‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 98 sur 229 · SAINT HIDULPHE, ARCHEVÊQUE DE TRÈVES · texte numérisé non relu

SAINT HIDULPHE, ARCHEVÊQUE DE TRÈVES

étant venu à mourir, le clergé et le peuple jetèrent aussitôt les yeux sur Hidulphe dont les talents et les vertus brillaient d’un vif éclat; mais notre Saint, effrayé du fardeau qu’on voulait lui imposer, le repoussa de toutes ses forces, se regardant indigne d’une charge si élevée. Les princes, les évèques, le clergé, les moines et le peuple redoublèrent leurs instances, et Hidulphe finit enfin par accepter la charge pastorale.

Dès lors il redoubla ses austérités, qui étaient déjà très-grandes. Sa charité envers les pauvres était admirable : il n'avait rien qui ne fût à eux et qu'il ne leur distribuât Hibéralement. Le soin du salut des âmes était son occupation principale. Il y travaillait par ses prédications , ses visites, ses exhortations, ses réprimandes, ses bons exemples, ses prières continuelles, et surtout par la vertu de l’auguste sacrifice de la messe, qu’il célébrait tous les jours. Parmi les actions mémorables de son épiscopat, il faut remarquer l'élévation et la translation du corps de saint Maximin de Trèves, lun de ses prédécesseurs, dans une chapelle qu’il avait fait bâtir en son honneur. Il était encore dans le lieu où saint Paulin, évêque du même siége, l’avait inhumé, et il était couvert d’une tombe si pesante, que l’on ne pouvait la lever de place ; mais saint Hidulphe la remua lui seul fort facilement ; et, ayant trouvé dessous cette incomparable relique, il la mit dans une châsse de cyprès et la transporta avec beaucoup de solennité dans le lieu qu'il lui avait destiné. Il construisit ensuite un monastère en ce lieu, et l’enrichit de ses bienfaits.

Vers l’an 665, il introduisit la règle de Saint-Benoît dans le monastère : de Saint-Maximin, fondé dans le 1v° siècle. Il en augmenta les revenus et y . rétablit une régularité si parfaite, que cette maison devint l’admiration de ce siècle. Cette abbaye fut détruite pendant la révolution française.

Le saint prélat portait envie depuis longtemps à ces religieux qui avaient le bonheur de vivre loin du monde, dans la contemplation des choses célestes : il soupirait après l’heure où il lui serait donné de les imiter. Il put enfin faire mettre en sa place, sur le siége épiscopal de Trèves, les uns disent saint Véomade, abbé de Saint-Maximin, d’autres, saint Basin; après quoi il alla se renfermer dans le monastère de Saint-Maximin. Mais voyant qu'il ne pourrait trouver, dans son propre diocèse, l’obscurité qu’il cherchait, il se retira secrètement, vers l’an 374, sur les frontières de la Lorraine, dans les montagnes des Vosges. Il y bâtit un monastère, qui fut appelé Moyenmoutier , parce qu'il était au milieu de ceux de Senones, d’Etival, de Saint-Dié et de Bonmoutier, puis il y fit construire deux églises, Pune en l’honneur de la sainte Vierge, et l’autre en l'honneur de saint Pierre ; plus tard 1l en ajouta une troisième, en dehors de l’enceinte, pour les pèlerins et les malades qui venaient implorer son secours et celui de ses religieux, lui donnant le nom de Saint-Jean-Baptiste ; puis une quatrième qu’il dédia à saint Grégoire. Il plaça cette dernière sur une colline au midi du monastère, au milieu du terrain qu'il avait choisi pour en faire le cimetière de la communauté.

