‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 17 sur 229 · CULTE ET RELIQUES. — ABBAYE DE BLANGY · texte numérisé non relu

CULTE ET RELIQUES. — ABBAYE DE BLANGY

L'abbaye de Blangy, fondée en 682 par sainte Berthe, continua, après sa mort, de se distinguer par une grande régularité. Vers la fin du 1xe siècle, elle donna une hospitalité généreuse aux religieux de Fontenelle, obligés de fuir devant les Normands. Puis, forcées elles-mêmes de se dérober par la fuite à la fureur de ces terribles hommes du nord, les religieuses de Blangy se retirèrent en Allemagne, où elles reçurent à leur tour l'hospitalité dans l’abbaye d'Herasten. Elles avaient emporté avec elles le plus précieux de leurs trésors, les reliques de sainte Berthe et de ses filles, et ces reliques avaient été glorifiées tout le long de la route par une suite non interrompue de miracles. Cependant les Normands détruisirent labbaye et les églises, et pendant un siècle cette demeure angélique fut transformée en désert. Au commencement du xie siècle, quelques prètres vinrent se fixer à Blangy ; deux d’entre eux, Albin et Ebroïn, se rendirent en Allemagne, en 1031, et rapportèrent les corps de sainte Berthe et de ses filles. En 1032, Roger, comte de Saint-Pol, fit venir des religieux de l’abbaye de Fécamp, lesquels, joints aux ecclésiastiques dont nous venons de parler, formèrent une communauté d'hommes qui commença à mener une vie sainte selon la Règle de Saint-Benoît. Cette abbaye de l'Ordre de Saint-Benoit exista jusqu’en 1794.

Vers le milieu du xvie siècle, les religieux furent obligés de porter les reliques de sainte Berthe et de ses filles à Saint-Omer, par crainte des soldats espagnols qui, en 4550, détruisirent de fond en comble les villes de Thérouanne et d'Hesdin. A Saint-Omer, les reliques passèrent en diverses mains, et furent retrouvées miraculeusement par une pieuse femme, qui en avertit l’abbé de Saint-Jean du Mont. Après avoir procédé, avec l'abbé de Blangy, à l'examen des ossements que contenait la châsse, et constaté leur authenticité, les précieuses reliques furent transportées processionnellement à Blangy. En 1606, Baudouin Lallemand, abbé de Blangy, fit placer les reliques dans une nouvelle châsse, en présence de Claude Dormy, évêque de Boulogne. En 1791, la châsse fat transportée de l'église du monastère à celle de la paroisse. Elle fut placée dans une niche pratiquée derrière le maître-autel.

Le 20 vendemiaire, an 111 de la République, l'administrateur du district de Montreuil, Prévost- Lebas, vint à Blangy à la tête d'une escouade de gendarmes, pour enlever la châsse et livrer les reliques aux flammes ; mais la nuit qui précédait le départ des reliques pour Montreuil, elles furent sauvées, au péril de leur vie, par le dévouement héroïque de trois habitants de Blangy, Barbier, Gilles-Joseph Desmons et Hannedouche, femme Terrier, qui allèrent les cacher entre le plancher et le plafond de l'une des salles de l’abbaye. C’est là qu’elles furent retrouvées plus tard. Enfin, elle furent transportées dans l'église paroissiale de Blangy, où elles sont maintenant encore, et placées au-dessus du maitre-autel où, par une ordonnance de Mgr de la Tour d'Auvergne, évèque d'Arras, en date du 6 août 1803, on les expose chaque année, depuis le 4 juin jusqu'au 42 juillet, à la vénération des fidèles. Quelques reliques de la Sainte ont été détachées du trésor de Blangy, par Mgr de la Tour d'Auvergne, en faveur de plusieurs églises du diocèse d'Amiens. ï

Légendaire de Morinie, par l'abbé Van Drival. — Cf. Vies des Saints des diocèses de Cambrai et d'Arras, par l'abbé Destombes; Vie de sainte Berthe, par Pierre Bion, des Pères de la Miséricorde.

