‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 131 sur 220 · SAINT ÉTIENNE, PREMIER ROI ET APÔTRE DES HONGROIS · texte numérisé non relu

SAINT ÉTIENNE, PREMIER ROI ET APÔTRE DES HONGROIS

du ciel et de la terre, mon aimable Princesse, comment vos soldats ont traité celui que vous avez fait roi : si cette injure m'avait été faite par un ennemi, je ne la souffrirais pas, et, étant assuré de votre secours, j’entreprendrais d’en tirer vengeance ; mais puisqu'elle m’a été faite par ceux que votre Fils appelle les siens, je les en remercie, et je ne puis avoir que de l’indulgence et de la tendresse pour eux. Je sais que le divin Sauveur a dit que nul cheveu de notre tête ne périra ; ainsi je m’attends, pour cet affront, à recevoir de ses mains la couronne de la vie éternelle ». Après cet accident, il prit la résolution de ne jamais refuser la charité à aucun pauvre ; et, de fait, il fit de si grandes distributions à toutes sortes de nécessiteux, qu’on ne comprenait pas comment tous les revenus de son domaine y pouvaient suffire. Notre-Seigneur, pour favoriser les inclinations de sa charité, lui donna la grâce de guérir les malades. De plus, il lui accorda aussi le don de prophétie, de sorte qu’il connaissait les choses à venir, comme si elles se fussent passées devant ses yeux. On raconte qu’une nuit il fit partir en diligence un courrier, pour avertir les paysans des frontières de se retirer au plus tôt dans les villes, parce que les barbares allaient faire une irruption dans le pays : ce qui arriva effectivement, mais sans beaucoup de dégâts, parce que les habitants de la campagne s'étaient déjà enfuis avec ce qu’ils avaient de plus précieux.

L'empereur saint Henri, beau-frère et intime ami de notre saint monarque, étant décédé, Conrad, qui lui succéda, envoya une puissante armée en Hongrie, pour lui faire la guerre et s'emparer de ses Etats. Notre saint Roi mit aussitôt des troupes sur pied, pour s'opposer à cet ennemi ; mais, parce qu'il savait que les plus grands ennemis n’ont que de la faiblesse, sils ne sont soutenus par la force invincible du bras de Dieu, il s’adressa à la sainte Vierge, pour obtenir ce secours par son intercession : « Voulezvous », lui dit-il, « glorieuse Vierge Marie, que cette partie de votre héritage soit en proie à ceux qui nous haïssent, et que cette nouvelle plante du Christianisme soit étouffée dans sa naissance ? Si cela est, que votre sainte | volonté soit faite : mais agréez que ma défiance et ma lâcheté n’en soient pas les causes. Me voilà prêt à combattre ; donnez-moi la prudence et le courage qui me sont nécessaires pour m'acquitter dignement de ce devoir; et si j’ai mérité quelque châtiment, trouvez bon que je l’endure tout seul, et ne perdez pas ce peuple innocent avec son prince coupable ». Après cette! prière, ilse mit généreusement à la tête de ses troupes ; mais, dès le lendemain, un Courrier arriva de la part de l’empereur à ses capitaines, pour: faire retourner ses gens; de sorte que notre Saint demeura victorieux sans : combattre et délivré de la fureur de ses ennemis, sans que, de partni d'autre, il y eût de sang répandu. Conrad, qui n’avait point effectivement : contremandé son armée, fut bien étonné de la voir revenir sans avoir rien fait; mais, quand il sut de ses officiers qu’ils n’étaient revenus que, par un ordre venu de sa part, il vit bien que Dieu s’était mêlé de cette affaire, et que le courrier avait été envoyé par un plus grand Maitre que lui, qui-prenait saint Etienne sous sa protection.

