LE BIENIEUREUX JEAN CASSIEN, PRÊTRE
la Brière, où plusieurs malades recouvrèrent la santé. Le bruit de tant de prodiges se répandant peu à peu, tous les peuples des campagnes voisines accouraient sur le passage, et il se fit partout de grands miracles. A Conneré, près de quatre-vingts pérsonnes affligéés de divers maux furent guéries ; entre autres, une femme noble possédée du malin esprit, un paralytique et un homme tout estropié. À Chartres, l’évêque Bernuinus, avec tout son clergé et une foule immense, vint au-devant de ce dépôt sacré, et le mit dans l'église de Saint-Chéron, où une jeune fille qui avait le corps tout coutrefait fut heureusement rétablie. À Paris, il fut déposé avec beaucoup de révérénce dans la cathédrale ; une femme qui était sourde, muette et possédée, fut délivrée de tous ces maux. Ce serait une chose infinie de rapporter tous les miracles que saint Liboire fit en chémin. Plusieurs personnes dévotes l’accompagnèrent jusqu’au Rhin.
Il fut reçu des Saxons avec une allégresse et une ferveur incroyables. Ils le portèrent en triomphe dans Paderborn, où il fit tant de nouveaux prodiges, que la plupart des infidèles se convertirent à la foi : on peut dire qu'après sa mort il fut l'apôtre de Westphalie, On le plaça avec honneur dans un lieu éminent de l’église cathédrale, dont il a toujours été reconnu depuis ce temps-là pour patron et pour titulaire.
Les reliques de saint Liboire reposent toujours dans l’église cathédrale de Paderborn dont il est le patron ainsi que de tout le diocèse. Son culte jouit d’une grande célébrité dans toute la Westphalie, dans l'Italie et à Rome où plusieurs autels lui sont dédiés. On célébrait autrefois la fête de sa translation le 29 avril, et aujourd’hui l'Eglise du Mans fait sa solennité le 23 juillet.
Nous avons complété cette biographie avec l'Histoire de l'Eglise du Mans, par Dom Piolin.
LE BIENHEUREUX JEAN CASSIEN, PRÊTRE, FONDATEUR ET ABBÉ DU MONASTÈRE DE SAINT-VICTOR DE MARSEILLE. Vers 433, — Pape : Saint Sixte III. — Roi des Francs : Clodion.
Les ouvrages de Cassien ont immortalisé son nom, et sont restés au premier rang des codes de la vie monastique.
De Montalembert.
Jean Cassien, prêtre, fondateur et abbé du célèbre monastère de Saint- Victor, à Marseille, naquit vers 350, selon les uns en Egypte, selon les autres en Scythie, suivant le plus grand nombre dans les Gaules. Il s’accoutuma, dès sa jeunesse, aux exercices de la vie ascétique, dans un monastère de Bethléem. La haute réputation de sainteté qu’avaient les solitaires qui habitaient les déserts de l'Egypte l’engagea, vers l’an 390, à aller les visiter. Il fut accompagné par Germain, son parent et son compatriote. Frappés l’un et l’autre des beaux exemples de vertu qu’ils avaient sous les yeux, ils passèrent plusieurs années dans la solitude de Scété et dans la Thébaïde. Ils allaient nupieds comme les moines du pays, étaient pauvrement vêtus, et n’avaient pour subsister que le travail de leurs mains. Leur vie était fort austère, et ils mangeaient à peine par jour deux pains de six onces chacun.
En 403, ils se rendirent tous deux à Constantinople, et y entendirent les instructions que faisait saint Chrysostome. Cassien fut ordonné diacre et employé au service de Péglise de cette ville. Le saint archevêque ayant été exilé, Cassien et Germain allèrent à Rome, Ils étaient, au rapport de Pallade, porteurs des lettres dans lesquelles le clergé de Constantinople prenait la défense de son pasteur persécuté. Cassien fut élevé au sacerdoce dans l'Occident, après quoi il se retira à Marseille, où il fonda, vers 413, deux monastères, l’un pour les hommes et l’autre pour les femmes.
Saint-Victor de Marseille /Sanctus Victor Massiliensis) est une très-ancienne et illustre abbaye de l'Ordre de Saint-Benoît, double, comme nous venons de le faire remarquer. Celui des hommes fut bâti dans le lieu où était anciennement /a Confession ; celui des femmes fut consacré sous le titre de Saint-Sauveur. L'église du premier était appelée Basilique des apôtres Pierre et Paul. L'église inférieure, ou la petite église, était dédiée en l'honneur de la Sainte Vierge et de saint Jean-Baptiste. Cet antique monastère, après avoir été tour à tour dévasté par les Vandales, les Normands et les Sarrasins, fut reconstruit, vers l’an 1040, par les soins de Pons II, évêque de Marseille. On conservait, dit-on, dans l’église inférieure, la croix de saint André, enchâssée d’abord dans du fer, puis dans de l’argent, et qui avait été révélée par un ange au sacristain saint Hugues, après avoir été enfouie sous terre, près de la rivière de la Veaune, par crainte des Sarrasins.
Les rois de France, Pépin, Charlemagne, Louis le Pieux et Lothaire, ainsi que les évêques et les vicomtes de Marseille, enrichirent tour à tour l’abbaye de Saint-Victor de biens, de dignités et de priviléges. Mais sa principale gloire est d’avoir été la mère d’une multitude d’autres monastères, même hors des Gaules. L’observance régulière s’y étant maintenue florissante, Les abbayes qui avaient besoin de réforme étaient soumises au régime des abbés de Saint-Victor. Aujourd’hui il reste encore de cet antique monastère une église et quelques autres débris que l’on contemple avec un religieux respect.
Ce fut dans le cloître que le bienheureux Cassien composa ses Conférences spirituelles et ses autres ouvrages. Il mourut en odeur de sainteté, vers l’an 433. On voyait à Saint-Victor de Marseille un ancien tableau qui le représentait. Sa tête et son bras droit, renfermés dans des châsses, y étaient exposés à la vénération publique, en conséquence d’une permission accordée par le pape Urbain V. Le reste de son corps était sous une tombe de marbre qui se voyait dans une chapelle souterraine. La même église, par un privil6ge spécial, honore Cassien le 23 de juillet.