SAINT UDALRIG OU ULRICG ‘, ÉVÈQUE D'AUGSBOURG

893-913. — Papes : Formose ; Benoit VI. — Empereurs d'Allemagne : Arnold ; Othon Ier,

Episcopatus dicitur status perfectionis activz, quia alios debet perfcere, scilicet subditos.

L'épiscopat est appelé l'état d'une perfection agissante, parce que l’évêque doit perfectionner les au tres, c'est-à-dire ceux qui sont confiés à sa charge.

Ca Saint Antonin.

Saint Udalric, que nous appelons aussi Ulric, naquit vers l’an 893. Il appartenait à la première noblesse de la vraie Allemagne, c’est-à-dire de la Souabe. Son père s’appelait Hubald et sa mère Thietberge. Il était si frêle et si chétif, qu'il serait mort si, sur l’avis d’un ecclésiastique inconnu, on ne l’eût sevré douze semaines après sa naissance. Sa santé se fortifia aussitôt et il devint un très-bel enfant.

Quand il fut en âge d’apprendre les lettres, on l’envoya à l’abbaye de Saint-Gall, école alors très-florissante et très-illustre, afin qu’il s’y formât à la vertu aussi bien qu'aux sciences humaïnes. Il gagna l’estime et l’amitié de tous les moines qui le pressaient vivement de prendre leur habit. Udalric consulta là-dessus sa directrice spirituelle, l’illustre vierge sainte Guiborat, qui vivait en recluse près de l’abbaye. Après avoir jeûné et prié, elle lui dit que la Providence ne le destinait pas à la vie monastique, mais à l’épiscopat, où il aurait beaucoup à travailler et à souffrir pour l'Eglise de Jésus-Christ. Notre Saint s’en retourna donc chez ses parents, l'esprit rempli de belles connaissances et le cœur embrasé des ardeurs de la charité. A son retour, ils le mirent auprès d’Adalbéron, évêque d’Augsbourg, qui le reçut avec beaucoup de bienveillance. Ce prélat, lorsqu'il eut connu l’érudition et le mérite de son disciple, le nomma, à l’âge de seize ans, camérier de son église : fonction qui consistait à distribuer les ornements et les habillements des clercs. Ensuite il l’éleva aux ordres sacrés et lui donna un canonicat dans sa cathédrale.

À cette époque (909), Udalric fit un voyage à Rome pour y visiter les tombeaux des saints Apôtres. Le Pape lui fit le plus favorable accueil, lui dit que Dieu lui avait révélé qu'Adalbéron, évêque d’Augsbourg, était mort, et qu'Udalric devait être son successeur. L’humble pèlerin évita cette dignité en alléguant au Pape sa jeunesse et son incapacité. Le Pape lui répondit que puisqu'il refusait cette charge maintenant, il serait obligé de l’accepter plus tard dans des circonstances bien plus difficiles. En effet, à son retour, après avoir passé une quinzaine d'années auprès de sa mère, devenue veuve, il fut obligé, à la mort d’Hiltin, successeur d’Adalbéron, d'occuper le siége épiscopal d’Augsbourg (924). Il trouva, selon la prédiction du Pape, la ville d’Augsbourg dans l’état le plus déplorable : les Hongrois et les Slavons l'avaient pillée depuis peu, brûlé la cathédrale, ruiné l’abbaye de Saint-Gall ; ils avaient aussi massacré sainte Guiborat que les Allemands honorent comme martyre. Le nouvel évêque fit bâtir à la hâte une église, en atten-

