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XX JOUR D’AOUT

MARTYROLOGE ROMAIN

Au diocèse de Langres, le décès de saint BERNARD, premier abbé de Clairvaux, très-illustre par la sainteté de sa vie, par sa science et par ses miracles. Le souverain pontife Pie VIII le déclara Docteur de l'Eglise universelle et lui confirma ce titre. 4153. — En Judée, le saint prophète SAMUEL, dont les ossements sacrés furent transportés, comme le rapporte saint Jérôme, à Constantinople, par les soins de l’empereur Arcadius, et déposés près de l'Hebdome. 1043 av. J.-C. — Le même jour, saint Luce, sénateur, qui, ayant été témoin de la constance de Théodore, évèque de Cyrène, pendant son martyre, se convertit à la foi chrétienne et y attira aussi le président Dignien, avec lequel il passa en Chypre ; voyant là d’autres chrétiens que l’on faisait mourir pour la confession du nom de Jésus-Christ, il se présenta de lui-même, et, ayant été décapité, il gagna aussi la couronne du martyre. IVe s. — En Thrace, trente-sept bienheureux Martyrs, qui, ayant eu les mains et les pieds coupés pour la foi de Jésus-Christ, sous le président Apellien, furent jetés dans une fournaise ardente. — De plus, les saints martyrs Sévère et Memnon, centurion, qui, ayant souffert les mêmes supplices, entrèrent victorieux dans le ciel. — A Cordoue, les saints martyrs Léovigilde et Christophe, moines, qui, durant la persécution des Arabes, ayant été mis en prison pour la défense de la foi chrétienne, puis décapités et jetés au feu, remportèrent la palme du martyre. 852. — À Rome, saint Porphyre, homme de Dieu, qui instruisit dans la foi chrétienne le saint martyr Agapit. 1e s. — Dans l'ile de Noirmoutiers, saint PHILIBERT, abbé. Vers 687. — À Chinon, saint MAXIME ou MAXE, confesseur, disciple de saint Martin, évêque de Tours. Vers 450. — Au mont Senario, dans le diocèse de Florence, le bienheureux Manetto, l’un des sept fondateurs de l’Ordre des Servites, qui expira en récitant des hymnes en l'honneur de la sainte Vierge. 1268.

MARTYROLOGE DE FRANCE, REVU ET AUGMENTÉ

Aux diccèses d'Autun, Bayeux et Viviers, saint Filibert ou Philibert, premier abbé de Jumiéges e: de Noir utiers, cité au mertyrologe romain de ce jour. Vers 687. — Au diocèse de

MARTYROLOGES. d1-

Saintes, saint Saloine ou Séroine (Seronius), martyr !. Vers 250. — A Cahors, saint Amateur ou Amadour, qui parait être le même que saint Zachée de l'Evangile, et dont nous parlerons au 26-août. — À Rodez, mémoire de saint Léonce Ier, l'Ancien, évêque de Bordeaux et confesseur, dont nous donnerons la vie au 21 août, jour où on l’honore à Bordeaux. — Au Mans, saint HADOUIN, évêque de ce siége et confesseur. 654. — A Villiers, en Brabant, le vénérable Gobert, de l'Ordre de Citeaux. Issu des comtes d'Apremont, en Lorraine (diocèse de Verdun), il figura dans la guerre contre les Albigeois, accompagna Pierre de Castelnau (4204) et Louis VIII (4219) dans leurs croisades contre ces sectaires, el l'empereur Frédéric II (1228) dans celle qu'il dirigea contre les infidèles de l'Orient. Il tomba malade dans celte dernière expédition. Entré en convalescence, il fit le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle où il s'affermit dans la résolution de donner ses biens aux pauvres et de devenir religieux. 1263. — Dans l’ancienne abbaye de Lobbes, aux Pays-Bas, et à Worms, ville -du grand-duché de Hesse-Darmstadt, le bienheureux Burchard, moine de cette abbaye et archevèque de ce siége. Né dans la Hesse d’une famille riche et puissante, il étudia quelque temps à Coblentz, puis se rendit au monastère de Lobbes qui jouissait alors d’une grande réputation de régularité et de science. Framon, évêque de Worms, étant mort (1006), l’empereur Othon, qui connaissait la vertu et l’érudition de Burcbard, le pressa vivement et le força d'accepter ce poste important où il pourrait rendre de grands services à l'Eglise. Le nouveau prélat fit en effet la gloire et le bonheur de son diocèse pendant les vingt années qu'il l'administra. Sa charité envers les pauvres, son esprit de douceur et de modération, ses austérités et ses travaux extraordinaires lui ont acquis une juste réputation de sainteté. Au milieu des sollicitudes et des occupations mullipliées du ministère épiscopal, il composa un vasie recueil de Canons et de Décrets qui suppose dans son auteur une immense lecture et des recherches nombreuses. C’est une théologie morale et judiciaire dans laquelle tout se tient. Tous les Ordres de l'Eglise et de l’Empire y trouvent leurs droits et leurs devoirs, depuis le Pape jusqu’au moindre clerc, depuis l’empereur jusqu’au moindre chef de famille. Ce digne prélat, après une vie laborieuse et sainte, mourut paisiblement dans sa ville épiscopale de Worms. 1026.

