‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 221 sur 229 · SAINT APOLLINAIRE, ÉVÊQUE DE RAVENNE · texte numérisé non relu

SAINT APOLLINAIRE, ÉVÊQUE DE RAVENNE

quand on l’eut trouvé, on le condamna encore une fois à être cruellement fouetté ; puis on le mit, avec ses compagnons, sur un vaisseau qui faisait voile pour l'Italie, où il arriva fort heureusement, la mer lui ayant été plus favorable que dans son premier voyage.

Il avait passé trois années entières dans ces courses, ces travaux et ces persécutions continuelles. Etant revenu dans le diocèse que l’apôtre saint Pierre lui avait confié, il rentra pour la troisième fois dans Ravenne, où les chrétiens le reçurent avec une joie incroyable, remerciant Dieu de leur avoir rendu leur cher pasteur. Il y fit de grands miracles comme il en avait fait dans tout le chemin et continua d’y faire paraître son zèle pour la conversion des infidèles et pour la sanctification des chrétiens ; mais un jour qu'il célébrait les divins Mystères dans la maison d’un particulier, il fut surpris par une troupe de païens qui l’arrachèrent de ce lieu, le traînèrent outrageusement par les rues et le menèrent, avec beaucoup d’injures et de coups, jusqu’à la place publique, puis le firent entrer dans le temple d’Apollon, où ils lui commandèrent d’adorer sa figure. Le Saint, au lieu de leur obéir, leva les mains au ciel et fit sa prière au véritable Souverain des Anges et des hommes, et il ne l’eut pas plus tôt achevée que l’idole fut réduite en poudre et le temple entièrement renversé, à la grande consolation des chrétiens et à l’extrême confusion de tous les Gentils, qui le menèrent au juge du lieu, nommé Thaurus, avec prière de le faire mourir. Ce magistrat fit paraître Apollinaire devant toute la noblesse de la ville, et, après lui avoir fait plusieurs questions sur les miracles qu’il opérait de tous côtés et qui attiraient tant de monde à sa suite : « J'ai », lui dit-il, « un fils qui est né aveugle ; si tu lui rends la vue nous croirons au Dieu que tu adores, sinon le feu sera le juste châtiment de tes impostures ». Notre Saint, sans s’ébranler, lui dit de faire appeler cet enfant, et, lorsqu'il fut venu, il lui dit : « Mon fils, au nom de Jésus-Christ, ouvrez les yeux et voyez ». L’enfant ressentit aussitôt la force de cette parole et recouvra la vue. Un miracle si éclatant gagna plusieurs spectateurs et ébranla beaucoup les autres, et Thaurus, plein de reconnaissance, résolut de délivrer le Saint des mains et de la cruauté de la populace. Pour cela, il le fit conduire de nuit dans une de ses terres, à quelques milles de la ville, sous prétexte de lui donner ce lieu pour prison. Apollinaire y demeura bien quatre ans, pendant lesquels il rendit tous les services possibles aux chrétiens qui le venaient trouver. Beaucoup de malades y coururent aussi, et il n’y en eut pas un qui n’en revint avec une entière guérison, de quelque maladie qu’il fût attaqué.

De si grands prodiges le firent encore découvrir par les prêtres des idolâtres, qui vinrent exprès trouver l’empereur Vespasien pour lui en faire la déclaration. Ils déposèrent contre le Saint tout ce que le démon leur put suggérer, et pressèrent l’empereur, autant qu’ils purent, de se défaire d’un homme capable à lui seul de ruiner entièrement le culte de leurs dieux. Vespasien écouta leur plainte ; il ordonna seulement, par un édit, de bannir tous ceux que l’on pourrait convaincre d’avoir dit ou fait quelque chose d'injurieux aux temples, jugeant qu’il y aurait de l'injustice à établir des peines plus sévères, « puisque », disait-il, « si les dieux immortels se sentent offensés des insultes des hommes, ils sont assez puissants pour s’en venger eux-mêmes dans toute la rigueur ».

Quand lédit fut publié dans Ravenne, un patricien de la ville, nommé Démosthène, fit appeler saint Apollinaire devant lui. Il éprouva sa constance par toutes sortes de discours; mais, voyant que c'était en vain, il résolut de le pousser à bout par les tourments ; et, pour avoir le temps de

réfléchir au genre de supplice qu’il lui ferait endurer, il le mit sous la garde d’un capitaine. Cet homme, qui craignait Dieu et était chrétien dans le cœur, le mena en sa maison : là, au lieu de lui faire ressentir les rigueurs de la captivité, il lui fit le meilleur accueil qu’il put ; et, quand il sut qu’on était près de le livrer entre les mains des bourreaux, il le fit échapper de nuit. Mais les ennemis du nom de Dieu, qui l’épiaient partout, s’en étant aperçus, le suivirent et l’arrêtèrent près de la porte de la ville, où ils le chargèrent de coups de bâton avec tant de cruauté, qu'il demeura pour mort sur la place.

Les chrétiens, à la nouvelle de ce massacre, vinrent le lendemain de grand matin pour le trouver ; et, l'ayant vu dans ce pitoyable état, ils lemportèrent secrètement dans un hôpital; il y reprit un peu de forces, et vécut encore sept jours. Pendant ce temps il exhorta les fidèles à demeurer fermes dans la foi ; il leur dit, par un esprit de prophétie, que l'Eglise allait être persécutée plus que jamais ; mais qu'après tant de rudes combats, on verrait les plus grands monarques de la terre très-heureux de mettre leurs sceptres et leurs couronnes aux pieds de Jésus-Christ; les idoles renversées, leurs autels abattus et leurs temples ruinés, et qu’enfin le christianisme s’établirait dans toutes les parties du monde, et que l’étendard de la Croix y serait adoré.

Enfin, après des discours si pieux et si zélés, le bienheureux évêque et martyr Apollinaire rendit son âme à Dieu, le 23 juillet, l’an de Jésus-Christ 79, sous l’empire de Vespasien. Il avait toujours généreusement combattu pour la foi; et, selon la remarque du savant cardinal Pierre Damien, il s'était sacrifié à Jésus-Christ comme une hostie vivante, par un martyre continuel qu’il endura l’espace de vingt-neuf ans consécutifs.

Les chrétiens avaient coutume de visiter le tombeau de saint Apollinaire, qui se gardaït autrefois à Classe, ancien port de mer, situé à quatre milles de Ravenne, et qui est encore une espèce de faubourg de cette ville ; et ils faisaient ordinairement leurs serments, en mettant la main dessus, comme on le lit dans le livre cinquième de saint Grégoire, pape, chap. xxxmr, où ce saint Pontife en fit l'ordonnance.

On le représente avec une épée; mais il serait mieux de le peindre avec une massue, pour indiquer son genre de martyre.

Plusieurs auteurs ont parlé de lui; on en peut voir les noms dans les Remarques du cardinal Baronius sur le martyrologe. Pour cette vie, elle est tirée d'un très-ancien manuscrit, que Surius nous a donné au 22 juillet, ainsi que Laurent de la Barre, en son Histoire chrétienne des anciens Pères.

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