‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 223 sur 229 · SAINT LIBOIRE, ÉVÊQUE DU MANS · texte numérisé non relu

SAINT LIBOIRE, ÉVÊQUE DU MANS

affliction ni persécution ne pouvait l’aigrir ni lui donner du chagrin. Aussi, il fit de grandes conversions dans son diocèse, et, quoiqu'il fût le successeur de plusieurs Saints qui avaient très- -diligemment travaillé à cette vigne du Seigneur, on peut dire, néanmoins, à son honneur, qu'il lui fit encore changer de face et qu’il l’augmenta par la réduction d’un grand nombre d’idolâtres, et la poliçca merveilleusement en bannissant de mœurs des chrétiens plusieurs déréglements que le soin des premiers évêques n’avait pu retrancher.

Il eut cela de particulier, entre tous les grands prélats de son temps, qu'il s’appliqua avec un zèle extraordinaire à tout ce qui appartenait au cuite religieux que l’on doit rendre à Dieu : c’est pourquoi, excepté le peu qui lui était nécessaire pour sa subsistance et celle de sa famille, et ce que sa miséricorde et sa libéralité lui faisaient donner aux pauvres, il employait tout le reste de son patrimoine et des revenus de son diocèse et des donations des fidèles à bâtir de nouvelles églises, à orner les anciennes et à leur fournir les livres et les vases sacrés qui leur étaient nécessaires, à y multiplier le nombre des chantres et des autres officiers du chœur et à augmenter, autant qu’il pouvait, la majesté des cérémonies ecclésiastiques. Son but, dans la construction des nouvelles églises, n’était pas seulement de multiplier le service de Dieu, qui ne peut jamais être assez loué, mais aussi de pourvoir à la commodité et au salut des fidèles, afin qu'ayant leurs églises et leurs prêtres auprès d’eux, sans être obligés de faire beaucoup de chemin, ils n’eussent aucun prétexte de se dispenser de l’usage fréquent des Sacrements, de l’assistance aux divins offices et de l’assiduité à écouter les sermons, les catéchismes et les saintes conférences qui leur seraient faits sur l’observance des commandements de Dieu. Dans cette vue, il fonda durant son épiscopat dix-sept paroisses différentes, dont les noms sont marqués dans son histoire ; il les fournit de tous les meubles sacrés dont une paroisse a besoin ; il y députa des prêtres et des clercs inférieurs, afin que les divins offices y fussent célébrés jour et nuit aux heures convenables. Mais, voulant que ces églises reconnussent à perpétuité la dépendance qu’elles avaient de son église cathédrale, il les obligea de lui payer chacune tous les ans une livre de cire et deux livres d'huile, pour aider à entretenir le feu de la lampe.

Saint Liboire fut quarante-deux ans évêque, pendant lesquels on dit qu'il fit quatre-vingt-seize ordinations ; ordonna deux cent dix-sept prêtres, cent soixante-seize diacres, quatre-vingt-treize sous-diacres et autant de clercs qu’il en était nécessaire pour les ministères ecclésiastiques. Il jouissait de l’estime, non-seulement de son clergé, mais aussi de tout son peuple, de ses diocésains, des bons prélats et de toutes les personnes pieuses de son temps. Ce qui est admirable en lui, c’est que le soin de plaire à Dieu ne l’empêchait pas de se faire aimer du prochain, et que l'application à contenter les hommes ne l’'empêchait pas de se rendre irréprochable devant Dieu. De sorte qu’on peut justement lui appliquer l’éloge que l’Ecriture sainte donne à Zacherie, père de saint Jean-Baptiste, qu’il marchait dans toutes les justifications de la loi du Seigneur, sans donner sujet de plainte à personne. Mais son sacerdoce était élevé au-dessus de celui de ce saint vieillard, autant que la vérité surpasse la figure et que la lumière de la loi de Jésus-Christ surpasse les ombres de la loi ancienne.