A. Udalricus, Waldricus.

dant un temple plus magnifique, pour rassembler le peuple. Il secourut, il consola son troupeau. Il se dispensa, dès qu’il le put, de suivre la cour impériale, selon que l’y obligeait sa qualité de seigneur temporel ; il chargea son neveu de le remplacer à l’armée, et se borna à ses fonctions spirituelles. Il se levait régulièrement à trois heures du matin pour assister à l'office avec ses chanoines, et il récitait ensuite d’autres prières. Au point du jour, il disait au chœur l'office des morts, avec Prime, et assistait à la grand’messe. Tierce finie, il offrait le saint sacrifice et ne sortait de l’église qu'après None ; il allait ensuite à l’hôpital pour y consoler les malades. Tous les jours il lavait les pieds à douze pauvres, auxquels il distribuaït d’abondantes aumônes. Le reste de la journée était employé à l'instruction, à la visite des malades, et à l’accomplissement des autres devoirs d’un pasteur vigilant. Il ne faisait qu’un seul repas, encore n’était-ce que le soir avant Complies. On servait pour les pauvres et pour les étrangers un plat auquel il ne touchait jamais. Il s’interdit l’usage du lin : il couchaït sur la paille, et ne prenait que quelques heures de repos. En Carême, il redoublait ses austérités, et donnait un temps encore plus considérable à ses pratiques de dévotion.

Chaque année, il tenait deux synodes et faisait la visite de son diocèse, sans être rebuté ni par la rigueur des saisons, ni par les difficultés des chemins, ni par les fréquentes irruptions des barbares. Il ne voyageait pas avec un train de prince, mais avec beaucoup de simplicité, escorté seulement des personnes qui lui étaient nécessaires pour instruire les fidèles, conférer le sacrement de confirmation et remplir les autres fonctions pastorales. Il] était infatigable, et souvent il restait à jeun jusqu’à la nuit à écouter les plaintes et les dépositions des plus vertueux de la paroisse qu'il visitait, à juger les causes des accusés, à terminer les différends, à remédier aux désordres dont on lui avait donné connaissance, à confirmer les fidèles, à leur prêcher la parole de Dieu et à les reprendre des vices auxquels ils étaient adonnés. Quelque pénible que soit la dédicace des temples et des chapelles, il ne refusait jamais de le faire, ni aux séculiers, ni aux réguliers; et, un jour, de pauvres gens l’étant venus prier de dédier un oratoire qu’ils s'étaient bâti dans un lieu désert, éloigné et d’un accès très-difficile, où nul autre évêque n’avait jamais voulu aller, il y alla sans différer.

Ses visites étant achevées, il assemblait ses prêtres et ses curés, soit dans les doyennés, soit dans sa ville métropolitaine où, deux fois par an, il tenait son synode. Là, il les reprenait avec un zèle généreux, mais accompagné d’une douceur toute paternelle, des défauts qu'il avait reconnus dans leur conduite. Il leur recommandait de s'acquitter dignement de leur ministère, d’instruire les peuples que Dieu avait confiés à leur vigilance, de les animer à la vertu par leur parole et par leurs exemples, de visiter les malades, de leur administrer soigneusement les Sacrements, et d'employer les dimes et les offrandes des fidèles à l’assistance des pauvres et au logement des pèlerins. Il leur défendait, entre autres choses, d’avoir des chiens et des oiseaux de chasse, d'assister aux festins des noces et des jeux publics, de nourrir des querelles et des procès, de vivre dans l’oisiveté, et, ce qui est plus considérable, de trafiquer des choses saintes par le crime détestable de la simonie, qui désolait alors l'Eglise.

On ne saurait croire le bien qu'il faisait dans son diocèse par cette sollicitude et par tant de saintes instructions. La ville et les bourgs changeaient de face ; les ecclésiastiques se réformaient, les laïques devenaient pieux, et on voyait partout combien il est avantageux à un troupeau d’avoir un bon

