‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 165 sur 220 · LE BIENHEUREUX GENTIL DE MATELICA, MARTYR A TORINGIE · texte numérisé non relu

LE BIENHEUREUX GENTIL DE MATELICA, MARTYR A TORINGIE

il conféra le baptême. Le saint missionnaire ne négligeait rien de ce qui pouvait affermir dans la foi ses chers néophytes; ses jeûnes étaient continuels, son vêtement rude et pauvre, et, par amour pour Jésus-Christ, il méprisait comme de la boue toutes les choses de la terre. Exact observateur de la pauvreté évangélique, il ne prélevait sur les aumônes qui lui étaient faites que ce qui était strictement nécessaire à sa subsistance pour le jour présent, et, sans se préoccuper du lendemain, il faisait distribuer tout le reste aux autres pauvres.

Aussi, la confiance que ces peuples avaient pour leur apôtre était sans bornes. Lorsqu'on leur demandait quelle était leur croyance, ils répondaient : « Nous croyons la foi de frère Gentil ». Le ciel, d’ailleurs, confirmait par de nombreux prodiges la prédication du missionnaire. Ainsi, maintes fois, pendant qu'il prêchait, des multitudes d’oiseaux de différentes espèces venaient se rassembler autour de lui ; et, à la vue de l’auditoire émerveillé, ils paraissaient l’écouter avec attention.

Le don de prophélie ne manqua pas non plus à notre Bienheureux. Le Schah de Perse, ayant fait arrêter et jeter en prison tous les marchands vénitiens qui trafiquaient dans ses Etats, la république de Venise envoya à ce prince une ambassade, à la tête de laquelle était le célèbre Marc Cornaro. Ces ambassadeurs rencontrèrent sur leur chemin notre Bienheureux et l’emmenèrent avec eux. Chemin faisant, Cornaro tomba malade et fut, en peu de jours, réduit à l’extrémité. Gentil ne cessa de lui prédire sa prompte guérison, les vicissitudes et les épreuves qui l’attendaient, et il lui annonça enfin qu’un jour il serait, lui Cornaro, doge de Venise. Tout arriva comme le serviteur de Dieu l'avait prédit.

Gentil entreprit le pèlerinage du Mont-Sinaï, où reposent les reliques de sainte Catherine, vierge et martyre. Il y alla avec toute l'ambassade vénitienne. Or, un jour, il disparut soudain du milieu de ses compagnons de voyage; son absence dura huit jours, après lesquels il reparut au milieu des pèlerins étonnés. Son extérieur était aussi calme que s’il n’eût point bougé de place. Cornaro le pressa par toutes sortes de questions de lui découvrir où il était allé et ce qu'il avait fait pendant ces huit jours. Le serviteur de Dieu ne put s’empêcher d’avouer confidemment à son interlocuteur qu'il était allé en Italie, assister son père à ses derniers instants, qu’il avait présidé les funérailles, et pris part ensuite au conseil de famille pour le règlement des affaires.

Dès son retour en Italie, Cornaro alla aux informations, et tous les habitants de Matelica lui attestèrent qu’en effet Gentil était venu passer huit jours dans sa ville natale, qu’il avait assisté à la dernière maladie de son vieux père et qu’il n’était reparti qu'après les obsèques. La présence du Bienheureux dans sa patrie coïncidait exactement avec l’époque et la durée de sa disparition sur le Mont-Sinaï.

Gentil parcourut ensuite en apôtre l’Arabie et la Perse, remportant chaque jour de nouvelles victoires sur la secte impie de Mahomet. Il vint jusqu’à Trébizonde et Sarmastro, qu’il évangélisa, ainsi que les contrées environnantes. Son zèle y brilla avec plus d'éclat que jamais, autorisé par une infinité de miracles et récompensé par de nombreuses conversions d’infidèles,

Cependant, Dieu voulait couronner les travaux de son fidèle serviteur par l’auréole du martyre. Comme il prêchait à Toringie, ville de la Perse septentrionale, les farouches sectateurs de Mahomet, irrités des nombreuses conquêtes spirituelles qu’il faisait sur eux et des prodiges éclatants qu'il

opérait, le mirent cruellement à mort, le 5 septembre de l'année 1340.

Les précieuses reliques du saint martyr, obtenues à prix d'argent, par un noble Vénitien, nommé Nicolas Querini, furent transportées à Venise et déposées dans l’église des Frères Mineurs Conventuels, où elles sont encore. De nombreux prodiges accompagnèrent leur translation.

Le culte immémorial du serviteur de Dieu fut solennellement approuvé par le pape Pie VI; et, depuis, sa fête est célébrée par les Frères Mineurs, Observants et Conventuels, et par le clergé de Matelica, le 5 septembre, jour anniversaire de sa précieuse mort.

Tiré des Annales Franciseaines; tome wi.

PREMIER PATRIARCHE DE VENISE ET CONFESSEUR 4455, — Pape : Calixte II. — Empereur d'Allemagne : Frédéric I,

Le premier sacrifice de justice que l'homme doit faire à Dieu, celui qui lui est le plus agréable et qui le fait avancer davantage dans la perfection, c'est le sacrifice d'un cœur contrit à cause de ses péchés passés. Esprit de saint Laurent Justinien.

Saint Laurent Justinien, né à Venise en 1381, était fils de Bernardo Jus. tiniani, qui tenait un rang distingué parmi la première noblesse seigneuriale, Sa mère se nommait Querini, et était issue d’nne maison qui n’était pas : moins illustre que celle de son père. Celle-ci resta veuve de bonne heure, avec plusieurs enfants en bas âge. Malgré sa jeunesse, elle ne pensa qu’à se sanclfier dans son état, résolue de n’en jamais changer. Elle se regarda comme dévouée à la pénitence et à la retraite, et ne s’occupa plus que du jeûne, de la prière et des autres bonnes œuvres. L'éducation de ses enfants fut aussi un de ses principaux soins.

On remarqua dans Laurent, pour ainsi dire dès le berceau, une docilité peu commune et une grandeur d'âme extraordinaire. Il ne perdait point son temps comme ceux de son âge ; il aimait à s’entretenir avec des personnes raisonnables ou à s'occuper à des choses sérieuses. Sa mère le grondait quelquefois, pour le prémunir contre l’orgueil, le tenir dans l’humilité, et le portait à ce qu'il y avait de plus parfait. Il répondait alors qu’il tâcherait de mieux faire et qu’il ne désirait rien tant que de devenir un saint. Persuadé qu'il n’était sur la terre que pour servir Dieu afin de régner éternellement avec lui, il lui rapportait toutes ses pensées et toutes ses actions. À l’âge de dix-neuf ans, il se sentit intérieurement appelé à se consacrer au service du Seigneur d'une manière particulière. Dans une vision qu’il eut, il lui sembla voir la Sagesse éternelle sous la forme d’une femme respectable et environnée d'une lumière plus éclatante que celle du soleil ; il crut en même temps entendre ces paroles : « Pourquoi, errant d'objet en objet, cherchez-vous votre repos hors de moi? Vous ne trouverez qu'avec moi ce que vous désirez; le voilà dans vos mains. Cherchez-le en moi qui suis la

Sagesse de Dieu. En me prenant pour votre épouse et pour votre partage, vous posséderez un trésor inestimable ». Il fut si touché de l'honneur et de l'avantage que renfermait cette invitation de la grâce, qu’il se sentit enflammé d’une nouvelle ardeur de se livrer entièrement à la recherche de la connaissance et de l’amour de Dieu.

Ii ne douta plus qu'il ne fût appelé à l’état religieux, où il devait trouver plus sûrement tous les moyens propres à le faire parvenir à la grande fin qu’il se proposait. Mais il ne voulut point se déterminer qu’il n’eût auparavant consullé Dieu par une humble prière. Il demanda aussi conseil à Marin Querini, son oncle maternel. C'était un saint et savant prêtre, qui étail chanoine régulier de la congrégation de Saint-George, dite d’A/ga, parce que le monastère était dans une petite île de ce nom, éloignée d’un mille de Venise. (Le couvent et l’église sont aujourd’hui entre les mains d’une communauté de Carmes réformés.) Ce sage directeur, voyant que Justinien avait une forte inclination pour l'état religieux, lui conseilla d'essayer d’abord ses forces en s’accoutumant peu à peu à la pratique des austérités. Il obéit, et il commença à concher pendant la nuit ou sur des morceaux de bois ou sur la terre nue. S’élant un jour représenté d’un côté les honneurs, les richesses et les plaisirs du monde, et de l’autre, les rigueurs de la pauvreté, des jeûnes, des veilles et du renoncement, il se dit à luimême : « Mon âme, es-tu assez courageuse pour mépriser ces délices et pour marcher sans interruption dans les voies de la pénitence et de la mortification ? » Puis, ayant fait une pause de quelques instants, il jeta les yeux sur un crucifix, et continua de la sorte : « Vous êtes mon espérance, Ô mon Dieu ! en vous se trouvent la consolation et la force ». On le vit dès ce moment macérer sa chair par les austérités de ia pénitence, et se livrer avec une ardeur infatigable à tous les exercices de la religion. Sa mère et ses amis, craignant qu'il ne ruinât sa santé, voulurent le détourner du dessein qu’il avait résolu d'exécuter, et lui proposèrent un établissement honorable dans le monde. Ne sachant comment éviler les piéges que lui tendait une fausse tendresse, il s'enfuit secrètement, et alla prendre l’habit chez les chanoïnes réguliers de la congrégation de Saint-George d’Alga.

11 ne trouva point dans la communauté d’austérilés qu’il n’eût déjà pratiquées, et ses supérieurs furent obligés de modérer l’activité de son zèle à cet égard. Malgré sa jeunesse, il l’'emportait sur tous les frères par la rigueur de ses jeûnes, et par la longueur de ses veilles. Jamais il ne se permettait de récréation qu’elle ne fût utile ; il prenait de sévères disciplines ; il ne se chauffait point, même dans les plus grands froids ; il ne mangeait que pour soutenir son corps et ne buvait jamais hors de ses repas. Lorsqu'on lui proposait de boire, sous prétexte que la chaleur était excessive, qu’il était accablé de fatigue, il avait coutume de faire cette réponse : « Si nous ne pouvonssupporter la soif, comment pourrons-nous souffrir le feu du purgatoire ?» Cette disposition à souffrir produisait en lui une patience invincible dans toutes les épreuves. Pendant son noviciat, il lui vint au cou un mal pour la guérison duquel il fallut employer le fer et le feu. Le moment de l'opération étant arrivé, il rassurail de la sorte les spectateurs qui tremblaient : « Pourquoi craignez-vous ? Pensez-vous que je ne puisse recevoir la constance dont j'ai besoin, de Celui qui sut non-seulement consoler, mais délivrer même des flammes les trois enfants jetés dans la fournaise ? » Il souffrit l'opération sans laisser échapper aucun soupir et en ne prononçant que le nom sacré de Jésus. Il montra dans la suite le même courage, lorsqu'on lui fit une incision douloureuse. « Coupez hardiment », disait-il au chirargien qui trem-

blait; « votre instrument n’approche pas des ongles de fer avec lesquels on déchira les martyrs ».

