SAINT EUSTACHE, ABBÉ DE FLAY
AUJOURD'HUI SAINT-GERMER, AU DIOCÈSE DE BEAUVAIS 1211. — Pape : Innocent III. — Roi de France : Philippe II.
Un homme doit être regardé comme d'autant plus parfait, qu'il a une haine plus profonde et plus pure pour le mal. Saint Bonaventure.
Eustache naquit dans le Beauvaisis, et donna de bonne heure des signes non équivoques de la sainteté à laquelle il devait parvenir. Sa science etses vertus, et, en particulier, la pureté et la touchante simplicité de ses mœurs, lui méritèrent d’êvre admis, jeune encore, dans les rangs du clergé. Philippe de Dreux, évêque de Beauvais, juste appréciateur de son mérite, lui accorda sa bienveillance et son amitié, Le fit son secrétaire et lui conféra la prêtrise.
Pieux, instruit, de bon conseil, fortement attaché à ses devoirs, le Saint devint de jour en jour plus cher au Pontife. Il gagna aussi l’estime et laffection des religieux de Flay. Ceux-ci recoururent souvent à ses conseils, et, après la mort de Hugues le Pauvre, ils l’élurent pour leur abbé. Un historien nous a conservé la lettre qu’ils écrivirent, en cette circonstance, à Philippe de Dreux, pour le prier de ratifier leur choix. « Après avoir imploré », disaient-ils, « la clémence du Saint-Esprit, sans le secours duquel toute prière est vaine, nous avons élu votre secrétaire, homme honorable, simple et droit, à qui, de toute part, on rend un bon témoignage. Nous vous le présentons, père vénérable, afin que vous daigniez étendre sur lui votre main pour le bénir ».
Quoiqu'il en coutât beaucoup à l’évêque de Beauvais de se séparer d’Eustache, sachant combien son élection devait être utile à l'Eglise, il consentit à la ratifier. Suivant l’usage usité en ces temps, le nouvel élu promit soumission et obéissance à Philippe, à ses successeurs, ainsi qu’à l'Eglise de Beauvais, et reçut du prélat l'institution canonique.
Notre Saint gouverna son abbaye avec autant de prudence que de bonté. Sa charité et sa douceur le faisaient considérer moins comme un supérieur que comme un père. Mais les religieux de Flay ne jouirent pas longtemps de sa présence au milieu d’eux. Pour appeler ses enfants à une nouvelle croisade contre les infidèles, combattre la monstrueuse hérésie des Albigeois, et détruire les vices et les désordres dont beaucoup de chrétiens donnaient le triste exemple, l'Eglise réclamait le concours des prêtres animés d’un saint zèle et doués du talent de la parole. Le courage, le dévouement et l’éloquence d’Eustache ne lui firent pas défaut. Il alla partager les travaux apostoliques du célèbre Foulques de Neuilly, et de plusieurs autres prédicateurs choisis parmi les Prémontrés et les Cisterciens. D’éclatants succès couronnèrent ses efforts : partout où il éleva la voix, il réveilla la crainte des jugements de Dieu, et fit naître de généreuses résolutions.
Les fruits que l'Eglise recueillit des prédications d'Eustache engagèrent l'illustre pontife Innocent II à envoyer le Bienheureux en Angleterre, avec le üiire de légat apostolique. Là aussi, la religion avait de grands maux à