement en Notre-Seigneur, et les anges portèrent son âme dans le ciel, pour y recevoir la récompense de son humilité, de son dépouillement de toutes choses et de ses souffrances volontaires.

Euphémien étant arrivé à son logis, demanda s’il s’y était passé quelque chose de nouveau, et s’il y avait apparence que cet homme admirable que le ciel avait annoncé par trois fois y fût enfermé. Le serviteur auquel il avait donné la charge de notre Saint, lui dit que son pauvre venait de mou-

rir, et qu’il ne doutait nullement que ce ne fût lui dont l’ange du ciel avait parlé, parce qu’il avait mené pendant dix-sept ans une vie très-exemplaire ; et que, bien que les valets lui fissent mille outrages, il s’était maintenu dans une patience et une douceur incomparables, sans jamais se plaindre des mauvais traitements qu’il recevait. Euphémien voulut le voir, et alla à sa petite loge qui était sous un escalier. Le trouvant couché, et le visage couvert de son sac, il l’appela plusieurs fois ; mais il ne reçut point de réponse et n’entendit aucun mouvement. Il leva le sac quile couvrait et aperçut, d’un côté son visage tout éclatant et jetant des rayons de lumière, et de l'autre, sa main serrée et tenant un papier plié. La joie, étonnement, le respect et la crainte le saisirent en même temps; il voulut prendre le papier pour le lire avant la venue du Pape et du prince ; mais il ne put le tirer de sa main, Il alla au-devant de Sa Sainteté et de Sa Majesté impériale, et leur dit ce qu’il venait de découvrir. Ils ordonnèrent que le corps fût transporté, avec beaucoup de révérence, dans une chambre secrète, et qu’on le couchât au milieu sur un lit ; ensuite ils se mirent à genoux devant lui, et le prièrent instamment de ne point faire difficulté de lâcher le papier qu’il tenait dans sa main, afin qu’on connût son mérite et ce que Dieu voulait apprendre à l’empire par son moyen. Il le lâcha aussitôt, et, par ordre du Pape, Aétius, chancelier de la sainte Egjlise, le prit pour en faire publiquement la lecture. 11 se fit alors un grand silence, chacun désirant savoir quel était un homme si extraordinaire ; mais quand on apprit que c’était Alexis, qui, à la première nuit de ses noces, avait donné une bague et une ceinture à son épouse dans un taffetas d’écarlate et s’en était ensuite allé pour être toute sa vie pauvre et pèlerin dans le monde, il ne fut plus possible à Euphémien d’arrêter les transports de sa douleur. La présence du Pontife et de l’empereur ne l’empêcha point de s’arracher les cheveux, de jeter de grands soupirs, de se pencher sur le corps du mort et de le baigner de ses larmes. On l’entendit crier, dans la violence de sa douleur : « Ah! misérable, perdre ainsi mon fils au moment que je le trouve! Et pourquoi, Alexis, ne vous découvriezvous pas plus tôt à moi ? Pourquoi n’apaisiez-vous pas ma tristesse en me déclarant qui vous étiez ? C'était un fils vivant que je demandais, et non pas un fils mort ! Je vous souhaitais pour vous laisser héritier de mes biens, et non pas pour vous mettre en terre. Que me sert de vous avoir recouvré, s’il faut me priver éternellement de vous en vous cachant dans le sépulcre ? Ne valait-il pas mieux me laisser dans la peine, qui était accompagnée de quelque espérance, que de m'ôter toute espérance en me tirant de mon inquiétude ? »

La mère de notre Saint, qui n’était pas dans la chambre, ne fut pas longtemps sans apprendre ce qui se passait. Elle y accourut précipitamment, déchirant ses habits et versant des torrents de larmes. Elle eut de la peine à passer à travers la foule, mais elle fendit la presse, disant :« Laissezmoi voir mon espérance, laissez-moi embrasser l’objet de mes désirs et le sujet de ma douleur : permettez-moi d’arroser de mes larmes celui que je pleure comme absent depuis tant d'années ». S’étant approchée du saint corps, elle appuya son visage sur le sien sans pouvoir s’en séparer ; tantôt se plaignant de lui de ce qu’il l'avait quittée et de ce qu’à son retour il ne s'était pas fait connaître ; tantôt se plaignant d’elle-même de ce qu’elle n’avait pas reconnu celui qu’elle possédait et qui était devant ses yeux; tantôt déplorant son malheur de perdre son fils unique au moment où elle le trouvait.

L'épouse du Serviteur de Dieu ne fut pas plus modérée :« Est-il possible, mon seigneur », lui disait-elle en l’embrassant, « que l’amour conjugal

- mait point sollicité et pressé vos entrailles ? Est-il possible que vous m’ayez vue dix-sept ans sans me désirer un seul moment ? Que les richesses et les honneurs de votre maison ne vous aient point touché, je ne m’en étonne pas; mais que votre épouse désolée, que vous voyiez tous les jours, n’ait point amolli votre cœur, c’est ce qui passe toute imagination. Il faut donc que je commence à être veuve en vous trouvant, après avoir été tant d’années veuve en vous désirant ».

Ces mouvements passionnés faisaient connaître de plus en plus aux assistants la vertu inestimable d’Alexis, qui avait pu soutenir, pendant dix-sept ‘ans, des tendresses capables d’amollir des cœurs de fer et d'acier. Lorsqu'on eut donné quelque chose à la douleur de ces saintes femmes, le Pape et l’empereur commandèrent qu’au plus tôt le lit où était le saint corps fût mis en un lieu plus exposé, pour le faire voir à tout le monde. Mais la foule était si grande, qu'il fut longtemps impossible de le remuer. C'est qu’il commençait dès lors à faire de grands miracles, et que en le voyant seulement, on recevait la guérison des maladies dont on était affligé. Enfin, il fut arrêté qu’on le porterait solennellement en terre. Métaphraste dit'que ce fut dans l’église de Saint-Pierre ; mais le martyrologe romain, Mombritius, Pierre de Natalibus, et après eux, Baronius, nous apprennent que ce fut dans l’église de Saint-Boniface, qui était celle où il avait été marié.