Il arrivait toujours le premier aux exercices publics, et il en sortait le dernier. Matines finies, il ne suivait point les frères qui allaient se reposer, mais il restait dans l’église jusqu’à Prime, qui se disait au lever du soleil. Rien ne le flattait plus que de pouvoir pratiquer l'humilité ; les bas emplois étaient ceux qu’il choisissait de préférence, et il portait toujours les plus mauvais habits de la communauté. Il obéissait aussitôt que le moindre signe lui manifestait la volonté du supérieur. Dans les entretiens particuliers, il sacrifiait son jugement à celui des autres, et cherchait en tout la dernière place, autant qu’il le pouvait faire sans affectation. Quand il allait quêter dans les rues, il cherchait toutes les occasions de s’attirer le mépris et les railleries des gens du monde. Ayant un jour été dans un endroit où l’on ne pouvait manquer de le tourner en ridicule, son compagnon le lui fit remarquer ; mais il lui répondit avec tranquillité : « Allons hardiment quêter des mépris. Nous n’avons rien fait si nous n’avons renoncé au monde que de parole ; il faut en triompher aujourd’hui avec nos sacs et nos croix ». Il savait que les humiliations acceptées et souffertes avec joie sont le plus sûr moyen de remporter une victoire complète sur soi-même et de détruire ce fonds d’orgueil qui est en nous un des principaux obstacles à la vertu. Il comprenait encore combien il est avantageux de ne se pas contenter de celles que la Providence envoie et d’y en ajouter de volontaires, pourvu toutefois qu'on le fasse avec prudence et que l’on évite tout ce qui pourrait sentir l'affectation. Dans le cour de ses quêtes, il se présentait souvent à la maïson où il était né ; mais il n’y entrait point : il restait dans la rue et demandait l’aumône à la porte. Sa mère n’entendait jamais sa voix sans être attendrie. Elle avait beau recommander à ses domestiques de lui donner avec prodigalité, il ne recevait que deux pains ; après quoi, il souhaitait la paix à ceux qui l'avaient assisté, et se retirait comme s’il eût été étranger. Le magasin où était la provision annuelle de la communauté ayant été brûlé, il dit à un frère qui se lamentait : « Pourquoi avons-nous fait vœu de vivre dans la pauvreté ? Dieu nous a fait cette grâce afin que nous puissions la ressentir ! »C'était ainsi qu’il découvrait son amour pour les humiliations et les souffrances, et qu'il pratiquait toutes les vertus qui en sont les suites et qui en font le principal mérite.

Dès qu’il eut renoncé au monde, il s’accoutuma tellement à se rendre maître de sa langue, qu'il ne disait jamais rien pour se justifier ou s’excuser. Ayant été un jour accusé dans le chapitre d’avoir transgressé un point de la règle, il garda le silence, malgré la fausseté de l’accusation. On doit encore remarquer qu'il élait alors supérieur ; il quitta sa place ; puis, ayant fait quelques pas les yeux baissés, il se mit à genoux, demanda pardon aux frères et pria qu’on lui imposât une pénitence. L’accusateur en eut tant de confusion qu'il alla se jeter aux pieds du Saint, déclarant qu’il était innocent, et se condamna hautement lui-même. Laurent redoutait si fort la dissipation que depuis le jour de son entrée dans le monastère jusqu’à celui de sa mort il n’entra dans la maison paternelle que pour assister sa mère dans ses derniers moments.

Quelque temps après sa retraite, il fut exposé à une rude épreuve de la part d’un de ses anciens amis qui occupait une des premières places de la république et qui était arrivé depuis peu de l'Orient. Celui-ci s’imagina

w'il viendrait à bout de le faire changer de dessein, et il résolut d'employer tous les moyens possibles pour y réussir. Il prit donc la route du monastère

de Saint-George, accompagné d’une troupe de musiciens, et on lui permit d'entrer à cause de sa dignité. Lorsqu'il aperçut Laurent, il fut extrèmement frappé de sa modestie et de sa gravité ; et l’étonnement où il était lui fit garder quelque temps le silence. S’étant à la fin fait violence, il lui dit tout ce que l’amitié peut inspirer de plus tendre pour l’engager à entrer dans ses vues. Comme ces moyens ne lui réussissaient point, il eut recours aux reproches et aux invectives qui n’eurent pas plus de succès. Lorsqu'il eut fini de parler, le Saint fit un discours si touchant sur la mort et sur les vanités du monde, que son ami, touché d’une vive componction, était hors de lui-même. Il en vint au point qu'ayant rompu sans différer tous les liens qui le retenaient dans le siècle, il résolut d’embrasser l’état pour lequel il n’avait eu que du mépris. Il prit l’habit à Saint-George, fit son noviciat avec une ferveur qui ne se démentit point dans la suite, devint l’objet de l'admiration et de l'édification de toute la ville, et mourut enfin de la mort des justes.

Saint Laurent fut élevé au sacerdoce, dont il était si digne par ses vertus. L'esprit de prière et de componction dont il était doué dans un si haut degré, la connaissance qu'il avait des choses spirituelles et des voies intérieures de la piété, le mettaient en état de travailler avec beaucoup de fruit à la sanctification des âmes. Les larmes qui lui échappaient dans ses exercices, et surtout pendant la célébration de la messe, faisaient une vive impression sur les assistants et réveillait leur foi; il fut aussi favorisé de divers ravissements.

Ayant été élu malgré lui général de son Ordre, il le gouverna avec une sagesse admirable. Il en réforma la discipline au point qu’il en fut depuis regardé comme le fondateur. Dans ses discours, tant publics que particuliers, il parlait de la vertu avec une telle onction que tous les cœurs en étaient attendris. Il ranimait les tièdes, remplissait les présomptueux d’une crainte salutaire, inspirait de la confiance aux pusillanimes, et les portait tous à la ferveur. Sa maxime ordinaire était qu’un religieux doit trembler au nom de la moindre transgression. Il recevait peu de sujets dans son Ordre, et il éprouvait longtemps ceux qu’il jugeait dignes d’être admis. Il se fondait sur ce que la perfection et les devoirs de l’état religieux sont pour peu de personnes, et que ce n’est pas toujours dans le grand nombre que se trouvent la ferveur et l’esprit essentiel à la religion. Il est aisé de comprendre que s'étant fait de pareils principes, il examinait scrupuleusement tous les postulants. La première chose qu’il exigeait de ses disciples était une humilité profonde ; il leur enseignait que cette vertu purifie non-seulement l’âme de tout orgueil, mais qu’elle lui inspire aussi le vrai courage en lui apprenant à ne mettre sa confiance qu’en Dieu. Il la comparait à une rivière qui est basse et tranquille en été, mais qui est haute et profonde en hiver. « L’humilité », disait-il en suivant la même comparaison, « garde le silence et ne s'élève point dans la prospérité, tandis que dans l’adversité elle est haute, magnanime, remplie de joie et d’un courage invincible. Il n’y à rien », continuait-il, « où les hommes soient plus exposés à se méprendre; peu connaissent ce que c’est que cette vertu ; elle n’est possédée que de ceux auxquels Dieu l’a donnée par infusion en récompense de leurs efforts redoublés et de l'esprit de prière qui était en eux. L’humilité qui s’acquiert par des actes répétés n’est qu’une préparation à celle-ci, quoique nécessaire et indispensable ; aussi est-elle toujours aveugle et imparfaite. L'humilité infuse éclaire l’âme dans toutes ses vues ; elle lui fait voir clairement toutes ses misères et lui en donne le sentiment; elle lui communi-

que cette vraie science qui consiste à connaître que Dieu seul est tout et que nous ne sommes rien ». Durant les guerres et les autres calamités publiques, il exhortait les magistrats et les sénateurs à se bien pénétrer de leur bassesse, parce que cette disposition était la plus propre à attirer sur eux les regards de la miséricorde divine.

Depuis le temps où il reçut la prêtrise jusqu’à sa mort, il ne manqua jamais de célébrer la messe tous les jours, à moins qu'il n’en fût empêché par la maladie. Il disait à ce sujet qu’on a bien peu d’amour pour Jésus- Chrisl quand on ne tâche pas de s’unir à lui aussi souvent qu’on le peut. Il inculquait fréquemment cette maxime, qu’il ÿ aurait autant de folie à prétendre à la chasteté en menant une vie molle, oisive et sensuelle, qu’il y en aurait à vouloir éteindre le feu en jetant de l'huile dessus. Il ne cessait de rappeler aux riches l'obligation où ils sont de faire l’aumône s’ils veulent se sauver. On ne trouvait point dans ses discours des pensées étudiées ; mais il y régnait une onction de laquelle on ne pouvait se défendre.

Le pape Eugène IV, qui connaissait l’éminente vertu de Laurent, le nomma évêque de Venise en 14433. Le Saint employa tous les moyens possibles pour ne point accepter cette dignité ; il engagea même ceux de son Ordre à écrire au Pape, pour le prier de le laisser dans sa solitude : mais tout fut inutile ; il fallut obéir. Il prit possession de son Eglise avec tant de simplicité et si secrètement que ses propres amis ne le surent que quand la cérémonie fut faite. Il passa toute la nuit suivante en prières devant un autel, pour attirer sur lui les grâces du ciel ; il fit la même chose la nuit qui précéda son sacre. 1] fut admirable par sa piété sincère envers Dieu, par l’ardeur de son zèle pour la gloire du Seigneur, par son extraordinaire charité envers les pauvres. Il ne diminua rien des austérités qu’il avait pratiquées dans le cloître. Son assiduité à la prière lui mérita des lumières toutes célestes, celte fermeté invincible, cette aclivité infatigable dont toute sa conduite porta l'empreinte ; il sut pacifier les dissensions intestines qui agitaient l’Elat, et gouverner son diocèse dans les temps les plus orageux avec autant de facilité qu'il eût gouverné un monastère. Son ameublement se ressentait de son amour pour la simplicité et pour la pauvreté : et comme on lui représentait qu'il devait quelque chose à sa naissance, à la dignité de son siége et à la république, il répondit que la vertu était le seul ornement du Caractère épiscopal, et qu’un évêque ne doit avoir d’autre famille que les pauvres de son diocèse. Sa maison n’était composée que de cinq personnes ; il mangeait sur la vaisselle de terre; il n’avait pour lit qu'une paillasse couverte de haïllons, et n’avait qu’une mauvaise soutane pour vêtement. Sa sévérité envers lui-même, jointe à un grand fonds d’affabililé et de douceur envers les autres, le faisait universellement respecter. Il acquit un tel ascendant sur tous les esprits et sur tous les cœurs, qu'il vint facilement à bout de réformer divers abus qui s'étaient glissés dans Le clergé et principalement parmi les laïques. Son troupeau l’aimait et le respectait, et il n'y avait personne qui ne se soumit avec docilité à toutes ses ordonnances. Si l'exécution de ses pieux desseins éprouvait d’abord quelques difficultés, il savait en triompher par sa douceur et par sa patience.

son zèle contre les théâtres lui suscita quelques ennemis. Un d’entre eux, qui élait puissant, s’éleva avec beaucoup d'indécence contre un mandement qu'il avait donné à cet égard ; il faisait passer le saint évêque pour un homme qui voulait porter dans le monde la rigidité du cloître, pour un moine minutieux que de vains scrupules agitaient, et il fit tous ses efforts pour soulever le peuple contre lui. Une autre fois, Juslinien fut insulté pu-

bliquement dans les rues, et traité d’hypocrite. Il écouta les injures dont on le chargeait sans changer de visage et sans rien perdre de sa tranquillité. I1 n’était pas moins insensible aux louanges et aux applaudissements qu'on lui donnait : on ne remarquait en lui aucun mouvement de tristesse ni de quelque passion que ce fût ; il jouissait d’une égalité d'âme que rien n’était capable d’altérer.