MARTYROLOGES DES ORDRES RELIGIEUX

Martyrologe de l'Ordre de Saint-Benoît. — Au diocèse de Langres, le décès de saint Bernard, premier abbé de Clairvaux, illustre par la sainteté de sa vie, par sa science et ses miracles. Le souverain pontife Pie VIII le déclara Docteur de l'Eglise universelle et lui confirma ce titre.

Martyrologe de l'Ordre des Cisterciens. — Au diocèse de Langres, le décès de notre Père, le bienheureux Bernard, premier abbé de Clairvaux, Docteur éloquent de l'Eglise, qui, après avoir soutenu le Saint-Siége apostolique contre les hérétiques et les schismatiques, comme une colonne très-ferme, et fait construire dans les différentes parties de l’univers de nombreux monastères de l'Ordre des Cisterciens, annobli par les dons nombreux de la grâce, glorieux par ses nombreux miracles, comblé abondamment de mérites et de vertus, s’envola au ciel. Le souverain Pontife, etc.

Martyrologe de l'Ordre des Déchaussés de la Très-Saiïnte-Trinité.—Au diocèse de Langres, le décès de saint Bernard, etc., comme au martyrologe romain. 1153.

Martyrologe de l'Ordre des Servites de la Bienheureuse Vierge Marie. — Dans le saint ermitage du mont Senario, de Florence, le bienheureux Manetto, confesseur, qui fut un des sept bienheureux Instituteurs de notre Ordre. Il brilla par ses éclatantes vertus, principalement par sa prudence, sa piété extraordinaire pour la Mère de Dieu, en l'honneur de laquelle il chantait des hymnes lorsqu'il s'endormit saintement dans le Seigneur. 1268.

ADDITIONS FAITES D'APRÈS LES BOLLANDISTES ET AUTRES HAGIOGRAPHES

Dans la Grande-Bretagne, saint Oswin, roi de Déirie et martyr. Il était fils d'Osric et cousin germain du pieux roi Osfric, que Cadwallader et Penda laissèrent mort sur le champ de bataille en 634. Par suite d’une guerre malheureuse, Oswin passa dix ans en exil parmi les West-Saxons. En 644 il recouvra une partie du royaume de Déirie, Il se montra zélé pour la religion, humble,