Enfin, ce glorieux prélat apprit par révélation qu'il jouirait bientôt de l'héritage céleste. Saint Martin, le grand thaumaturge, était alors archevèque de Tours, dont l’évêèché du Mans est suffragant. Comme il était en

oraison, un ange lui apparut de la part de Dieu et lui ordonna d'aller au pius tôt au Mans rendre visite à Vofre-Seigneur qui était malade. Il comprit ce que cela signifiait, et que Notre-Seigneur ne pouvant pas être malade en lui-même, il l'était dans la personne de notre saint prélat, un de ses plus précieux membres mystiques. Il partit donc aussitôt, et, en arrivant dans cette ville, il rencontra dans une vigne le sous-diacre Victor, qui travaillait en chantant les louanges de Dieu. Le Saint-Esprit lui fit connaître que c’était lui que sa Providence avait choisi pour succéder à saint Liboire : il le salua en cette qualité et lui donna son bâton. Ensuite il entra dans la ville et monta à la chambre du malade. On ne peut exprimer la joie qu’eut saint Liboire de voir auprès de lui cet homme incomparable qui était le prodige et l'admiration de son siècle. Quoiqu'il fût presque à l’agonie et qu’il vit déjà le ciel ouvert pour le recevoir, il ne laissa pas de s’entretenir encore un peu avec lui comme avec un ange terrestre dont la sainteté égalait celle des intelligences bienheureuses. Mais, quel fut cet entretien, et quelles furent les dispositions de ces grands capitaines des armées du Seigneur, qui avaient l’un et l’autre triomphé du monde, du démon, du péché et de l’idolâtrie ; qui ne se voyaient alors que pour se quitter dans un moment, l’un allant recevoir la récompense de ses travaux, et l’autre devant encore demeurer quelque temps sur la terre pour la consolation et la défense du peuple chrétien ? C’est ce que nous n’entreprenons pas de décrire ici, parce que, comme l’a dit le premier auteur de cette vie, il n’est donné à personne de le rapporter dignement. Notre saint prélat rendit son âme à Dieu, en présence de saint Martin, le 9 juin 390. Son corps fut enterré avec beaucoup de solennité par le même saint archevêque, dans l’église abbatiale des saints Apôtres, qui a porté depuis le vu° siècle le nom de Saint-Julien du Pré, et qui est encore l’une des églises de la ville du Mans.

On représente saint Liboire : 4° portant sur un livre ou sur sa maïn quelques petites pierres presque imperceptibles : nous ne voyons pas trop la raison de cette caractéristique, à moins que ce ne soit pour rappeler qu’on l’invoque contre les douleurs causées par la pierre et la gravelle ; maïs alors il nous resterait à connaître la raison de cette invocation ; 2° ayant quelquefois près de lui un paon : lorsque, en 836, on transportait ses reliques du Mans à Paderborn, un paon, dit-on, vola devant ceux qui portaient son corps, comme pour leur indiquer le chemin.

CULTE ET RELIQUES

Les reliques de saint Liboire reposèrent dans la basilique des Douze-Apôtres jusqu'à l’année 836. Elles furent alors levées du sarcophage, où saint Martin les avait renfermées, par l’évêque du Mans saint Aldric. Voici à quelle occasion : l’évêque de Paderborn, en Saxe, ayant envoyé une célèbre ambassade à saint Aldric, pour lui demander un des corps saints dont son Eglise était enrichie, afin que la présence de ces reliques fortifiât dans la foi les Saxons, qui étaient tout nouvellement convertis à Jésus-Christ, ce saint prélat, du consentement de son clergé et des magistrats de la ville, lui accorda celui de saint Liboire. On dit qu’à l'ouverture de son cercueil, il en sortit une odeur si agréable, qu’elle embauma tous les assistants. Une femme aveugle y reçut à l'heure même le bienfait de la vue, et un démoniaque, que sa mère avait trainé de force à cette cérémonie, fut déhvré des mauvais esprits qui le possédaient. Un boiteux et un muet, qui approchèrent de la caisse où on enfermait les reliques, furent soulagés de leurs infirmités. Un jeune homme hideux et contrefait, qui avait plutôt la figure d’un monstre que d’un homme, s'étant mis à genoux pour faire sa prière, ne se releva qu'en parfaite santé et ayant le corps droit et de belle taille. Tout le monde courut en foule pour voir tant de miracles, pour implorer l'assistance du saint Confesseur, et pour accompagner ses dépouilles sacrées avec honneur

Les Saxons, les ayant en leur possession, prirent leur route par Yvré, où un homme sourd et muet reçut la guérison. De là, ayant traversé la rivière d'Huisne, ils passèrent par Saint-Mars de

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