pasteur, et au peuple chrétien d’être gouverné par ün saint évêque. Il veillait aussi avec un grand zèle aux intérêts temporels de son peuple. Ainsi, il entoura de murs et fortifia la ville d’Augsbourg et quelques autres places de son diocèse; mais cette sûreté, cette paix, procurées avec tant de sollicitude, furent troublées par deux grandes guerres en Allemagne, où la ville d’Augsbourg et tout le pays d’alentour furent enveloppés. La première fut entre l’empereur Othon [*, dont nous avons déjà parlé, et le prince Ludoif, son fils, qui aima mieux armer contre son propre père, que de rendre à son oncle Henri, duc de Nuremberg, quelques térres qu’il lui avait usurpées. Comme saint Udalric, dans ce grand démêlé, demeura toujours fidèle à Pempereur, Arnould, comte palatin, qui tenait pour Ludolf profitant du moment où notre Saint était allé conduire des troupes au camp impérial, entra dans Augsbourg, en ruina les forüfications en pilla les églises et les maisons des particuliers, et en enleva un grand butin. Cette désolation fut très-sensible au saint Prélat, d’autant plus que le vainqueur n’avait pas épargné les vases sacrés, et avait dépouillé sa cathédrale de tous ses ornements. Il revint en diligence à Augsbourg, qu Arnould avait abandonné ; mais, trouvant la ville sans défense, il n’y demeura qu’un jour, et fut contraint de se retirer dans le château de Méchingen, qui était de son domaine, et de s’y fortifier. Arnould, en étant informé, eut la témérité de l’y venir assiéger ; mais Dieu, qui n’avait permis cette tempête que pour éprouver ou exercer sa patience, fit paraître, par des événements admirables, qu’il était sous sa singulière protection. L'armée d’Arnould fut défa'te et taillée en pièces par une petite troupe de soldats que Thibault, frère de notre Saint, amassa précipitamment et sans nul préparatif de guerre. Dieu punit limpiété de ceux qui avaient pillé la cathédrale. L’un fut possédé du démon, un autre perdit la raison, un troisième fut tué par le cheval qu’il avait acheté du prix de son larcin. Arnould lui-même, étant allé investir Ratisbonne, y fut tué à la première sortie des assiégés. Cependant Udalric, qui n’avait point de fiel contre ceux dont il avait reçu du tort, s’employa si diligemment à réconcilier l’empereur avec son fils, qu’allant d’un camp à l’autre pour négocier cette grande affaire, il la termina enfin heureusement, et rendit par ce moyen la paix à toute l'Allemagne, l’an 954.

Mais cette tranquillité publique ne dura guère : l’année suivante, les Hongrois, qui alors étaient encore un peuple barbare et idolâtre, se jetèrent en si grand nombre dans le pays des Noriques, depuis le Danube jusqu’à la forêt Noire, que personne ne se souvenait d’avoir jamais vu une armée si formidable. Ils pillèrent tout ce pays, brûlèrent la plupart des villes et des villages, avec les monastères et les églises, entre autres celle de Saint-Afre, et vinrent enfin mettre le siége devant Augsbourg. Le Saint y fit entrer bon nombre de soldats pour la défendre, mais sa principale confiance était en Dieu. Il fit faire des processions publiques, invita surtout les femmes à prier dans sa cathédrale, pria lui-même, les larmes aux yeux et le visage contre terre, s’offrit en victime à la justice de Dieu, pour détourner les fléaux de dessus son peuple ; enfin, ayant mis ses soldats dans les lieux où l’on craignait les plus fortes attaques, il allait lui-même les animer à bien faire, non pas le casque en tête et la cuirasse sur le corps, mais avec son habit d'église et son étole. Au premier assaut, un des chefs des barbares ayant été tué, les autres furent obligés de se retirer ; avant le second, le Saint dit la messe et communia une partie des assistants ; les Barbares n’osèrent presque approcher des murs, y voyant un trop grand nombre de défenseurs. Enfin, l'empereur Othon arriva, et, ayant livré bataille aux Hongrois, il rem-

