‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 179 sur 229 · D | ST. ALBERT COLLEGE LIBRARY SAINT CAMILLE DE LELLIS · texte numérisé non relu

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bonne heure leurs affaires temporelles, afin qu’ils ne s’occupassent plus que de celle de leur salut; de ne point les laisser trop longtemps avec des amis ou des parents qui pourraient les troubler par un excès de tendresse; de les faire entrer dans de vifs sentiments de pénitence, de résignation, de foi, d'espérance et de charité ; de leur apprendre à accepter la mort en esprit de sacrifice et en expiation de leurs péchés, et de les exhorter à demander miséricorde par les mérites du Sauveur agonisant ; à le conjurer de leur appliquer le fruit de cette prière qu’il fit sur la croix, de leur accorder la grâce de lui offrir leur mort en union avec la sienne, et de vouloir bien recevoir leur âme dans le sein de la gloire. Il forma un recueil de prières qu’on devait réciter pour les personnes qui étaient à l’agonie.

I n’y avait personne qui ne fût charmé d’un établissement qui avait eu la charité pour principe. Le projet en paraissait d'autant plus admirable, qu'il avait été formé et exécuté par un homme sans lettres et sans crédit. Le pape Sixte V le confirma en 1586 et ordonna que la nouvelle congrégation serait gouvernée par un supérieur triennal. Camille fut le premier. On lui donna l’église de Sainte-Marie-Madeleine pour son usage et celui de ses frères. On l’invita, en 1588, à venir à Naples, afin d’y fonder une maison de son Ordre. Il s’y rendit avec douze de ses compagnons, et fit ce qu’on lui demandait. Ces pieux serviteurs des malades (c'était le nom qu’ils prenaient) volèrent au secours des pestiférés qui étaient dans les galères qu’on n'avait point voulu laisser aborder. Deux d’entre eux moururent victimes de leur charité.

En l’année 1590, une grande famine se répandit sur Rome et toute l’Italie ; les pauvres furent réduits à se nourrir des animaux morts et souvent d'herbes crues. Saint Camille fit provision de pain et de vêtements, qu'il allait distribuant dans Rome à tous ceux qui en avaient besoin. Il ne refusait jamais rien, et lorsqu'on lui représentait que les pauvres vendaient ou jouaient les objets qu’il leur donnait, il avait coutume de répondre : « Maïs ne savez-vous pas que Notre-Seigneur est peut-être caché sous les haïllons de ces malheureux ? Comment oserais-je refuser la charité à mon Seigneur ? »

Le froid, qui fut très-rigoureux cette année-là, augmenta encore les ravages que faisait la famine. Les pauvres mouraient par milliers ; on compta jusqu’à soixante mille morts dans la ville de Rome et ses environs. Le Saint se multipliait pour subvenir à toutes ces misères ; il parcourait les rues, portant du pain, des vêtements et du vin, entrant dans les étables, les écuries, les ruines antiques, trouvant partout des malheureux transis de froid et de faim, à qui il rendait la vie par ses secours. Combien de fois ne donna-t-il pas son manteau aux pauvres qu’il rencontrait ? Les hôpitaux étant encombrés, il fit de son couvent un hôpital où il reçut tous ceux qu’il y pouvait loger. Aucune représentation ne l’arrêtait, quand il s'agissait de ses chers amis les pauvres ; il donna pour eux jusqu'à son dernier sac de farine, et ses religieux lui remontrant qu'ils seraient réduits à mourir de faim à leur tour, il leur répondit simplement que les oiseaux du ciel ne labouraient ni ne semaient, que Dieu les nourrissait cependant, et qu’il saurait bien les nourrir aussi. Ce jour-là même, en effet, un boulanger de la ville leur apporta du pain, promettant de ne les en point laisser manquer tant que durerait la famine : et il tint religieusement sa parole.

En 1591, Grégoire XIV érigea la nouvelle congrégation en Ordre religieux, et lui accorda tous les priviléges des Ordres mendiants, sous l'obligation toutefois d’ajouter aux vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéis-

VIES DES SAINTS, — ToME VII, 28

sance, celui de servir les malades, même ceux qui seraient attaqués de la peste. Il leur défendit de passer dans d’autres communautés religieuses, excepté chez les Chartreux. En 1592 et en 1600, Clément VIIT confirma le même Ordre et lui accorda de nouveaux priviléges.

Saint Camille ne négligea rien pour prévenir les abus qui se glissaient jusque dans les lieux consacrés par la charité. Son zèle devint d’autant plus ardent, qu’il découvrit que dans les hôpitaux on enterrait quelquefois des personnes qui n'étaient point mortes. Il ordonna à ses religieux de continuer les prières pour les agonisants, quelque temps encore après qu'ils paraîtraient avoir rendu le dernier soupir, et de ne pas permettre qu’on leur couvrit le visage sur-le-champ, comme cela s'était toujours pratiqué ; mais son attention à assister les âmes l’emportait de beaucoup sur celle qu'il avait à soulager le corps. Il parlait aux malades avec une onction à laquelle il était impossible de résister; il leur apprenait à réparer les défauts de leurs confessions passées et à entrer dans les dispositions où doivent être des moribonds. Tous ses discours roulaient sur l’amour de Dieu, même dans les conversations ordinaires, et, s’il lui arrivait d’entendre un sermon où il n’en fût point parlé, il disait que c’était « un anneau auquel il manquait un diamant ».

Le serviteur de Dieu fut lui-même affligé de diverses infirmités dont la complication le fit beaucoup souffrir. Ce qui le touchait le plus, c'était de ne pouvoir servir les malades comme auparavant; du moins, il les recommandait fortement à la charité de ses religieux. Il se traînait encore d’un Ut à un autre, pour voir si rien ne leur manquait et pour leur suggérer différents actes de vertu. Souvent on l’entendait répéter ces paroles de saint François : « Le bonheur que j'espère est si grand, que toutes les peines et toutes les souffrances deviennent pour moi un sujet de joie ».

