‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 126 sur 220 · SAINT AGRICOL, ÉVÈQUE D’AVIGNON · texte numérisé non relu

SAINT AGRICOL, ÉVÈQUE D’AVIGNON

Dispensateur des divins mystères, il n’avait rien tant à cœur que d’en faire part aux fidèles ; et il employait toute son activité pour les disposer à s’en approcher dignement. Chargé du soin-des veuves et des vierges, qui, selon saint Cyprien, sont la plus noble portion de l'Eglise, il sut pourvoir à tous leurs besoins et les maintenir dans la piété; ministère périlleux qui ne demandait rien moins qu’une vertu aussi éprouvée que la sienne ; comme il était accoutumé à veiller sur lui-même, il se montra supérieur à toutes les faiblesses auxquelles l’exposaient sa jeunesse et la fréquentation nécessaire d’un sexe toujours dangereux, même par ses vertus. Administrateur

des biens temporels de l'Eglise, dont une partie doit être consacrée au sou-

lagement des pauvres, il n’eut garde de manquer à cette mission de cha-

.rité. Ministre de la sainte parole de l'Evangile, il fut toujours prêt à l’an-

noncer, lorsque les infirmités ou les grandes occupations de saint Magne laissaient le champ libre à son zèle. C’est ainsi qu’Agricol, en s’aquittant avec tant de fidélité des importantes fonctions d’archidiacre, montrait qu’il possédait aussi les qualités d’un excellent évêque. Il amenait par là, sans le vouloir, tous les esprits à le désirer pour pasteur, et à le choisir enfin, lorsqu'il en serait temps, pour succéder à son père.

Saint Magne, alors déjà affaibli par l’âge et par les travaux de son épiscopat, était sur le point d'entreprendre un long voyage dans l’intérêt de la religion, et il voulait prévenir les troubles auxquels son Eglise aurait pu être exposée, si la mort l’eût surpris pendant qu’il en était éloigné. A l'exemple de saint Augustin, il songea à s’assurer un successeur : pour en faire le choix, il consulta, dans une assemblée générale, le clergé et les notables de la cité. La délibération ne fut pas longue ; tous les suffrages furent pour Agricol, car tous les vœux l’appelaient depuis longtemps à remplacer son père. Il fut donc désigné, à l’unanimité des voix, pour le coadjuteur de saint Magne avec future succession. Le bienheureux vieillard voulut le consacrer lui-même de ses propres mains dans son église cathédrale. C'était en l’année 660 : notre Saint n'avait guère que trente ans.

Ce fut une grande consolation pour saint Magne que de confier son troupeau à un autre lui-même, de laisser son Eglise à son fils et de donner à cette épouse chérie, pour laquelle il avait tant travaillé, un pasteur dontle zèle égalait le sien, qui avait le même attachement pour elle, qui suivrait ‘en-tout ses maximes, et dans lequel on retrouverait toute la sagesse ettoute la douceur de son gouvernement paternel. Ces dispositions faites, il partit pour Châlon-sur-Saône. Il assista et souscrivit, avec plusieurs de ses comprovinciaux, au concile qui s’y tint. De retour à Avignon, Magné vécut encore environ dix ans, ne pensant plus qu'aux choses de l’autre vie. Enfin, le 48 août 670, il mourut, laissant à son Eglise les biens et les revenus qui lui restaient de son patrimoine, et à son peuple le précieux héritage de ses vertus, de ses exemples et de ses saintes reliques.

Agricol, se voyant seul chargé du diocèse, se livra avec un zèle infatigable à la conduite de son troupeau. Il se fit tout à tous pour gagner tout le monde à Jésus-Christ. Il était véritaslement le père de son peuple, et surtout le père des pauvres ; il employait à leur soulagement la plus grande partie des revenus de son Eglise. Mais encore plus attentif aux besoins des âmes, il distribuait régulièrement aux jours marqués le pain de la sainte parole ; et il prêcha toujours, disent ses vieux historiens, avec une force, une simplicité et une onction vraiment apostoliques. Il s’occupa du rétablissement de la discipline ecclésiastique dans son clergé, et il eut le bon-

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heur de réussir. Mais il s’attacha principalement à conserver parmi ses ouailles le dépôt sacré de la foi, à empêcher l’ivraie d’y croître avec le bon grain, à combattre, à extirper les erreurs que l’homme ennemi s’efforçait d’y glisser avec les vérités de la religion. Il s’appliqua aussi sans relâche à déraciner les vices du milieu de son peuple, à corriger les mœurs et à éloigner les scandales.

