VIERGE ET MARTYRE A LA CAPELLE, DIOCÈSE DE SOISSONS
gvs siècle.
La force des justes consiste à vaincre la chair, à Ctouffer les voluptés de la vie présente.
Le Vénéralle Bède.
Grimonie, née en Hibernie (Irlande), était fille du roi du pays. Sa famille était encore attachée au culte des idoles ; par une grâce toute spéciale, Grimonie eut le bonheur d’être instruite des vérités du christianisme et fut baptisée à l’âge de douze ans, à l’insu de ses parents. Elle se sentit dès ce moment décidée à servir uniquement Notre-Seigneur Jésus-Christ et à lui consacrer sa virginité. Elle employait le plus de temps qu’elle pouvait à la prière et à la méditalion, et s’exerçait aux jeûnes et à toutes sortes de mortifications.
Quand elle fut en âge d’être mariée, son père voulut l’unir à un des plus nobles et des plus riches gentilshommes du pays, et déjà il faisait faire les préparatifs de la cérémonie, lorsqu’on vint lui annoncer que la jeune fille n’était plus dans son appartement et que sans doute elle avait pris la fuite. Après bien des recherches, on la trouva à genoux dans un lieu solitaire et on la ramena à la maison paternelle. « Pourquoi avez-vous fui ? » lui demanda le père irrité. « C’est que j'ai choisi un autre époux, Jésus- Christ mon Sauveur et mon Dieu ; je l'aime de tout mon cœur et je veux lui rester fidèle jusqu’à la mort ». Aces mots, le père entre en fureur et ordonne qu’on la renferme dans une prison obscure, pour expier l’injure qu’elle faisait à lui-même, à son fiancé et à ses dieux.
. Cette prison fut pour la jeune vierge comme un temple où elle passait ses journées à prier, toute disposée à souffrir Loutes sortes de tourments pour témoigner à son Dieu sa fidélité. Ce fut inutilement que sa mère vint la supplier d’obéir à la volonté de son père. Le Seigneur ne devait pas délaisser cette fidèle épouse ; il envoya un de ses anges pour la délivrer : « Levez-vous, Grimonie », lui dit l’ange, « Les portes de votre cachot sont ouvertes, sortez au plus vite et dirigez-vous vers la mer ». La vierge s'enfuit en effet, sous la conduite et la protection de Dieu ; elle trouva un navire tout prêt à mettre à la voile, elle y monta et le vaisseau partit. Pendant la traversée, il s’éleva une furieuse tempête, et l’on croyait le naufrage inévitable, lorsque Grimonie se jeta à genoux ; levant alors les yeux et les bras vers le ciel, elle conjura le Seigneur d’avoir pitié de tout l'équipage. Sa prière fut exaucée, les flots s’apaisèrent et le vaisseau put débarquer la jeune vierge dans la Gaule-Belgique, où l’empereur Valentinien protégeait les catholiques. Tout le désir de Grimonie était de passer le reste de ses jours dans la solitude, et de renoncer à tout commerce avec les hommes. Dans ce dessein, elle s’enfonça dans les forêts de la Thiérache /Therascia) jusqu’à un endroit nommé Dorunum (c’est aujourd’hui le bourg de La Capelle). Là, toutes ses journées et une partie de ses nuits étaient partagées entre la prière, les pieuses médi-
tations et les exercices de la pénitence. Des racines et des fruits sauvages étaient toute sa nourriture. L’eau limpide d’un ruisseau suffisait pour la désaltérer. Dieu se plaisait à la combler de toutes sortes de consolations spirituelles. La contemplation des œuvres de la création lui causait de fréquents ravissements et lui faisait apprécier davantage le bonheur d’être soustraite aux dangers de la maison paternelle.
