‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 188 sur 220 · SAINT EUSTACHE, ABBÉ DE FLAY · texte numérisé non relu

SAINT EUSTACHE, ABBÉ DE FLAY

déplorer. On y voyait un triste mélange de corruption et d’ignorance : le saint jour du dimanche était profané ; l’impitoyable usure dévorait la substance du pauvre ; les cimetières et l’entrée des églises servaient à des opérations mercantiles.

Eustache parut au milieu de ce peuple comme un apôtre des premiers siècles : il en avait la foi, le zèle et la charité ; il travailla avec ardeur à réformer les mœurs des chrétiens et à leur inspirer l'amour de la chasteté. Ses exemples et ses discours, souvent accompagnés de miracles, opérèrent beaucoup de conversions. Non loin de Cantorbéry, le Saint bénit une fontaine, en un lieu appelé Vui : à dater de ce moment, un grand nombre de malades y trouvèrent leur guérison. De nos jours, le souvenir de ces miracles est encore vivant dans cette contrée. Les hérétiques eux-mêmes appellent la fontaine de Vui le Puits Saint-Eustache ou le Saint Puits. Is vont y puiser de l’eau qu'ils conservent dans leurs demeures pour la guérison des yeux, le soulagement des enfants malades et des personnes atteintes de la fièvre. À Rumesnel, pays peu éloigné de Vui, Eustache donna une nouvelle preuve de la puissance que Dieu lui avait accordée. Comme l’eau salubre y manquait, il fit jaillir d’une roche, avec son bâton, une source d’eau vive qui coule toujours, et rend ainsi un témoignage durable à la sainteté du glorieux ministre de Jésus-Christ. Cependant, notre saint prédicateur fut arrêté dans ses travaux, au moment où il opérait les plus heureux fruits de salut. Quelques membres du clergé, au lieu de se réjouir de ses succès, lui Érent un crime de son zèle et l’accusèrent de porter la faux dans la moisson d'autrui. Eustache, n'ayant plus la liberté nécessaire à un apôtre, se vit dans la triste et douloureuse nécessité de regagner son monastère, avant d’avoir terminé une mission commencée sous des auspices si favorables.

Innocent III apprit avec douleur les épreuves que son légat venait de subir ; mais, désirant que cette mission produisit tous les fruits qu'il en attendait, il ordonna bientôt au Saint de retourner en Angleterre. Celui-ci, docile à la voix du Pontife, alla reprendre à York le cours de ses prédications. Il s’appliqua surtout à rappeler au devoir les violateurs du dimanche, promettant le pardon au repentir, et menaçant les cœurs endurcis des plus sévères châtiments. Plusieurs fois, la vengeance du ciel poursuivit les coupables qui, au mépris de ses salutaires avertissements, persévéraient dans leur sacrilége conduite. Lorsqu'un pécheur venait lui avouer ses fautes, avant de l’admettre à la pénitence, il en exigeait la promesse de cesser tout travail, depuis le samedi, à l'heure de None, jusqu’au lundi, au lever du soleil. N’est-il pas permis de croire que les missions et les miracles d'Eustache ont contribué, pour une large part, à graver profondément, dans le cœur des Anglais, ce respect pour le dimanche, qui a survécu même à l’invasion de l’hérésie ?

Pour donner à la piété des fidèles un aliment et une consolation, Eustache les exhorta vivement à entretenir dans chaque église une lampe destinée à rappeler la présence de Jésus-Christ au milieu d’eux. Il n’eut pas de peine à obtenir ce sacrifice de la reconnaissance et de la foi des chrétiens qui venaient de rentrer en grâce avec Dieu : ceux-ci consentirent aussi à consacrer une partie de leurs revenus et de leurs gains à la sépulture des pauvres. Mais, comme Eustache voulait profiter de ces bonnes dispositions pour donner à ces œuvres un caractère de durée, Richard [°, roi d’Angleterre, sous le spécieux prétexte de protéger les anciennes coutumes de son royaume, lui suscita de toutes parts des obstacles et des contradictions.

Eustache ne recula pas devant ces nouvelles difficultés. Son zèle aug-

mentant avec les obstacles, il parla avec une nouvelle force contre les contempteurs de la loi du dimanche. Il rappela aux pécheurs impénitents la sévérité de la justice divine, jusqu’au jour où il connut, à l'épuisement de ses forces, que la fin de sa vie n’était pas éloignée. Le Saint pouvait aller attendre en paix dans son abbaye le jour de la récompense éternelle, car il avait combattu vaillamment les combats du Seigneur.

Réuni, pour ne plus s’en séparer, à ses bien aimés religieux, Eustache les conduisit à la perfection de leur état par ses vives et fréquentes exhortations, mais plus encore par ses saints exemples. Après leur avoir laissé l’édifiant spectacle de son humilité, de ses continuelles oraisons, de ses austérités et de ses veilles, il entra plein de mérites dans la joie de son Dieu. Sa mort arriva en l’année 1241, le jour de la Nativité de la Mère de Dieu, pour laquelle il avait toujours eu une tendre dévotion.

Le corps du vertueux abbé fut d’abord inhumé au milieu de la nef de église abbatiale de Flay. On l'en retira quelque temps après pour le déposer dans un caveau de l’élégante chapelle qu'avait fait construire Pierre de Vessencourt, l’un de ses successeurs.

Le nom d’Eustache se trouve dans plusieurs martyrologes : il est cité avec honneur parmi les principaux Saints de l’Ordre de Citeaux.

Vies des Saints de Beauvais, par l'abbé Sabatier.

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