La coutume de ce saint Roi était de donner le jour au gouvernement de: son royaume, de rendre la justice à son peuple, et de consacrer les nuits à: la prière, à la contemplation des vérités divines, à la pénitence et aux larmes. Son esprit était alors tellement transporté en Dieu, que son corps même le suivait quelquefois : un jour qu’il priait dans sa tente, il fut enlevé avec elle en l'air par les anges, jusqu’à ce que son oraison fût achevée. Sa réputation devint si grande, que ses voisins n'osèrent plus l’attaquer ; les

Barbares mêmes, qui étaient aux environs, lui portaient un singulier respect. On venait de loin en Hongrie, pour avoir le bonheur de le voir, comme la reine de Saba vint à Jérusalem pour être témoin de la sagesse incomparable du roi Salomon.

I1 fallait, pour consommer la vertu de ce sage monarque, qu’elle fût éprouvée et purifiée par des peines et des afflictions. Il en eut de trèsgrandes, qui eussent jeté tout autre dans le chagrin et limpatience. Il fut tourmenté d’une maladie aiguë qui dura trois ans. Ensuite, la mort lui enleva ses enfants : il ne lui restait plus que son aîné, Emeric, qui commençait à porter une partie du poids du gouvernement ; il était le soutien, la consolation de son père. Etienne le vit mourir sans postérité. Ce coup terrible jeta tout le royaume dans la consternation, mais ne put ébranler la constance de notre saint roi. Il se soumit aux ordres de la volonté divine, il en adora la conduite, lui rendit même grâce de la faveur qu’elle avait faite à son fils de l’appeler dans son royaume, à un âge où l’abondance des prospérités de la terre n’avait encore pu ternir son innocence. Il augmenta ses charités envers les églises, les monastères et les pauvres, pour soulager l'âme de ce cher fils, dont la sainteté éclata par des miracles, et pour en obtenir de Dieu un digne successeur {.

Quelque temps après, il retomba lui-même malade d’une fièvre lente qui le mina tellement, qu’il ne pouvait plus se soutenir. Quatre palatins en profitèrent pour attenter à sa vie. Ils étaient irrités de l’exactitude avec laquelle il faisait observer la justice, sans acception de personnes. Un d’entre eux entra pendant la nuit dans sa chambre, cachant son épée nue sous son manteau, pour exécuter son malheureux dessein. Mais Dieu, qui veille à la garde des rois, permit qu’il laissât tomber son épée; le Saint l’entendit, il était d’ailleurs instruit par révélation : il demanda ce que c’était; le parricide, tremblant, se jeta à ses pieds, et lui demanda pardon. Etienne lui accorda sa grâce; mais ses complices furent exécutés comme le bien de l'Etat l’exigeait.

Enfin, l’an 1038, selon Baronius, le jour de l’Assomption de la sainte Vierge, que les Hongrois, par le commandement de ce bienheureux prince, appellent la fête de la Grande-Dame, après avoir reçu dévotement les sacrements de l’Extrême-Onction et de l’Eucharistie, et exhorté les évêques, les ecclésiastiques et les seigneurs du royaume à y maintenir la religion catholique et à lui donner un digne successeur, il rendit paisiblement son âme entre les mains de Notre-Seigneur, pour recevoir la récompense due à sa piété et aux travaux de son apostolat.

On représente saint Etienne de Hongrie : 4° avec un drapeau qui porte l'image de la très-sainte Vierge, afin de rappeler qu’il avait mis son royaume sous la protection de la Mère de Dieu; 2° avec une église sur la main : non content de faire rentrer la nation magyare dans le giron de l'Eglise, ce qui lui valut du Saint-Siége le titre de roi apostolique, il fonda deux archevéchés et dix chaires épiscopales, sans compter les nombreuses églises qui s’élevèrent par ses soins ; 3° avec une épée à la main, pour indiquer les fréquentes occasions qu’il eut de tirer le glaive pour l’honneur de Dieu; 4° en groupe, avec saint Gérard, évêque de Czanad, dont il fut le coopérateur pour la conversion des Magvyars.

1. Emeric fut canonisé par Benoît IX ; on l’honore le 4 noyembre,

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