Après ces constructions, qui furent rapides, il s’adonna à la contemplation pour laquelle il avait quitté la dignité épiscopale : cela ne l’empêcha pas de recevoir comme disciples beaucoup de personnes distinguées, soit par leur naissance, soit par leur mérite, qui vinrent se ranger sous sa direction. De la sorte, son monastère fut bientôt rempli de saints religieux, dont la vie était toute céleste. Il y venait aussi une foule de malades et d’estropiés pour recevoir du soulagement dans leur misère, parce que Dieu lui avait donné la grâce des miracles à un si haut degré, que, par sa seule

prière, il rendait la santé à ceux qui imploraient son assistance. De là vint que beaucoup de séculiers bâtirent des maisons aux environs de Moyenmoutier, et que ce lieu, auparavant désert et inhabitable, commença à être extrêmement peuplé. :

Parmi ceux qui se rangèrent sous la conduite de saint Hidulphe, on compte saint Spinule ou Spin, saint Jean et saint Bénin, dont il se servit utilement pour la propagation de la vie monastique en ces pays. Saint Erard, son frère, le vint aussi trouver et demeura longtemps avec lui.

On rapporte une chose bien admirable : Hidulphe, appréhendant que la foule, qui venait continuellement à son monastère, attirée par ses miracles et par ceux de saint Spin, son disciple, qui mourut longtemps avant lui, ne ruinât enfin l’observance régulière et ne le détournât, aussi bien que ses religieux, des exercices de la vie contemplative, s’adressa à ce cher disciple déjà décédé, et prosterné devant son tombeau, il le pria, les larmes aux veux, et même lui commanda de cesser de faire des miracles. Aussitôt les miracles cessèrent d’être aussi nombreux : le bienheureux Spin obéit ainsi à la voix d’un homme mortel, pour nous faire connaître le mérite de l’obéissance, préférable aux plus grands miracles.

Nous ne nous arrêterons point à rapporter ici les dons que divers princes et seigneurs firent à Moyenmoutier et aux autres maisons fondées par saint Hidulphe ; sa réputation était si grande dans le pays, que tout ce qu'il y avait de plus noble et de plus distingué le regardait comme un homme venu du ciel : on s’empressait de lui témoigner du respect et de la bienveillance.

Saint Hidulphe se lia intimement avec saint Déodat ou Dieudonné, vulgairement appelé saint Dié ‘, qui, ayant quitté l'évêché de Nevers par un motif semblable à celui de notre Saint et à celui de saint Gundelbert, évêque de Sens, fondateur de Senones, s'était réfugié dans le désert du Val de Galilée, où il avait bâti le monastère de Jointures, depuis appelé Saint- Dié, ainsi que la ville qui s’y est formée. Ce monastère fut nommé Jointures à cause de la jonction du ruisseau de Rothbach avec la Meurthe, qui s’opère dans le voisinage. Hidulphe et Dié, postés à deux lieues environ l’un de l’autre, se rendaient visite une fois tous les ans pour s’éclairer et se soutenir mutuellement dans la carrière commune de la vie spirituelle. Au jour destiné pour cette visite, ils partaient à la même heure pour venir l’un audevant de l'autre. Lorsqu'ils s'étaient joints, ils se mettaient à genoux sur la place même de leur rencontre ; et après avoir fait oraison, il se donnaient le baiser de paix, et s’entretenaient ensuite du séjour futur de l’autre vie. Ce saint commerce dura près de huit ans. Au bout de ce terme, saint Hidulphe perdit cet excellent ami, si l’on peut dire que les Saints font une perte lorsqu'ils se laissent devancer par celui qu’ils doivent suivre dans le repos éternel auquel ils aspirent et vers lequel ils marchent.

Comme saint Dié avait recommandé sa communauté à saint Hidulphe en mourant, les religieux de Jointures ne voulurent point avoir d'autre abbé que lui. Notre Saint se vit ainsi obligé de se charger de leur conduite. I les gouverna néanmoins sans quitter Moyenmoutier, et il mit à Jointures un vicaire, qui y fit les fonctions de prieur. Il entretint ces deux maisons dans une union admirable ; et, en l’honneur de celle qui avait existé entre saint Dié et lui, il permit aux religieux de l’une de visiter ceux de l’autre une fois l'an, tour à tour. Il continua les rudes exercices de sa pénitence

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