SAINTE VÉRONIQUE GIULIANI, VIERGE
elle donna ses deux souliers à un malheureux qui en manquait; quelque temps après, elle les vit aux pieds de la sainte Vierge, tout éclatants de pierreries. Elle saisissait la moindre occasion de souffrir en union avec Jésus-Christ. Sa main ayant été prise sous une porte qu’elle fermait brusquement, le sang en coula avec abondance. « Je goûtais alors », dit-elle, « une consolation délicieuse, en pensant à ce que sainte Rose de Lima avait souffert. Les remèdes qu'on m'appliquait m'étaient à charge, car j'aurais voulu souffrir comme elle sans soulagement ».
Dans son zèle excessif pour le bien, elle réprimandait, elle maltraitait même ceux qu’elle voyait commettre les moindres fautes. Un jour, elle qui était si douce et si patiente, ne put s'empêcher de donner un soufflet à une servante qu’elle vit commettre une mauvaise action ; elle se reprocha bientôt ces excès de zèle, comme de grands crimes, dont elle fit pénitence.
Le père d’'Ursule ayant obtenu la place de surintendant des finances à Plaisance, alla s’y établir avec sa famille. C’est dans cette ville qu’Ursule fut admise pour la première fois à la sainte Communion, le jour de la Purification, en l’année 1670, n'étant encore âgée que de dix ans. Le soin qu’elle mit à se préparer à cette grande action lui valut une faveur précieuse ; car, dès qu’elle eut reçu le corps de Jésus-Christ, elle se sentit le cœur tout embrasé. De retour à la maison, croyant que cet effet était commun à tous ceux qui communiaient, elle demanda à ses sœurs avec simplicité si cette ardeur durerait longtemps. La surprise que leur causa sa question lui fit comprendre que c'était une grâce particulière que le Seigneur lui accordait. Il lui en fit bientôt de nouvelles, en lui inspirant le goût de l’oraison. C’est dans ce saint exercice, si nécessaire pour se soutenir dans la pratique de la vie chrétienne, que la jeune Ursule, alors âgée de douze ans, comprit les dangers du monde et les avantages de l’état religieux. Aussi prit-elle dès cette époque la résolution invariable de se consacrer entièrement à Dieu. Son père, qui l’aimait avec une affection particulière, avait sur elle des desseins bien différents ; il voulait lui faire contracter un mariage honorable. Elle était recherchée par plusieurs nobles, à cause de sa beauté, et l’on essayait de lui donner l’amour des plaisirs du monde; mais tout fut inutile. « Faites ce que vous voudrez », disait-elle, « je serai religieuse ».
Après trois ans de séjour à Plaisance, Ursule fut renvoyée par son père à Mercatello, chez un de ses oncles ; elle y donna de nouvelles preuves de sa vocation, et eut de nouveaux combats à soutenir pour y rester fidèle. Après avoir vaincu un grand nombre de difficultés, elle obtint enfin la permission d'entrer chez les Capucines ! de Citta di Castello, ville de l'Etat de l'Eglise. Ce fut le 17 juillet 14677 qu’elle s’y présenta; elle prit l'habit le 28 octobre suivant, et reçut le nom de Véronique. Son noviciat fut pénible par les efforts que fit le démon pour la décourager et la jeter dans le désespoir. La Passion de Jésus-Christ servit à la fervente novice de consolation et de force dans ses tentations, et elle fit avec une ardeur admirable, à l’âge de dix-sept ans, sa profession solennelle, le 4° novembre 1678. Elle
1. La France possédait avant la Révolution quelques maisons de cet institut. Louise de Lorraine, veuve d'Henri III, roi de France, laissa en mourant une somme assez considérable pour fonder à Paris un cou-— vent de Capucines. Ses intentions furent remplies par la duchesse de Mercœur, sa belle-sœur, qui fit bâtir dans la rue Saint-Honoré ur£ maison pour les religieuses de cet Ordre. Elles y entrèrent en 1606. Louis XIV les transféra dans le monastère qu'il fit construire pour elles, et qui était situé dans la rue qui porte encore leur nom. Elles en furent chassées en 1792, et leur maison a été démolie. Les religieuses formèrent plus tard une réunion dans la rue de Montreuil, où elles vivaient d'une manière édifiante, observant avec exactitude leur règle qui est très-austère. En 1823, le défaut de ressources pécuniaires les força de se disperser. De tous les anciens couvents de Capucines en France, celui de Marseille est le seul qui subsiste aujourd'hui.