La première visite qu’il fit de son diocèse opéra des fruits incroyables. Il fonda quinze monastères et un grand nombre d'églises ; il réforma tous les abus qui s'étaient introduits par rapport à la célébration de l'office divin et à l’administration des sacrements. Il établit un si bel ordre dans sa cathédrale, qu’elle devint le modèle de toute la chrétienté ; il y fonda de nouvelles prébendes, afin qu’elle fût desservie avec plus de décence et de dignité. Il érigea dix paroisses à Venise, et il y en eut alors trente dans cette ville, au lieu de vingt qui y étaient auparavant. On voyait tous les jours une multitude innombrable de peuple dans son palais : les uns venaient y chercher de la consolation dans leurs peines, ou des secours dans leurs misères; les autres venaient consulter le Saint dans leurs doutes. Sa porte n’était jamais fermée aux pauvres. Il aimait mieux distribuer du pain et des habits, pour faire éviter le mauvais emploi de l'argent, qui n’est que trop commun, même parmi les indigents; ou s’il en donnait, c'était toujours en petite quantité. Des dames pieuses portaient ses aumônes aux pauvres honieux ou à ceux qui avaient subi des pertes considérables. Dans les charités qu’il faisait, il n'avait égard ni à la chair ni au sang. Quelqu'un étant venu le trouver de la part de Léonard son frère, il le renvoya en lui disant : « Retournez vers celui qui vous a envoyé, et je vous charge de lui dire qu’il est en état de vous assister lui-même ». Personne ne porta jamais plus loin que lui le mépris de l'argent. Il confia le soin de son temporel à un économe fidèle, et il avait coutume de dire à ce sujet : « Il est indigne d’un pasteur des âmes d'employer une partie considérable d’un temps qui est si précieux, à entrer dans les pelits détails qui ont l'argent pour objet »>

Les Papes témoignaient à Laurent beaucoup de vénération. Eugène IV lui ayant mandé de venir le voir à Bologne, le Saint-Père le reçut avec de grandes marques de distinction, et Pappela « l’ornement de l’épiscopal ». Nicolas V, qui avait pour lui les mêmes sentiments, cherchait toutes les occasions de lui donner des preuves efficaces de son estime. Enfin il en trouva une à la mort de Dominique Michelli, patriarche de Grado, laquelle arriva en 4451. Il transféra la dignité patriarcale au siége de Venise. Le sénat de cette ville, toujours jaloux de sa liberté, éleva de grandes difficultés ; il craignait que ses droits et ses priviléges ne fussent lésés en quelques circonstances. Pendant que l’on agitait celte affaire avec beaucoup de vivacité, Laurent se rendit dans le lieu où le sénat était assemblé, et y déclara qu’il aimait mieux quitter une place pour laquelle il n’était pas propre et qu'il occupait depuis dix-huit ans contre sa volonté, que d’aggraver, par l'addition d’une nouvelle dignité, le fardeau qu’il avait tant de peine à porter. Le discours qu'il fit en celte occasion marquait de sa part un si grand fonds de charité et d’humilité, que le doge lui-même ne put retenir ses larmes ; il en vint jusqu’à prier Laurent de ne point penser à sa démission, et de se conformer au décret du Pape, dont l’exécution serait utile à l'Eglise et honorable à leur pays. Les sénateurs applaudirent au doge, et la cérémonie de l'installation du nouveau patriarche se fit au grand contentement de toute la ville.

Laurent se regarda comme un homme qui avait contracté une nouvelle

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obligation de travailler avec ardeur à l’accroissement du règne de Jésus- Christ et à la sanctification des âmes confiées à ses soins. On vit alors de la manière la plus sensible ce que peut un Saint dans les grandes places. Laurent trouvait du temps pour se sanctifier lui-même et pour rendre service au prochain. Jamais il ne se faisait attendre par sa faute ; il quittait tout pour donner audience à ceux qui voulaient lui parler, sans distinction de pauvres ou de riches. Il recevait toutes les personnes qui se présentaient avec tant de douceur et de charité, les consolait d’une manière si touchante et paraissait si parfaitement libre de toute passion, que l’on ne s’imaginait pas qu'il eût participé à la corruption originelle. Chacun le regardait comme un ange descendu sur la terre. Ses conseils étaient toujours proportionnés à l’état des personnes qui s’adressaient à lui. On rendait si universellement justice à sa vertu, à sa sagesse et à ses lumières, que l’on ne voulait plus examiner de nouveau à Rome les causes qu'il avait décidées, et que dans le cas d'appel, on y confirmait toujours les sentences qu’il avait portées. Plein de mépris pour lui-même, il était insensible à l’idée que l’on pouvait se former de sa personne. Si quelqu'un le louaiït, il en prenait occasion de s’humilier davantage devant Dieu et devant les hommes. Il cachait ses bonnes œuvres autant qu’il lui était possible. Quand il lui échappait de ces larmes qui avaient leur source dans l’amour divin ou dans la vivacité de sa componction, il s’accusait de faiblesse et d’une excessive sensibilité d'âme. Il était entièrement mort à lui-même. Un domestique lui ayant un jour présenté à table du vinaigre au lieu de vin et d’eau, il le but sans rien dire. Tout, jusqu’à sa bibliothèque, annonçait en lui l'amour de la pauvreté.

La république fut agitée de son temps par de violentes secousses, et menacée des plus grands dangers. Un saint ermite, qui depuis plus de trente ans servait Dieu avec ferveur dans l’île de Corfou, assura qu'il avait su d'une manière surnaturelle que l'Etat avait été sauvé par les prières du saint évêque. Le neveu de Laurent, qui a écrit sa vie dans un style pur et élégant, rapporte, comme témoin oculaire, qu'il fut favorisé du don des miracles et de celui de prophétie.

11 avait soixante-quatorze ans lorsqu'il composa son dernier ouvrage, intitulé les Degrés de perfection. 1] l’eut à peine achevé, qu’il fut pris d’une fièvre violente. Voyant ses domestiques occupés à lui préparer un lit, il leur dit tout troublé : « Que voulez-vous donc faire? Vous perdez votre temps. Mon Seigneur est mort étendu sur une croix. Est-ce que vous ne vous rappelez point que saint Martin disait dans son agonie, qu’un chrétien doit mourir sur la cendre et le cilice? » Il voulut absolument qu’on le couchât sur la paille. Tandis que ses amis pleuraient autour de lui, il s’écriait dans des ravissements de joie : « Voilà l’Epoux : allons au-devant de lui » ; puis, levant les yeux au ciel, il ajoutait : « Seigneur Jésus, je m’en vais à vous ». D’autres fois, il se livrait aux sentiments de cette sainte frayeur qu’inspire la pensée des jugements de Dieu. Quelqu'un lui disant un jour qu’il devait être pénétré de joie puisqu'il allait recevoir la couronne, il se troubla et répondit : « La couronne est pour les soldats courageux, et non pour des lâches tels que moi ». Sa pauvreté était si grande qu’il n’avait rien dont il pût disposer. Il fit cependant son testament, et ce fat seulement pour exhorter tous les hommes à la vertu, et pour ordonner qu’on l’enterrât comme un simple religieux dans le couvent de Saint- George. Mais, après sa mort, le sénat ne voulut point permettre que cette dernière clause fût exécutée. Durant les deux jours qui précédèrent sa

mort, les différents corps de la ville vinrent recevoir sa bénédiction. L’entrée de sa chambre fut ouverte aux pauvres comme aux riches, et il fit à tous des instructions fort touchantes. Marcel, un de ses disciples bienaimés, pleurant amèrement, 1l le consola, en lui disant : « Je vais vous précéder : mais vous me suivrez bientôt. Nous nous réunirons à Pâques prochain ». La prédiction fut vérifiée par l’événement. Ayant fermé les yeux, il expira tranquillement le 8 janvier 1455, dans la soixante-quatorzième année de son âge. Il y avait vingt-deux ans qu'il était évêque, et quatre qu’il était patriarche. On ne l’enterra que le 47 mars, à cause d’une contestation qui s’éleva touchant le lieu de sa sépulture.

On lui met souvent la croix à la main, pour marquer non-seulement sa haute dignité, mais aussi le souvenir de l’abnégation qu'il professa dès sa première jeunesse. — Parfois on peint près de lui la ville de Venise, d’où il détourne la foudre que Notre-Seigneur s'apprête à lancer. C’est que ses prières sauvèrent plus d’une fois cette cité menacée par les fléaux du ciel.

CULTE ET RELIQUES. -—— SES ÉCRITS

La sainteté de saint Laurent ayant été attestée par plusieurs miracles après sa mort, le pape Sixte IV commenca à faire faire les procédures de sa canonisation, qui furent continuées par les papes Léon X et Adrien VI. Enfin, le pape Clément VII donna le décret de sa béatification en 1524, avec permission d’en faire la fête et l'office public dans toutes les églises de la république de Venise. Longtemps auparavant on avait commencé à dresser des autels sous son nom à Venise, à placer ses statues dans les Eglises, à lui bâtir des chapelles et à l’invoquer; on le regardait déja comme le protecteur, ou le saint tutélaire de la ville et de toute la seigneurie, après saint Marc. En 1597, le cardinal Laurent Priolo, patriarche de Venise, se disposait à faire la translation solennelle de ses reliques, en vertu d’un décret de la sacrée Congrégation des Rites, en date du 4er février, quand la mort du patriarche en fit suspendre l'exécution. Le pape Clément VIE accorda, par un bref apostolique, des indulgences à ceux qui visiteraient les églises des Chanoines réguliers de la Congrégation de Saint-George d’Alga, dans toute l'Italie, le jour de la fête de saint Laurent Justinien. Son culte fut introduit en Sicile, et surtout à Palerme, qui le mit M nombre de ses saints patrons, parce qu’elle fut garantie de la peste, en 1626, par son intercession. Cette dévotion publique fut autorisée par un décret de la Congrégation des Rites, le 26 février 162$. Saint Laurent fut canonisé le 4er novembre 4690 par le pape Alexandre VIII Sa fête, érigée en semi-double dans l'office romain, fut remise au 5 septembre par ordre du Saint-Siége et de la Congrégation des Rites.

Ses reliques sont conservées à Venise dans l’église cathédrale de Saint-Pierre du Château, eb placées sous le maitre-autel.

Saint Laurent Justinien nous a laissé un grand nombre de traités et de sermons, recueillis en un fort volume in-folio, imprimé à Bresse en 1560, et à Venise en 4755. La meilleure édition que nous en ayons, est celle qui parut à Venise en 17514, 2 vol. in-fol. On y trouve une vaste érndiüon, une profonde sagesse, beaucoup de véhémence, de force et de noblesse dans le style,

Acta Sanctorum; Godescard, et Esprit des Saints, par l'abbé Grimes.

DU TIERS ORDRE DE LA PÉNITENCE DE SAINT-DOMINIQUE 1547. — Pape : Paul III. — Roi de Sardaigne : Charles HI.

Dans son amour généreux pour Jésus-Christ, elle eût rougi de se voir un seul instant sans croix et sans souffrances : aussi le bien-aimé de son cœur ne le permit jamais.

Æloge de la Bienheureuse.

Catherine de Mattéi naquit à Racconigi, l’an 4486. Son père était un simple artisan du nom de Georges, et sa mère s'appelait Bilia; ils la firent baptiser dans l’ancienne église paroissiale de Saint-Jean, et sur les mêmes fonts baptismaux qui s’y trouvent encore aujourd’hui.

Dis l’âge de cinq ans, sa dévotion était admirable; elle éprouvait le plus grand plaisir à s'entretenir dans la prière, devant une petite image de la très-sainte Vierge qui se trouvait dans sa maison : aussi ces belles dispositions , dans lesquelles elle grandissait, faisaient d’elle la consolation de ses parents. Ses délices étaient de demeurer retirée à la maison, afin de pouvoir plus facilement élever son cœur vers Dieu. Sa mère n’omettait rien pour cultiver ces belles vertus naissantes. Un matin, après avoir entendu la messe , élant occupée à prier dans sa petite chambre, elle y vit entrer une colombe toute blanche, qui vint se poser sur son épaule. Dans la crainte que ce ne fût un artifice du démon pour la tromper, elle fit aussitôt sur elle le signe de la croix, en disant : « Jésus, Ô Jésus! » Au même instant elle vit sortir du bec de la colombe un rayon de lumière qui alla mourir dans sa bouche, et elle entendit ces paroles : « Prends, ma pelite fille, et bois ce vin. Par la vertu de cette liqueur, tu n’auras plus faim ni soif des choses du monde, et tu sentiras s’augmenter en toi la faim et la soif de l'amour de Dieu et du salut des âmes »:

Pendant qu’elle goûtait la suavité de cette liqueur céleste, une femme lui apparut, vêtue d’une robe blanche et d’un manteau noir, « Que le nom de Jésus », lui dit-elle, « soit toujours dans ton cœur, Ô ma fille ».— « Qui êtesvous », lui demanda Catherine, «et comment avez-vous fait pour entrer ici, la porte étant fermée ? » — « Je suis », répondit la dame, la mère de Jésus ton Rédempteur ; aussi ne crains rien. Je veux que tu te donnes toutentière à mon Fils ».— « Et votre Fils, où est-il ? » — « Bientôt tu le verras. Mais sache, ma fille, que comme le grand froid fait perdre leur beauté aux plantes, fait périr les fleurs et les fruits, ainsi t’arriverait-il aussilôt que viendrait à te manquer la grâce de mon Fils. C’est pourquoi je veux que tu lui sois unie par l’amour, et que tu te donnes toi-même à lui, avec tout ce que tu as de plus cher ». — «Pauvre comme je suis, que pourrais-je jamais lui donner ? » — « Mon Fils ne veut rien que ton cœur; tu le donneras à mon fils chaque fois que volontiers tu obéiras à ses commandements et souffriras quelque peine pour l’amour de lui».

