SAINT FRÉDÉRIC, ÉVÉQUE D’UTRECHT, MARTYR
838. — Pape : Grégoire IV. — Empereur d'Occident : Louis Ier, le Débonnarre.
Cuncta sancti Evangelii præcepta crucem spirant, et ut cruz post Chrisltum portetur, invilant.
Tous les préceptes de l'Evangile respirent la croix, et ils invitent les hommes à la porter à la suite du Sauveur.
S. Petr. Dam., Opusc. 25, c. 2.
Saint Frédéric descendait d’une famille distinguée parmi les Frisons : on lit même dans sa vie qu’il était petit-fils de Radbod, qui gouvernait la Frise, en qualité de roi, avant que les Francs en eussent fait la conquête. Son enfance fut tout angélique : les jeux de cet âge n'avaient aucun charme pour lui ; il fréquentait Les églises et remplissait sa mémoire des instructions et des louanges de Dieu, qu'il y entendait ; il fuyait les mauvaises compagnies, et ne prenait plaisir qu’à converser avec les personnes de piété. Les premières teintures des lettres lui furent données par des religieux à qui sa mère le recommanda. Ensuite il fut mis, par révélation divine, sous la conduite de saint Ricfrid, évêque d’'Utrecht, qui en prit un soin tout parti- Culier, d'autant plus que Dieu lui fit connaître qu’il l’avait destiné pour gouverner son église après lui. Le saint jeune homme répondit admirablement à l’affection de ce digne prélat. Il ne sépara jamais l'étude de la vertu de celle des sciences. On le voyait toujours extrêmement fervent dans les exercices de dévotion, et, tout petit qu'il était, il avait un si grand zèle pour la maison de Dieu, que, lorsqu'il trouvait quelqu'un qui parlait ou riait dans l’église, il lui en faisait sur-le-champ une réprimande vigoureuse et salutaire. Il prenait aussi le soin d’instruire ceux qui devaient recevoir le baptème, afin que, lorsqu'ils diraient : « Je crois », ils ne fussent pas dans l'ignorance des mystères qu'ils feraient profession de croire. À mesure qu'il avançait en âge, il étendit plus loin sa charité, nous voulons dire, sur les
enfants, sur les pauvres, sur les pécheurs endurcis et sur toutes sortes de fidèles, dont il entreprenait l'instruction avec un zèle et un courage infatigables: ;
De si grandes qualités engagèrent l’évêque à l’avancer par degrés dans les saints Ordres. Lorsqu'il fut sous-diacre, il commença à affliger son corps par toutes sortes d’austérités : il jeûnait et veillait assidûment, se refusait les soulagements les plus nécessaires et donnait presque tout son revenu aux pauvres ; le mensonge et la médisance ne sortaient jamais de sa bouche, il n’offensait personne et tâchait, au contraire, de faire du bien à tout le monde; enfin, sachant que, par son Ordre, il était engagé à porter les vases sacrés, il avait continuellement devant les yeux ces paroles du prophète Isaïe : Mundamint, qui fertis vasa Dominti ; « Soyez purs, vous qui portez les vases du Seigneur»; et il se conservait dans une grande pureté de corps et d’esprit, qui lui donnait lieu de participer souvent au Sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ. L’Ordre du diaconat lui servit encore d’aiguillon pour l’animer à une vertu plus parfaite. Il réunissait toutes les conditions que saint Paul demande dans un clerc qui est honoré de cette dignité. Il veillait tellement sur lui-même, qu’il ne lui échappait presque aucune faute, et d’ailleurs il était un modèle d’humilité, de douceur, de patience, de chasteté, de tempérance, de miséricorde envers ceux qui étaient dans l’affliction, et d'amour pour Jésus-Christ dont il était le ministre. Ricfrid, réalisant en cela le désir de tous les fidèles, promut Frédéric au sacerdoce ; ensuite il le fit la seconde personne de son clergé et lui confia les plus grandes affaires de son diocèse. Il n'eut pas sujet de s’en repentir : il trouva toujours en lui un dispensateur fidèle et un homme irréprochable dans ses mœurs et dans sa conduite.
Cependant, ce digne ecclésiastique avait beaucoup résisté à ses ordinations, et il avait fallu faire une nouvelle violence à son humilité pour l’élever au-dessus des autres prêtres. Il apporta encore bien plus d’opposition, lorsqu’après la mort de Ricfrid, le clergé et le peuple protestèrent tous d’une voix qu'ils ne voulaient point d'autre évêque que Frédéric. D'ailleurs, l’empereur Louis le Débonnaire, informé des mérites de ce saint prêtre, écrivit à l'Eglise d'Utrecht qu’elle lui serait agréable en l’élisant pour son évêque. Ainsi tous ceux qui étaient intéressés à son élection s’accordaient : Frédéric seul s’y opposa. Il ne négligea rien pour prouver qu’il était incapable d’une telle charge. Mais on lui répondit qu’on l'avait élu parce qu’on le connaissait très-bien, et qu’il devait se soumettre en cela aux dispositions de la divine Providence. Notre Saint gémit profondément à cette réponse, et le poids de la charge pastorale, dont on ne peut éviter de rendre compte au jugement de Dieu, l’effrayant de plus en plus, il conjura encore ceux qui l'avaient élu, les larmes aux yeux et avec toutes sortes d’instances, de penser à un autre qu’à lui. « Pourquoi », disait-il, « voulezvous que je vous conduise, moi qui ne sais pas me conduire moi-même ? Pourquoi voulez-vous que je sois évêque, moi qui n’ai aucune des qualités que saint Paul demande dans un évêque ? Il veut qu'il soit irrépréhensible, et moi je suis digne de toutes sortes de corrections et de châtiments. Il veut qu'il ait beaucoup de sagesse et de discrétion, et vous ne trouverez en moi que de l’imprudence. Il veut qu’il sache bien gouverner sa maison, et je suis obligé d’avouer que ma conscience et mon âme ont toujours été mal gouvernées ». Durant ces contestations, l’empereur écrivit une seconde fois à Utrecht, pour le faire venir à la cour avec les plus anciens de la ville. Le serviteur de Dieu crut que c’était là une occasion favorable pour se dé-