‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 128 sur 220 · SAINT AGRICOL, ÉVÊQUE D'AVIGNON · texte numérisé non relu

SAINT AGRICOL, ÉVÊQUE D'AVIGNON

sieurs chapelles furent, en peu de temps, érigées en l'honneur du saint Evêque. On lui en dédia une, entre autres, à Clary, dans les environs de Roquemaure : on la voit encore aujourd’hui ; autrefois, tous les samedis de l’année, le peuple des alentours y accourait en foule ; on y amenait toutes sortes de malades, des possédés même, pour oblenir leur guérison par l'intercession du Saint. Saint Agricol est encore honoré à Savoillans, jadis au diocèse de Gap; il y est vénéré comme le Patron de l’église paroissiale, et il y a donné des marques non équivoques de son crédit auprès de Dieu. Il était encore le titulaire de la chapelle de Loubières {de Lupartis), dans une île du Rhône, entre Beaucaire et Tarascon : Urbain II fait mention de ce patronage dans sa Bulle de l’an 4096, datée d'Avignon et adressée aux chanoines de la cathédrale dont il spécifie les biens.

En 1321, le pape Jean XXII, qui séjournait alors à Avignon, fit rebätir, sur de plus vastes proportions, l’église qui était placée sous son vocable ; il ÿ fonda un chapitre de douze chanoines qu’it dota avec munificence, et il ytransféra ses précieuses reliques ainsi que celles de son père qui jusque-là avaient reposé dans l’église cathédrale. Les saints corps furent placés dans une caisse de bois doré, sous le maïître-autel du nouveau sanctuaire. Il fit mettre le chef sacré de saint Agricol dans un buste d'argent, afin qu'on püt l’exposer à la vénération des fidèles et le porter solennellement en procession.

En 1393, les Avignonais jugèrent que son chef sacré n’était pas assez décemment renfermé dans un beste d'argent ; ils en firent faire un autre plus magnifique tout rehaussé d’or et de pierres précieuses, et pesant cent trente-sept marcs et six onces. Douze cardinaux, plusieurs prélats et un grand nombre d'habitants de toutes les conditions se firent un honneur de contribuer à la confection de ce riche joyau que depuis lors, jusqu’à la Révolution francaise, on ne cessa d'exposer sur l’autel du Saint et de porter aux processions les plus solennelles. Vers le milieu du siècle suivant, en 1458, on fit avec la plus grande pompe la reconnaissance canonique de l’état où se trouvait le corps de saint Agricol.

En 4495, on érigea à Avignon une Confrérie pieuse en l'honneur de saint Agricol ; elle prit, vers 1523, une nouvelle vie en “admettant dans ses rangs les premiers magistrats du pays et l'élite de la noblesse avignonaise. Cent ans après environ, elle reçut une faveur insigne : en 4618, le pape Paul V lui accorda à perpétuilé des indulgences nombreuses ; ce qui maintint pendant quelques années encore la ferveur dans son sein. Mais, par suite de l’affaiblissement, si général à cette époque, du sentiment religieux, cette pieuse association finit par disparaître, et, au milieu du dernier siècle, il en restait à peine le souvenir. En 1539, Mgr le vice-légat Charles Contamissa, évêque in partibus du Caire, sépara les reliques de saint Agricol d'avec celles de saint Magne, et, les ayant enfermées chacune dans une caisse de plomb, il les plaça de nouveau sous le maitre-autel dé l’église de notre Saint. En 1612, le maître-autel ayant été déplacé, à cause de l'agrandissement de l’abside, les reliques subirent une nouvelle translation. En 1625, Mgr l'archevêque Marius Filonardi permit de changer la châsse de saint Agricol et de la déposer dans une caisse de bois garnie de plomb doré à l'intérieur et de brocard à l'extérieur ; il présida lui-même la cérémonie qui fut magnifique, ainsi que la procession générale qui se fit à cette occasion.

En 1628, le Rhône sortit de son lit et fut sur le point de pénétrer dans ia ville. Dans cette extrémité, les regards des Aviguonais se tournèrent de suile vers leur céleste protecteur, et, en quelques heures, le fleuve eut reprit son cours accoutumé. En reconnaissance de ce bienfait et pour en perpétuer la mémoire, la piété publique éleva en face même de la porte du Rhône, en aval du pont Saint-Bénézet, comme pour commander aux flots, une statue de saint Agricol. Un accident imprévu détermina, en 1660, la chute de ce monument qui ne tarda pas à être relevé. Il en fut de même, un siècle après, en 1763,

En 1647, saint Agricol fut choisi pour premier patron de la ville d'Avignon, et ce fut à dater de cette époque que sa fète fut chômée dans la ville à légal de Noël et de Pâques. Cette fête restant circonscrite aux murailles de la ville, la Sacrée Congrégation des Rites, sur la demande du Conseil, l’étendit à la banlieue, ainsi qu'il conste de l'ordonnance de Mgr de Manzi, en date du 7 août 1764,

En 1793, l'église de Saint-Agricol fut fermée comme toutes les autres ; et, après avoir servi quelque temps d'atelier à des forgerons, elle devint un magasin général de poudres et de salpêtres. Ce ne fut qu'en 1795 qu’elle fut, sur les instances de quelques hommes de. foi, rendue par la municipalité à la religion catholique. En 1801, elle reprit son rang de première paroisse du diocèse, auquel] elle unit, jusqu'en 1836, celui de cathédrale, l'antique basilique métropolitaine de Notre- Dame des Doms n'ayant pu être entièrement restaurée qu'à cette époque.

Quant aux reliques de saint Agricol, elles furent sauvées de la-profanation par les mains d'un curé assermenté, appelé Pignatelli, qui les fit cacher avec celles de saint Magne au fond d’un tombeau voisin du chœur. Elles furent retrouvées en 1810, et, en 1826, Mgr de Mons les rendit à la vénération publique. Elles furent alors replacées sous le maître-autel où elles sont encore aujourd'hui. Malgré les événements qui se sont succédé depuis le commencement de ce siècle, la dévotion des Avignonais envers leur, saint Patron n’a subi aucune altération, et elle est sortie de Ja tourmente révolutionnaire pure comme à son premier jour. La solennité publique, au lieu de se faire le 2 septembre, se célèbre le dimanche suivant avec non moins de pompe qu’autrefois: L'office propre du Saint, que. Mgr de Gontery avait fait composer en 1741, a été, en 1856, approuvé

par le Saint-Siége et imposé non-seulement à la ville et à son territoire, mais encore au diocèse entier. Et chaque fois que la population sent la main de Dieu s'appesantir sur elle, elle recourt avec confiance à son céleste protecteur, et elle ne manque jamais de sentir promptement les salutaires effets de son puissant crédit au céleste séjour.

Tiré de la Vie de saint Agricol, par M. Augustin Canron. — Cf. Acta Sanctorum.

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