‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 195 sur 220 · LA NATIVITÉ DE LA BIENNEUTEUSE VIORGE MARIE · texte numérisé non relu

LA NATIVITÉ DE LA BIENNEUTEUSE VIORGE MARIE

vent son Bien-Aiïmé. Le Père éternel, sur le mont Thabor, l’honore aussi du même titre : « C’est à », dit-il, « mon Fils bien-aimé, en qui je prends mes complaisances ». Mais le Roi-Prophète l’appelle par deux fois absolument le bien-aimé : Rex virtutum dilecli, dilecti : le bien-aimé, selon sa Personne divine, parce que, comme dit saint Paul, il est le Fils de Ia dilection du Père : Filius dilectionis ; le bien-aimé, selon sa nature humaine, parce qu’il est le plus beau et le plus aimable des enfants des hommes ; le bienaimé à l'égard de Dieu, le bien-aimé à l'égard des créatures capables d’amour : Dilectus, dilectus. Mais il ne s’approprie pas tellement ce nom, qu’il ne le communique aussi à son épouse : « Je vous conjure », dit-il aux filles de Jérusalem, « de ne point éveiller la bien-aimée qu’elle ne le veuille ». Et remarquez que, selon l’hébreu, il n’y à pas Dilectam, la bien-aimée ; mais Dilectionem, amorem, delicias, la dilection même, amour même et les délices mêmes, pour nous faire entendre que Marie a été l'amour et les délices de Dieu, et que, comme il est impossible que lamour soit sans amour, ainsi il ne s’est pu faire que Marie fût un moment sans être aimée. Enfin, l'Epoux l'appelle Carissimam in delicüs ; c’est-à-dire, celle qu’il aime audessus de toutes les autres, et dans laquelle il prend son plus grand plaisir. Les saints Pères en parlent de même. Saint Bonaventure, dans son livre intitulé : De Speculo, dit excellemment : Quid mirum si præ omnibus diligat quæ præ omnibus est dilecta ! Quelle merveille que cette admirable Vierge aime Dieu plus que toutes les autres, elle qui a été aimée au-dessus de toutes les autres. Et saint Anselme appelle Famour de Dieu pour elle, immense, ineffable, impénétrable.

Mais, pourquoi le Seigneur a-t-il eu tant d'amour pour elle ? Il en rend lui-même la raison au même cantique, par une autre gradation non moins remarquable que la première : « Vous êtes belle », lui dit-il premièrement, « vous êtes agréable, vous êtes charmante » : Pulchra es, speciosa, formosa. Et ne croyez pas qu’il parle de l’une et de l’autre beauté, de celle du corps et de celle de l’âme. Marie les possédait toutes deux. Elle était belle de la beauté corporelle, quoiqu’elle eût été conçue par la voie d’une génération ordinaire ; le Saint-Esprit, néanmoins, s'était appliqué à lui former un corps parfaitement beau. C’est ce qui fait qu’elle est comparée à ce qu’il y a de plus beau dans le monde corporel : à l’aurore dans sa naissance, à la lune dans son plein, et au soleil dans son midi. Saint Denis, dans l’une de ses lettres, nous assure qu’ « elle était si belle, que, sans la foi qui nous apprend qu'il n’y a qu’un seul Dieu, on l’eût prise pour une divinité ». Et saint Ambroise ajoute que «ses charmes étaient si purs qu’ils inspiraient la chasteté à ceux qui la regardaient ». Elle était belle de la beauté spirituelle : car la beauté naît de l’ordre et de la variété. Or, dans l’âme de Marie, tout était merveilleusement bien ordonné : l’esprit était soumis à Dieu, le sens était soumis à l’esprit, et la chair obéissait à l’un et à l’autre avec une juste dépendance ; la volonté ne prévenait point le jugement, l'appétit ne prévenail point la raison, et les passions ne s’élevaient qu’autant qu’une sage discrétion leur permettait de paraître. Il s’y trouvait aussi une excellente variété de toutes sortes de vertus. La blancheur d’une pureté plus qu’angélique, le vermeil d’une charité toute brûlante, et les ombres d’une humilité très-profonde.

