SAINT GUNTHIERN OÙ GONTHIERN, ROI DE CAMBRIE
les grandeurs de la terre, il donna tout ce qu’il possédait pour acheter la
la perle précieuse de l'Evangile, et se retira dans l’île de Groix ou Groais située à une lieue de l'embouchure de la rivière de Blavet ?.
Ce fut dans cette affreuse solitude que Gunthiern vint cacher sa qualité et ses vertus, après s'être dérobé à ses courtisans et à ses domestiques. Il y demeura plusieurs années, connu des seuls pêcheurs de cette côte. Mais enfin le ciel le manifesta par tant de prodiges, que les deux seigneurs propriétaires du lieu, nommés Chemen et Heboen, lui rendirent toutes sortes de respects, et le firent connaître au comte Grallon, de qui l’île dépendait. Celui-ci envoya prier saint Gunthiern de le venir voir. Le Saint obéit, et Grallon demeura si édifié de son entretien et de son humilité, qu’il voulut le retirer de son rocher, et lui donna une portion de terre dans un lieu nommé Anaurot, situé au confluent des deux rivières Isol et Ellé, à l’extrémité orientale du pays de sa domination, qui est le lieu même où la ville de Kimperellé* ou Quimperlé fut bâtie.
Le comte du pays de Vannes, Guérech I°, voyant ses vassaux menacés de la famine, parce que les vers, qui mangeaient le blé en herbe, ruinaient entièrement l'espérance de la moisson, jugea qu’il n’y avait point de meilleur moyen d'arrêter cette calamité, que d’avoir recours aux prières de Gunthiern. Persuadé de leur efficacité, il députa vers lui trois des principaux habitants de Vannes, Guedgual, Catuoth et Cadur, pour le supplier d'avoir pitié de tout le pays. Le Saint, sensible aux misères des peuples, envoya de l’eau bénite, et ordonna qu’on en jetât quelques gouttes sur la campagne ; ce qui n’eut pas plus tôt été fait, que tous les vers qui la ravageaient moururent, comme si cette eau fût devenue pour eux un poison. Le comte, par reconnaissance, donna à saint Gunthiern une terre située sur la rivière de Blavet, nommée Vegnac, et depuis Kervegnac ou Chervegnac, qui a ensuite passé en main séculière *.
Saint Gunthiern mourut au commencement du vi° siècle, et fut enseveli à Chervegnac, où il s'était retiré. Durant les incursions des Normands, son corps fut transporté et caché dans l’île de Groix; il y fut découvert dans le x° sièle.
CULTE ET RELIQUES
Sa mémoire s’est toujours conservée dans l’abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé (Sancta Crux Trecorensis, de l'Ordre de Saint-Augustin, dans l’ancien diocèse de Tréguier, diocèse actuel de Saint-Brieuc, Côtes-du-Nord), dont on l'a cru le fondateur, dans l'ile de Groix, et en d’autres lieux. En 1088, on bâtit dans l’enclos du monastère de Quimperlé une chapelle en l'honneur de saint Gunthiern, qui fut bénite en 1089, et rétablie sur ses ruines, en 1497, par F. Pierre de Kaer, chambrier. Il n’en restait plus que des masures en 1678, et on acheva de la détruire tout à fait, pour tracer le plan du palais abbatal. La tête du Saint fut portée dans la chapelle souterraine de Saint-Gurloès, et placée du côté de l’épitre. L'église du prieuré de Doüelan, située sur un bras de mer, à deux lieues de Quimperlé, était dédiée à saint Gunthiern. Il y avait aussi une chapelle sous le même nom, à l’une des pointes de l'ile de Groix, où était autrefois l'oratoire de saint Gunthiern, et ce lieu porte encore le nom de Loc-Guthiern. Il s’y tenait tous les ans une assemblée, le jour
1. Ile de France, pres de la côte du département de Morbihan.
9. Cette rivière prend naissance dans le département des Côtes-du-Nord, passe à Hennebon et Y devient navigable. Elle tombe dans la rade de Lorient.
3. Kemperellé, en breton, signifie confluent d'Elle. Cette ville est à trois lieues de Port-Louis, et à huit de Quimper.
4. Quelques calendriers de la province donnent au saint le titre d'abbé ; c'est une erreur. Il n'y a pas eu d'abbaye dans le lieu qu’il habitait, avant le xe siècle, époque à laquelle Alain Cagnart, comte de. Cornouaille, fonda celle de Quimperlé,
de la fête du Saint, qui était de solennité double, et qui, tombant au 29 juin, jour consacré à la mémoire des apôtres saint Pierre et saint Paul, se transférait au 3 juillet. Un acte de l’abbaye de Quimperlé, du x1e siècle, fait mention du cimetière de Saint-Guthiern, et, dans un autre acte, de l'an 4983, il est parlé du port Saint-Guthiern,
Nous nous sommes servi, pour compléter cette biographie, des Vies des Saints de Bretagne, par Dom Lobineau.