SAINT BERTIN, ABBÉ
11 demandait pardon de sa faute, en acceptait la punition, se recommandait aux prières de son père spirituel, et le suppliait surtout de bénir quelque breuvage qu’il pût boire avant de mourir. Bertin commanda aussitôt à un jeune moine d’aller chercher du vin dans un vase qu’il lui désigna : et comme le religieux affirmait que depuis un mois il n’était pas entré dans ce vase une seule goutte de vin, l'abbé lui enjoignit de nouveau d’obéir : ce que celui-ci ayant fait, il trouva le vaisseau rempli d’un vin délicieux. Bertin en bénit une coupe qui fut portée en diligence à Walbert. Au récit du miracle qui venait de s’opérer, le mourant but avec confiance le breuvage bénit, et recouvra aussitôt la santé. Plein de reconnaissance envers Dieu, il donna à Pabbé de Sithiü de nombreux domaines; et, peu après, renonçant au siècle, par le conseil du bienheureux, il alla prendre l’habit monastique à Luxeuil. Son fils, nommé Bertin, du nom de notre Saint, entra fort jeune à Sithiü, et y vécut très-saintement. On conservait ses reliques dans l’église de Saint- Omer. Beaucoup d’autres seigneurs, nouvellement convertis, vinrent aussi embrasser la règle sous la direction de Bertin, qui voyait chaque jour le nombre de ses enfants augmenter.
En 675, le bienheureux signa, en compagnie de saint Mommolin et de plusieurs autres évêques, le testament de saint Amand, évêque de Maëstricht, en faveur de l’abbaye d’Elnon. En 682, Thierry IL, roi de Bourgogne et de Neustrie, accorda à notre Saint l’exemption pour tout ce qu’il possédait sur le territoire d’Attigny. En 684, un seigneur, nommé Analfride, donna à Bertin le monastère d'Honnecourt qu’il avait fondé dans sa propriété sur l'Escaut, près de Cambrai, et dont sa fille Auriane était abbesse. Il en réservait seulement l’usufruit pendant sa vie et celle de sa fille. Après la mort de cette dernière, l'établissement passa aux mains de Bertin, qui en fit un monastère d'hommes.
Un autre seigneur, nommé Hérémar, avait donné à saint Bertin sa terre de Wormhol!t. En 695, le Saint y fit construire un monastère et y envoya quelques-uns de ses religeux, sous la direction de saint Winnoc, son disciple. C'était un jeune religieux qu’il avait élevé dès l’enfance, et qui avait dignement profité de ses leçons. Il jeta dès le début un grand éclat sur sa nouvelle fondation. L'église fut dédiée à saint Martin ‘. Suivant Jean d’Ypres, Bertin fit construire entre Wormholt et Sithiü un hôpital pour les pauvres, avec un chemin qui reliait les deux monastères. Le même auteur ajoute qu’entre les deux portes de Sithiü on avait établi une communauté de femmes appelées converses, qui, sans faire de profession régulière, portaient un habit religieux, servaient les pauvres à l'hôpital, réparaient les linges et les ornements d'église, et étaient chargées de recevoir les mères, les sœurs et les autres parents des moines, à qui l’entrée du monastère était interdite.
Notre Saint avait une dévotion particulière à la sainte Vierge, à qui son couvent était consacré. Un auteur n’hésite point à dire que c’est à cette première impulsion que le monastère dut d’avoir toujours conservé une si grande dévotion à Marie, et d’avoir donné tant de Saints au ciel. C’est ainsi que Dieu semblait combler son serviteur de faveurs spirituelles et temporelles. Les ravages du temps, les incursions des barbares, en 847 et 868, et surtout les incendies, en 881, 14000, 1031 et 1152, en détruisant les monuments de l’abbaye de Saint-Bertin, nous ont privés de détails sur la longue administration de saint Bertin. Nous savons seulement que Dieu bénit en iout ses travaux, et qu’il fut l'instrument de beaucoup de prodiges, que
1, Elle est devenue plus tard l'église paroissiale de Saint-Martin-en-l'Ile.
