‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 127 sur 220 · SAINT AGRICOL, ÉVÊQUE D'AVIGNON · texte numérisé non relu

SAINT AGRICOL, ÉVÊQUE D'AVIGNON

saint Agricol ait eu connaissance de l’avenir et qu'il ait voulu sauver tous ceux qu’il pouvait des troubles qui éclatèrent à Lérins quelques années plus tard, et à la suite desquels le saint abbé Aygulphe ou Ayou fut massacré avec trente-deux religieux, dans l’île d’Amatis, entre la Corse et la Sardaigne.

Il fonda encore dans la banlieue une abbaye de femmes; il les soumit à la Règle de Saint-Benoît et leur donna pour abbesse sainte Victoire, dont le nom seul est parvenu jusqu’à nous. Ce couvent n'existe plus : la Durance, dans un de ses débordements si fréquents et si terribles, en a emporté jusqu'aux moindres vestiges. C’est vers l’an 690 que saint Agricol fit ses fondations pieuses. Six ans auparavant, il avait assisté Pétrone, évêque de Vaison, à l'inauguration du monastère que ce prélat venait de fonder dans le territoire de Malaucène, près de la source du Groseau, en l’honneur de saint Victor et de saint Pierre ‘. Sept évêques du voisinage accompagnèrent notre Saint à cette cérémonie.

Les actes anciens de l'Eglise d'Avignon rapportent qu’à cette époque, il s’abattit sur la ville un vol considérable de cigognes. Ces oiseaux, qui se nourrissent habituellement de reptiles, déposèrent sur les toits des maisons une telle quantité de serpents morts que l’air fut bientôt infecté des plus méphitiques miasmes, et qu’une épidémie ne tarda pas à se déclarer dans la ville. Touché du triste état de ses ouailles, le saint Evêque se mit en prière, et en vertu du signe de la croix, il éloigna aussitôt les cigognes qui s’enfuirent, pour ne plus reparaître, emportant les serpents, cause de tout le mal ; aussi, lorsqu'il s’agit de donner des armoiries à son Eglise, la cigogne fut-elle choisie, aux ailes éployées ou un serpent au bec, pour figurer sur son écusson. L'Eglise d'Avignon doit encore à saint Agricol l'usage de chanter l'office divin alternativement et à deux chœurs. Cette coutume, au dire de tous les historiens ecclésiastiques, avait pris naissance à Antioche ; le pape saint Damase l’établit ensuite à Rome, et saint Patient à Lyon ; mais ce ne fut que bien après qu’elle eut été établie à Avignon que le roi Pépin l’introduisit en France.

Après avoir pourvu à ces fondations, Agricol, sentant sa fin approcher, comprit qu’il devait employer les années de vie, qui pouvaient lui rester encore, à se préparer à bien mourir. IL avait sans cesse devant les yeux cette sentence de Notre-Seigneur, qui dit à tous, mais surtout à ceux qui sont chargés de la conduite des autres : « Heureux le serviteur que le maître en arrivant trouvera éveillé ». Dans cette pensée qui l’occupait constamment, il s’appliqua avec un renouvellement de zèle et de ferveur à la pratique des bonnes œuvres et à l’exercice des fonctions de son minisière pastoral. Il veillait sans cesse sur lui-même et sur son peuple ; ses prières devinrent plus longues et plus fréquentes, et ses austérités redoublèrent.

Tant de vertus pratiquées depuis un si grand nombre d’années, tant de travaux entrepris pour le bien de la religion devaient sans doute lui inspirer une grande confiance à la fin de ses jours, et lui faire envisager d’un œil tranquille et joyeux la mort qui allait lui ouvrir le ciel. Il était cependant pénétré d’une religieuse frayeur à la pensée des jugements de Dieu: son humilité profonde lui faisait fermer les yeux sur ses bonnes œuvres et ne lui montrait que ses imperfections. C’est pour cela qu’il implora les prières de son clergé et de son peuple, et qu’il recommanda à l’abbé du monastère

