SAINT TAURIN, ÉVÈQUE ET MARTYR
avait apportées d'Eauze, il alla déposer le reste dans l’oratoire de Saint-Jean, et y établit son siége pontifical. C’était s’y fixer lui-même, et comme il voulut garder près de lui les corps de ses prédécesseurs, il les enterra dans cet oratoire près du maître-autel. La présence de saint Taurin, l’exemple de ses vertus, ses pressantes exhortations ne pouvaient que raviver à Auch la piété des chrétiens et en augmenter le nombre. Aussi est-il généralement regardé comme le premier évêque de cette ville. Il est vrai que c’est à lui: que remontent et que s'arrêtent les plus anciens documents de cette Eglise. Nous inclinerions, toutefois, à croire que le siége d’Auch existait déjà. C'était l'usage à peu près constant de la primitive Eglise, lorsque la foi avait été prêchée avec quelque succès dans une ville un peu importante, et surtout lorsqu'elle y avait fait des progrès, d’y placer non point un ou plusieurs prêtres, mais un évêque. Or, quand saint Taurin parut à Auch, saint Sernin y avait jeté la semence évangélique depuis un assez bon nombre d’années, et cette semence y avait fructifié au point de nécessiter deux oratoires etun cimetière.
Cependant, l’enceinte d’une ville était trop étroite pour le zèle de l’homme apostolique. A cette âme ardente il fallait un théâtre plus vaste; la charité est quelquefois affamée de conquêtes autant que l'ambition. Comme celle-ci, la première sait, quand il le faut, aller presque jusqu à une imprudente témérité. Le bruit se répand un jour que pour accomplir nous ne savons quel rite du culte druidique, une foulenombreuse se réunissait dans le bois de Berdale, alors plus étendu qu’il ne l’est de nos jours, car il ne se terminait qu'à une petite distance d’Aubiet. À cette nouvelle, le héraut de l'Evangile ne se contient point. Bravant tous les périls et souriant peutêtre au sort qui l’attendait, il court attaquer l'erreur jusque dans son repaire.
Le sacrifice était commencé. Tout à coup, au milieu du silence religieux, une voix se fait entendre. C’était Taurin ! A la multitude abusée, en présence des prêtres qui l’égaraient, il dit tout ce qu'avait de vide, d’indigne et de mensonger le culte des fausses divinités qui surprenaient ses adorations, et au contraire tout ce qu'avait apporté à la terre de vertus, de consolations et de liberté, le Dieu dont il était, lui, le ministre. La foule s'étonne d’abord de la hardiesse et de la nouveauté de ce langage ; elle hésite quelques instants : mais bientôt, poussée par les druides, elle se jette sur l'intrépide apôtre et l’accable sous une grêle de pierres et de coups de bâtons. Il respirait encore, lorsqu'un idolâtre, plus emporté que les autres, lui brise le crâne d’un premier coup de hache, et d’un second lui tranche entièrement la tête. Une ancienne tradition prétend que le Saint renouvela aux yeux de ses meurtriers le miracle de saint Denis de Paris, et qu’il porta, avec son tronc mutilé, sa tête jusque dans la rue d’Auch, qui depuis reçut son nom et qui était siluée près des terrasses de l’archevèché. C’est là que les chrétiens allèrent chercher ses restes sacrés pour les ensevelir dans l’église de Saint-Jean, à côté des restes de ses prédécesseurs sur le siége d’Eluse.
CULTE ET RELIQUES
La fête de saint Taurin se célèbre dans tout le diocèse d’Auch, avec la même pompe que les plus grandes solennités, le 5 septembre qu’on croit être celui de son martyre. On l'invoque contre les maux de tèle. Quant le siége pontilical eut élé transféré, vers l’an 850, dans l’ancienne chapelle bâtie par saint Taurin sur la crête de la colline, et devenue plus tard l'église de sainte. Marie, les archevêques songèrent à transporter près d'eux ses reliques. Aucan monument parvenu jusqu'à nous ne nous indique l’époque de celte translation, Quoi qu'il en soit, le corps de sainé
Taurin fut descendu dans une crypté avec ceux de saint Léothade et de saint Austinde, En 4610, Mgr Léonard de Trapes fit l'invention de ses reliques.
Pendant la révolution, le chef de saint Taurin disparut, ainsi que le grand buste en argent qui le renfermait; quant au sarcophage qui renfermait le reste du corps, il fut respecté, ainsi qu'on le constata dans la visile faite le 4 février 1857, par Mgr de Salinis. Voici l'inventaire des reliques de saint Taurin, tel qu'il fut fait à celte époque :
Douze côtes ou fragments de côtes ; — De plus, quatre petits fragments; — Sept vertèbres entières ou à peu près, dont deux cervicales unies et deux autres encore cervicales, mais Séparées; — Seize fragments d’autres vertèbres; — Partie supérieure du larynx; — Un grand fragment de la partie supérieure de l’omoplite gauche; — La clavicule droite, — Deux fragments d'humérus; — Un fragment notable de chacun des deux radius; — Un fragment d'un cubitus; — Les deux fémurs moins leurs têtes; — Une tête de fémur séparée; — Le péroné gauche entier; — Le péroné droit fracturé en deux; — Les deux tibia; — Les deux rotules ; — Les deux calcaneum avec un astragale; — Quatre os du tarse; — Douze des os longs des pieds ou des mains; — Quatre fragments dés os des îles; — Un très-petit fragment d’étoffe; — Deux vases de cendres.
Extrait des Vies des saints Evêques de la métropole d'Auch, pax M. J.-J. Monlezun, chanoine d'Auch ét du Puy.