Tous ces efforts ne furent pas stériles. Le nombre des fidèles s’accrut considérablement, et la ferveur régna dans Avignon, IL semblait qu'il y avait entre les habitants une sainte émulation pour le bien; les sacrements étaient fréquentés ; il ne se faisait point de prières, point d'instructions publiques auxquelles tout le peuple ne voulût assister ; en sorte que l’église cathédrale, le seul temple qui fût alors debout, se trouva trop petite pour contenir la foule. Agricol résclut de remédier à cet inconvénient. Sa libéralité féconda son zèle : il fit bâtir une autre église à ses dépens. Ce fut sa propre maison, celle où il était né, qu’il voulut consacrer à un si saint usage !. Ce nouveau sanctuaire demandait de nouveaux ministres, et il fallait fournir à leur entretien. Agricol, dont le zèle était aussi libéral qu'’éclairé, trouva facilement le moyen de pourvoir à ces deux objets. Sa sagesse lui fit d’abord choisir les ministres dont il avait besoin pour le desservir, parmi les solitaires de l’abbaye de Lérins. Il fit donc venir des religieux de ce monastère, et mit un abbé à leur tête ; il leur accorda des priviléges en grand nombre, et dans sa générosité, il ne craignit pas d’affecter une partie de son patrimoine à leur entretien annuel. Bel exemple pour les riches qui, en sacrifiant le superflu des revenus que leur à départis la Providence, pourraient aisément créer des établissements utiles à la religion ou avantageux pour les pauvres !

Les moines de Lérins, attachés à la nouvelle abbaye, s’acquittèrent des fonctions du saint ministère avec tant d’édification, que le saint Evêque en appela d’autres, pour remplir dans sa cathédrale les places que le malheur des temps et le petit nombre des clercs avaient rendues vacantes. La régularité et la ferveur que leur présence fit naître dans les rangs du clergé de la cathédrale n’eurent pas une courte durée: pendant plusieurs siècles, elles furent un sujet d’édification pour la cité. Mais par suite de l’instabilité des choses humaines, cette ferveur finit par se ralentir, et la régularité s’affaiblit au point que les chanoines ne voulurent plus vivre en commun, comme avaient fait jusque-là leurs prédécesseurs, suivant l’usage adopté dans l'Eglise à cette époque.

Fort du zèle qui l’embrasaïit, assuré de l'affection de ses ouailles, saint Agricol, tout en travaillant sans relâche à établir le règne de Dieu dans les cœurs, s’occupait activement ainsi de donner à la maison du Seigneur l’éclat et la majesté qui lui conviennent. Suivant l’opinion généralement admise, notre bienheureux Pontife construisit encore quatre églises dans l'intérieur de la ville: deux s’élevèrent aux abords du théâtre romain, Saint-Pierre (alors appelée Saint-Pierre et Saint-Paul), et Saint-Symphorien ; une autre, Saint-Didier, fut bâtie sur les ruines d’un vieux temple païen dans le voisinage des Arènes, et la quatrième, Saint-Geniès, sur les bords de la voie publique qui traversait la cité, allant d’un côté à Bellinto, et de l’autre à Cypressetta. Il les confia aussi aux moines de Lérins. Il semble qu’en fixant ainsi à Avignon un si grand nombre de ses anciens frères,

1. La tradition veut que l’ancienne chapelle du Saint-Esprit qui porte aujourd'hui son nom, la pre

mière en entrant à droite, dans l'église qui lui est dédiée, soit bâtie sur l'emplacement de sa maison paternelle.

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