‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 49 sur 229 · SAINT FÉLIX, ÉVÈQUE DE NANTES · texte numérisé non relu

SAINT FÉLIX, ÉVÈQUE DE NANTES

ne ralentissait en rien sa sollicitude pour les affaires ecclésiastiques.

L’an 567, sous le pape Jean III, fut assemblé un concile national à Tours, pour divers besoins de l'Eglise. L’archevèque Euphrone y présida, et notre Saint, qui était de sa province, ne manqua pas de s’y trouver. On y fit de très-beaux canons pour la réformation des mœurs et pour l'utilité des diocèses. Le troisième ordonne qu’on conserve le corps de Jésus-Christ sur l’autel, non pas au rang des images, mais sous la croix ‘. Le cinquième, que chaque ville nourrisse ses pauvres et que les ecclésiastiques, aussi bien que les bourgeois qui en auraient le moyen, nourrissent chacun le leur, afin d'empêcher la mendicité et le vagabondage. Le vingt-deuxième, que les curés et les prêtres ne manquent point de corriger par les censures ecclésiastiques ceux qui, retenant encore des restes du paganisme, offriraient des sacrifices à Janus au premier janvier, ou présenteraient des viandes au jour de la chaire de saint Pierre, ou feraient des cérémonies inconnues à l'Eglise auprès de certaines pierres, arbres ou fontaines. Saint Félix souscrivit à ces canons en ces termes : « Félix, pécheur, évêque de l'Eglise de Nantes, j'ai consenti et j'ai souscrit ». Etant retourné dans son diocèse, ilen fit la visite en commençant par sa métropole, pour les faire observer plus exactement. Il eut un soin particulier que le saint Sacrement fût placé sur tous les maîtres-autels avec beaucoup de décence et d'honneur. Désirant que personne ne se dispensât de secourir les pauvres, il en donna l’exemple le premier. Il choisit un bon nombre des plus misérables qu’il se chargea de faire subsister, et à qui il faisait donner tous les jours ce qui leur était nécessaire pour un honnête entretien. On s’empressa d’imiter une action si édifiante : l’ecclésiastique et le laïque, le gentilhomme et le bourgeois, le magistrat et l’homme privé, chacun, selon ses moyens, prit un ou plusieurs pauvres et contribua selon son pouvoir à les tirer de leurs pressantes nécessités, de sorte qu’en peu de temps l’on ne vit plus de mendiants dans les rues de Nantes.

Il n’eut pas grande peine à établir le même ordre dans les autres lieux de son diocèse; mais ce qu'il trouva plus difficile, ce fut de faire observer le vingt-deuxième canon, surtout en certains villages, où les paysans, en embrassant le Christianisme, avaient néanmoins encore retenu beaucoup de superstitions du paganisme. Cependant, il s’appliqua avec tant de prudence et de vigueur à réformer cet abus, qu’il en vint heureusement à bout . et qu'on se défit partout, au moins en public, de toutes les observances et des cérémonies que l’idolâtrie y avait introduites.

Sa charité, qui était sans bornes, ne put être renfermée dans l’enceinte de son diocèse; il la répandit au dehors, en envoyant de l’argent pour racheter des prisonniers qui étaient entre les mains des Saxons. L'édifice de sa cathédrale étant achevé avec une magnificence et une beauté qui n’avaient point leur semblable dans aucune autre église de France, il en fit la dédicace en présence de plusieurs prélats. Saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers, était du nombre : et c’est ce qui lui donna l’occasion de faire la description en vers des ouvrages d’architecture, des riches tableaux, des vases sacrés d’or et d’argent, et des autres ornements qu’il vit dans ce superbe temple. Lorsqu'il fut dédié, saint Félix eut soin d'y faire célébrer avec beaucoup de solennité et de révérence les divins offices et le sacrifice auguste de la messe, et d’y assembler souvent tout le peuple pour lui distri-

1. Ut corpus Christi in altari non imaginario ordine, sed crucis titulo componatur. D'autres voient dans ces paroles le sens suivant : « ]1 ne faut pas ranger sur l'autel les pains qui doivent être consacrés pour la communion du peuple, dans un ordre arbitraire, mais sous forme de croix ».

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buer le pain de la parole de Dieu. Voici un autre trait du zèle que ce bienheureux prélat avait pour la sainteté de la maison de Dieu. Un jeune libertin, capitaine de la garnison française, lui ayant souvent demandé et fait demander sa nièce en mariage sans pouvoir rien obtenir, eut l’effronterie de l’enlever à la faveur de ses soldats, afin de l’épouser malgré lui; et, pour éviter les poursuites de la justice, il se réfugia avec elle dans l’église de Saint-Alban. Le Saint n'ignorait pas la sainteté des asiles, pour qui les empereurs et les rois et surtout les pontifes et les évêques avaient toujours eu une souveraine vénération; mais, sachant bien qu'ils étaient pour les crimipels et non pour les crimes, et qu'ils ne devaient pas servir de retraite aux impies, pour commettre plus librement leurs sacriléges, il entra luimême courageusement dans cette église et lui arracha cette proie qu'il voulait immoler à sa passion au pied du sanctuaire.

Il serait à souhaiter que les auteurs qui vivaient de son temps nous eussent marqué plus en particulier les autres actes héroïques de vertu qu’il a pratiqués durant sa vie; nous y verrions sans doute un exercice continuel de la foi, de l’espérance et de la charité, de l’humilité, de la pénitence, de l'austérité chrétienne et de toutes les autres vertus, qui composent l’homme parfaitement spirituel. Il eut sur la fin un démêlé avec saint Grégoire de Tours, qui aussitôt après sa promotion à ce siége archiépiscopal, s’offensa d’un service rendu par Félix à Riculphe, qui avait été son compétiteur, et lui écrivit à ce sujet des lettres fort aigres. Le zèle de saint Grégoire fut sans doute en cette circonstance un peu précipité. Il faut admirer la douceur et la patience de Félix qui, malgré ces reproches, conserva toujours à son égard le respect et l’amour qu'il devait à sa dignité et à son mérite.

Enfin, dans une maladie contagieuse qui dépeupla presque toute la Bretagne, il fut lui-même cruellement attaqué; il lui en demeura une fièvre et une langueur qui lui causèrent des douleurs extrêmement aiguës, et l’enlevèrent enfin de ce monde vers l’an 582, dans la soixante-dixième année de son âge. Son corps fut enterré avec de grands honneurs dans la superbe cathédrale qu’il avait fait bâtir, et plusieurs miracles firent dès lors connaître son mérite. Le nombre des guérisons qui se firent dans la suite à son tombeau, engagea un de ses successeurs à Le lever de terre, et à le faire enfermer dans une châsse d'argent doré. Sa tête néanmoins fut séparée du reste du corps et mise dans un chef d'argent. On l’invoque particulièrement contre la peste, contre la guerre et contre la dislocation des membres.

La ville de Nantes ne conserve plus aucune relique de saint Félix depuis la révolution française. Aucune chapelle de la cathédrale n’est dédiée à ce saint évèque. Depuis 1857, la fête se fait double mineur, le 7 juillet, jour de la translation de ses reliques; avant le xvn° siècle, la fête de saint Félix était célébrée le 8 janvier, jour de sa bienheureuse mort.

Nous avons tiré cette vie, principalement des vers que le sayant évêque de Poitiers, saint Venance

Fortunat, a composés en son honneur, et de Votes locales fournies par M. J. Richard, vicaire général, — Cf. Vies des Saints de Bretagne, par Dom Lobineau.

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