son humilité ne parvenait pas toujours à cacher. Maïs le plus grand de ses miracles, pour parler le langage de son historien, ce fut ce zèle infatigable au service de Dieu, et cette vigilance incessante sur les âmes qui lui étaient confiées. Il avait fondé et consolidé un monastère qui ne le cédait en rien aux plus florissants de cette époque ; pendant cinquante-sept ans, il l’avait administré avec sagesse, soutenu par ses exemples, embaumé par ses vertus ; la discipline la plus sévère y régnait ; il crut que l'heure de la retraite était venue pour lui : car il avait atteint près de cent ans. Il songea alors à se démettre de sa charge. Son grand âge en était le prétexte : au fond, le saint vieillard désirait consacrer ses derniers jours à se préparer à l'éternité. Il choisit pour son successeur le pieux moine Rigobert, et rentra dans la vie commune. Dès ce moment, il ne s’appliqua plus qu’à la contemplation des choses divines. Il avait élevé, du vivant de saint Omer, un petit oratoire en l'honneur de la sainte Vierge, près du cimetière de ses moines, et l’avait fait bénir par le pontife : c'était là qu’il venait habituellement se renfermer, passant les nuits en oraison, macérant son corps par les jeûnes et les veilles, avec toute la ferveur d’un jeune soldat du Christ. Il ordonna à Rigobert de construire, dans l’église du monastère, une chapelle à saint Martin, pour lequel il avait toujours eu une grande dévotion. Cette chapelle a été conservée avec soin pendant toute la durée de l’abbaye de Saint-Bertin.
Malgré son âge et ses vertus, le bienheureux n’était point encore à l’abri du tentateur. L'histoire raconte qu’une jeune libertine, inspirée par le démon, vint un jour, sous prétexte de parler des intérêts du couvent, mais dans l'intention secrète de lui tendre des piéges. Saint Martin apparut alors au vieillard pour le prévenir de cette ruse perfide. Et lui, plein d’une sainte indignation, s’arma du signe de la croix et chassa cette misérable. Mais, pour éviter le retour d’un semblable péril, il interdit l'entrée du monastère aux femmes, sous peine d’excommunication. A la fin du xui° siècle, cette loi était encore sévèrement maintenue.
Rigobert n’exerça sa charge que peu d’années. A l’imitation de son bienheureux maître, il rentra dans la vie privée et se consacra exclusivement aux œuvres de la piété. Bertin nomma à sa place Erlefride, qui avait été élevé à Sithiü dès le bas-âge, et qui soutint dignement l’œuvre de ses prédécesseurs.
Notre Saint, plein de mérites et de vertus, attendait avec calme sa récompense. Quand il sentit son heure approcher, il assembla ses religieux, et leur recommanda de ne point quitter le lieu où il les avait établis, mais d’y persévérer dans le service de Dieu et la pratique des bonnes œuvres. Puisil s’endormit paisiblement dans le Seigneur, le 5 des ides de septembre (9 septembre) 709. Il avait passé cinquante-neuf ans à Sithiü. Il fut enseveli avec de grands honneurs par l’abbé Erlefride, dans la chapelle de Saint- Martin, qu’il avait fait reconstruire.
On le représente portant un petit navire sans mât ; nous avons donné la raison de cette carastérislique.
CULTE ET RELIQUES
Quelques années après sa mort, l'abbé Erlefride établit un autel sur le tombeau mème du Saint ; de nombreux miracles s’y «pérèrent dans la suile. Nous citerons entre autres la guérison d’Adèle ou Alice, femme d'Arnould, comte de Flandre, qui, étant atteinte d'une maladie incurable, oblint des évèques de Thérouanne et de Cambrai, et de l'abbé de Saint-Bertin, la permission de visiter la châsse du bienheureux, faveur qui n'avait été accordée à aucune femme avant elle, pas