Vers l’âge de sept ans, Catherine eut une autre vision, mais qui fut la marque des tribulations que lui gardait l’avenir. Allant un jour pour satis-

faire sa dévotion au couvent des Pères Servites, elle vit peinte sur la muraille une représentation de saint Pierre, martyr. Pendant qu’elle considérait avec admiration la palme, emblème glorieux de son martyre, et les traces de ses blessures, elle sentit naître en son cœur un vif désir de mourir pour la foi, Elle se mit donc à prier le saint martyr de l’enseigner et de la fortifier dans la foi, le suppliant de lui obtenir une charité ardente qui la rendît de plus en plus chère à son céleste époux, et imitatrice de ses afflictions et de ses tourments. Sa prière achevée, le saint martyr lui apparut entouré d’uns splendide lumière et tenant à la main un calice plein de sang. Prends, ma fille », dit-il, « prends ce calice et goûte le très-précieux sang de Jésus- Christ, en signe qu’un jour tu boiras au calice de son amère passion ». A peine l’eut-elle goûté, qu’elle se sentit comme enivrée de sa suavité et de sa douceur.

Jésus lui apparut alors sous la forme d’un enfant de dix ans environ, paraissant porter une croix sur l'épaule. « Rassure-toi », lui dit-il, « mon épouse, celui qui est venu n’est pas le démon, mais Pierre, mon fidèle serviteur, le même que je t'ai donné pour maître ; il a bu déjà, lui, le calice de ma passion, en souffrant le martyre pour mon amour. Afin donc que tu puisses lui ressembler, ainsi qu’à moi, selon ta demande, tu porteras cette croix pour mon amour ». En disant cela, l'enfant Jésus mit la croix sur l’épaule de Catherine, et pour lui donner courage, il ajouta : « Au commencement elle te paraîtra dure et pesante, mais mon amour Croissant en toi, à la fin elle te semblera douce et légère ». Il lui montra aussi une couronne de roses très-belles et lui dit : « Toutes les afflictions te paraîtront des roses, si tu les supportes avec bonne volonté ». Dès ce moment, Catherine commença à éprouver une merveilleuse ardeur de souffrir pour l'amour de Jésus-Christ, ardeur qui crût à un tel point, que, bien que petite enfant, elle souhaitait d’aller vers les infidèles prêcher la religion de Jésus et mourir martyre. Vers le même temps, le démon se mit, de son côté, à la tenter fortement et à lui faire une guerre acharnée. Mais les Saints et Jésus lui-même 2e manquaient pas de venir la consoler et de la fortifier.

Pendant ces mêmes années de sa plus tendre enfance, déjà Catherine commençait à avoir ses entretiens dans le ciel, Même au plus fort de son travail, elle élevait ses pensées au-dessus de la terre, et tout lui devenait une occasion de méditer. Lorsqu'elle montait l’escalier, la marche d’en bas lui mettait en esprit la bassesse du péché, et à mesure que de l’une à l’autre elle atteignait le haut, elle se représentait les différents degrés de la vertu, jusqu’à ce qu’enfin, arrivée dans sa chambre, l’objet de sa méditation était la beauté et la dignité de l’âme quand elle a le bonheur de posséder la grâce, et la sublime demeure que Dieu lui réserve dans le ciel.

À la vue des images des saints, notre jeune vierge se prenait à méditer leurs vertus, et s’enflammait du désir de les imiter. Une fois, une image de sainte Catherine vint à tomber sous ses yeux, et remarquant que cette sainte tenait de la main droite le crucifix et une branche de lis, et de la gauche un cœur élevé, cette vue la fit entrer en méditation. « Le lis », se disait-elle à elle-même, « signifie la pureté ; la croix, le souvenir continuel de la passion du Sauveur ; le cœur élevé, le détachement vrai des choses de cette terre ». En sorte qu’elle priait la sainte de lui obtenir la grâce de l’imiter.

Un an après ces derniers événements (1495), un jour que Catherine, occupée à son travail, songeait à la grande pauvreté de sa mère, et combien étaient grands les maux qu'elle lui faisait souffrir, l'émotion de cette pensée la mit tout en larmes, et se tournant vers son céleste Epoux, elle lui recom-

manda sa famille avec une telle ferveur, qu’elle obtint bientôt d’abondants secours, et d’une façon tout à fait prodigieuse.

= Vers le même temps il arriva que Catherine ayant cassé un plat, sa mère la réprimanda en termes durs, et alla même jusqu’à la menacer de la chàtier si jamais pareille chose lui arrivait. Or, apprêtant un jour la table, l’enfant laissa tomber un verre qui se rompit en mille pièces. Se rappelant la menace de sa mère, Catherine se mit à pleurer et à prier Jésus et sa céleste Mère de vouloir bien lui venir en aide. Elle fut exaucée, car par un miracle extraordinaire elle put remettre le verre en son premier état et réparer le dommage sans que sa mère s’aperçût de rien. Son père ayant un jour adressé à sa femme des menaces, même suivies d’effets, parce qu’elle n'avait pas bien préparé le souper du dernier jour de carnaval, Catherine, pénétrée de douleur, en pleura jusqu’au lendemain matin, qui était le premier jour de Carême. Seule à la maison, parce que sa mère s’était retirée près de l’un de ses frères, l’heure de diner arrivant, elle voulut faire effort pour manger, mais les grosses larmes qui lui tombaient des yeux l’en empêchèrent. En même temps elle poussait vers son Jésus d’affectueux soupirs, espérant son aide et sa consolation de lui seul. Au même moment elle vit entrer et venir à elle un jeune enfant de quatorze ans environ, lequel, après l’avoir saluée, lui demanda ce qui la faisait tant pleurer. Catherine lui raconta l'événement arrivé dans sa maison. Alors il la consola par ces paroles : « Aie bon courage, parce que tu seras délivrée de tous périls, et je ne te manquerai pas dans tes nécessités. Pour ta mère, dont l'amour fait ton affliction à cette heure, sa douleur présente sera bientôt soulagée ».

Le démon, jaloux des dons si grands que la jeune enfant recevait du Seigneur, chercha par tous les moyens et par les tentations les plus fortes, à la détourner du droit chemin de la vertu. Un jour de dimanche qu’elle entendait la messe dans l’église des Pères Servites, au moment de la consécration, un démon sous figure d'homme se présente à elle et lui dit: « Pourquoi te prosternes-tu devant un peu de pain trempé dans un peu d’eau ? Si tu penses que Jésus soit là, tu te trompes grandement, et tu es bien sotte de croire de pareilles choses ».

À ces paroles, la pauvre enfant, tout effrayée, se tourne vers son Jésus, lui adressa une fervente prière, puis levant les yeux au ciel, elle vit sur l’autel Jésus sous la forme d’un enfant de trois ans, percé de cinq plaies, dont le sang dégouttait dans le calice. Une autre fois, sous les apparences d’un ange envoyé de Dieu, le démon se présenta à elle et lui dit de l’adorer. « Si tu étais vraiment celui que tu dis », lui répondit-elle, « tu ne réclamerais pas de moi un pareil honneur, mais tu le voudrais pour Dieu seul. Inutile de feindre à présent, je vois bien que tu es le déchu du ciel, puisque tu t’obstines dans ton antique orgueil : va au lieu auquel il a été condamné ».

Dès les premières années de Catherine, sa sainteté commenca à être manifestée, même par des miracles. Un matin, de très-bonne heure, un saint prêtre était à prier. Pendant qu’il se trouvait absorbé en Dieu et contemplait sa beauté, son ange gardien lui dit de descendre des hauteurs de sa contemplation, et qu’il verrait une admirable créature. Le prêtre lui répondit: «Il m'est pénible de laisser Dieu pour voir une créature ; toutefois, si telle est la volonté du Seigneur, ainsi soit-il». Retournant donc à ses sens, il vit une petite fille de dix ans, revêtue d’une robe toute resplendissante, Le serviteur de Dieu lui demanda aussitôt qui elle était. « Je suis », répondit-elle, « Catherine de Racconigi, pauvre des biens temporels, mais, par la

gràce de Dieu tout-puissant, riche des biens spirituels. Je vous prie de vous souvenir de moi dans vos prières, afin que j’obtienne du ciel tous les secours qui me sont nécessaires. C’est par ce motif que j'ai été amenée ici». Et cela dit, elle disparut. Ce même prêtre raconta le fait à l’un de ses amis, qui étant venu trouver Catherine, lui demanda comment elle s’était introduite dans ce lieu. Après de longues instances, Catherine lui répondit : « Je n’en sais rien, sinon que c’est un ange qui m’y a conduite ».

Vers l’âge de treize ans, Catherine alla dans une église, où elle entendit un prédicateur qui faisait le panégyrique de sainte Catherine de Sienne, dont ce jour-là on célébrait la fête. De retour à la maison, elle alla dans sa chambre, et se mettant à prier avec une grande ferveur et une grande abondance de larmes, elle s’accusait de la négligence qu’elle pensait avoir apportée jusque-là au service de Dieu. Se sentant donc excitée pour lui de V’aiguillon d’un vif amour, elle appela à son aide Jésus-Christ, la bienheureuse Vierge Marie, et sainte Catherine, les priant de l’assister dans l’offrande qu’elle désirait faire. « Voici », dit-elle, « que je m'’offre tout entière à vous, Ô Père céleste, à Jésus votre Fils unique et l’Epoux bien-aimé de mon âme, à l’Esprit-Saint, et à Marie, Reine des vierges. À vous, oui à vous, je fais le vœu perpétuel de virginité ».

Puis se tournant d’une façon particulièrement affectueuse vers la bienheureuse Vierge : « Marie, ma très-chère mère », lui dit-elle, « je suis une faible créature, incapable par moi seule de conserver un si grand trésor. Aussi je m’abandonne entièrement entre vos mains, et je vous prie de toute mon âme de vouloir bien m'aider à me conserver toujours pure de toute souillure. Que de cette promesse soient témoins, je le veux, tous les anges et les saints du ciel, et particulièrement saint Pierre, saint Jérôme et sainte Catherine de Sienne ». Ce vœu fut suivi d’une impression de contentement dont elle demeura toute remplie. La nuit suivante lui apparut sainte Catherine de Sienne entourée d’une vive lumière, tenant à la main deux très-belles roses, l’une blanche, l’autre rouge. Elle l’assura que son vœu avait été agréable à Jésus et à Marie, et qu'ils l’aideraient toujours à conserver son cœur chaste et vierge. Elle lui dit pourquoi son divin Epoux lui envoyait ces deux roses. La rouge, pour lui rappeler l’amour très-ardent que Jésus avait montré non-seulement à elle, mais à tout le genre humain, lorsqu'il répandit son sang pour le salut de tous. La blanche, pour qu’elle eût toujours présent à sa pensée dans quelle pureté et quelle innocence elle devait conserver son cœur, afin qu’il demeurât digne de Jésus. Ensuite, lui ayant donné sa sainte bénédiction, elle disparut, laissant dans la chambre un parfum céleste.