éprouva tant de joie d’être consacrée à Dieu, que jusqu'à sa mort elle célébra l'anniversaire de cet heureux jour avec une dévotion extraordinaire.
Véronique ne fut pas longtemps sans recevoir la récompense du sacrifice qu’elle avait fait avec tant de générosité, en renonçant au monde et à tous les avantages qu’elle pouvait y trouver. Dieu se communiqua d’une manière toute spéciale à cette âme innocente, et la combla de ses plus précieuses faveurs. Dans les occupations des différents offices de la communauté auxquels on l’employa successivement, tels que ceux de cuisinière, de dépensière, d’infirmière, et au milieu des embarras de sa charge de mattresse de novices ou d’abbesse, elle était aussi recueillie que si elle n’avaït eu à songer qu'à son âme. Toujours égale à elle-même, elle se regardait comme la servante de toutes, et mettait la plus grande attention à bien remplir l'emploi qui lui était confié. Le Seigneur lui fit connaître le prix des croix et des souffrances ; aussi Véronique disait qu’elles étaient sa joie et son plaisir. Elle s’étudiait à supporter avec patience les défauts et les imperfections de ses sœurs; elle mettait en pratique cette maxime, qu’elle répétait souvent à ses novices, et qu’elle regardait comme capitale surtout dans la vie religieuse : « Quiconque veut être à Dieu doit mourir à soi-même ».
À l’âge de trente-trois ans, notre Sainte connut que Notre-Seigneur voulait l’associer plus intimement à ses souffrances, à ses mérites, et se l’unir par les liens du plus pur amour. En 1693, elle eut plusieurs fois la vision d’un calice que lui présentait tantôt la main de Jésus-Christ, tantôt celle de sa sainte Mère : il contenait les souffrances auxquelles Véronique était conviée. Elle sentit à la même époque les douleurs du couronnement d’épines, et bientôt l’on observa sur sa tête Les traces d’une couronne, comme si on Ja lui avait réellement mise. Ces traces formaient des boutons qui paraissaient produits par des piqûres. Les médecins qui furent appelés augmentèrent encore les souffrances de Véronique par les remèdes violents qu’ils employèrent pour la guérir. Ainsi, ils lui appliquèrent un bouton de feu à la tête; ils lui percèrent la peau du cou avec une grosse aiguille rougie, pour lui faire un séton. Les religieuses, effrayées du mal qu’elle allait endurer dans celte opération, ne voulurent pas l’assister; elle prépara elle-même l'aiguille, et supporta avec une patience admirable la douleur qu’on lui causa. D’autres moyens de ce genre, employés pour la soulager, ne produisirent aucun effet, et les médecins furent forcés de l’abandonner, en avouant qu'ils ne savaient à quelle cause attribuer ces maux dont ils ne connaissaient pas la nature. é
Cependant l'union de Véronique avec Jésus-Christ augmentait chaque jour ; elle ne vivait que pour lui, et elle lui montrait, par sa soumission dans les peines qu’elle éprouvait, l’ardent désir qu’elle avait de faire en tout la volonté divine. Faut-il ensuite s'étonner que le Seigneur, qui trouvait une âme si docile, lait favorisée de dons qu’il n’accorde qu'aux plus parfaits de ses serviteurs? Elle avait, en 1675, commencé, avec l'agrément de ses supérieurs, un jeûne rigoureux au pain et à l’eau. C’est pendant ce jeûne, qui dura trois ans, qu’elle reçut une blessure que Jésus-Christ lui-même lui fit au cœur. Le vendredi saint de l’année 1697, tout occupée des souffrances de Jésus-Christ, elle gémissait de ses fautes passées, lui en demandait pardon et lui témoignait l’ardeur qu’elle avait de partager ses tourments. Le Sauveur lui apparut crucifié, et de ses cinq plaies sortirent cinq rayons enflammés qui lui firent autant de blessures aux pieds, aux mains et au côté.