‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 107 sur 220 · SAINT GAUZLIN, TRENTE-QUATRIÈME ÉVÊQUE DE TOUL ET CONFISSEUR · texte numérisé non relu

SAINT GAUZLIN, TRENTE-QUATRIÈME ÉVÊQUE DE TOUL ET CONFISSEUR

autre on lui donna la terre d’Ambleville, le fief de Boucq, Aingeray, Molésiac, Girauvoisin, le péage du Mont-Saint-Elophe, ce que le roi Henri possédait à Gondreville, et plusieurs autres terres.

Gauzlin entreprit de rétablir la chapelle de Saint-Mansuy qui menaçait ruine, et d'y établir l’ordre monastique. 11 confia le soin de cette entreprise à Archembaud, abbé de Saint-Epvre, qui mit en ce lieu quelques religieux sous la conduite d’un prieur, leur fournissant, des biens de son abbaye, de quoi subvenir à leurs nécessités. Archembaud commença ia construction projelée, mais la mort qui le prévint, lempêcha de l’achever. Cet honneur était réservé à saint Gérard, comme il eut celui de fonder et de doter le monastère de ce faubourg de Toul.

Les Hongrois, sollicités par Conrad, gendre de l’empereur Othon, étant entrés en Lorraine, l’an 954, pillèrent et saccagèrent tout le pays, prirent la ville de Toul et la dépouillèrent de telle sorte, que les habitants furent obligés d’aller chercher leur subsistance au dehors. A peine resta-t-l trois chanoines pour faire l'office à la cathédrale ; encore avaient-ils beaucoup de peine à trouver de quoi ne pas mourir de faim. L’évêque, touché de tant de maux, pria les seigneurs de la contrée et l’empereur même, de lui donner secours. Othon ordonna le rétablissement de l'Eglise de Toul dans ses anciennes possessions.

Cependant le pieux évêque ayant rétabli l’abbaye de Saint-Epvre, réso- Jut de fonder un nouveau monastère où il placerait des vierges chrétiennes qui, sous la Règle de Saint-Benoît, honoreraient d’un culte particulier la bienheureuse Marie toujours Vierge. Ayant connu que, sur la montagne de Bouxières, dans son diocèse, existait un ancien temple consacré à la sainte Mère de Jésus-Christ, mais abandonné et tout à fait négligé, malgré les prodiges nombreux que le Seigneur y avait opérés, en faveur des infirmes de tous les genres qui étaient venus y prier, il pensa que ce sanctuaire pouvait être avantageusement relevé et devenir l’oratoire du monastère qu'il cons truirait à côté. Mais afin d’agir avec prudence et maturité, il consulta, sur ce dessein, Archembaud, abbé de Saint-Epvre, et d’autres personnes de jugement solide et de véritable piété, qui, toutes, le confirmèrent dans cette généreuse résolution. Dieu favorisa les saintes intentions de son serviteur ; 1 lui fit trouver de pieuses filles, remplies de bonne volonté qui, n'ayant point de retraite, attendaient que la Providence leur fournit les moyens de faire leur salut dans la clôture d’un monastère. Il leur donna pour supérieure Rothilde, formée aux vertus monastiques par le célèbre Humbert, reclus de Metz, et qui eut bientôt fait de sa communauté un mcdèle de régularité pour les religieuses, un sujet d’édification pour tout le pays.

Afin d'assurer à ce nouvel établissement une existence paisible et honorable, le saint prélat se fit pauvre et lui donna plusieurs terres de son évèché. L'abbaye de Bouxières-aux-Dames (Puxeriæ)! devint ce qu'avait été l’ancienne église de la montagne, le but d’un pèlerinage fameux où l’on prétend qu'il se fit plusieurs miracles. On cite, entre autres, la guérison d’un muet, en commémoration de laquelle on entretenait toujours dans Pabbaye un muet qui, le jour de la fête de saint Gauzlin, allait à l’offrande le premier, même avant l'abbesse, C’est aussi en mémoire de ce prodige

1. L'abbaye de Bouxières fut sécularisée vers le milieu du xv? siècle et transformée en un chapitre de Chanoïnesses qui n'acceptait que des personnes pouvant justifier de seize quartiers de noblesse.