Afin de vaquer plus commodément à la prière, ou pour mieux conserver la pureté de son cœur, Catherine ressentit dès lors des désirs plus vifs de la retraite et de la solitude. La conversation lui était devenue si insupportable qu’elle fuyait le monde autant qu'il iui était possible, excepté lorsque l’hon- . neur de Dieu et le bien du prochain la mettait dans l’obligation d’agir autrement.

Notrejeune vierge, s'apercevant que les embûches et les tentations contre la sainte vertu ne faisaient qu'’augmenter de plus en plus, prit la coutume d'invoquer divers saints et en grand nombre, principalement au jour de leur fête, en les priant de tout cœur d’intercéder pour elle.

A la fête de saint Etienne, premier martyr, Catherine, s'étant levée avant le jour, se mit à prier Le Saint afin qu'il daignât lui conserver la pureté de la même manière qu'il avait conservé la sienne, lorsqu'il fut élu par les

512 5 SLPTEMLRE.

Apôtres pour remplir le ministère de diacre. Elle lui exposa que, toute j jeune encore, elle se trouvait affaiblie et agitée de diverses tribulations, qu’un grand nombre d'hommes impurs lui fendaient des piéges, lui tenaient de mauvais discours, et donnaient de grands assauts à sa vertu. Enfin elle lui dit qu’elle était grandement tourmentée par les démons, qu’elle désirait plutôt mourir que de vivre au milieu de tant de périls de son âme et deson corps. En parlant ainsi au saint martyr, la pauvre enfant fondait en larmes. Saint Etienne, entouré d’une splendeur céleste, lui apparut et la consola en lui disant: « O ma sœur, sèche tes larmes, console-toi, parce que Dieu a exaucé tes prières. Oui, par sa sainte grâce tu seras délivrée des tentations contre la modestie. À présent, prépare-toi à recevoir le Saint-Esprit ».

Au même instant survint le séraphin qui dès son enfance avait été donné pour gardien à la Bienheureuse ; il la consola par ces paroles : « La conservation de ta pureté, que tu as demandée au Seigneur avec tant de larmes, tu l’as obtenue. Maintenant donc, prépare-toi à recevoir le Saint-Esprit ». Ces mots étaient à peine achevés, que du ciel descendit une lumière merveilleuse formée de rayons qui se posèrent sur la tête de Catherine. En même temps elle sentit se répandre dans son cœur une douceur inexprimable et une chaleur si vive qu’elle semblait être en feu; elle entendit aussi ces paroles : « Je suis venu habiter en toi, afin de purifier, d’illuminer, d'embraser ton cœur et de te donner la vie ».

Depuis ce merveilleux événement, il demeura sur le visage de Catherine une teinte d’un rouge et d’un blanc mêlés, et il sortait d'elle comme un éclat lumineux. Ses voisins, étonnés et pensant qu’elle usait pour cela de quelque industrie, lui demandèrent ce qu’elle mettait sur son visage pour le rendre si éclatant. Catherine répondit en souriant que son seul secret était un peu de pain, voulant parler de la sainte Eucharistie. En effet, c'etait ce divin sacrement qui colorait son âme de blanc et de rouge. Mais plus grand encore était l’étonnement de ceux de a famille, qui savaient bien qu’elle n’usait d'aucune industrie, mais qu’au contraire elle jeùnait fréquemment au pain et à l’eau, et différait souvent son repas jusqu’au soir. Pendant un grand nombre d'années, elle pratiquait cette austérité tout le temps de l'Avent, le dimanche excepté ; elle faisait de même en Carême, et il n’était pas rare qu’elle demeurât un jour entier sans boire ni manger. Elle poussa mème la rigueur de son jeûne jusqu’à ne prendre de la nourriture que trois fois par semaine. Le but de toutes ces austérités était de perdre cette beauté naturelle dans la crainte qu’elle ne devint pour quelqu'un une occasion de péché. Et parce qu'un traitement si austère ne lui semblait pas suffisant, elle se ceignait la taille d’une corde épaisse qu’elle changea peu après contre une ceinture de fer qu’elle serrait si fortement, qu’elle la faisait entrer jusque dans la chair. Elle portail en outre un cilice, qu’elle ne quitta jamais, si ce n’est dans les dernières années de sa vie, lorsque l’âge eut diminué sensiblement ses forces. Son appui pour se conserver pure de toute souillure, fut surtout l'exercice fréquent de la prière et de la méditation. Aussi son père spiriluel put assurer que jamais, dans le cours de sa vie, elle n’avait commis une faute grave.

Vers l’âge de quinze ans, se trouvant malade, son occupation était de considérer les graves et nombreux périls dont elle était entourée ; elle se comparait à une herbe verte et fleurie que la faux du moissonneur va bientôt couper, ou que lesrayons d’un soleil trop ardent jaunissent et dessèchent, et elle se disait à elle-même : « Moi jeune, florissante, et de vives couleurs, quand la mort sera venue je ne serai plus que pourriture et mauvaise odeur,

et bien pis encore que cela, si alors j’avais le malheur d’être éloignée et séparée de Dieu, par le péché mortel. Ah ! malheureuse! quelle serait alors ma difformité et ma puanteur devant Dieu et ses Saints! » Mais pleine de foi et d’une sainte crainte, elle ajoutait : « O mon Dieu, Ô mon espérance, ô Mère de miséricorde, Ô mes saints anges gardiens, aidez-moi, assistez-moi. Viennent sur moi tous les maux, et la mort même, mais qu’il ne m'arrive jamais le malheur de commettre un péché mortel ».

Pour mieux conserver la belle vertu de pureté, Catherine désirait ardemment revêtir le plus tôt qu'il lui serait possible l’habit religieux, ainsi que la très-sainte Vierge le lui avait prédit dès ses premières années. Ce fut alors qu’elle prévit par quelle voie devait s’accomplir un souhait qu’elle avaitsi fort à cœur, et elle annonça la fondation d’un couvent de Pères Dominicains, bien qu’alors il n’y eût aucune apparence de cet événement. Elle avait pour confesseur le Père Alexandre, religieux des Servites de Marie. Ces bons Pères, ayant entendu dire qu’elle désirait prendre l’habit religieux tout en restant dans sa maison, le Père Alexandre lui offrit celui des sœurs de son Ordre. « Non », lui répondit-elle, « l’habit que je veux revêtir est celui de Saint-Dominique ». — « Mais vous savez bien », repartit le Père, « qu’il n'existe ici aucun couvent de cet Ordre ». — « Dieu », ajouta Catherine, « fera en sorte qu’il y en ait ». Voyant plus tard les commencements de la réalisation de cette prophétie, le Père Alexandre raconta tout ce qui s'était passé à un seigneur nommé Claude, et ce dernier, à partir de cette époque, prit en grande . stime la sainteté de Catherine.

Elle reçut plusieurs fois d’une manière sensible les dons du Saint-Esprit, et entre autres, d’une façon toute spéciale, le don de science, qui la rendit capable de résoudre les plus hautes questions de la religion. Cependant son ardeur de souffrir pour l’amour de Jésus-Christ allait toujours croissant. Dans la vingt-quatrième année de son âge, le troisième jour après Pâques, méditant, vers l’aurore, le mystère de la longue oraison et de la sueur de sang du Sauveur au jardin, elle priait avec ferveur son divin époux Jésus de lui acc-rder la grâce de lui ressembler dans ses souffrances. Au même moment Jésus lui apparut revêtu d’une robe d’un rouge enflammé, et tout resplendissant de merveilleux rayons de lumière, qui s’échappaient de ses plaies sacrées, et lui dit : « O mon épouse ! grand est ton désir de souffrir, mais tu ne connais pas bien ta faiblesse »., — « O mon espérance », répondit Catherine, « mes forces sont moins que rien, et de moi-même je suis incapable de tout ; il me faut en toutes choses votre puissant SECOUrS »,

Cette vivacité de son amour et la profondeur de son humilité lui méritèrent d'entendre cette réponse de la bouche de Jésus: « Ta grande foi mérite d'être exaltée, c’est pourquoi je me fais une joie de te rendre participante des douleurs que j’aiendurées aux pieds et aux mains». À ces mots, le Sauveur étendit ses divines mains vers celles de Catherine, et il jaillit de ses plaies sacrées comme un dard de sang qui traversa les mains de son épouse bien-aimée. La même merveille eut lieu aux pieds, et elle était accompagnée d’une souffrance telle, que Catherine sentait ses forces l’abandonner par la violence de la douleur. Les pieds et les mains gardèrent la trace des blessures reçues. Ces signes de la passion du Sauveur demeurèrent visibles pendant quelque temps, et après la mort de Catherine, un grand nombre de personnes déposèrent sous serment avoir vu sur son Corps ces sacrés stigmates.

Mais bientôt l'humilité de Catherine la contraignit à demander à Dieu la

VIES DES SAINTS. — Toux X. 33

grâce que ces signes fussent cachés. Elle l’obtint ; les mains restèrent cependant tellement endolories et faibles, qu’elle pouvait à grand'peine vaquer aux services de la maison. Elle endurait en son corps tous les tourments du Rédempteur; car, outre lesstigmates des pieds et des mains, elle avait encore la plaie du côté et la couronne d’épines. Cette dernière lui causait de si grandes douleurs, qu’ellene pouvait faire que les personnes présentes ne s’en aperçussent.

Quelquefois aussi le se qui sortait de ses plaies étai! si abondant, que non-seulement ses habits de dessus, mais ceux de dessous en demeuraient trempés. Une fois, entre autres, elle avait donné l’une de ses robes à laver à des personnes de sa famille qui, connaissant déjà la sainteté de Catherine, songèrent à la retenir par dévotion et à la changer contre une semblable. Catherine, s’élant aperçue de cette pieuse ruse, ne voulut jamais s’y prêter, mais elle dit et elle fit tant, que ses parentes furent obligées de lui rendre son vêtement.

Nous ne devons pas être étonnés qu’une âme que Dieu traitait avec une telle familiarité ait possédé le don de prophétie. Catherine prédit les guerres du Piémont, qui ne devaient arriver que vingt-cinq ans après sa prédiction. Le Seigneur fit encore d’autres libéralités à sa fidèle servante. Le jour de l'Exaltation de la sainte croix, Catherine étant malade, le Seigneur Jésus lui apparut avec deux anges qui marchaient devant lui, portant une grande croix. Jésus prit cette Choix, la posa sur lPépaule de Catherine, et lui dit ces paroles: «Voilà, Ô mon épouse, la croix que tu auras à porter tout le temps de ta vie. Elle te paraîtra pesante, mais elle ne t’en sera que plus oloricuse ».

À parir de ce jour, Catherine ne resta pas un instant sans peine ni douleurs. Néanmoins elle sentit se renouveler en elle le désir d’aller chez les infidèles pour y propager la foi, et elle demeura pendant plusieurs mois avec le dessein de l’acconiplir, jusqu'à ce que, ne trouvant aucun moyen d'en venir à bout, elle y rORONCA, mais non sans un vif regret.

