‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 130 sur 220 · SAINT ÉTIENNE, PREMIER ROI ET APÔTRE DES HONGROIS · texte numérisé non relu

SAINT ÉTIENNE, PREMIER ROI ET APÔTRE DES HONGROIS

saint Adalbert, et ce fut dans les exemples et les leçons d’un si sage prélai qu'il acquit une grande sainteté. Il ne pouvait souffrir les mœurs barbares et inhumaines que les Hongrois, venus des Scythes, avaient conservées jusqu’alors. Il les en reprenait souvent avec véhémence, et, les assemblant par troupes autour de lui, il leur représentait, au contraire, la beauté, l’innocence et la pureté de la loi de l'Evangile. L’oraison et la contemplation des vérités divines étaient le plus doux entretien de son âme ; il s’y appliquait le plus qu’il pouvait, et, lorsque le secours des pauvres et des autres malheureux, pour lesquels il avait une bienveillance particulière, loccupait au dehors, il ne laissait pas d’avoir Dieu devant les yeux et de converser amoureusement avec lui. Quand il eut passé quinze ans, son père se déchargea sur lui d’une partie des affaires de son Etat, et, voyant que Dieu l'avait doué d’une prudence singulière, il déférait beaucoup à ses avis et ne faisait rien sans l’avoir appelé à son conseil. Il lui confia même le commandement général de ses armées. |

Geysa étant mort en 997, Etienne lui succéda. Son premier soin fut de conclure une paix durable avec tous les peuples voisins. Il s’appliqua ensuite avec le plus grand zèle à établir solidement le christianisme dans ses Etats, mais un nombre considérable de Hongrois, opiniâtrément attachés à leurs superstitions, prirent les armes contre leur souverain. Quand ils se sentirent en forces, ils assiégèrent la ville de Vesprin. Etienne, plein de confiance en Dieu, se prépara à la guerre par le jeûne, l’aumône et la prière ; il sollicita aussi le secours du ciel par l’intercession de saint Martin et de saint Georges. Il livra bataille aux rebelles, et quoiqu'il leur fût inférieur en nombre, il remporta sur eux une victoire complète et tua leur chef. Pour signaler sa reconnaissance, il fit bâtir près du lieu où s’était donné le combat un monastère sous l’invocation de saint Martin, lequel fut depuis connu sous le nom de Montagne sainte. I] dota richement ce monastère, auquel il donna d’ailleurs la troisième partie des dépouilles enlevées aux ennemis. Il relève immédiatement du Saint-Siége et porte en Hongrie le titre d’archi-abbaye. Etienne, se voyant en liberté, reprit son premier dessein de procurer la gloire de Dieu par toutes sortes de moyens. IL fit venir des prêtres et des religieux recommandables par leur piété ; et ces saints missionnaires, en répandant de proche en proche la connaissance de Jésus-Christ, civilisèrent le peuple encore plongé dans la barbarie, fondèrent des monastères et bâtirent des églises. Quelques-uns d’entre eux obtinrent la couronne du martyre.

Le prince zélé fonda dix évêchés et l’archevêché de Gran ou de Strigonium. Après quoi, il envoya à Rome Astricus ou Anastase, nouvellement élu pour remplir le siége de Coloctz; il priait le pape Sylvestre IT de recevoir la Hongrie nouvellement convertie au nombre des Etats chrétiens et catholiques, de lui donner sa bénédiction apostolique, d'approuver l’érection des évêchés, de confirmer les évêques nommés, et, en même temps, d’agréer qu'il prit la qualité de roi et qu’il en portât les marques, afin de donner plus de poids et d'autorité à tout ce qu'il réglerait pour l’honneur de Dieu et pour la propagation de la foi et de la religion chrétienne.