1. Le sanctuaire de saint Saloine s'élevait jadis sur un coteau très-rapproché de celui où fut érigée plus tard l'église de Saint-Vivien. Il se trouvait sur l'emplacement d'un édifice romain qui dut être magnifique et d'une grande importance, à en juger par l'étendue de ses ruines et la beauté des marbres qu'on en extrait quelquefois. Si l'on en croit une tradition, Charlemagne, au retour de sa victorieuse expédition contre Aigoland, chef des Musulmans, qui avait envahi l'Aquitaine, se serait arrôté à Saintes avec son armée. Visitant les lieux saints de cette antique cité, il serait venu prier sur les reliques de saint Saloine; après quoi, il aurait pris lecture des actes de son martyre, et reconnu la vérité de :8 cu'on racontait des vertus et des miracles de ce Saint. — L'abbé (trasilier.

charitable, rempli de douceur et de bonté pour tous. Cependant Oswi, roi de Bernicie, vint attaquer le royaume de Déirie. Trop faible pour lui résister, Oswin se retira avec un soldat qui lui était fort attaché dans la maison du comte Hunwald qu'il regardait comme son ami; mais celui-ci eut la lâcheté de le trahir et de le livrer à Oswi qui le fit massacrer. Il avait régné neuf ans. On met sa mort à Gilling, près de Richemond, au comté d’York. On fonda un monastère à l’endroit où il avait été massacré. Sen corps fut porté à Tinmouth, et de nombreux miracles s’opérèrent- à son tombeau. 651. — À Beinwil, en Suisse, près de Muri, bourg du canton d'Argovie, le bienheue reux Burchard, curé de ceite paroisse. Beaucoup de fidèles se rendaient en pèlerinage à son tombeau que Dieu glorifia par un grand nombre de miracles. En 4586 il se forma une confrérie sous l’invecation du bienheureux curé, et le pape Paul V accorda en 1616 une indulgence à cette dévotion. Cet exemple fut suivi en 1622 par Grégoire XV, en 4629 par Urbain VIII, en 1657 par Alexandre VII. On le représente ayant près de lui une grue, ou une cigogne, ou un choucas, ou un geai. C’est parce qu'il avait ressuscité un de ces oiseaux qu’une de ses servantes avait tué pour le punir d’avoir, par ses cris, révélé au Saint les scènes scandaleuses qui se passaient dans la maison de cure, par le fait de cette méchante femme. xiI19 ou xive s. — À Aquila ou à Vicence, en Italie, les saints Léonce et Carpophore, martyrs. Ils étaient médecins, et guérissaient beaucoup plus de malades par la simple invocation du nom de Jésus-Christ que par les ressources de leur art. Dioclétien et Maximien les firent arrêter, et ils comparurent devant le président Lysias qui leur persuada de sacrifier aux dieux. Sur leur refus, ils eurent les mains et les pieds rompus et furent jetés dans la mer; mais un ange les ramena sains et saufs sur le rivage. On les reconduisié devant le juge qui les fit jeter dans un noir cachot, puis sur un bûcher ardent; mais les flammes les respectèrent. Alors les bourreaux les attachèrent à des croix, et la foule fut chargée de les lapider; mais les pierres retournaient sur ceux qui les lançaient. On voulut les percer de flèches : elles blessèrent les archers et ne firent aucun mal à nos généreux athlètes qu’on finit, de guerre lasse, par décapiter. Leurs corps furent transportés à Vicence. 1ve s. — A Synnade, ville de Phrygie, les saints Pirice, Arc, Pamphile, Diomède, Agatique, Zèle, martyrs; et les saints Maxime et Colone, confesseurs. — A Alexandrie, saint Dioscore, martyr. — Dans la Lucanie, contrée d'Italie (aujourd’hui partie de la Calabre Citérieure, de la Principauté Citérieure et de la Basilicate), les saints Valentinien et Léonce, que l’on croit avoir souffert le martyre. — Chez les Grecs, saint Héliodore et saint Dosas, martyrs. Ils eurent les narines coupées et la tête brûlée sous Constantin Copronyme. vire s. — A Constantinople, saint Paul le Jeune, archevêque de ce siége et confesseur. 184. — À Conza (Compsa), ville de l’ancien royaume de Naples (Principauté Ultérieure), saint Herbert, archevêque de ce siége et confesseur. Son corps repose dans son église cathédrale, sous un tombeau de marbre. Vers 1180.