Catherine n'avait plus qu’une seule pensée: l'amour de Dieu et du prochain. L’unique désir qui l’embrasait était celui d’un cœur pur et saint, digne d’être offert tout entier à son cher Jésus. Sa sollicitude pour l’entretenir dans cette pureté élait si grande, qu’il était facile de la remarquer môme dans le soin et la vigilance qu’elle mettait à tenir toutes choses dans une grande propreté, soit dans ses vêlements, soit dans sa maison. C’est un adage du Saint-Esprit, que la netteté extérieure est l'indice de la pureté de l’âme.

s'étant donc un jour levée de grand matin, et se tenant en oraïson, elle vit apparaître Jésus, accompaguié d'une grande multitude de saints, parmi lesquels se trouvaient samt Dominique, sainte Catherine de Sienne et saint Pierre, martyr. Ce dernier lui ouvrit le côté gauche, entre les deux côtes, ei Int retira son Cœur, mais avec des douleurs si vives qu’elle crut en mourir, Saint Pierre, se tournant vers le Sauveur, le pria de vouloir bien rendre ce

cœur qu'il lui présentait pur de toute souillure. Jésus, avec un visage serein, : consentit. Catherine, devenue toute joyeuse, s 'enhardit À lui adresser, avec caucoup de larmes, la prière de lui rendre son cœur devenu pur. Jésus eau sa bien-aimée, et, lui donnant sa bénédiction, il parlit. Alors Catherine fut prise d’une si vive douleur qu’elle paraissait sur le point d'expirer. Ses parents accoururent près d’elle, et craignant qu’elle ne vint à mourir, envoyèrent chercher un prêtre, avec prière de venir aussitôt l’entendre en confession et lui faire la recommandation de l’âme, comme on a

LA BIENHEUREUSE CATHERINR DE RAGCONIGI. Si

coutume pour Ceux qui vont mourir. Le prêtre arriva; mais voyant que Catherine avait le teint et le visage comme à l'ordinaire, et les couleurs aussi vives que si elle n’avait éprouvé aucun mal, il fut saisi d’étonnement, et il soupçonna que la cause de cette maladie n’était pas ordinaire. Il lui ordonna donc de ne lui rien cacher. Contrainte par l’obéissance, mais humiliée profondément, Catherine lui raconta son merveilleux secret. Cet événement arriva le 3 août 1512, dans la vingt-sixième année de son âge. Néanmoins le Seigneur voulut que sa servante éprouvât cet état d’aridité spirituelle qui plonge l’âme dans une telle obscurité et mélancolie, qu’il lui semble être en disgrâce avec Dieu. Epreuve douloureuse dont Dieu use envers les âmes bonnes sans doute, mais qu’il veut encore embellir et rendre plus parfaites.

Par ses grandes mortifications et ses pénitences, Catherine cherchait à perdre la beauté qu’elle avait reçue de la nature, mais sans y réussir. La beauté de son âme était si grande, qu’elle se répandait sur son visage et l’éclairait comme un miroir. Aussi eut-elle à lutter contre un grand nombre de séducteurs qui tendirent des embûches à son honnêteté ; ils lui faisaient de riches promesses, espérant par là l’ébranler dans ses saintes résolutions. Mais, par la sagesse de ses réponses, Catherine détruisait bientôt toutes leurs espérances. Toutefois s’apercevant, à sa grande douleur, que sa beauté était pour le prochain l’occasion d’offenser Dieu, elle le pria de vouloir bien la lui retirer. Sa prière fut exaucée, et en peu de temps il s’opéra

sur son visage un tel changement que ses parents en demeurèrent pour Îa plupart étrangement surpris.

Non-seulement les hommes, mais les démons avec eux, faisaient tous leurs efforts pour lui faire perdre la vertu de pureté. Pensées déshonnêtes, imaginations impures, songes immondes, telles étaient leurs armes. Mais Catherine les repoussait toutes par l’oraison et la mortification. L'objet de ses méditations était l’incarnation et la passion du Fils de Dieu, la beauté de l’âme ornée de la vertu de modestie, la bassesse de ceux qui s’abandonnent au vice contraire, et les éternels tourments qui les attendent dans l'enfer. Elle macérait son corps par la pénitence, elle fuyait l’oisiveté, qui est la mère de tous les vices, et faisait en sorte d’être toujours occupée. Jésus, voyant la fidélité de son épouse, la consolait de temps en temps, lui apparaissant entouré d’une éblouissante clarté et chassant de sa chambre tous ces esprits immondes.

Mais la plus grande épreuve qu’elle eut à endurer lui adrint on l’année 512. C'était le 114 avril. À dater de ce jour, et pendant sept jours consécutifs, elle se vit fatiguée de tentations continuelles contre la modestie. Elle ne trouvait de soulagement que dans la prière, sans pouvoir même prendre ni sommeil, ni repos. Ce qu’elle s’efforçait de manger ou de boire pe lui était d'aucun secours ; loin de là, elle le rejetait aussitôt, et tout le jour elle fondait en larmes, mais sans allégement de son mal. Elle implorait l'assistance de Jésus et de Marie, mais elle n’en ressentait aucune consolation. Elle appelait par ses cris les Saints qui lui avaient été donnés pour gardiens, et par-dessus tous saint Pierre et sainte Catherine de Sienne; elle les faisait souvenir de leurs promesses, et se plaignait à eux au milieu des lamentalions et des larmes.

Ne recevant aucun soulagement et ne retirant aucun profit des jeûnes austères par lesquels elle affligeait son corps, elle imagina un autre moyen pour étouffer cette tentation. Pleine d'angoisses, elle va trouver son confesseur, et lui raconte tout. L’homme de Dieu lui conseille de se jeter, en

posture de suppliante, devant Dieu, et d'attendre de lui le secours dont elle a besoin. Catherine obéit. Elle se met à genoux dans sa chambre, et là elle s'offre de nouveau à la divine Majesté, détestant avec des larmes et des soupirs toutes les erreurs de sa vie passée, accusant sa négligence dans le service de Dieu, et son ingratitude monstrueuse pour tant de faveurs reçues de son amour. Enfin, elle le prie de traiter son âme, non plus selon que l’exigeait son indignité, mais uniquement selon le bon plaisir de sa grande miséricorde et les mérites de sa rédemption surabondante. Pendant ces prières et ces soupirs, Jésus-Christ lui apparut, le visage doux et serein, et lui dit : « Ne crains pas, puisque je suis avec toi ».

Pendant que Jésus lui parlait, apparurent deux anges qui, avec un Ccordon d’une blancheur céleste, ceignirent les reins de Catherine. « De la part de Dieu », lui dirent-ils, « nous te ceignons de la ceinture de la chasteté, qui ne se déliera jamais ». Depuis lors, et jusqu’à la fin de sa vie, elle ne fut plus molestée ni par les aiguillons de la chair, ni, à leur occasion, par les troubles de l’esprit ; au contraire, on eût dit qu’elle infusait le don de chasteté à tous ceux qui avaient le bonheur de l’entretenir. Se sentant ainsi hors de danger, elle redouta moins d’aider de sa conversalion ceux qui avaient besoin de son secours.

Alors commença à se répandre le bruit de sa sainteté ; une multitude de personnes pieuses venaient la visiter. Elle en éprouvait un grand déplaisir. Son humilité lui faisait désirer de fuir le monde, afin que personne ne s’occupât ni ne parlât d'elle. Il lui vint la pensée de disparaître, de passer les Alpes, et de chercher quelque lieu solitaire pour y mener la vie érémitique, ou au moins d'entrer dans quelque monastère. On était alors au mois de novembre ; la campagne était couverte de givre, et Catherine, encore mal remise d’une longue maladie, se leva dès quatre heures du matin, à l’insu de sa mère, pour mettre son projet à exécution. Cependant, avant d’y procéder, elle se mit à genoux afin d’invoquer le Saint-Esprit. Elle lui demanda qu’il la gardât de tout danger et qu’il la dirigeât dans son chemin. Sa pensée était d'aller d’abord à un monastère de femmes situé dans le voisinage, et puis de passer les Alpes. Mais comme elle allait sortir de la maison, elle entendit une voix qui lui dit : « Arrête ; où veux-tu aller ? » Catherine regarda autour d'elle, et ne voyant personne de qui pûé venir cette voix, elle ne doute pas qué c’est un ordre de Dieu qui veut l’empêcher de partir, et elle demeure. Quelques jours après, Jésus-Christ lui assura, par l'entremise de sainte Marguerite, vierge et martyre, que la volonté de Dieu était qu’elle ne partît pas. Il lui fit savoir qu’il ne lui avait pas prodigué tant de dons pour qu’elle s’enfermât dans un monastère, mais bien afin que, par ses saintes conversations et par l'exemple de sa vie, elle procurât l'honneur de Dieu et le salut d’un grand nombre d’âmes.

L'Italie était alors agitée de guerres épouvantables, qui causaient la perte de beaucoup d’âmes : aussi Catherine répandait souvent des larmes de douleur. Sa tristesse cependant était quelquefois adoucie par la conversion de quelques âmes qu’elle gagnaiït à Dieu. Tous ceux qui avaient le bonheur de traiter avec elle se sentaient animés à la pratique du bien. Par ses visions, Catherine connut clairement la nécessité où elle se trouvait de vivre parmi les pécheurs, et qu’ainsi elle ne pouvait s'éloigner du bruit du monde. Elle pria donc le Seigneur de lui enseigner la manière d’y élever l'édifice de sa sainteté. Le Seigneur l’exauça en lui envoyant la vision suivante : il lui sembla qu’on allait construire un temple immense, dont il lui fut dit qu’elle aurait à creuser les fondements. Lorsque le fossé eut atteint

la taille d’un homme, et qu’on fut au moment de placer le fondement, elle apprit par Jésus-Christ que par ce fondement elle devait entendre l’humilité. « À l’aide de l’humilité », lui disait-il, « l’homme se considère vil et abject aux yeux de Dieu, et plus il se met au dernier rang, plus il s’élève, à l’exemple de ma très-sainte Mère, qui, pour avoir été la plus humble des créatures, fut élevée par Dieu au-dessus de toutes ». Jésus ajouta qu’elle devait élever le mur en se servant du fil à plomb, ce qui signifiait les tribulations, les chagrins, les peines par lesquelles Dieu redresse la voie où il fait marcher ceux qu’il aime. Le mur élevé, Jésus lui recommanda de faire une fenêtre carrée, séparée par une croix au milieu, dont les côtés devaient lui permettre de passer la tête et de regarder dehors. Catherine demanda ce que voulait dire cette fenêtre, et il lui fut expliqué que la fenêtre, disposée intérieurement en forme de croix, signifiait le souvenir de la passion et de la mort du Sauveur. Jésus termina en lui disant que, de même qu'en se mettant à la fenêtre de sa maison, on a la clarté de la lumière, ainsi sa lumière dans la voie de la sainteté serait la méditation de la passion et la considération de ia mort qu’il avait endurées.

La bienheureuse Vierge Marie avait promis à Catherine qu’elle revêtirait l’habit de Saint-Dominique. Or, vingt-trois années s'étaient déjà écoulées depuis cette promesse, et ne voyant aucun indice que la prophétie dût s’accomplir, l'incertitude la prit ainsi que la crainte d’avoir été déçue par le démon. Mais bientôt une nouvelle révélation lui donna l’assurance que la promesse venait de Dieu, que tout arriverait selon ce qui lui avait été annoncé, et que sous peu se fonderait à Racconigi un couvent des religieux de Saint-Dominique. En effet, on jeta bientôt les fondements sur lesquels s’éleva un couvent que l’on voit encore aujourd’hui.

Quelque temps avant que Catherine revêlit l’habit de la Pénitence, certains méchants esprits, voyant d’un mauvais œil les choses merveilleuses qu’elle opérait, la citèrent au tribunal de l’inquisition, en l’accusant d’hérésie et de magie. Par là ils espéraient lui faire perdre la grande réputation dont elle jouissait auprès d’un grand nombre, et que l’éclat des plus belles vertus rendait plus brillante de jour en jour. Catherine se rendit à Turin pour se justifier. Dieu, qui protége ses serviteurs fidèles, fit que nonseulement elle fut reconnue innocente, mais que sa réputation et son renom de vertu ne firent que s’accroître auprès des personnes de haute condition.

Le bruit de sa sainteté commença dès lors à arriver jusqu'aux oreilles du duc de Savoie et de l’archevêque de Turin, qui tous deux l’honorèrent publiquement. A partir de cette époque, non-seulement elle fut appelée et reçue avec de grands honneurs par la sœur du duc de Savoie et par les autres princesses de cette illustre maison, mais on l’invita même à se rendre en des pays éloignés. Aïnsi, elle dut plusieurs fois aller à Casale sur les instiances d'Anne, marquise de Montferrat, parente du roi de France. Cette pieuse dame alla jusqu’à prier Catherine de vouloir bien fixer pour toujours sa demeure dans cette ville ; mais l’humble vierge ne voulut jamais y consentir. La marquise de Montferrat a assuré plusieurs fois, que dans ses affiictions elle n’éprouvait jamais une plus grande assistance que des conversations de Catherine ; elle ajoutait même que rien qu’à la regarder, elle se sentait toute renouvelée.

