SAINTE JUSTE ET SAINTE RUFINE
VIERGES ET MARTYRES A SÉVILLE Fin du rte siècle.
Thesaurum Domini vasis fictilibus corporis gestantes unice, pretio vascula distrahunt, quo quæstu satient viscera pauperum.
Assez riches dès qu'elles possèdent Jésus dans les vases fragiles de leur corps, Juste et Rufine ven— dent ceux qu'elles fabriquent pour en verser le prix dans le sein des pauvres.
Ex oficio SS. Justæ et Rufinæ.
Ces deux saintes martyres habitaient Séville en Espagne, où elles gagnaient leur vie par un petit commerce de poterie. Elles demeuraient ensemble, vivant fort frugalement et chrétiennement, visitant Notre-Seigneur dans son saint temple, et occupant dans la prière les heures que leur laissait le travail.
Or, il arriva qu'un jour de fête de la déesse Vénus, quelques femmes de Séville, superstitieuses et idolâtres, voulurent faire un sacrifice sclennel à son idole. Comme elles avaient besoin de vaisseaux de terre pour ce sacrifice, elles allèrent chez Juste et Rufine dont c'était le commerce, et choisirent les vases qui leur convenaient. Les deux vierges leur demandèrent quel usage elles en voulaient faire. Ces femmes croyant qu’elles étaient païennes comme elles, répondirent librement que c'était pour faire un sacrifice à la déesse Vénus ; mais elles furent bien étonnées quand on leur refusa nettement de vendre ces vases. « Nous sommes chrétiennes », leur dirent Juste et Rufine, «et nous n’adorons qu’un seul Dieu ; nous détestons toutes vos idoles, et nous ne voulons rien donner pour leur culte. Ces femmes alors devinrent furieuses ; elles mirent à terre l’idole de Vénus qu’elles portaient cachée dans leur sein, et se jetant sur les vases qui remplissaient la maison de ces pauvres chrétiennes, elles les mirent en pièces.
Juste et Rufine, cependant, pleuraient, non de la perte qu’elles éprouvaient, mais de l’outrage que ces femmes faisaient à Notre-Seigneur en lui préférant une déesse infâme ; aussi étant parvenues, dans le désordre, à s'emparer de l’idole, elles la brisèrent avec une sainte indignation et en jetèrent les morceaux dans la rue.
Les païens s’assemblent aussitôt pour venger l’insulte faite à leur déesse ;