SAINT LIBOIRE, ÉVÊQUE DU MANS
SAINT LIBOIRE
QUATRIÈME ÉVÊQUE DU MANS ET CONFESSEUR 890. — Pape : Saint Sirice. — Empereur romain : Théodose /e Grand.
Sunt nonnulli, quos ad amorem patrie cœlestis plus exempla quam prædicamenta succendunt.
Les exemples sont plus puissants que la prédication auprès d'un grand nombre pour allumer en eux l'amour dela céleste patrie.
S. Greg. Mag., lib. 1 Dialogi.
Après les désordres et les bouleversements qu'avait causés dans toutes les contrées armoricaines la présence des bandes saxonnes acharnées au pillage, à l'incendie, et surtout ennemies de la religion chrétienne, l’Evangile avait besoin d’être proclamé de nouveau, et il fallait pour ainsi dire reprendre en sous-œuvre l’apostolat de la contrée. Aussi l’épiscopat de saint Liboire est-il justement regardé comme la grande époque de la conversion de la province du Maine. Ce fut surtout par l’évangélisation des campagnes et par la conversion de leurs habitants, que cette époque fut glorieuse pour les Eglises gauloises, et en particulier pour les Eglises armoricaines.
La société chrétienne n’avait plus à craindre les persécutions de l’empire ; elle recevait même les faveurs du pouvoir. Dès l’origine, les chrétiens avaient volontairement porté leurs querelles devant leur évêque, mais à : cette époque ils furent obligés de le faire ; de même les fonctions de défenseur, qui donnaient tant de pouvoir à celui qui en était revêtu, furent dès lors dévolues à l’évêque, et ce furent les vœux du peuple qui lui confièrent cette nouvelle dignité. Ainsi il fut désormais dans la cité pasteur et magistrat. Le premier qui nous soit connu, comme ayant exercé dans le Maine cette double fonction, est saint Liboire.
Il naquit au sein d’une famille puissante dans la Gaule, et il parut doué, dès son enfance, de dons si remarquables, que tout le monde, en l’admirant, attendait de lui de grandes choses. On le vit dès lors, plein de dégoût pour les vanités de la terre, s’appliquer à acquérir la science des choses saintes. Il trouva dans l’école catéchismale, sous la conduite de l’évêque et de son archidiacre, l'instruction qui devait le former pour être un digne conducteur du troupeau fidèle. Mais le Saint-Esprit agissait plus encore au fond de son âme, et le préparait à recevoir les grâces abondantes d’un ministère apostolique.
Il quitta l’habit séculier et tout l'éclat de la vie mondaine, où sa naissance semblait l’engager, et prit l’humble habit d’ecclésiastique, pour dire librement à Dieu qu’il était son partage, et qu’il ne souhaitait point d’autre bien que lui. Ce changement d'état lui servit d’un nouvel aiguillon pour travailler à son avancement dans la vertu. Il veillait si parfaitement sur lui-même, pour former toutes ses pensées, tous ses désirs et toutes ses actions sur les plus justes règles de la raison et de la loi de Dieu, qu'il ne lui échappait presque rien dont il eût sujet de se repentir. Il faisait continuellement la guerre à ses passions ; et lors même qu’elles ne se soulevaient
point, il ne laissait pas de les attaquer, de les poursuivre et d’en diminuer les forces par des actes opposés et des exercices propres à les mortifier. Il s’appuyait surtout sur la bonté de Dieu qui lui donnait une constance, une fermeté et une assurance merveilleuses; nulle tentation ne le troublait ; pulle adversité n’était capable d’abattre son courage. Il méditait souvent sur les grandes vérités du christianisme, qui imprimaient en lui de plus en plus le mépris du monde et de toutes ses vanités, et la résolution de n’avoir jamais d’autre but que de plaire à Dieu et de procurer sa gloire. Il avait pour lui un zèle et un amour incomparable ; pour le prochain une justice et une charité toujours constantes, et pour lui-même une sainte sévérité qu'il faisait paraître par sa sobriété, son abstinence, ses veilles, ses jeûnes et d’autres pratiques de la mortification chrétienne.
De si rares vertus lui acquirent une telle réputation dans tout le pays du Maine, qu’à la mort de l'évêque, il n’y eut qu’une voix dans le clergé et le peuple du Mans pour le porter sur le siége vacant. Alors on vit briller avec plus d’éclat encore tout ce que l’on avait pu attendre de sa sainteté, de son zèle et de sa science. Les jours de son épiscopat furent des jours de bénédiction pour l'Eglise du Mans ; le nombre des fidèles augmenta prodigieusement par la conversion des idolâtres, et l'erreur recula de plus en plus dans les ténèbres.
Cependant Liboire, destiné à accomplir de si grands travaux pour la gloire de Dieu pendant son épiscopat, avait ressenti un éloignement des plus marqués pour ce ministère. Comme le grand évêque de Tours, son ami, il avait essayé de s’y dérober, en cherchant à persuader au clergé et au peuple qu’il n’était point capable de soutenir une charge aussi pesante ; mais ce fut en vain, on était trop convaincu que c’était la volonté de Dieu. I] fallut se rendre à un choix unanime, et les évêques de la province lui imposèrent les mains.
Contraint d'accepter la dignité épiscopale, Liboire sut conserver dans le haut rang que dès lors elle donnait, l'humilité et les pratiques d’un rang inférieur. Le peuple du Mans admira son assiduité à se trouver avec les clercs de son église, pour célébrer les veilles et les heures destinées aux louanges de Dieu ; on le vit toujours assidu à offrir le sacrifice de propitiation ; au reste, il était tout entier aux exercices de piété et aux fonctions de son ministère. Une vie si parfaite et ornée de toutes les vertus contribua beaucoup à rendre ses prédications efficaces, tant pour convertir les idolàtres que pour éclairer et échauffer le zèle de ceux qui déjà avaient embrassé la vraie religion.
S'il attaquait un vice, on voyait manifestement qu’il en était exempt ; s’il exhortait à une vertu, on voyait qu’il la possédait avec éminence et dans un degré héroïque. Par exemple, tàchait-il de donner de l'horreur du vice de l’orgueil et de la présomption, on ne voyait rien, ni dans ses paroles, ni dans ses gestes, ni dans ses habits, ni dans sa table, qui se sentît de ces déréglements ; mais partout une modestie parfaite et une humilité chrétienne qui montraient qu’il était un véritable disciple de Jésus-Christ. Disait-il avec l’Apôtre : « Ne cherchez pas la vaine gloire », on voyait qu’il ne se glorifiait jamais qu’en Dieu seul. S’il animait ses auditeurs à la libéralité et à faire l’aumône aux pauvres, parce que l’avare est l’esclave des idoles, on voyait qu'il était lui-même plein de compassion pour les misérables et qu’il s’ôtait le pain de la bouche pour le donner à celui qui avait faim. Enfin, quard il recommandait la mansuétude, parce que c’est par elle qu’on possède son âme, on voyait qu’il avait une douceur inébranlable, et nulle