Parvenue à la vingt-huitième année de son âge, Catherine revêtit enfin l’'habit de Saint-Dominique, qu’elle avait tant désiré. Rien ne put ébranler la résolution de Catherine, ni les calomnies élevées contre elle et contre

les religieux dominicains, ni les contradictions du monde, qui fit tout son possible pour empêcher de la mettre à exécution.

En même temps que Catherine, une autre jeune fille avait revêtu l’habit de la Pénitence; mais elle était si pauvre, que faute d’argent elle n'avait pu se procurer le vêtement nécessaire. Catherine l’ayant su, dit et fit tant auprès de sa mère, qu’elle en obtint la permission de donner à sa compagne l'argent qui était à la maison. Cette belle action lui obtint de Dieu une grande augmentalion de charité. Depuis ce moment, elle cherchait toutes les occasions de faire des œuvres charitables. Jamais elle ne laissait partir un pauvre de sa maison saps lui avoir donné quelques secours. Elle travaillait plus longtemps et avec plus de diligence que par le passé à son état de tresseuse, afin de pouvoir ramasser quelque argent de plus, et soulager ainsi un plus grand nombre de nécessiteux. Souvent, après avoir passé une grande partie de la nuit en prières, elle se mettait au travail avant le jour, afin de pouvoir satisfaire son ardente charité envers le prochain. Dans ses repas, il lui arrivait fréquemment de se priver d’une partie de sa nourriture pour la porter à des malades qui se trouvaient dans le besoin. Quant à l'estime qu'elle faisait de cette vertu, on peut encore en juger par la réponse qu'elle fit une fois à quelques personnes de sa famille qui voulaient lui persuader de laisser à sa mère le soin des affaires de la maison, sous le prétexte que, ne mesurant pas ses moyens, elle donnait aux pauvres, par amour de Dieu, plus qu’elle ne pouvait. « Je ne le ferai pas », réponditelle, «je ne le ferai pas, parce que je me priverais de l’occasion de faire l’aumône aux pauvres ; et, si je n’avais autre chose à donner, je leur donnerais ma propre robe ».

Le démon, n'ayant pu détourner la servante de Dieu de sa résolution de revêtir l’habit religieux, ne négligea rien pour troubler son âme sous la captieuse abondance des raisonnements trompeurs. Par exemple, il lui donnait à entendre qu’elle aurait mieux fait de se marier et de servir Dieu en liberté, ou tout au moins sous un habit plus en faveur, et mille autres raisons du même genre, qu’il lui mettait dans l'esprit. Fatiguée de ces obsessions, Catherine obtint de Notre-Seigneur d’en être délivrée.

Le désir que Catherine ressentit dès ses plus tendres années, de donner sa vie pour l’amour de son Dieu, fut satisfait en partie par ses grandes et continuelles souffrances pour le salut des pécheurs, en sorte que sa vie peut être appelée un long et continuel martyre. L’amour qu’elle portait à Dieu et au prochain était si fort, que rien ne l’affligeait tant que la pensée de l’offense de Dieu et de la ruine des âmes. Bien des fois, à la nouvelle que quelqu'un était tombé en péché mortel, elle se mettait à répandre des larmes de douleur, et souvent son affliction la rendait malade et la contraignait de demeurer au lit. Ce fut alors que naquit en elle ce désir de supporter les peines dues à tous les pécheurs, afin de fermer ainsi la porte de l'enfer et d’ empècher qu'aucune âme n'y tombat à l’avenir.

A la prière de plusieurs de ses fils spirituels, Catherine alla séjourner pendant quelque temps à Saluces, en compagnie d’un prêtre de sa famille. Pendant son séjour dans cette ville, étant un jour à prier dans une église, une femme de mauvaise vie passa devant elle ; Catherine jeta sur elle un regard si tendre, que la pauvre malheureuse rentra en elle-même, et résolut de suivre Catherine jusqu’à Racconigi, où elle pourrait lui parler plus librement. Une fois devant elle, elle se jeta à ses pieds, et, parmi les larmes et les soupirs, elle lui fit le récit de toute sa vie passée. Après l’avoir écoutée avec bonté, Catherine, par de douces paroles, l'instruisit du genre de

vie qu’elle devait mener à l’avenir. Notre pauvre pécheresse alla donc se confesser, et, rentrée chez elle, elle édifia par ses exemples autant qu’elle avait scandalisé par le passé.

En 1519, un soir du mois de mars, elle fut prise d’épouvantables souffrances de l'esprit et du corps. Cette recrudescence de douleurs lui prove-nait toujours de son grand désir d’endurer toutes sortes de tourments pour le salut des pécheurs contre lesquels elle voyait que Dieu était plus indigné. Les circonstances même du temps où l’on se trouvait ravivaient en elle ce désir de souffrir. C’était, en effet, le mois de mars et l’époque du carnaval, pendant laquelle chacun se laissait aller à toutes sortes de vices. C'était pour elle une occasion de méditer sur l’aveuglement des hommes, et les entraînements misérables de la vie humaine, par lesquels tant de chrétiens se précipitent dans l’enfer. Ces réflexions l’affligeaient grandement, et la portaient à s'offrir à Dieu pour souffrir jour et nuit au profit des pécheurs, et à invoquer sur eux la divine miséricorde. Comme elle persévérait donc dans ses prières pour le bien de l'Eglise, et pour le salut des âmes, elle eut de Jésus cette réponse : « J'accepte ton offre, mais les douleurs que tu auras à endurer seront si violentes qu’à grand’peine tu échapperas à la mort ». Et, en effet, peu de jours après elle se sentit surprise de maux si violents qu’elle fut obligée de garder le lit pendant onze semaines. Durant ce temps elle restait souvent cinq jours sans rien prendre; si les prières des siens la persuadaient d’essayer de quelque nourriture, elle la rejetait presque aussitôt. Les médecins eux-mêmes, voyant qu'elle ne pouvait plus conserver aucun aliment, et qu'un mal en appelait un autre, ne tardèrent pas à la déclarer perdue, et par trois fois ils furent très-surpris de la retrouver vivante. Ce n’était pas seulement pour tous les hommes en général, mais encore pour tous ceux dont les besoins particuliers lui étaient connus, qu’elle offrait ses prières et sa personne même à Notre-Seigneur ; Car jamais il n’est arrivé que quelqu'un se soit recommandé à ses prières sans en avoir reçu quelques secours. Dieu exauçait toujours ses demandes, et pour les besoins de l’âme et pour ceux du corps.

Voici quel genre de vie suivait en son particulier Catherine. En se levant le matin, elle formait la résolution d'employer le jour présent à disposer toutes ses actions selon la plus grande gloire de Dieu. Le long du jour, elle élevait fréquemment son esprit et son cœur vers Dieu par de ferventes oraisons jaculatoires. Le soir, avant d’aller au lit, elle rappelait à sa mémoire de quelle manière elle avait employé la journée. Reconnaissaitelle y avoir fait quelque chose de bien, elle en rendait grâces à Dieu; au contraire, remarquait-elle quelque action digne de blâme, elle en demandait humblement pardon, détestant de tout son cœur le plus léger manquement. Son application était plus grande encore lorsqu'elle allait à l’église pour se confesser. Alors elle cherchait dans sa conscience tout ce qui lui semblait avoir offensé Dieu, et après la confession elle lui demandait la srâce de changer de vie et de faire tout pour son honneur et pour sa gloire. Ce fut par là qu’elle arriva à un haut degré de perfection et de sainteté. De son côté, l’esprit malin s’appliquait à lui susciter mille troubles pour empêcher les grands biens qu’elle faisait par ses prières. Ce fut alors que le bruit se répandit qu’une peste mortelle avait envahi Turin et les environs. Catherine aussitôt se mit à prier sans interruption pour les populations frappées de ce fléau. La violence du fléau dans les villes et les campagnes voisines fut telle, et le nombre des vichimes si considérable, que le pays et

les maisons restèrent vides de leurs habitants. Seule, la ville de Racconigi demeura hors des atteintes de ce mal.

La sainteté de Catherine fut manifestée à un grand nombre de personnes, soit au dedans par des inspirations, soit au dehors par des visions et des signes extérieurs. Alors vivait à Savigliano, et sous le même habit que notre Sainte, une autre Catherine, célèbre par les lumières dont Dieu l’é- .clairait. Toutes les fois qu’on l’interrogeait sur le compte de notre Catherine, elle ne manquait jamais de la combler de louanges, l’appelant une grande sainte. Une autre vierge, qui ne connaissait Catherine que de réputation, la vit au ciel placée si haut qu’à peine pouvait-elle l’atteindre du regard. Une veuve, sa compagne, lui vit un jour sur la tête une lumière ressemblant à une étoile, et à cette splendeur comme à l'éclat subit de son visage, ceux qui vivaient avec elle étaient avertis de la présence de quelque esprit céleste. Un prêtre a raconté qu’entrant un jour dans sa chambre, où elle était malade, il la vit élevée en l’air au-dessus de son lit, et qu'il l’entendit parler comme une personne ravie en esprit. Cette sainteté n'était pas profitable à Catherine seule. Un grand nombre de pécheurs y trouvèrent un aide pour se convertir.

Bien que Catherine fût généralement aimée et vénérée, néanmoins il ne manqua pas de méchants à qui sa sainte vie était un reproche qui les couvrait de confusion. Ils cherchèrent donc par toutes sortes de moyens à lui faire perdre la réputation dont elle jouissait. Pour y réussir, plusieurs d’entre eux rapportèrent au supérieur de son Ordre tant de calomnies qu’ils avaient inventées sur son compte, que ce religieux, ajoutant foi à ces mauvais bruits, fut amené à devenir l'instrument de leur malignité. Pendani la durée de cette mauvaise disposition du supérieur envers Catherine, elle lui demanda de vouloir bien lui laisser son confesseur accoutumé, afin d’avoir une personne de confiance pour répondre aux lettres que des princes et des hommes du premier mérite lui adressaient. Mais ce religieux ne consentit jamais à Le lui accorder. Cependant Dieu mit fin à cette persécution sans motif.

Les ennemis de Catherine devinrent alors plus furieux que jamais, et cherchèrent à la faire mourir en l’empoisonnant. Mais Dieu, qui protége ses serviteurs, fit qu’elle n'en ressentit aucun mal. Voyant alors l’inutilité de leurs tentatives, ils firent tant par leurs menées auprès des uns et des autres, qu'ils obtinrent qu’elle fût bannie de Racconigi. Le jour fixé pour son bannissement étant arrivé, elle fut obligée, au milieu des moqueries et des insultes de quelques libertins, d’abandonner la maison paternelle pour se rendre sur une terre étrangère. Elle se dirigea donc vers Caraman, pays éloigné de deux milles de Racconigi. Les ennemis de Catherine, voyant qu'ils n'avaient pu réussir dans leurs projets en la chassant de son pays, et voulant accomplir des desseins encore plus fâcheux qu’ils nourrissaient contre elle, s’adjoignirent un supérieur de l’Ordre pour la faire retourner à Racconiegi.

Catherine ayant su que ce supérieur se trouvait à Racconigi, et sachant en outre qu'il ne lui était pas défendu de venir de temps en temps dans sa patrie, mais seulement d’y faire de longs séjours, alla trouver ce supérieur pour lui témoigner son respect. Alors ce dernier lui manifesta sa volonté, qui était qu’elle revint dans sa patrie. Mais Catherine lui répondit : « Mon Père, je suis fille d’obéissance, et je suis prête à obéir jusqu’à la morten tout ce qui est conforme à la règle à laquelle je me suis engagée ; mais pour tout le reste, je n’enlends pas m’y regarder comme obligée. Or, d’un côté

ma règle ne m'imposant pas de demeurer à Racconigi, et de l’autre la volonté de Dieu y étant contraire, veuillez m’excuser si je vous désobéis ». Le supérieur, mécontent de cette réponse, et de plus mal informé sur l’intégrité de la vie de Catherine, défendit aux couvents voisins de s’occuper de sa direction spirituelle, défense qui dura deux ans, et jusqu'à l’expiration de son gouvernement.