Mais l’Epoux ne se contente pas de dire qu’elle est belle , il ajoute « qu’elle est toute belle » : Fota pulchra es. Belle dans tous les âges et dans tous les états de sa vie, belle dans toutes les facultés de son corps et de son âme, belle dans toutes ses pensées, ses désirs et ses actions ; belle dans son

entendement par les dons de sagesse et de conseil, belle dans sa volonté par son atiachement inviolable à Dieu, belle dans son appétit par les vertus de force et de tempérance, belle en tout, et universellement belle. Enfn, il dit que « sa beauté surpasse toutes les autres beautés, et qu’elle est la plus agréable de toutes les femmes » : Pulcherrima inter mulieres. Ce qu’un savant auteur exprime par ces paroles : Omnium pulchritudinum pulcherrima pulchritudo : « La plus belle et la plus charmante beauté de toutes les Beautés ». C’est donc là ce qui la rendait, dès le moment de sa naissance, l'objet de l'amour de Dieu; et c’est aussi ce qui nous doit obliger à lui rendre en ce moment nos humbles devoirs, et à lui offrir notre cœur et notre amour, afin que l’aimant, nous puissions être aimés d'elle, suivant ce qu’elle dit au chap. vin des Proverbes : Ego diligentes me diligo : « J'aime ceux qui ont de l’amour pour moi ».

Si la sainte Vierge n’est pas née criminelle et objet de la haine de Dieu, elle n’est pas non plus née misérable et sujette au châtiment de la justice. Ilest vrai que, selon la parole de son Epoux, « elle a été un lis entre les épines » : c’est-à-dire qu’elle a passé toute sa vie au milieu des épines de toutes sortes de peines et d’afflictions. Mais cela ne fait pas qu'on la puisse appeler « misérable ». Les épines dont elle a été environnée n'étaient pas les effets de la malédietion que Dieu donna à Adam, lorsqu'il lui dit que la terre serait maudite sous son travail, et qu’elle lui produirait des épines et des ronces; c'étaient, au contraire, les effets d’une providence douce et amoureuse, qui voulait que Marie souffrit pour mériter de plus grandes récompenses, pour coopérer plus noblement à notre Rédemption, et pour nous donner de plus beaux exemples de vertus. Disons plutôt que Marie est née bienheureuse et le vase précieux où la Bonté divine a répandu ses plus grands trésors. En effet, l’amour de Dieu ne peut être stérile, et les théologiens mêmes, considérant sa propriété, disent que, bien que de sa nature il soit effectif, il ne se termine, néanmoins, à la créature que d’une manière efficiente, et en lui faisant du bien ; puis donc qu’il est constant que Dieu a eu pour Marie un amour immense au moment de sa naissance, ne doutons point que, dès lors, il ne l’ait comblée d’une infinité de biens. Je trouve qu’il lui a communiqué trois plénitudes : une plénitude de grâce et de sainteté dans l'essence de son âme ; une plénitude de lumière et de sagesse dans son entendement ; et une plénitude de vertu et de perfection dans sa volonté. Il lui a communiqué une plénitude de grâce et de sainteté ; l'ange Gabriel lui dit depuis qu’elle était pleine de grâce : Gratia plena ; saint Epiphane, dans un livre qu’il a fait sur ses louanges, et saint Anselme, dans un traité de ses excellences, assurent que sa grâce était immense, ineffable et digne de l’étonnement de tous les siècles : cela ne doit pas être borné au temps de sa mort, de son enfantement et de son annonciation ; mais on le peut et on le doit étendre à tous les moments de sa vie; car, comme elle était destinée à être la Reine des Saints et la Mère du Saint des Saints, il était nécessaire qu’elle fût préparée de bonne heure par une grâce suréminente à une dignité si élevée. Et c’est encore ce qui fait que ies mêmes Pères et plusieurs autres l’appellent une Mer spirituelle, un Abime et un Océan de grâce, un Trésor de sainteté, et un grand Miracle, et même le plus grand miracle dans l’ordre des créatures qui soit sorti des mains du Tout-Puissant. Dieu lui a aussi communiqué une plénitude de lumière et de sagesse ; car c’est elle qui dit au livre des Proverbes, chap. vi, selon l’application que l'Eglise lui en fait dans ses offices: « Je suis la sagesse, et le conseil est ma demeure : je me trouve dans les délibérations

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