SAINT BERTIN
FONDATEUR ET ABBÉ DE SITHIU, AU DIOCÈSE D’ARRAS, 109. — Pape : Constantin. — Roi de France : Childebert III,
Non est alia via ad vitam, nisi via sanctæ crucis et guotidianæ mortificationis.
I n'y à pas d'autre chemin qui mène à la vie que celui de la sainte croix et de la mortification continuelle. Thomas à Kempis.
Saint Bertin naquit vers le commencement du septième siècle, aux environs de Constance, sur les bords du Rhin. Sa famille, noble et riche, le destinait à occuper un rang distingué dans le monde; mais Dieu jugea à propos de l’appeler à son service. Dès le berceau on remarqua en lui une inclination particulière pour les choses saintes; il n'avait rien des défauts ordinaires de l’enfance. Plus on s’efforçait de tourner ses pensées vers la gloire mondaine, plus il se sentait pressé de s’attacher à la seule gloire qui ne passe pas. Ces dispositions ne firent que grandir avec l’âge. Aussi dès qu’il lui fut possible de disposer de sa personne, résolut-il de se consacrer à Dieu dans la solitude. Suivant les traces de son parent, saint Omer, i'se retira, vers l’an 620, en compagnie de Mommolin et d’Ebertramne, aussi originaires des environs de la ville de Constance, au monastère de Luxeuil, dont la renommée disait tant de bien. Il y fut reçu par saint Eustaise.
Quoiqu'il fût très-jeune encore, ses premiers pas dans la vie monastique furent des pas de géant. Il parvint bientôt à un assez haut degré de perfection pour devenir le modèle de ses frères. Mais la pratique de la vertu ne Jui faisait point négliger l’étude. Heureux rival de ses compagnons Mommolin et Ebertramne, il fit de rapides progrès dans la connaissance de l'Ecriture sainte et de la discipline ecclésiastique. Mais toujours l’esprit de morlfication et de prière présidait à ses travaux, en même temps que l’humilité lui en cachait les glorieux résultats. Bref, il devint en peu de temps un modèle de vertu et de savoir, un religieux vraiment accompli.
Il avait passé environ vingt ans dans cette florissante solitude, quand son parent Omer fut appelé à occuper le siége de Thérouanne. Il est probabie que ce fut ce prélat qui appela dans son diocèse, pour l'évangéliser, Bertin, Mommolin et Ebertramne.
Quoi qu’il en soit, ces trois apôtres se rendirent dans ce pays, prêchant avec succès dans différentes parties de la Gaule, qu’ils traversèrent. A leur parole, les idoles tombaient, les ténèbres se dissipaient, les vices et la superstition faisaient place aux vertus chrétiennes; grâce à la coopération des trois missionnaires, et surlout à leurs exemples, saint Omer eut la joie de voir bientôt la face de son diocèse entièrement changée.
Les fonctions d’apôtres ne diminuaient en rien leur ferveur monastique; ils alliaient au zèle des œuvres extérieures ce goût d’oraison et de solitude, qui conslilue le véritable religieux. Saint Omer avait déjà bâti sur une colline ‘un oraloire, qu'il destinail à être son tombeau; il y plaga les trois