Miceslas, duc de Pologne, qui, en épousant la fille de Boleslas, duc de Bohême, avait embrassé le christianisme en 965, avait aussi envoyé demander au Pape le titre de roi ; le Pape avait fait préparer une riche couronne qu'il devait mettre le lendemain entre les mains du chef de son ambassade. Mais, la nuit suivante, un messager céleste l’avertit en songe que cette couronne ne devait pas être pour le Polonais, mais pour Etienne, prince de

Hongrie, dont les députés se présenteraient le matin devant lui, parce que ses insignes vertus et son ardeur pour l’établissement de l'Evangile lui faisaient mériter cette préférence. En effet, Anastase eut audience le matin même. Le souverain Pontife, apprenant ce qu’'Etienne faisait pour le christianisme, confirma ce qu’il avait fait, et lui donna un plein pouvoir apostolique, pour fonder des églises et ériger des évêchés et des archevèchés, et pour y nommer les personnes qu’il jugeait dignes de les remplir; il lui permit de faire porter la croix devant lui comme un apôtre et lui envoya, avec une croix précieuse, la couronne royale dont nous avons parlé. Lorsque Etiénne apprit le retour de son ambassadeur, il alla au-devant de lui, et s'étant fait lire les bulles du Pape, il les écouta debout par respect. Il se fit sacrer, l’an 4000, par l’évêque qui lui avait apporté de Rome la couronne royale, et soumit son royaume à l'Eglise romaine.

11 fit de très-saintes lois pour abolir les coutumes barbares des Scythes et des Hongrois, et il en publia de très-sévères contre le meurtre, l’adultère, le vol, le blasphème et plusieurs autres crimes. Il pourvut à la protection des veuves, des pupilles et des orphelins, et à la subsistance des pauvres familles ; il défendit aux chrétiens de s’allier par le mariage aux infidèles, et obligea tous ceux qui n’étaient ni religieux, ni ecclésiastiques, à se marier, pour déraciner à la fois l’incontinence et l’idolâtrie. Peu de temps après son sacre, il épousa Gisèle, sœur de l’empereur saint Henri, princesse digne de cet honneur. Il la fit sacrer et couronner reine, et depuis elle coopéra avec lui à l'augmentation du culte de Dieu et à la propagation de la religion catholique. Etienne ne cessa point de fonder des églises dans tous les endroits de sa domination, et Gisèle en fit surtout bâtir une très-magnifique à Vesprin, à laquelle elle donna des ornements fort précieux avec de grands revenus pour entretenir des chanoines.

Ce sage monarque, non-seulement avait soumis son royaume et son diadème au Saint-Siége, mais il les avait encore mis sous la protection spéciale de la sainte Vierge, Reine du ciel et de la terre, à laquelle il portait une singulière dévotion : il fit bâtir, sous son invocation, une belle église dans la ville d’Albe, que l’on à surnommée la Royale, parce qu’il y faisait sa résidence ordinaire. Il étendit aussi sa piété hors de ses Etats et jusque dans Rome, dans Constantinople et dans Jérusalem ; il fonda à Rome une église collégiale pour douze chanoines, et un hôpital pour les pèlerins de Hongrie. I fit bâtir à Constantinople un temple, qu’il fournit de tout ce qui était nécessaire pour y entretenir le service divin ; et il fit construire à Jérusalem un monastère, auquel il affecta des revenus suffisants pour la subsistance d’une communauté de religieux. Cette libéralité envers les églises ne l’empêchait pas d’en exercer une très-grande envers les pauvres ; il ne les aimait pas moins que s’il eût vu Jésus-Christ en leur personne : aucun ne se retirait mécontent de sa présence. Il choisissait souvent la nuit pour exercer ces œuvres de charité, prenant plaisir à laver en secret les pieds des pèlerins et à cacher ses aumônes dans le sein des affligés et des mendiants. Un jour, ayant pris une bourse pleine d’argent, il s’en alla en habit déguisé, et sans nulle marque de sa dignité royale, pour en faire la distribution aux pauvres. Les premiers qu’il rencontra ne le reconnaissant point, et voulant tout avoir pour eux, se jetèrent sur lui, le renversèrent par terre, lui firent plusieurs outrages, jusqu’à lui tirer les cheveux et lui arracher la barbe, et lui prirent enfin sa bourse et tout son argent. Le saint Roi ne s’en émut pomt ; au contraire, se réjouissant d’avoir enduré quelque chose pour Jésus Christ, il s’adressa à la sainte Vierge et lui dit: « Vous voyez, Reine

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