Cependant les parents de Grimonie n'étaient pas restés en repos après sa fuite. Ils avaient envoyé des soldats à sa recherche, avec ordre de la ramener vivante ou morte. Leurs perquisitions furent longtemps sans résultat. Ils apprirent enfin qu’une jeune fille errante avait profité du départ d’un navire pour gagner le continent; ils sembarquèrent aussitôt, et à force de coursès et d'informations, ils apprirent qu’une jeune étrangère nouvellement arrivée était déjà en grande réputation de vertu, et qu’elle vivait seule au milieu de la forêt voisine.
Les soldats parcoururent la forêt et se trouvèrent tout à coup devant celle qu'ils cherchaient. Leur vue n’effraya pas Grimonie, mais elle se douta de leur dessein. Ils firent tous leurs efforts pour la déterminer à les accompagner et à retourner dans leur pays où des noces splendides l’attendaient. Grimonie ne se laissa pas éblouir par leurs promesses, elle leur parla du bonbeur dont elle jouissait dans cette solitude, en servant Notre-Seigneur Jésus- Christ, le divin Époux de son cœur; enfin elle protesta avec fermeté que rien au monde ne pourrait l’arracher de ces lieux. Les barbares, voyant que leurs efforts étaient inutiles et que Grimonie ne consentirait jamais à renier Jésus-Christ pour adorer leurs dieux, se jetèrent sur elle et lui tranchèrent la tête. Après avoir caché le corps de la Sainte sous un amas de terre, ils reprirent le chemin de l’Hibernie. On pense que ce martyre coïncide avec les premières années du 1v° siècle.
CULTE ET RELIQUES
L'endroit précis où reposait le corps de sainte Grimonie resta longtemps ignoré. Voici comment la tradition constante du pays rapporte la découverte de ce précieux trésor. Une clarté mystérieuse apparaissait de temps en temps en un certain lieu de la forêt. Un jour où elle parut encore plus brillante que de coutume, les habitants se rassemblèrent et creusèrent la terre à l'endroit même d’où partait la lumière, et ils trouvèrent un corps parfaitement conservé ; ils ne doutèrent pas que ce ne fût celui de la vierge martyrisée dont leur avaient parlé leurs pères. Des miracles s'opérèrent, des malades recouvrèrent la santé en priant devant ces précieuses reliques. La reconnaissance du peuple le porta à bâtir une petite chapelle sur son tombeau. Bientôt on y accourut de toutes parts pour implorer l'assistance de sainte Grimonie. Des maisons s’élevèrent autour de ce sanctuaire ; et, le nombre des pèlerins augmentant toujours, il se forma le village de La Capelle qui fut dans la suite érigé en bourg par le roi François Ier. Une belle église remplacça peu après l’oratoire primitif et on y déposa avec honneur les reliques de la Sainte.
Dans une des guerres dont la Thiérache fut le théätre, La Capelle fut livrée aux flammes. Quelques habitants se montrèrent plus empressés de sauver les reliques de leur patronne, que de protéger leurs propres maisons ; ils coururent aussitôt à l’église, enlevèrent rapidement la chässe de sainte Grimonie et la transportèrent à un village situé à quatre lieues plus loin, appelé Lesquielles, et où l’on conservait déjà des reliques de sainte Preuve. Lesquielles était alors un poste important et avait un château fort. Son église, dédiée à saint Jean-Baptiste, était desservie par douze prètres. (L'anniversaire de cette translation se célèbre encore aujourd'hui à Lesquielles avec la plus grande solennité et au milieu d'un grand concours de pieux pèlerins.)
Les guerres incessantes entre les seigneurs de ces contrées obligèrent les habitants à cacher dans la terre leur précieux trésor. Il y resta longtemps, jusqu’à ce qu’il plut à la Bonté divine de réveiller la foi et la confiance des fidèles par de nombreux miracles opérés par l’invocation de sainte Grimonie et de sainte Preuve. Anselme de Magny, qui occupa le siége épiscopal de Laon de 1215 à 1238, voulut vérilier par lui-même ce qui se passait à Lesquielles ; il s’y transporta le 7 septembre 1234, leva de terre les corps des deux Saintes, en fit la vériBcation en présence de témoins