La fondation de ce monastère et la consécration de son église ont fourni la matière d'une délicieuse légende dont les religieuses avaient fourni les leçons 5e et 6° de l'office de leur saint patron et dont l'abbé Lyonnois à conservé le texte latin dans le premier tome de son ZZistoire des villes vicille et neuve

de Nancy:

attribué à l’intercession de saint Gauzlin que, tout récemment, l’établissement des sourds-muets de Nancy a été placé, à la demande de son habile directeur, M. Piroux, et par ordonnance épiscopale, sous le patronage de ce bienheureux Pontife des Toulois.

Quatre ans avant sa mort, saint Gauzlin fut attaqué d’une maladie violente qui ne le quitta plus et qui lui fournit l’occasion d'exercer sa patience. Enfin, après avoir gouverné pendant quarante ans son Eglise, avec un zèle infatigable, il mourut, comblé de mérites, le 7 des ides de septembre (7 de ce mois), l'an 962. Il fut transporté, par son clergé et son peuple, à l’abbaye de Bouxières qui lui devait sa fondation.

CULTE ET RELIQUES

Les religieuses de Bouxières firent bâtir une chapelle souterraine sur son tombeau, et conservèrent son corps dans une chässe très-riche. Le chef du bieuheureux évèque fut mis dans un buste d'argent; la mâchoire fut donnée à la cathédrale de Toul qui garda longtemps cette relique dans un autre buste très-précieux.

Eu 1635, les religieuses de Bouxières, eflrayées des ravages que faisaient dans le pays les goldats Suédois, Hongrois et autres, qui pillaient les églises et portaient partout la désolation, résolurent de soustraire à la rapacité sacrilége de ces dévastateurs la châsse qui renfermait les reliques de saint Gauzlin, leur trésor le plus précieux. Elles la firent, en conséquence, transporter à Nancy, chez les religieuses de Saint-François, vulgairement nommées les Sœurs-Grises, qui la reçurent et lui donnèrent une lidèle hospitalité. Elles l’en retirèrent le buitième jour d'octobre 1659, alors que la tranquillité publique fut rélablie, après leur rentrée dans le monastère qu'elles avaient forcément abandonné. Après avoir été solennellement reconnues, ces reliques furent extraites de la châsse qui les renfermait, pour être placées dans une autre châsse beaucoup plus riche, qu'avait oflerte l’abbesse Anne-Catherine de Cicon.

Le 12 janvier 1734, on fit une nouvelle translation des restes de saint Gauzlin, de cette dernière chässe dans une aulre plus riche encore, provenant tant des largesses du chapitre de Bouxières, que d'un présent considérable de l'abbesse Anne-Marie d’Eltz-d'Ottange, et enfin des débris de l'aucienne dont il fut possible de tirer parti.

A l'époque malheureuse de la suppression des couvents, madame de Messey, dernière abbesse de Bouxières, avait emporté, avec elle, à Luxembourg, où elle se retira pour se soustraire à la persécution, la chàâsse de” saint Gauzlin et les précieux restes qu’elle reufermait. À sa rentrée en France, M. l'abbé Raybois, auparavant prévôt du chapitre, el qui avait accompagné, dans l'exil, la vénérable chanoinesse, rapporta les reliques du saint évêque de Toul et les remit entre les mains de Mgr Osmond, lilulaire de Nancy. Elles reposent aujourd'hui dans l’ancienne châsse des reliques de saint Sigisbert, à la cathédrale primatiale, dans la chapelle collatérale dédiée sous le vocable du bienheureux.

Les reliques de saint Gauzlin ne se reduisent pas à ses ossements desséchés. Plusieurs objets dont il fi usige pendant sa vie mortelle ont heureusement échappé aux raviges du temps et des révolutions. Ce sont : un calice, une patène, un évangéliaire et un peigne liturgique. Un voile de calice avail été aussi longtemps conservé; il à fini par disparaitre sans qu'on ait pu découvrir quelle direction il avait prise.

