FRÈRE MINEUR, MARTYR A TORINGIE, EN PERSE
4340. — Pape : Benoit XII. — Roi de France : Philippe VI de Valois.
Non solum de salute tua, verum etiam de multorum meditare.
Ne pensez pas seulement à votre propre salut, mais aussi à celui des autres. Saint Augustin.
Le bienheureux Gentil de Matelica appartenait par sa naissance à une
famille noble de Matelica, petite ville de la Marche d’Ancône. Son enfance VIES DES SAINTS. — TOME X. 32
1498 ÿ SEPTEMBRE.
fut tout embaumée de piété et de pureté, et, à peine parvenu à l’adolescence, il se consacra à Dieu dans l'Ordre séraphique.
Après de brillantes études, il fut promu au sacerdoce, puis envoyé au Mont-Alverne. Ce lieu, célèbre à tout jamais par le séjour qu'y avait fait saint François, et par le prodige des stigmates qu’il y reçut, était la demeure de religieux choisis parmi les plus fervents. Le bienheureux Gentil, tout pénétré des souvenirs que lui rappelait la sainte montagne, s’appliqua avec un zèle indicible à marcher sur les traces du séraphique Père, et bientôt il apparut comme un modèle accompli de toutes les vertus.
Les religieux du Mont-Alverne, justes appréciateurs de ses mérites, l’élevèrent par deux fois à la charge de gardien. Gentil, par ses qualités aimables, gagna les cœurs de tous ses Frères; en même temps, il sut leur inspirer une sainte ardeur pour leur perfection, et maintenir parmi eux l’observance de la Règle dans toute sa pureté.
Le bienheureux Gentil parlait peu; mais, en revanche, il priait beaucoup. Non content de consacrer à l’oraison une grande partie du jour, il passait très-souvent la nuit aux pieds du très-saint Sacrement, absorbé dans la contemplation des choses divines, et le cœur rempli d’une joie toute céleste. Dans ses entretiens prolongés avec Dieu, il puisait ces heureuses inspirations qu’on remarquait dans ses discours, empreints de cette éloquence douce et persuasive qui va droit au cœur.
Il saisissait toutes les occasions d'annoncer au peuple la parole de Dieu; et le peuple était toujours avide de l’entendre. L’éloquence de sa prédication, soutenue par une vie austère et par un zèle que rien ne rebutait, ramena dans les sentiers de la vertu de nombreuses victimes du vice. Le miracle venant aussi à l’appui de sa parole, il put faire connaître la vérité à des âmes que l’erreur avait enveloppées de ses ténèbres épaisses. Après avoir évangélisé diverses contrées de l'Italie, pendant plusieurs années, notre Bienheureux obtint de ses supérieurs la permission d’aller prêcher la foi dans le Levant.
Avant de partir, il alla dire adieu à son père. Celui-ci, infirme et avancé en âge, se plaignait amèrement de ce que son fils le délaissait ainsi au déclin de sa vie : « Mon fils », lui disait-il, « vous ne voulez donc pas rester pour fermer les yeux à votre père, et le déposer dans la tombe ? » — « Mon père », répondit le Bienheureux, « je vous promets devant Dieu de revenir vous assister à vos derniers instants, et vous rendre les derniers devoirs ». — Consolé par cette promesse, le vieillard bénit son fils et le laissa aller.
Gentil parcourut successivement l'Egypte et la Palestine, puis il s’enfonça dans l’intérieur de la Perse. Cependant, malgré tous ses efforts et toute sa bonne volonté, il n’avait pu arriver à parler la langue arabe. Aussi, découragé, songeait-il à reprendre le chemin de l’Europe. C'était une épreuve par laquelle Dieu faisait passer son serviteur; bientôt il Lui fit connaître sa sainte volonté.
Celui qui donne, quand il lui plaît et à qui il lui plaît, la vocation apostolique, le Sauveur Jésus, lui apparut un jour, et lui dit, comme autrefois au Pr ophète : « Voici que j'ai placé ma parole sur tes lèvres; partout où je Venverrai, tu iras; et tout ce que je t’aurai révélé, tu le diras de ma part à ces nations infidèles », Au même instant, rempli de l'Esprit de Dieu, le Bienbeureux recoit le don des langues, et parle avec la plus grande facilité l'arabe et l’idiome persan.
Les conversions qu’il put alors opérer furent vraiment prodigieuses; on évalue à quinze mille au moins le nombre des infidèles et des Juifs auxquels