QUATORZIÈME ET DERNIER JUGE D'ISRAEL 4132-1043 avant Jésus-Christ. — Roi d'Israël : Davië,

Tertia post denam Samuele excellet, ab ipsis Quem Domino cunis genitrix devota sacravit.

Quand s'éteint la treizième génération des juges d'Israël, elle nous lègue l'illustre Samuel que, dès le berceau, une mère chrétienne a voué au Seigneur.

Wandelbertus, apud Acta Sanctorum.

Au pays d'Ephraïm, dans la ville de Ramatha, il y avait un homme de la tribu sacerdotale qui se nommait Elcana. Cette ville de Ramatha est la même que l’Arimathie du Nouveau Testament et que la Ramla des temps modernes. Placée sur le chemin de Joppé à Jérusalem, elle vit passer sous ses murailles les nombreux pèlerins d'Occident qui allaient visiter le tombeau du Christ, et fut plus d’une fois témoin de leur courage. Les églises qu'ils y avaient bâties sont devenues des mosquées, et les minarets do-

minent, à la place de la croix, les bois des vieux oliviers et les palmiers au milieu desquels Ramla semble fleurir.

Selon le commun usage des Israélites, usage fondé plutôt sur l'exemple des patriarches que sur la loi mosaïque, qui ne prohibe ni ne permet expressément la pluralité des femmes, Elcana avait deux épouses : celle du premier ordre s'appelait Anne, c’est-à-dire qui possède la grâce; et véritablement elle mérita ce titre par l'esprit de foi et de prière dont elle fut animée; celle du second ordre s’appelait Phénenna. Anne était stérile comme Sara; Phénenna était féconde et insolente comme Agar.

Tous les ans, aux jours de fête, Elcana se rendait à Silo, ville du voisinage, où, depuis le temps de Josué, reposaient l’arche et le tabernacle : c'était là que tout Israël venait offrir ses sacrifices et sa prière, avant l’érection du temple de Jérusalem. Les femmes et les enfants n'étaient pas obligés de faire ce pèlerinage; mais ils ne s’en dispensaient guère dans les familles pieuses. Anne, triste et humiliée, et Phénenna, environnée de ses fils, suivaient leur mari à Silo. On sait les rites de ces sacrifices particuliers : le sang de la victime était répandu au pied de l’autel, ses chairs étaient en partie consumées par le feu et en partie distribuées tant aux prêtres qu’à la famille qui la présentait. Elcana donnait donc à Phénenna ce qui lui revenait du sacrifice pour elle et ses enfants; Anne, qui était seule, n’avait qu’une moindre portion, ce qui la faisait souvenir douloureusement de sa stérilité. De plus, sa rivale lui adressait des reproches outrageux, ne songeant pas qu’elle ne devait son titre d’épouse secondaire qu'à l’infirmité de l’épouse du premier ordre, et que les affligés trouvent un consolateur dans le ciel, quand la terre ne leur accorde plus que le dédain ou l'injure.

Un jour, Anne se mit à pleurer; elle ne mangeait pas. Elcana, qui l’aimait, lui dit : « D’où vient que tu pleures et que tu ne manges pas ? et pourquoi ton cœur est-il affligé ? Ne te suis-je pas meilleur que ne seraient dix enfants ? »

Anne prit quelque nourriture pour complaire à son mari. Ensuite elle vint, le cœur toujours rempli d’angoisses, prier à la porte du temple; là, elle répandit beaucoup de larmes, et, dans la ferveur de son désir, elle fit ce vœu au Seigneur : « Seigneur des armées, si vous abaissez un regard sur votre servante affligée, si vous daignez vous souvenir d’elle et lui donner un fils, je vous le dévouerai pour tous les jours de sa vie, et le rasoir ne passera point sur sa tête ».