On peut accorder ces deux sentiments en disant qu’on le porta d’abord en l’église de Saint-Pierre, où on lui rendit de grands honneurs, et qu’ensuite on le transporta dans celle de Saint-Boniface, qui devait être le lieu de son repos. Le Pape et l’empereur assistèrent à cette cérémonie et mirent même par respect la main au cercueil. Le père et la mère du Saint furent sept jours sans se pouvoir séparer de ses reliques. On fit aussitôt un tombeau magnifique, enrichi d’or et de pierres précieuses, où il fut déposé. Les miracles continuèrent de s’y faire en grand nombre. Il sortait de son sépulcre une huile merveilleuse, selon Métaphraste, et une très-agréable odeur, selon l’évêque Equilin, qui rendait la santé aux malades. Baronius, en l’année 1004, marque un miracle de saint Boniface et de saint Alexis, en faveur d’un religieux en proie à un mal pestilentiel. La maison d’Euphémien, qui était sur le mont Aventin, où, durant le paganisme, on voyait le temple d’Hercule le Vainqueur, fut dans la suite changée en une église sous lenom de Saint-Alexis. On y montre encore quelques degrés de l'escalier sous lequel cet admirable Saint a demeuré dix-sept ans, avec une image de la Vierge, que l’on dit être celle qui parla en sa faveur au trésorier de l’église d'Edesse.

Le martyrologe et le bréviaire romains mettent son décès au 47 juillet. On n’en faisait autrefois que mémoire ; mais le pape Urbain VIII à permis d’en faire l’office semi-double. Métaphraste, qui parle de lui au 417 mars, veut parler du jour où le saint corps fut mis dans le nouveau sépulcre. L'année de ce décès n’est pas tout à fait certaine. Ce ne fut pas au1v° siècle, comme dit Equilin, auquel Innocent n’était pas encore pape ; mais au commencement du v°.

On le représente tenant entre ses mains, après sa mort, un écrit qui le fitreconnaître. — Le légendaire vénitien le représente couché sous un escalier de la maison paternelle, où il passa ses dernières années comme un pauvre inconnu.— Il est quelquefois représenté avec une pèlerine, un bourdon et le chapeau orné d’une coquille,

Cf, Acta Sanctorum.

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SAINT ENNODE, ÉVÈQUE DE PAVIE, ET ÉCRIVAIN ECCLÉSIASTIQUE 524, — Pape : Hormisdas. — Roi de France : Childebert Ier,

Nihil est quod îita Deum exhilaret sicut conversio peccatorum et a peccato ad virtutem reversus.

Rien ne réjouit autant le cœur de Dieu que la conversion des pécheurs et leur retour du vice à la

vertu.

S. Joan. Chrys., kom. xxv sup. Genes.

Magnus-Félix-Ennodius descendait d’une illustre famille établie dans les Gaules et alliée aux plus grandes maisons qui florissaient de son temps. Il comptait parmi ses parents, Fustus, Boëce, Aviénus, Olybrius, et plusieurs autres personnes très-distinguées par leur naissance. Il donne à entendre qu’il naquit dans la ville d’Arles ; mais il passa ses premières années en Italie, et fut élevé à Milan, sous les yeux d’une deses tantes. Il s’engagea depuis dans l’état du mariage, et épousa une fille qui à la noblesse joignait des biens considérables. L’éloquence et la poésie furent l'occupation et l'amusement de sa jeunesse.

Malheureusement pour lui, l'amour du monde l’emporta ; oubliant ce qu'il devait à Dieu, il s’égara dans les voies corrompues du siècle. La grâce cependant ne cessait de le poursuivre ; les remords se firent sentir, et bientôt sa conversion fut entière. Pour la rendre solide et pour se consacrer plus spécialement au service de Dieu, il entra dans le clergé, du consentement de sa femme, qui de son côté résolut de vivre dans une continence perpétuelle, Comme il avait beaucoup de dévotion à saint Victor de Milan, il implora sa protection pour obtenir de Dieu la grâce de mener une vie sainte jusqu’à sa mort. C’est de lui-même que nous apprenons cette particularité.

Ayant été ordonné diacre par saint Epiphane, évêque de Pavie, il tourna toutes ses études du côté de la religion. Il fit l’apologie du pape Symmaque et celle du concile de ce souverain Pontife contre le schisme qui s'était élevé en faveur de Laurent. La haute idée que l’on avait de son mérite détermina à le choisir pour composer le panégyrique de Théodorie, roi d'Italie. Il s'acquitta supérieurement de cette commission, et donna au prince les louanges qu’il méritait pour lesuccès deses armes et pour ses victoires. On vit encore sortir de sa plume la vie de saint Epiphane de Pavie, qui mourut en 479, et qui eut Maxime pour successeur, ainsi que celle de saint Antoine de Lérins, qui est nommé dans le martyrologe romain sous le 26 décembre. Il écrivit aussi plusieurs lettres et divers ouvrages, tant en vers qu’en prose, qui sont parvenus jusqu’à nous.

Il nous apprend dans une de ses lettres, que, durant une maladie qui était ue comme incurable par les médecins, il avait eu recours à Dieu par l’intercession de saint Victor, et qu’à l'instant il avait recouvré une santé parfaite.

Ce fut vers l’an 510 qu’'Ennode succéda à Maxime sur le siége épiscopal de Pavie. Il se montra par sa conduite véritablement digne d'être le dis-

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