porta sur eux une si glorieuse victoire, qu'il n’en demeura presque point qui pussent retourner en leur pays : les uns furent tués dans la mêlée; les autres, en s’enfuyant, furent massacrés par les paysans ou par ceux qui gardaient les passages ; ceux-ci furent noyés dans la Lys ou dans le Danube, dont on retira toutes les barques, et ceux-là moururent de leurs blessures, ou de faim et de misère. Après une si heureuse journée, l’empereur entra dans Augsbourg, où il témoigna hautement que c’était aux prières de notre Saint et à sa constance qu’il devait une si grande assistance du ciel. Ils en rendirent ensemble leurs actions de grâces au Tout-Puissant, et firent faire des prières publiques pour les chrétiens morts dans le combat. Thibault, frère d’Udalric, et un de ses neveux, nommé Raimbaud, étaient de ce nombre. Il alla lui-même chercher leurs corps parmi ceux des autres morts, et les enterra solennellement dans son église. Ensuite, il s’appliqua entièrement à réparer les ruines qu’une guerre si lamentable avait causées dans le pays. Il fit rebâtir l’église de Sainte-Afre, célèbre patronne d’Augsbourg, et eut même le bonheur de trouver le lieu où étaient ses reliques. Il fortifia de nouveau sa métropole, il y fit venir des vivres dont elle avait besoin; et, comme il savait que ses chanoines étaient dans une extrême pauvreté, parce que leurs fermes avaient été brûlées et que leurs terres étaient demeurées en friche, il les nourrit charitablement à sa table jusqu’à ce que leur bien produisit des revenus suffisants pour leur subsistance.

Toutes choses étant remises en meilleur état, il fit un second voyage à Rome (938) ; il y fut reçu avec beaucoup d’honneur par le prince Albéric, et on lui donna le chef de saint Abonde pour en enrichir son église. Il avait déjà obtenu du roi de Bourgogne , dix-huit ans auparavant, le corps d’un des martyrs de la légion Thébéenne, provenant de Saint-Maurice en Valais.

Le ciel, dont Udalric défendait partout les intérêts, lui accorda de grandes faveurs. Il avait des visions prophétiques. Il fut quelquefois assisté dans la célébration des saints mystères, par Adalbéron et Fortunat, deux saints évêques qui régnaient déjà avec Dieu dans le ciel. Ils l’assistaient surtout dans la bénédiction des saintes huiles le Jeudi Saint. Les huiles consacrées par Udalric avaient tant de vertu, qu’elles faisaient beaucoup de miracles. Plusieurs malades en furent guéris ; le Saint même, s’en étant fait oindre par un excellent religieux nommé Hiltin, dans une maladie dangereuse, recouvra subitement une parfaite santé. L’eau avait tant de respect pour lui que, traversant un gué où ses officiers furent mouillés jusqu’à la ceinture, lui seul ne le fut nullement. Ayant un jour trouvé le Tar débordé, sans espérance de le pouvoir passer, il fit dresser un autel sur le rivage et y célébra la messe, après quoi lui et tous ses gens le passèrent sans difficulté. Un bateau qui le portait sur le Danube, ayant donné contre un pieu, était près de couler à fond : tous ses gens se sauvèrent et le laissèrent seul dedans sans y faire réflexion, tant la peur les avait saisis; mais ce bateau n’enfonça que lorsqu'il en eût été tiré.

Ce grand Saint, voyant que la fin de ses jours approchait, souhaita de visiter encore, pour une troisième fois, les sépulcres des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul. Son grand âge ne l’empêcha pas de faire ce voyage avec allégresse (967). Le Pape, les cardinaux et les autres prélats qu’il trouva à Rome, étant bien informés de son mérite, lui donnèrent beaucoup de témoignages de vénération et d'amitié. Il y accomplit ses vœux, et y reçut aussi des faveurs extraordinaires du ciel par l’intercession du prince