Saint Camille n’obligea point ses religieux à réciter le Bréviaire, à moins qu'ils ne fussent dans les Ordres sacrés ; mais il leur était enjoint de se confesser et de communier tous les dimanches et toutes les grandes fêtes, de faire chaque jour une heure de méditation, d'entendre la messe, de dire le chapelet et quelques autres prières.

Il était le premier à observer les lois de la perfection qu’il avait données aux siens ; sa vie entière raconte sa charité. Nous ne pouvons cependant omettre un trait de cette vertu qui le peint tout entier : la plaie qu’il avait à la jambe le faisait tomber quelquefois. Un jour, des malades le voyant se soutenir avec peine, lui dirent : « Père, reposez-vous un peu, vous allez tomber ». — « Mes enfants », leur dit-il aussitôt, « je suis votre esclave ; il faut bien que je fasse tout ce que je peux pour votre service ». Sa chasteté était telle que toutes les choses créées n'étaient pour lui qu’une échelle pour monter au Créateur.Il ne pratiqua pas l'humilité dans un moindre degré,

Il se méprisait lui-même, au point que tous ceux qui le connaissaient en étaient dans l’étonnement. Ce fut par un effet de cette vertu qu’il se démit du généralat en 1607; il voulait encore, par cette démission, se donner plus de temps pour servir les pauvres. Il fonda des maisons de son Ordre dans plusieurs villes, comme à Milan, à Bologne, à Gênes, à Florence, à Ferrare, à Messine, à Mantoue, etc.; il envoya aussi quelques-uns de ses frères en Hongrie et dans d’autres lieux qui étaient affligés de la peste. Nole ayant été attaquée de ce fléau en 1600, l’évèque de la ville établit Camille son vicaire général. Le Saint se dévoua généreusement au service des pestiférés. Ses compagnons suivirent son exemple, et il y en eut cinq d’entre eux auxquels il en coùta la vie.

Après avoir assisté au cinquième Chapitre de son Ordre, qui se tint à Rome en 4613, il alla en visiter les différentes maisons, avec le nouveau général, faisant partout des exhortations fort touchantes, comme un père qui parle à ses enfants pour la dernière fois. Comme il passait en son pays, il dit à ses amis : « Je m'en vais mourir à Rome, vivez chréticennement si vous voulez éviter l'enfer, adieu, car nous ne nous reverrons plus ». Il prédit à Gênes qu'il mourrait le jour de saint Bonaventure, en qui il avait une particulière dévotion. De retour à Rome, sa dernière visite fut pour les hôpitaux, où il dit aussi adieu à ceux qu’il avait le plus aimés après Dieu sur la terre, en les soignant de ses mains presque mourantes. Dès qu’il apprit que les médecins désespéraient de sa vie mortelle, son cœur battit de joie et d’impalience sur le seuil de la vie éternelle, et ses transports s’échappèrent en ces mots : « Je me réjouis de ce qu’on m'a dit : nous irons dans la maison du Seigneur » : Lætalus sum in his quæ dicta sunt mihi : in domum Domini ibimus. I reçut le saint Viatique des mains du cardinal Ginnasio, protecteur de son Ordre. Lorsqu'il vit son Dieu dans sa chambre, il dit, les larmes aux yeux : « Je reconnais, Seigneur, que je suis le plus grand des pécheurs et que je ne mérite pas de recevoir la faveur que vous daignez me faire; mais sauvez-moi par votre infinie miséricorde. Je mets toute ma confiance dans les mériles de votre précieux sang ». Quoiqu'il eût purifié sa conscience par la confession, il craignait encore de n’être point assez bien disposé. Il avait cependant mené une vie très-sainte, et il s'était confessé tous les jours avec les plus vifs sentiments de componction. Au commencement de la nuit où il devait partir pour le ciel, il étendit ses bras en croix, prononça les noms sacrés de Jésus et de Marie, invoqua la très-sainte Trinité, appela à son aide l’archange saint Michel, et il expira en disant ces paroles : Mitis atque festivus Christi Jesu mihi aspectus appareat : « Que le visage du Seigneur Jésus me soit doux et joyeux ». C'était le 44 juillet de l’an 1614; il avait soixante-cinq ans, un mois et vingt jours. On l’enterra auprès du grand autel de l’église de Sainte-Marie-Madeleine. Plusieurs miracles s'étant opérés à son tombeau, on leva son corps de terre et on le mit sous l’autel même. On l’a depuis renfermé dans une châsse. Un reliquaire à part contient son pied, qui porte encore l'empreinte profonde de l’ulcère dont nous avons parlé. Ce pied est bien conservé et sans aucune corruption. Benoît XIV béatifia le serviteur de Dieu en 1742, et le canonisa en 1746.

On le représente souvent assisté par les anges : c’est que bien souvent les anges l’aidèrent miraculeusement. Un jour, égaré de son chemin, il y fut ramené par un ange; une autre fois, il fut retenu par les anges dans une chute dangereuse. Saint Philippe de Néri vit les anges travailler avec les disciples de ce saint à préparer les malades à la mort. — On le représente aussi à ses derniers moments, quand Notre-Seigneur vint recevoir son âme. — On le voit aussi devant un crucifix qui détache ses bras de la croix pour l’embrasser et l’encourager à poursuivre ses projets charitables.

Sa vie a été écrite en italien, par Cicatello, son disciple. M. l'abbé Daras en a mis un excellent

abrégé dans la nouvelle édition de Ribadeneira; nous l'avons reproduit ici, souvent avec les mêmes termes,

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