1. Le monastère du Groseau, situé près d'une véritable fontaine de Vaucluse en miniature, est surtout connu par le séjour qu'y fit, au xrve siècle, le pape Clément V.

qu’il avait fondé de ne jamais l'oublier, surtout dans la célébration des saints mystères. Mais il ne borna pas là les saintes industries que son humilité lui inspirait pour obtenir plus tôt la vision de son Dieu et la possession de la gloire éternelle : il fonda encore dans sa cathédrale une messe solennelle qui devait être célébrée à perpétuité pour le repos de son âme, laissant ainsi à ses ouailles un témoignage de sa foi touchant la vertu du sacrifice auguste de l'autel.

En s’occupant ainsi de sa dernière heure, il ne pouvait évidemment être surpris par la mort; et, comme il arrive ordinairement aux âmes justes, sa confiance filiale envers Dieu prenant enfin le dessus, loin de craindre le trépas, il finit au contraire par le désirer. Parce qu’il savait qu'il servait un Maître plein de bonté, il se rassura sur sa miséricorde, et soubaita ardemiment, comme l’apôtre saint Paul, la dissolution de son corps, pour être plus tôt avec Jésus-Christ. Plus ce moment fortuné pour lui approchait, plus il l’entrevoyait avec joie; mais avant de mourir il voulut, à l'exemple de son bienheureux père, se faire désigner un successeur. Un solitaire du voisinage, appelé Vérédème, qui était venu du fond de la Grèce se retirer dans ces contrées pour y vivre plus librement de la vie érémitique, lui parut l’homme que la Providence destinait à le remplacer dans le gouvernement de son Eglise ; et c’est sur lui qu’il fit tomber tous les suffrages, en lui donnant le sien, dans l'assemblée du clergé et du peuple qu’il convoqua pour délibérer à ce sujet, suivant la coutume de ce temps-là.

Après avoir pourvu de la sorte à la sûreté de son troupeau, il légua tous ses biens à son église et à la très-sainte Vierge à qui elle est dédiée, faisant ainsi connaître la dévotion particulière dont il avait toujours honoré lauguste Mère de Dieu. Il affranchit tous ses esclaves el les récompensa libéralement, en particulier celui qu’il avait chargé du soin de ses affaires temporelles.

Quelques jours avant sa mort, il exhorta pour la dernière fois ses ouail- ‘les à la pratique des vertus chrétiennes et à la fuite du péché; il leur fit voir les dangers du monde, la vanité de ses plaisirs ; il insista surtout sur la félicité éternelle dont jouissent les Saints. Enfin, chargé de mérites et de bonnes œuvres, il expira doucement entre les bras de Dieu, en qui il avait placé toutes ses espérances. Sa mort arriva le 2 septembre de l’année 700 ; il était dans la soixante-treizième de son âge et la quarantième de son épiscopat. Toute la Provence fut consternée à la nouvelle de cette mort. La ville d'Avignon fut dans la désolation : elle pleurait son enfant, son pasteur et son père. Aussi, le jour de ses funérailles, y eut-il un concours extraordinaire de peuple à la suite des restes du vénéré prélat : les différents corps de la cité accompagnèrent ce précieux dépôt jusqu’à l’église cathédrale.

On le représente souvent ayant à ses côtés une grue mangeant des serpents et des couleuvres: c’est pour rappeler que le Saint délivra les habitants d'Avignon d’une peste engendrée par ces reptiles morts qu'avait apportés une bande de cigognes.

CULTE ET RELIQUES

Saint Agricol fut inhumé, comme il l'avait désiré, dans la chapelle de Saint-Pierre, dite depuis du Saint-Rosaire, et à présent de Saint-Joseph, à l'endroit où il y avait, avant la Révolution, une grille de fer. On ne peut dire combien le Seigneur opéra de miracles sur cette tombe sacrée. Les habilants d'Avignon s’aperçurent de suite qu’ils avaient dans le ciel un protecteur puissant, Plu-

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