Parmi tant de persécutions, Catherine ne cessait de prier pour ses ennemis. Dieu voulut enfin la consoler en changeant le cœur de ses persécuteurs, dont plusieurs se repentirent de leurs mauvais procédés à son égard. Catherine avait reçu de Notre-Seigneur le don des miracles, et surtout celui de connaître les secrets des cœurs. Ce don, elle ne l’employait jamais que pour le bien des âmes et pour la plus grande gloire de Dieu.

Ses prières et ses pénitences les plus abondantes étaient surtout pour ses amis et ses enfants spirituels, que Notre-Seigneur lui avait confiés d’une façon toute spéciale. Dieu l’éclairait d’un grand nombre de révélations à leur sujet. Non-seulement elle savait les secrets de ceux qui étaient encore de ce monde, mais encore ceux aussi des défunts passés dans l’autre. Elle disait une fois avoir eu la connaissance que tous étaient en lieu de sûreté ; elle les nommait par leur nom, et elle savait en outre ceux qui jouissaient déjà de la gloire du paradis, et ceux qui demeuraient encore arrêtés dans le purgatoire. Un jeudi saint, elle fut ravie en esprit, et il lui fut donné de contempler la gloire de Dieu. Elle vit sur un trône élevé le divin Sauveur qui avait à ses pieds un grand livre fermé de sept sceaux. Le livre fut ouvert, et il lui fut accordé d’y voir inscrits son nom et celui de ses enfants spirituels. Ces célestes visions lui arrivaient spécialement dans le temps de l’oraison, exercice pour elle si fréquent, qu’ordinairement il ne se passait jamais une demi-heure, ou tout au plus une heure, sans qu’elle se miît à prier. Dans la vigueur et la force de l’âge, elle y employait même une grande partie de la nuit.

Cependant l'heure de sa mort approchait. Le Père Morelli, qui avait compris qu’elle en connaissait le moment, lui demanda si l’année 1546, dans laquelle on se trouvait, serait la dernière de sa vie. Catherine répondit : « Ce n’est pas encore cette année, mais l’autre qui vient après ». L’année 1547, qui fut la dernière de sa vie, Dieu opéra de grands miracles en faveur de ceux qui l’invoquaient par les mérites de sa fidèle servante. Nous en rapporterons seulement quelques-uns. La comtesse Françoise de Cacconato était tourmentée de graves douleurs au côté. Quatre mois de remèdes assidus, au lieu de la calmer, n’avaient fait qu’augmenter cruellement ses souffrances. Voyant donc l’inutilité des secours humains, elle se souvint de Catherine, et pria Dieu en disant : « Si ce qui se dit des miracles de sœur Catherine est vrai, je vous prie, Ô mon Dieu, de vouloir bien me délivrer par ses mérites ». Au même moment elle se sentit délivrée de tout mal.

Depuis de longues années, un homme était travaillé du mal caduc. Les remèdes qu’il avait pris avec soin ne .lui avaient rien fait. Il alla trouver Catherine, et dans un sentiment de grande coufiance, il la pria de vouloir bien lui obtenir de Dieu la santé. La Sainte le lui promit, et jamais depuis il ne ressentit la moindre atteinte de ce mal affreux.

Parvenue aux derniers temps de sa vie, Catherine, qui jusque-là avait été affligée principalement en son corps, se vit accablée en son esprit et son cœur ; aussi dit-elle que les douleurs dont sa jeunesse avait été flagel- Iée étaient bien plus aisées à endurer que les angoisses spirituelles de sa

vieillesse. Le Père Morelli atteste qu'il lui était souvent arrivé de la voir si affligée, qu’elle en faisait compassion.

Enfin le temps était arrivé où Dieu allait soustraire Catherine à tant de douleurs, et l’appeler aux joies de son éternité glorieuse. Le moment venu, elle tomba dans une longue et grave maladie qui pour elle fut la dernière. Parlant un jour avec le médecin des remèdes qu’elle devrait prendre pour se guérir, elle lui dit : « Tout remède est inutile, attendu que je n’ai plus que quatre mois à vivre ». On était alors dans les premiers jours de mai. Il faut renoncer à donner une idée de la patience, de la résignation avec laquelle elle supporta les douleurs de cette maladie, ainsi que les actes fréquents d'amour qu’elle envoyait à son Dieu. Elle ne paraissait plus être une créature de ce monde, mais un ange du ciel. Tous ceux qui s’approchaient de son lit emportaient d’elle les instructions toutes célestes qui les remplissaient d'amour pour le paradis.

Cependant son état devenait chaque jour plus grave, et celui qui devait mettre fin à son exil avançait à grands pas. On lui administra les sacrements. En recevant pour la dernière fois son aimable Jésus, ce Jésus qui tout le temps de sa vie avait été son époux et sa douce espérance, son cœur fut inondé d’un tel amour, qu’elle fut contrainte de s’écrier : « Le cœur me bout si fort, qu’il me semble avoir en mot une fournaise ardente. Ah! pourquoi se fait tant attendre le moment où je volerai dans les bras de mon Epoux céleste ? » Malgré le désir ardent qui brûlait Catherine de quitter bientôt ce monde, néanmoins, en pensant aux périls dans lesquels elle laissait ses enfants spirituels, elle adressait à Dieu la prière de saint Martin : « Seigneur », disait-elle, «s’il peut être utile aux âmes que je reste encore en ce monde, que votre volonté se fasse ».

Le bruit de sa mort prochaine s'étant répandu, un grand nombre deses filles spirituelles vinrent entourer son lit. Catherine leur donna un regard maternel, et réunissant ce qui lui restait encore de forces, elle leur adressa une exhortalion si émouvante, que toutes éclatèrent en sanglots. Elle les encouragea à la haine du monde, à aimer Dieu de tout leur cœur, et à mettre en Jésus et Marie toute leur confiance. Enfin elle leur promit deles protéger du haut du ciel, et de continuer de les aimer avec la tendresse d’une mère. Mais l'heure de la mort est sonnée ; déjà le ciel se prépare à ouvrir ses portes à cette âme bénie, et la terre pleure de se voir ravir un si précieux trésor. L’aurore du 4 septembre vient de poindre, et avec elle le signal que Catherine va rendre son dernier soupir. Au milieu de ceux qu'elle a honorés de son intimité, et qui l’assistent les larmes aux yeux, un “religieux bénédictin d’une abbaye voisine fait pour elle les prières de la recommandation de l'âme. Pendant que les assistants l’entouraient, tenant fixés sur elle leurs yeux pleins de larmes, Catherine leva les siens au ciel, et dans un doux sourire elle rendit l’âme, et la remit dans les bras de son Dieu.

On voit au-dessus de l’autel, dans la chapelle qui lui a été bâtie à Racconigi, le divin Rédempteur rendant à l’épouse bien-aimée son cœur, enrichi de rayons en forme de croix, et sur lequel on lit ces mots: « Jésus mon espérance ». — Dans le couvent de Sainte-Marguerite, à Chieri, elle est représentée parée de l’auréole des Saints, couronnée d’épines, ayantune grande croix sur l'épaule gauche, une petite croix sur la poitrine, les stigmales el un lis dans les mains, trois anneaux au doigt, et l’Esprit-Saint audessus de sa tête.

CULTE ET RELIQUES

À peine Catherine eut-elle rendu le dernier soupir, que son corps exhala nn parfum des plus suaves. Le peuple de Caraman vint en foule le visiter, et tous pleuraient la grande perte qu'ils avaient faite. Son corps fut inhumé, au milieu d’un grand concours de peuple, dans le cimetière public. Cinq mois après sa mort, son corps ayant été trouvé aussi frais et aussi flexible que si elle eût été endormie d'un sommeil de paix, et de plus exhalant une odeur céleste, on en fit la translation. Arrivées à Garessio, ses précieuses dépouilles furent placées dans l’église des Dominicains, sous l’autel du chapitre qui lui est consacré, où elles commencèrent à être en grande vénération, à cause des nombreux miracles opérés par l’intercession de Catherine.

Dans plusieurs provinces, non-seulement du Piémont, mais des royaumes de Naples et d’Espagne, ses reliques furent vénérées sur les autels, et ses images exposées au culte public. À Turin et à Chambéry, on l'implorait dans les prières qui se faisaient à l’église. La chambre habitée par elle à Racconigi, fut convertie en chapelle. Sur l’autel, on voit exposé dans un élégant et précieux reliquaire, donné par Mgr Fransoni, archevêque de Turin, un os de la Bienheureuse ; c’est un fémur tout entier, et parfaitement conservé. Dans le bourg de Sainte-Victoire, près d’Albe, on érigea une chapelle en son honneur, el chaque année, le jour du 4 septembre, on y célèbre encore solennellement sa fête avec un grand concours de peuple.

À la vue de ce culte général, le maître général de l'Ordre de Saint-Dominique, Pie-Joseph Gaddi, demanda et obtint du pape Pie VIX, le 9 avril 4808, l'approbation de ce culte public, que Catherine fût honorée du titre de Bienheureuse, et que l’on pût célébrer la messe et ‘un office propre en son honneur.

On lui rend aussi un culte à Caïaman, petit bourg célèbre par son antique abbaye de Sainte- Marie, et bien plus encore par le séjour qu'y a fait la Sainte.

De toutes les reliques de la bienheureuse Catherine, que possède Caraman, la plus insigne est un bras, reconnu et déclaré authentique, le 5 août 1811. Cette relique sacrée est exposée publiquement à la vénération du peuple, pendant tout le cours de la neuvaine, et aussi le jour de la fête de la Bienheureuse, qui se célèbre avec une grande pompe dans l'église paroissiale, le quatrième dimanche de septembre, jour auquel a lieu une procession solennelle. Le 4 septembre, anniversaire de sa précieuse mort, il y a indulgence plénière pour tous ceux qui, étant confessés et ayant communié, visitent la chapelle où, ce même jour, et pendant la neuvaine qui le précède, et qui altire en foule les dévots de notre Bienheureuse, se célèbrent un grand nombre de messes.

Lors de la suppression des Réguliers en Piémont, au commencement de ce sièele, le couvent et l'église de Garessio furent vendus et détruits. Les reliques de la Bienheureuse furent transportées dans la paroisse du faubourg supérieur du Garessio et exposées à la vénération publique dans une chapelle qui lui fut consacrée. On les revétit d’un corps en cire et des vètements du Tiers Ordre, et chaque année on y célèbre avec solennité la fête de l’illustre Dominicaine.

À la publication du décret du Saint-Siége qui approuvait le culte de la Bienheureuse, on célébra à Turin une grande fête en son honneur, et on lui éleva une chapelle dans l'église de Saint-Dominique. Cette chapelle subsiste encore aujourd’hui. Catherine est encore honorée dans d’autres églises de Turin. Les fabricants et les ouvriers en rubans célèbrent sa fète le premier dimanche de septembre ; car, suivant l'usage des jeunes filles de Racconigi, Catherine; de son temps, avait appris et exercé leur métier. Chaque année, ils portent le portrait de la Bienheureuse à l'église qu'ils ont choisie, et célèbrent sa fête avec une grande solennité.

A Chieri, le culte de la Bienheureuse a longtemps été en usage. Une des plus grandes chapelles de l’église de Saint-Dominique lui est consacrée ; elle est la patronne des Tertiaires, qui célèbrent chaque année sa fêle avec une grande dévotion. Aujourd'hui l'église est devenue, par suite de là nouvelle loi contre les religieux, la propriété du gouvernement, et Ie monastère un collège.

À Poirino, bourg de sept mille âmes, à cinq lieues de Racconigi, vers lorient, notre Bienheureuse recoit des lidèles des honneurs et une vénéralion que rien ne peut interrompre.

Extrait de la Vic de la Bienheureuse, par un membre du Tiers Ordre & int-Dominique, et de l'Anue Dominicaine.

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