SAINT LOUIS, ÉVÊQUE DE TOULOUSE, DE L'ORDRE DES FRÈRES MINEURS
vert de vermine : « Ce sont là », leur Fenonqul sans s’émouvoir, « les perles des pauvres ».
Un an avant qu’il fut nommé à l'évêché de Ha qui ne fut érigé en archevèché que vingt ans après sa mort, le pape Boniface VII en avait détaché ja ville et le Roue de Pamiers, pour en faire un nouveau diocèse, L’église du monastère des chanoines réguliers fut prise pour servir de cathédrale, et les chanoines y demeurèrent comme auparavant, sous la Règle de Saint-Augustin, pour en composer le chapitre. L'abbé Bernard de Saisset, que le Pape considérait, fut destiné à en êtrele premier évêque. Mais le roi Philippe le Bel, mécontent de cette érection, s’opposa à l’épiscopat de Bernard, et voulut que Pamiers demeurât sous l’évêque de Toulouse. Le Pape trouva un expédient pour tout concilier; ce fut de nommer au nouvel évêché saint Louis, qu’il avait déjà fait évêque de Toulouse, en lui donnant, sous deux titres différents, les deux diocèses à gouverner, et réservant l’abbé Bernard pour lui succéder dans celui de Pamiers, au cas qu’il lui survécût.
Louis prêchait partout avec un zèle apostolique qui touchait les pêcheurs, éclairaitles hérétiques et convertissait même les Juifs. Ce zèle le porta à faire divers voyages pour le bien du christianisme et pour la prédication de l'Evangile; et l’on dit qu'il se rendit pour cela à Paris,en Espagne et en Italie, et qu’il retourna même une fois à Rome. Il y fit un sermon, dans lequel il montra, d’une manière très-persuasive que les prospérités de la terre ne sont que pures vanités, et qu’il ne faut chercher que le bonheur de la vie éternelle. Quoiqu'il fût un grand prélatet un grand prince qui aurait pu hériter des couronnes des Deux-Siciles, il n’était néanmoins, dans toutes ses manières qu’un pauvre frère de l'Ordre des Mineurs. Il en portait l’habit, il en gardait les austérités, il en observait la Règle autant que sa prélature le lui pouvait permettre. Il ne logeait point ailleurs, dans ses voyages, que dans leurs couvents ; il en avait toujours quelques-uns avec lui; et surtout il en menait un à qui il avait donné la charge de le reprendre de ses défauts sans aucune crainte. Ge bon Père le fit un jour assez librement devant plusieurs personnes, qui le trouvèrent fort mauvais, et s'en fàchèrent contre lui; mais l’évêque l’excusa, disant que c’était à sa prière qu'il l'avait fait, pour lui faire plaisir, parce qu’il n’y avait rien de plus nuisible que la flatterie, ni rien, au contraire, de plus profitable que la correction faite par des amis.
L'administration de ce saint prélat fut courte, mais très-fructueuse pour le diocèse de Toulouse : il le fournit de bons prêtres et de sages curés pour la conduite des âmes; il en bannit beaucoup de vices et de dérèglements que les hérétiquesy avaientintroduits: il y répandit une si agréable odeur de sainteté, que plusieurs prirentla résolution d’embrasser l’étroitsentier de la vertu. Enfin, l’on était si surpris devoir l'héritier de deux beauxroyaumes etle successeur de tant de prélats, mépriser tout ce que le monde a d’agréable, que chacun se sentait porté à le fouler aux pieds et à ne plus attacher son cœur qu’à Jésus-Christ. Cependant notre Saint, croyant n’avoir encore rien fait, forma le dessein de renoncer à toute dignité ecclésiastique pour se cacher dans une cellule, où inconnu aux hommes, il pût ne penser qu’à Dieu seul ; mais, tandis qu’il se disposait à aller à Rome, pour faire cette démission entre les mains du Pape, Notre-Seigueur lui révéla que la fin de sa vie était proche, et qu’il aurait bientôt le royaume du ciel pour celui de la terre, qu’il aurait cédé à son frère.