des Apôtres. Ayant appris que l’empereur Othon et l’impératrice Adélaïde, son épouse, étaient à Ravenne, il s’y rendit pour les saluer. Othon lui fit l'honneur de venir au-devant de lui jusqu’à la porte de sa chambre, quoiqu’il ne fût encore chaussé que d’un pied. Adélaïde voulut aussi jouir, durant quelque temps, du bonheur de sa conversation, qui alluma dans son cœur un nouveau feu de l’amour divin. Notre saint vieillard profita de ces dispositions si bienveillantes : plein d’estime et d’affection pour l’abbé Adalbéron, son neveu, qu’il avait mis autrefois auprès de l’empereur, il pria ce prince de l’agréer pour évêque d’Augsbourg après sa mort, et de lui accorder la commende et l’administration, en sa place, de tout le temporel de l'évêché. L'empereur, qui pouvait disposer de la plupart des évêchés, lui accorda volontiers l’une et l’autre demande, d’autant plus qu’il était content des services que son neveu lui avait rendus : il lui fit encore présent d’une somme considérable de deniers pour les nécessités du diocèse. Aïnsi, le saint Prélat revint à Augsbourg, chargé d’honneurs, de consolations et de richesses.

Mais comme il avait agi trop humainement dans cette affaire, et qu’il avait même contrevenu aux saints canons, qui défendent aux évêques de se procurer des successeurs pour un temps où ils ne seront plus en vie, Dieu ne permit pas qu’il sortit de ce monde sans avoir été puni de cette faute. Ayant été mandé au concile d’Ingelheim, où l’empereur et son fils se trouvèrent, les prélats qui le composaient lui en firent la réprimande et obligèrent l'abbé Adalbéron de quitter les marques de la dignité épiscopale qu'il avait prises sur la simple parole du prince, contre la loi ecclésiastique. Ce même abbé, son neveu, mourut subitement en revenant de ce Concile, sans que saint Udalric, qui était dans la même maison, ait eu le temps de le secourir. Enfin, outre les pénitences qu’il s’imposa lui-même, pour satisfaire à la justice de Dieu, il en reçut encore d’autres punitions que nous ne savons pas, puisque son historien nous assure que, sortant un jour d’un profond sommeil où il avait eu une vision prophétique, il s’écria tout consterné : « Malheur à moi, malheur à moi d’avoir jamais conhu mon neveu Adalbéron ! car, pour m'être laissé aller à ses désirs, ces Saints ne veulent pas me recevoir en leur compagnie que je n’aie été puni très-sévèrement ». - On voit, par là, que les plus grands hommes ne sont pas exempts de pécher, et de suivre dans leurs actions les inclinations de la chair et du sang; mais que Dieu ne les laisse pas impunis, et qu’il les châtie avec d’autant plus de de rigueur, qu’ils étaient obligés de vivre avec un plus grand détachement des choses de la terre.

L’intention de saint Udalric avait été, en se déchargeant des soins de l’épiscopat, de se retirer dans une abbaye de l'Ordre de Saint-Benoît, dont il avait pris l’habit, afin de se préparer plus tranquillement à son heure dernière , qui ne pouvait pas être fort éloignée; ce qui montre bien qu’il n’avait péché que par inadvertance ; mais ce dessein n’ayant pas réussi, il reprit avec un nouveau zèle la conduite de son diocèse, l’instruction de son peuple et l'application à la réforme de son clergé et des monastères qui étaient à sa charge. Il demanda à l’empereur l’abbaye d’Ortembourg, que son neveu avait eue en commende, et la remit à l’élection des religieux, qu'il fit faire en sa présence, afin qu’elle tombât sur une personne capable de rétablir dans ce lieu la vigueur de l’observance régulière. Il disait tous les jours la messe, priait Dieu continuellement, ne mangeait presque . point et prenait très-peu de repos. Enfin, Notre-Seigneur lui fit connaître le temps où il voulait l'appeler à lui. Etant tombé malade, il fit distribuer à

