‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 194 sur 220 · A JÉRUSALEM", DANS LA MAISON PROBATIQUE · texte numérisé non relu

A JÉRUSALEM", DANS LA MAISON PROBATIQUE

Quæ est ista quæ progreditur quasi awrora consurgens ? Cantiques, vi, 9.

Marie naît pour devenir : 1e l'instrument du salut du monde ; 20 la médiatrice des anges et des hommes: 8° la réparatrice de l'univers.

L'abbé Combalot, Conf.sur les grand. de Marie.

C'est avec beaucoup de raison que l'Eglise, adressant aujourd’hui la parole à la glorieuse Vierge, lui dit, dans un tressaillement de joie : « Votre naissance, Ô Vierge mère de Dieu, a rempli tout le monde de consolation et d’allégresse, parce que le Soleil de Justice, Jésus-Christ notre Dieu, est né de vous, lui qui nous a tirés de la malédiction où nous étions plongés, et nous a comblés de bénédictions, et qui, ayant ruiné l'empire de la mort, nous a fait entrer dans la vie éternelle ». En effet, qui est-ce qui ne se doit pas réjouir au jour et au moment de la naissance de cette aimable princesse ? Si l’ange Gabriel assura Zacharie que plusieurs se réjouiraient à la naissance de saint Jean-Baptiste, son fils, qui ne devait être que l’ange, le prophète et le précurseur du Messie ; avec combien plus de sujet doit-on tressaillir d’allégresse à celle de Marie, qui doit bientôt en être la mère ! Cette fête n’est pas pour une ville ou pour un peuple seulement : elle est pour tout le monde. Elle est pour les Juifs et pour les Gentils, pour les pécheurs et pour les justes, pour les vivants et pour les morts. Elle est pour les siècles qui ont été et qui seront : elle est pour le temps et pour l’éternité. Enfin, c’est une fête universelle, parce que le bien qu'elle promet et: qu’elle annonce n’est pas un bien particulier et limité, mais un bien qui s'étend à toutes sortes d’âges, de conditions et de personnes. Le Père éternel y prend part, parce qu’il lui naît une épouse, qui, représentant sa fécondité, donnera une nouvelle nature et une nouvelle naissance à son Fils unique. Le Verbe divin y prend part, parce qu'il lui naît une Mère, qui le revêtira d’un corps mortel pour être le Sauveur et le Rédempteur du monde, Le Saint-Esprit y prend part, parce qu’il lui naît un temple vivant, qui sera le plus digne sujet des influences et des opérations de sa grâce. Les anges et les hommes y prennent part, parce qu’il leur naît une Dame, une Maitresse et une Reine, qui contribuera de sa substance et de son sang à leur produire un réparateur. Les Pères des limbes y prennent part, parce qu’il leur naît une Aurore, qui les assure que le temps de leur délivrance est proche,

1. Quatre villes se disputent l'honneur d'avoir vu la naissance de Marie : Jérusalem, Nazareth, Séphoris et Bethléem. Après avoir examiné attentivement et pesé les témoignages, nous inclinons à croire que la bicnheureuse nativité de Marie eut lieu dans la maison probatique de Jérusalem. — L'abhé Bourassé, cha noine de Tours. — Voir, pour plus de détails, notre Vie de la sainte Vierge.

Enfin, tous les siècles passés et à venir y prennent part, parce qu'il leur naît une Souveraine qui sera, par son Fils, Homme-Dieu, la source de leur rétablisssement et de leur bonheur.

Les princes et les grands de la terre ont toujours célébré avec beaucoup de solennité le jour anniversaire de leur naissance, y faisant de grandes largesses au peuple, et donnant des jeux et des spectacles publies : voilà ce que les saintes lettres nous apprennent de Pharaon, d’Antiochus et d'Hérode ; Macrobe, des anciens Romains ; Hérodote, des rois de Perse, et l'Histoire ecclésiastique, de la plupart des Césars et des Augustes. Les plus sages ont condamné cette coutume et en ont publié l'erreur et la vanité. Jérémie, bien loin de bénir le jour de sa naissance, ne lui donne que des malédictions ; Job souhaite que celui où il était né soit effacé du nombre des jours, et qu'on ne le compte jamais ; et Salomon préfère celui où nous mourons à celui qui nous a donné la vie ; l'Eglise même, en parlant des Saints, dans son Martyrologe, ôle le nom de naissance au jour qu’ils sont venus au monde pour le donner à celui de leur mort. Mais, si ce pieux sentiment est le plus juste et le plus raisonnable à l'égard de notre aimable Souveraine, la naissance de Marie n’est, ni pour elle ni pour nul autre, un sujet d’affliction et de regret, mais plutôt un sujet de consolation et de joie. Un effet, ce qui portait Job, aussi bien que d’autres Saints, à regretter le jour de sa naissance, c’est qu'ils étaient nés pécheurs et les objets de la haine et de l’indignation de Dieu ; qu'ils étaient nés misérables et sujets aux châtiments rigoureux de la justice divine ; qu’ils étaient nés fragiles et dans une pente et une inclination continuelles au péché. Or, toutes ces raisons n’ont point lieu dans Marie. Elle n’est point née criminelle et haïe de Dieu, mais toute sainte et chérie de sa divine Majesté. Elle n’est point née misérable et couverte de malédictions, mais parfaitement heureuse et comblée de grâces et de bénédictions. Elle n’est point née fragile, infirme et portée au péché, mais forte, vigoureuse et dans l'incapacité de commettre aucun péché.

Marie n’a jamais contracté le péché originel, et son âme, au moment de son union avec son Corps, a été préservée de toute souillure. Il faut inférer de ce principe qu’elle était, dès le temps de sa naissance, l’objet de l'amour et des complaisances de Dieu ; car, comme dans les hommes il n’y a point de milieu entre le péché et la grâce ; aussi, en Dieu, à leur égard, il n’y a point de milieu entre l’amour et la haine. Il aime tous ceux qu’il ne haït pas, ei il hait tous ceux qu’il n’aime pas ; puisque, dès lors, Marie n’était point l’objet de la haine et de l’aversion de Dieu, il faut nécessairement dire qu'elle était l’objet de son amour. Mais c’est peu dire, qu’elle était l’objet de son amour : disons que Dieu, dès ce moment, l’aimait excellemment, l’aimaii singulièrement, l’aimait souverainement. L’Epoux, dans le Cantique des cantiques, nous exprime ce mystère par une gradation merveilleuse : il l'appelle son amie et sa bien-aimée : Surge, lui dit-il, amica mea, speciosa mea, et veni, columba mea, in foraminibus petræ, in caverna maceriæ : « Levezvous, la plus chère, aussi bien que la plus belle de mes amantes ; c’est assez, ma colombe, être renfermée dans les trous de la pierre et dans le caveau de la masure », c’est-à-dire, dans le sein de votre mère, auparavant stérile ; venez, hâtez-vous, et paraissez au jour. Il lui donne le même nom en cent autres endroits du même cantique ; mais il ne se contente pas de l'appeler sa Bien-Aimée, il l’appelle encore absolument la Bien-Aimée. Il faut remarquer que parmi les noms de Notre-Seigneur, un des plus charmants est celui de délectus, le Bien-Aimé. L’Epouse, dans le cantique, l’appelle sou-

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