SAINT THIBAUD DE MARLY, ABBÉ
gneur, tout ce peuple, réuni pour la solennité du très-Bienheureux confesseur Grimbaud, et faites qu'étant fortifié par ses éclatants exemples, il mérite d’être inscrit au livre de l’éternelle béatitude ».
Vies des Suints des diocèses de Cambrai et d'Arras, par l'abbé Destombes, — Cf. Acfa Sanctorum, vixi julii ; Le Légendaire de la Morinie.
SAINT THIBAUD DE MARLY, ABPÉ DES VAUX-DE-CERNAY *, AU DIOCÈSE DE VERSAILLES
1247, — Pape : Innocent IV. — Roi de France : Saint Louis.
Jamais Saint, après saint Bernard, n’a plus aimé la sainte Vierge, et s'il est vrai que celui qui invoque Marie est assuré de son salut, il ne faut point douter que saint Thibaud ne soit admis dans les tabernacles éternels.
Anonyme : Zloge de saint Thibaud.
Thibaud était fils de Bouchard, seigneur de Marly, de l’ancienne maison de Montmorency, et de Mathilde ou Mahaud de Châteaufort, personnes également nobles et verltueuses. Marly fut le lieu de sa naissance et de son éducation. Il fut l’aîné de trois garçons et d’une fille, arrière-petit-fils de Mathieu, premier du nom, connétable de France sous Louis le Jeune. On lui fit apprendre très-peu les belles-lettres, mais tous les exercices propres à la noblesse de cette époque ; il y devint fort habile : il n’y en avait point qui sût mieux monter à cheval et faire des armes, ni qui se distinguât davantage dans les jeux publics, les courses de la bague et les tournois. Cependant il ne négligeait pas la piété, et surtout il avait une singulière dévotion envers la sainte Vierge, qu’il honorait comme sa bonne Mère et sa chère Maîtresse : ce fut aussi cette dévotion qui donna lieu à son entière conversion. Car, allant un jour à un célèbre tournoi, où plusieurs seigneurs devaient lutter contre lui, comme il passait devant une église, il entendit sonner une messe ; il descendit de cheval, entra dans l’église et entendit la messe tout entière avec d'autant plus de dévotion, qu’on la célébrait en l'honneur de la sainte Vierge; après la messe, il piqua vers ses compagnons; mais il fut bien surpris de les voir venir au-devant de lui, pour le complimenter de la victoire qu’il avait remportée dans les jeux. Il en témoigna d’abord quelque étonnement ; mais reconnaissant aussitôt, à ce qu'ils disaient, que son bon ange avait pris sa figure et qu'il avait joûlé en sa place, il ne s’en expliqua pas davantage. Se retirant alors dans l’église d’où il venait, après avoir rendu grâces à la Mère de Dieu d’une si insigne faveur, il fit vœu de quitter le monde et de renoncer à toutes les grandeurs et aux satisfactions que le siècle lui promettait.
L'abbaye des Vaux-de-Cernay était alors très-florissante. Notre Saint s’y
1. Valles Cernaüi ou Sarnaü, abbaye de l'Ordre de Cîteaux, fondée l'an 1128 par Simon, seigneur de Néaufle-le-Chlet, connétable du roi, et par son épouse Eva, qui y furent tous deux inhumés. Elle était située à l'extrémité du diocèse de Paris : on dit même qu'une partie de ses domaines et les bâtiments appartenaient au diocèse de Chartres. L'église était sous l'invocation de la sainte Vierge et de saint Jean- Baotiste. Vaux-de-Cernay est aujourd’hui du diocèse de Versailles.
retira ; à peine eut-il pris l’habit, qu'on vit briller en lui toutes les vertus religieuses. Ses compagnons, qui ne pouvaient le suivre, admiraient sa modestie, son silence, son humilité, sa ferveur, son assiduité à l’oraison, et surtout son esprit doux et maniable, qui était comme une cire molle entre les mains de ses supérieurs. Les plus anciens bénissaient Dieu de leur avoir envoyé un jeune homme qui joignait à la noblesse de son sang et aux perfections de son corps, une âme si bien née et tant de rares qualités spirituelles. Comme il n’avait presque point étudié, on lui donna un maître, qui lui apprit, en peu de temps, ce que l’on apprend dans les écoles publiques. Sa vertu croissant toujours avec l’âge, on l’élut prieur du monastère, et, quelque temps après, l’abbé Richard, sous lequel il avait exercé cette charge avec une prudence singulière, étant décédé, il fut mis en sa place. Il résista quelque temps à cette inclination de ses confrères ; mais, ne pouvant leur faire changer de résolution, il fut obligé de se rendre à leurs instantes prières. Comme ils ne l'avaient élu qu'après une longue épreuve de sa justice et de sa charité, ils n’eurent pas sujet de se repentir de leur choix. Ils eurent en lui un supérieur sage, vigilant, miséricordieux, rempli de compassion pour les besoins de ses frères et toujours prêt à les secourir.
Thibaud ne crut pas que l’abbé dût avoir d’autres droits et priviléges que d’être l'exemple de sa maison, et de surpasser autant les autres religieux dans toutes les vertus monastiques qu’il les surpassait en dignité. Son humilité était si prodigieuse, qu’il n’y avait point d'emploi dans le monastère, quelque vil qu’il fût, auquel il ne s’abaissât avec joie. Il se chargeait souvent d’allumer les lampes de l’église, du dortoir et de linfirmerie ; …il nettoyait les souliers et les habits de ses frères ; il chantait au chœur, à son tour, les répons qu’on fait ordinairement chanter aux plus jeunes clercs. Il ne faisait point de difficulté de servir d’aide aux maçons, et de porter des pierres et du mortier sur ses épaules pour avancer les bâtiments de son couvent. Enfin, il était si pauvrement vêtu, qu’il l’'emportait en cela sur le dernier des frères convers. Ces pratiques d’humilité étant sues dans l'Ordre de Ciîteaux, les abbés lui en firent un reproche au Chapitre général, où sa qualité l’obligea de se trouver ; mais il leur ferma aussitôt la bouche en leur disant qu’ «ils ne le reprendaient pas et ne trouveraient pas à redire à sa conduite, s’il était venu bien monté et qu'ils lui vissent un habit précieux et éclatant ».
Ce qui le rendait surtout admirable, c'était sa dévotion et sa tendresse pour la Sainte Vierge ; il pensait continuellement à elle; et il avait l’adresse de rapporter à sa gloire tout ce qu'il disait et tout ce qu’il faisait. Lorsqu’on écrivait des livres pour le chœur, il voulait qu’on formât toujours son nom en lettres rouges ; quand il l’entendait prononcer, son amour lui faisait dire ces belles paroles : « Nom suave de la bienheureuse Vierge, Nom vénérable, Nom béni, Nom ineffable, Nom aimable dans toute l'éternité ». S'il passait devant le grand autel, où était le Saint-Sacrement, il disait d’un cœur plein de joie : « Béni soit Jésus-Christ, fils de Dieu, qui, par sa naissance temporelle, a rempli d’une gloire indieible Notre-Dame, sa très-digne et très-glorieuse Mère ». On lui dit un jour qu’il pouvait y avoir de l’excès dans cette affection pour la Vierge Marie, parce qu’il semblait qu'il partageât son cœur entre Dieu et elle, et que Jésus-Christ n’en eût pas l’entière possession. Mais il satisfit à cette plainte par une réponse aussi chrétienne que modeste : « Sachez », dit-il, « que je n’aime la Sainte Vierge autant que je fais, que parce qu’elle est la Mère de mon Seigneur Jésus-Christ; que si elle ne