Il n'oubliarien pour se préparer à bien mourir: il était sans cesse en
contemplation et en prières, et entendait avec joie lesexhortations des personnes de piété qui l’assistaient : il faisait tous les jours dire la messe dans
sa chambre pour participer aux fruits inestimables de ce divin sacrifice. Le jour de l’Assomption de Notre-Dame, on lui apporta le Saint-Sacrement en viatique ; quoique sa maladie l’eût exténué, et qu'il n'eût plus que la peau collée sur les os, il ne laissa pas de sortir de son lit pour aller audevant de Jésus-Christ, afin de lui rendre l’honneur que toutes les créatures lui doivent. Il le reçut donc à genoux devant l’autel de sa chambre, avec une dévotion qui tirait les larmes des yeux de tous les assistants. Il prédit le jour de sa mort trois jours avant qu’elle arrivât. Le quinzième jour de sa maladie, s'étant un peu haussé sur son lit, et ayant les yeux levés vers le cief, il répétait souvent cette prière : « Nous vous adorons, Jésus-Christ, et nous vous rendons grâce de ce que vous avez bien voulu racheter le monde par votre sainte croix ». Il disait aussi ce verset du Psaume xx1v° : « Ne vous souvenez point, Seigneur, des péchés de ma jeunesse, ni de ceux que j’ai commis par ignorance ». Enfin, il récitait presque sans cesse la Salutation angélique, et, comme on lui demanda pourquoi il la récitait tant de fois, il répondit : « Je m'en vais mourir, et la bienheureuse Vierge m’assistera ». En achevant ces paroles, il rendit son très-pur esprit à Dieu, le 49 août 1297, à l’âge de vingt-trois ans. Il était alors à Brignoles, en Provence, où plusieurs croient qu’il était né. Son visage, après sa mort, parut aussi beau que durant sa vie, et on l’aurait plutôt pris pour une personne endormie que pour une personne morte. Un religieux vit son âme s'élever dans le ciel en compagnie de plusieurs esprits bienheureux qui chantaient : « C’est ainsi que sont traités ceux qui ont servi Dieu avec innocence et pureté ». On dit aussi qu’il sortit de sa bouche une rose parfaitement vermeille, pour marquer sa chasteté incomparable. Son corps fut porté solennellement aux Cordeliers de Marseille, où il avait ordonné de l’enterrer. Sur le chemin, des rayons de lumière furent vus autour de son cercueil, et les cierges, que le vent éteignit, se rallumèrent d'eux-mêmes par miracle. Quelque temps après, des personnes très-dignes de foi assurèrent l'avoir vu sur le haut du grand autel, revêtu pontificalement et avec un visage resplendissant, marque de sa félicité éternelle.
I1 se fit une infinité de miracles à son sépulcre ; Henri Sédulius les a laissés par écrit. Plus de dix morts furent ressuscités, des boiteux et des estropiés recouvrèrent l'usage de leurs membres; des goutteux perdirent leurs gouttes, des aveugles, des sourds et des muets furent délivrés de leurs incommodités ; des insensés revinrent à leur bon sens; des personnes qui tombaient du haut mal furent guéries, et toutes sortes d’autres malades reçurent une parfaite santé. Tous ces prodiges portèrent le pape Jean XXII à canoniser notre Saint dès l’année 1317, quelques années seulement après son décès. Surius a trauscrit la Bulle de ce Pape, et MM. de Sainte-Marthe, en parlant des évêques de Toulouse, rapportent, après Frison, la lettre qu’il écrivit à la reine de Sicile, mère du nouveau canonisé, pour la congratuler d’avoir donné au monde un fils de si grand mérite.
Le 11 novembre de l’année suivante, on leva son corps du milieu du chœur des Cordeliers de Marseille, pour le mettre dans une châsse d’argent sur le grand autel : ce qui fut fait en présence de Robert, roi de Naples et de Sicile, à qui il avait cédé son droit à la royauté. Enfin, en 1423, Alphonse le Grand, roi d'Aragon et de Naples, après avoir pris Marseille de force, emporta sur sa galère ces précieuses reliques qu’il fit mettre à Valence, en Espagne, où elles sont encore en très-grande vénération.