Autrefois, les personnes attaquées de la teigne allaient en pèlerinage à Bouxières-aux-Dames, et demandaient que leur chevelure füt touchée du peigne de saint Gauzlin, afin d'obtenir leur guérison, C’est probablement à cette circonstance qu'il faut attribuer la disparition des dents les plus fines de ce petit meuble. Quant aux autres, elles ont dù nécessairement triompher des cheveiures les plus incultes. D'où vient qu'autrefois, en Lorraine, on disait d'un individu dont la chevelure était en désordre, qu’il s'était peigné avec le peigne de saint Gauzlin.

Extrait de l'Æistoire du diocèse de Toul et de celui de Nancy, px M. l'abbé Guillaume, chanoine de Nancy.

SAINT RAYMOND NOMNAT, GARDINAT, 391

DE L'ORDRE DE NOTRE-DAME DE LA MERCI DE LA RÉDEMPTION DES CAPTIFS. 1240. — Pape : Grégoire IX, — Roi de France : Louis IX.

Charitas Christi urget nos.

HIS Cor vs LE

Raymond Nonnat exerce envers les esclaves : 19 la miséricorde corporelle en les rachetant et les ren-— dant à la santé et à leur patrie; 20 ia miséricorde spirituelle, en les fortifiant dans la foi et les consolant par l'espérance.

L'abbé Martin, Panégyriques.

Saint Raymond Nonnat naquit en Catalogne, l’an de Notre-Seigneur 1204, à Portel, bourg dépendant de l’évêché d'Urgel. Son père était de la noble famille des Sarrois, appelée depuis de Segers, fort connue en Espagne, et alliée aux célèbres maisons de Foix et de Cardone. Sa mère était morte d’une grave maladie dont elle se vit attaquée au septième mois de sa grossesse ; les médecins assuraient que l'enfant était mort aussi, et que c'était même sa mort qui avait occasionné celle de sa mère ; le père, néanmoins, ne put jamais se résoudre à la voir conduire en terre sans avoir la connaissance de ce qu’elle portait dans ses entrailles ; un de ses parents, qui le vit dans cette perplexité, eut la hardiesse de tirer un poignard deson sein pour en fendre le côté gauche de la défunte, et l’on vit paraître aussitôt un bel enfant plein de vie, contre toute espérance humaine et au grand étonnement de tous ceux qui étaient présents.

Le père, qui regarda cette naissance comme une bénédiction particulière du ciel sur sa famille, changea ses regrets en actions de grâces, et fit, à l'heure même, baptiser ce fils, afin qu’il fût préservé de la mort de l’âme, comme il l'avait été de celle du corps. Le comte Raymond de Cardone, allié. de sa maison, fut son parrain, et le fit appeler Raymond comme lui; mais, depuis, on l’a surnommé {Vonnat, c'est-à-dire, en langage catalan, qui n'est pas né.

A peine eut-il l’usage de la raison, que, se voyant sans mère sur laterre, il fit choix de la sainte Vierge pour sa mère bien-aimée dans le ciel. Il n’en parlait partout que comme de l’unique consolation de sa vie, et, en quelque endroit qu’il en rencontrât l’image, 1l lui rendait ses devoirs avec nn amour et une dévotion qui ravissaient tout le monde. Son père, qui avait beaucoup de tendresse pour lui, craignant qu’il ne quitiât le monde, ne voulut pas lui laisser achever ses études ; mais lorsqu'il eut appris quelque chose dans les écoles, il le mit dans une de ses métairies pour en avoir la conduite. Raymond, qui se sentait porté à l’état ecclésiastique, fut morlifié de cette disposition ; mais, considérant les ordres de son père comme autant d’oracles de la volonté divine, il s’y soumit entièrement, et porta même son obéissance jusqu’à faire les fonctions de berger et à mener les troupeaux aux champs, sur les montagnes et dans les forêts. Ce fut dans cette espèce de solitude, que, redoublant d'amour et de zèle pour la sainte Vierge,

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