SAINT ARBOGASTE, ÉVÊQUE DE STRASBOURG
ciel. Il vit qu’il ne cherchait point à amasser, qu’il se contentait de peu de nourriture, de peu de sommeil, qu’il était d’une humilité et d’une soumission parfaites dans ce qui était du domaine temporel. Il vit qu’il était sans cesse occupé, et qu’il travaillait immensément la nuit et le jour dans Thérouanne et dans Boulogne. L’exemple du saint évêque fit une impression profonde sur son esprit, et, grâce à la liberté que lui laissa le prince, beaucoup se laissèrent instruire par Antimond et furent assez heureux pour recevoir le don de la foi et du baptême, et être inscrits au nombre des enfants de l'Eglise.
Il paraît que le saint évêque ne se borna point aux limites de son diocèse, et qu’il prêcha aussi l'Evangile dans divers endroits des Flandres et chez les Ménapiens.
On croit que ce fut saint Antimond, ou son successeur Athalbert, qui construisit une église sur la colline de Clarques, auprès de Thérouanne. Cette tradition est, du reste, confirmée par la coutume qui fut exactement observée jusqu’à la destruction de Thérouanne. Chacun des nouveaux évêques de cette ville, avant de faire son entrée dans Thérouanne, se rendait d’abord dans l’église de Clarques, où il prenait les vêtements pontificaux, et où tout le clergé venait le chercher pour le conduire à l’église de Notre-Dame, qui était la cathédrale. L'église de Clarques peut donc être regardée comme l’église la plus ancienne bâtie par les Chrétiens dans ce pays; car l’église de Saint-Martin, située dans une île de la Lys, avait été primitivement consacrée au dieu Mars, et bâtie par les païens.
On lisait sur une pierre très-ancienne placée dans l’église de Thérouanne avant sa destruction, que saint Antimond gouverna pendant dix-neuf ans l’église des Morins. Il y montra une douceur si grande et si constante, qu’à son nom déjà bien significatif d’Antimond, les habitants de ces contrées en ajoutèrent un autre non moins glorieux. Toujours, en effet, on l’a nommé le pasteur doux et débonnaire.
L'abbé Van Drival, Vies des Saints de l’ancien diocèse de Thérouanne. — Cf. P. Malbrancq et les Bre viaires de Saint-Omer et Arras.
SAINT ARBOGASTE,
DIX-NEUVIÈME ÉVÊQUE DE STRASBOURG ET PATRON DU DIOCÈSE 618. — Pape : Agathon. — Roi de France : Dagobert II.
Hac virtus numililatis via est ad palriam, corona regia, decorata gemmis, margarilis ornata atque contexta.
La vertu d'humilité est la voie qui conduit à la patrie: c'est une couronne royale, ornée de perles, toute brillante et toute semée de diamants.
S. Laur. Just., de Humilit., e. x.
Les auteurs ne s'accordent point sur la patrie de saint Arbogaste ; car les uns le font naître en Ecosse ou en Irlande, et les autres en Aquitaine. Les Bréviaires de Strasbourg et la Vie composée par Uthon, un de ses suc-
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cesseurs, lui donnent pour patrie l’ancienne Aquitaine, connue plus tard sous le nom de Guyenne. Ses parents, qui tenaient un rang distingué dans cette province, lui procurèrent une belle éducation, et Arbogaste répondit à leurs soins par sa piétéet les progrès qu’il fit dans la vertu. Connaissant les dangers auxquels le chrétien est exposé au milieu des écueils d’un monde corrompu, il prit l’héroïque résolution de le quitter. Ses parents firent tous leurs efforts pour le retenir au milieu d’eux ; mais Arbogaste avait appris à se vaincre et à résister aux importunités de la chair et du sang. Il se déroba aux empressements de parents tendrement chéris et se rendit, vers l’an 660, dans les montagnes des Vosges, pour y chercher une retraite. La Providence le conduisit dans la forêt qu’on nomma depuis la forêt sainte, à cause des saints anachorètes qui l’habitèrent en différents temps et des monastères qui y furent bâtis successivement. Arbogaste se fixa à trois lieues de Haguenau, près de la rivière de Saur, appelée vulgairement Sur, et mena une vie très-austère.
Heureux d’avoir trouvé cette solitude, le saint homme s’avança rapidement dans la voie de la perfection, n’ayant d'autre désir que de vivre ignoré des hommes : mais ses vertus ne purent rester inconnues et les peuples vinrent, malgré lui, l’entourer de leurs hommages. Il semble que les honneurs se plaisent à suivre l’humble vertu qui les fuit ; car la forêt qu’habita Arbogaste cessa bientôt d’être une solitude. Le pieux anachorète y devint le père d’une multitude de fervents cénobites, qui se joignirent à lui et le mirent à même de construire une église en l’honneur de la sainte Vierge et de saint Martin de Tours. Les offrandes de ceux qui vinrent de toutes parts s’édifier à la vue de ses vertus, et surtout les libéralités de Dagobert II, lui procurèrent les moyens de faire bâtir un monastère, qui fut appelé Surbourg.
Cette abbaye jouit, dans son origine, d’une espèce de souveraineté régalienne, comme toutes les abbayes de fondalion royale. La règle de Saint- Benoît y était encore en vigueur en 830, sous l’abbé Hildimunde ; mais plus tard le relâchement s’y introduisit. Nous ignorons l’époque de la sécularisation, parce que ses titres ont été perdus. Le premier doyen de Surbourg dont il est fait mention dans l'histoire, est un certain Ulrich, en 4227. Cette collégiale était composée, en 1364, de douze chanoines et d’un prévôt : ces prévôts étaient toujours tirés des premières familles d'Allemagne et d’Alsace, et parmi lesquels Frédéric de Lichtemberg, Erasme de Limbourg et Jean de Manderscheidt furent élevés sur le siége épiscopal de Strasbourg.
Surbourg, village ouvert, situé au milieu des forêts, se vit souvent exposé à la fureur des brigands et aux ravages des armées ennemies, qui désolèrent si souvent l’Alsace. Les pertes qui en résultèrent firent prendre, en 1354, une délibération capitulare tendant à transférer cette collégiale à Saverne : mais ce projet ne fut point exécuté. Les différentes guerres, soit des rustauds, soit occasionnées par les troubles religieux, réduisirent ce chapitre, en 1600, à n’avoir plus que quatre chanoines. L'église collégiale de Surbourg existe encore et porte les caractères d’une haute antiquité. Un oratoire, placé à côté de la grande route et renouvelé en 1608, a été construit à l'endroit même où était situé l’ermitage de saint Arbogaste. En 1621 et 1623, les chanoines firent de nouvelles instances pour être transférés à Haguenau, lorsque la guerre des Suédois vint à fondre sur l’Alsace. Surbourg alors fut totalement ruiné, et l'office divin interrompu pendant quarante ans. Louis XIV, après la conquête de l’Alsace, fournit aux chanoines