CULTE ET RELIQUES. — PÈLERINAGE DE SAINT-GILLES
Le corps de saint Gilles, enseveli dans une pierre vulgaire, devint bientôt l’objet d’une grande vénération. On le mit en évidence dans un reliquaire artistement travaillé, en laissant dans le sarcophage si simple où il avait été déposé quelques ossements, et le fer, pense-t-on, de la flèche qui avait percé la main du pieux solitaire. Cette translation eut lieu le 15 juin de l’année 925. Les papes Urbain II, en 1093, Adrien IV, en 1159, et Grégoire IX, en 1233, accordèrent de nombreuses indulgences aux pèlerins qui se rendaient en foule de diverses contrées, pour se prosterner auprès des restes de saint Gilles. En 1562, les chanoines de l'église collégiale de Saint-Gilles mirent à couvert les reliques de saint Gilles, qui furent transportées et déposées dans l’église Saint-Sernin de Toulouse. En 1865, on fit à Saint-Gilles la découverte de son tombeau avec les reliques qu’il renfermait. Le 22 octobre 1867, on célébra l'anniversaire de l'invention du tombeau du saint abbé, au milieu d’un concours immense de fidèles accourus pour assister à cette pieuse cérémonie.
L'église de Saint-Gilles donna des reliques de son glorieux patron à un grand nombre d’églises et de cités, telles que : la métropole de Strigonie, Saint-Sauveur d'Anvers, Saint-Gilles de Bruges, Saint-Gilles de Paris, Saint-Gilles de Bamberg, Saint-Gilles-sur-Vic, Saint-Gilles de Noirmoutiers, Saint-Gilles de Vannes, Saint-Gilles de Saint-Omer, Avesne, Tournai, Walcourt, Cambrai, Cologne, Prague, Bologne, Rome enfin dans l’église de Sainte-Agathe. Après avoir ainsi fait part de ses largesses, elle ne possédait plus que quelques parcelles de son corps; mais Mgr Plantier obtint de Toulouse une relique insigne, dont on fit la translation solennelle dans l’église Saint- Gilles, le 27 juillet 1862.
Après la cité dont saint Gilles fut le fondateur, dix-huit villes s'appellent de son nom, sans compter Saint-Gilles, dans l'ile de la Réunion. Mais à Saint-Gilles-Vieux-Marché, à Saint-Gilles- Pligneaux et à Saint-Gilles du Mené, dans la Bretagne, le 4er septembre, fête du saint patron, l’affluence des pèlerins est incalculable. Entre Péronne et Abbeville, en Picardie, où s'élève une belle église gothique à Saint-Gilles, gisent les ruines du monastère du mont Saint-Quentin, qui lui avait aussi dédié une chapelle et un autel. En Angleterre et en Irlande, sa mémoire a été de tout temps en grande vénération, et on y élève en son honneur une multitude d'élégantes et somptueuses églises. En Belgique, son culle est très-répandu.
Dans la forêt des Ardennes, saint Théodore, abbé du monastère de Saint-Hubert, construisit une église sous l’invocation de Saint-Gilles, vers le milieu du x1e siècle. A Brunswich, à Munster, à Bamberg en Bavière, à Sémichen en Hongrie, du x° au xurie siècle, surgirent des monuments remarquables, sous l’appellation de Saint-Gilles.
En 1044, Saint-Gilles était désigné comme l’un des trois célèbres pèlerinages du monde chrétien. Dom Mabillon cite une charte de cette époque, dans laquelle il est dit que les pèlerins visiteront Sainte-Marie-Majeure et Saint-Pierre de Rome, ou Saint-Jacques de Compostelle, ou Saint- Gilles. Un siècle plus tard, l’usage reçu sur le but de ces pèlerinages fut légèrement modifié, à cause des hérétiques Albigeois, parce que ce pèlerinage, qui touchait au théâtre où s'agitait le flambeau incendiaire de l'hérésie, eût été trop facile. Pendant cinq cents ans, une longue chaîne de concessions pontificales enlace ce pèlerinage comme une guirlande de roses qui charment le regard et parfument le cœur. En 1326, au mois de septembre, on vit arriver à Saint-Gilles cent pèlerins belges qui exécutaient une clause stipulée dans le traité conclu entre Charles le Bel et les Flamands. Du fond de l’Armorique, de la Grande-Bretagne, de la Germanie, de la Pologne, de la Hongrie, on accourait à flots se prosterner devant son tombeau pour implorer le Bienheureux dont il renfermait la dépouille et rappelait la mémoire. Le pèlerinage ayant cessé durant plusieurs siècles, a repris aujourd’hui son cours. Depuis l'invention de son tombeau, des prêtres, des reli-
gieux, des touristes, des archéologues, des caravanes pieuses, des paroisses même, sont allées en pèlerinage à Saint-Gilles.
Saint Gilles est invoqué contre l'incendie, le mal caduc, la folie et la peur.
Nous avons revu et complété cette biographie, avec l'Aisteire de l'Invention du tombeau de saint Gilles, par M. l'abbé Trichaud, missionnaire apostolique.
SAINT VICTORIUS I OU VICTEUR,