ses ecclésiastiques et aux nécessiteux tout ce qu'il avait de meubles, excenté son lit, avec une tapisserie et un service de table qu'il laissait à ses successeurs. Le jour de la Saint-Jean-Baptiste, se trouvant fortifié par une apparition céleste, il alla dire deux messes à l’église de ce saint Précurseur, qu’il avait fait bâtir ; ensuite, sa faiblesse lui ayant repris, il fallut le remettre au lit ; il y demeura encore plusieurs jours, durant lesquels il eut toujours l’esprit etle cœur élevés vers le ciel. Enfin, le sixième jour de l’octave de saint Pierre, ayant fait mettre de la cendre sur son plancher en forme de croix, et l'ayant fait asperger d’eau bénite, il se fit coucher dessus, et y rendit son esprit à Dieu, le 4 juillet 973, par un doux assoupissement, qui fut pour lui un heureux passage à la gloire éternelle. Son corps, qu’on dépouilla pour le laver, exhala une odeur si agréable, que toute la chambre en fut parfumée. Il fut enterré, avec une solennité extraordinaire, dans l’église de Sainte-Afre, par saint Volfgang, évêque de Ratisbonne, qui vint exprès à Augsbourg pour lui rendre ce dernier devoir.

On ne peut croire le nombre et l'excellence des miracles qui se firent depuis à son tombeau. Les aveugles, les boiteux, tous les infirmes y étaient guéris, et les possédés délivrés de la tyrannie du malin esprit. C’est ce qui porta le pape Jean XV, l’an 993, vingt ans seulement après son décès, à faire le décret de sa canonisation. L’an 1183, ses saintes dépouilles furent trouvées dans un caveau de l’église abbatiale dite de Saint-Ulric et de Sainte- Afre, où elles avaient été déposées, et on les transféra en un lieu plus honorable. Saint Udalric fonda le monastère de Saint-Etienne, pour des religieuses de l’Ordre de Saint-Benoît. C’est aujourd’hui un chapitre de chanoinesses séculières. La mémoire de ce saint évêque est en grande vénération dans la portion de la Lorraine confinant à l’Alsace. Il existe, non loin de la ville de Sarrebourg, une chapelle depuis longtemps élevée en son honneur, dans laquelle on conserve de ses reliques et qui est le but d’un pèlerinage fréquenté.

On représente saint Ulric : 1° apercevant dans une vision saint Simper, son prédécesseur sur le siége d’Augsbourg, qui se plaint à notre pieux évêque de ce que son tombeau demeure exposé aux injures de l’air, depuis que les barbares ont brûlé l’église Sainte-Afre d’Augsbourg où il reposait auparavant : il le supplie d’ensevelir de nouveau son corps dans un lieu honorable, ce qui fut fait ; 2° en costume d’évêque, recevant de la main d’un ange la croix qui doit guider l’armée allemande aux prises avec les Hongrois : c’est une allusion à la bataille de Lech où les troupes d’Othon, que saint Ulric accompagnait durant le combat, taillèrent en pièces les Barbares qui nenaçaient de ruiner la ville épiscopale. Les Bollandistes rapportent que :ette croix d’or s’est conservée, en souvenir de cette miraculeuse victoire, dans les abbayes de Sainte-Afre et de Saint-Ulric ; 3° à cheval, cette même croix à la main, séparant les armées d’Othon et deson fils Ludolf, prêts à en venir aux mains ; 4° dans un groupe, avec sainte Afre, martyre, comme patrons de la ville d’Augsbourg ; 4° tenant un poisson à la main ou sur un livre : c’est une allusion au fait suivant. Il soupait un jeudi soir avec son ami saint Conrad, évêque de Constance : comme ils parlaient des choses de

‘Dieu, ils ne s’apercevaient pas de la longueur du temps. Or, voici qu’un envoyé du duc de Bavière, chargé d’un message pour Ulric, trouva les deux amis assis, le vendredi matin, devant une table servie en gras. Ulric, ne consultant que son bon cœur, prit un des plats qui se trouvaient devant lui et l’offrit au courrier pour l’indemniser de sa peine. Ce méchant homme n’y toucha pas, garda le mets, et courut raconter ce qu’il avait vu. Pour donner

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