En ce temps-là, Héli exerçait dans Israël la charge de grand prêtre. Son ministère l’avait appelé au temple lorsque Anne y vint prier. Il l’aperçut, et, observant le mouvement de ses lèvres sans entendre aucune parole, il pensa qu’elle avait pris du vin par excès. Sans doute le visage d'Anne éplorée, ses mouvements brusques et troublés comme les grandes passions nous en arrachent, la ferveur même de sa prière, tout autorisa un faux soupçon dans l'esprit du pontife : il réprimanda la pauvre femme. Elle fuyait l'orage domestique, elle fuyait sa propre affliction, autre tempête bien plus rude que les injures d’une rivale, et, au lieu d’un refuge et du £alme, elle trouvait dans la maison sainte le reproche et la colère.

Anne répondit au pontife avec modération : « Pardonnez-moi, seigneur, je suis une femme bien infortunée; je n’ai bu ni vin, ni rien qui puisse enivrer; seulement j’ai répandu mon âme en la présence de Dieu. Ne traitez pas votre servante comme une femme impie et corrompue, car il n’y a que l'excès de ma douleur et de mon affliction qui m'ait fait parler jusqu’à

cette heure ». « Retourne en paix, reprit le vieillard, et que le Dieu d'Israël L’'accorde la demande que tu lui as faite ». Anne ajouta : « Puisse votre servante trouver grâce à vos yeux ! » Ensuite elle s’en alla, prit désormais de la nourriture, et, remplie de confiance en Dieu, cessa de porter un visage triste et abattu.

.Le lendemain, après avoir adoré le Seigneur, Elcana, ses femmes et ses enfants revinrent en leur maison de Ramatha. Dieu avait écouté les vœux d'Anne et ratifié la bénédiction du grand prêtre. Dans l’année qui suivit sa prière, elle mit au monde un fils qu’elle appela Samuel, pour marquer qu’elle l’avait obtenu du Seigneur. Ce nom devait être pour les parents le mémorial d’une grâce longtemps désirée, et pour le jeune homme une perpétuelle leçon de bien vivre.

Quand Samuel fut né, son père se rendit à Silo avec toute sa maison pour offrir à Dieu des actions de grâces. Anne ne l’y suivit pas alors : « Je n'irai point au temple », dit-elle, « jusqu’à ce que l’enfant soit sevré et que je le conduise pour le consacrer au Seigneur et le laisser en sa présence ». Elle voulait le donner tout entier et sans retour, image de ces cœurs généreux qui, au nom du devoir, sacrifient les plus chères affections et achèvent sans arrière-pensée ce qu’ils ont commencé sans égoïsme. Elcana consentit à ce désir : « Fais ce qui te semble bon, et demeure jusqu’à ce que l’enfant soit sevré. Je prie Dieu d’accomplir sur nous sa parole ». Anne resta donc au logis. Elle nourrit elle-même Samuel de son lait, comme toutes les mères fidèles aux vues de la Providence et aux conseils d’une véritable tendresse.

Enfin, le temps étant venu, Anne conduisit Samuel à Silo, et le présenta au grand prêtre Héli. « C’est moi, seigneur », dit-elle en l’abordant; « je suis cette femme que vous vîtes ici prier le Seigneur. Je le conjurais de me donner cet enfant, et il a exaucé la demande que je lui ai faite. C'est pourquoi je viens lui rendre et lui laisser pour toujours le fils que j’en ai reçu ». Elle adora; puis, émue de reconnaissance et de joie, et saisie d’un esprit prophétique, elle prononça cette belle prière : « Mon cœur a tressailli dans le Seigneur, et ma gloire est exaltée par la force de mon Dieu; ma bouche s’est ouverte pour répondre à mes ennemis, parce que je me suis réjouie, Ô Dieu ! dans votre faveur salutaire. Nul n’est saint comme le Seigneur; nul ne vous égale et n’est puissant comme vous, notre Dieu ! — Cessez de vous glorifier et de prononcer d’insolentes paroles; que votre bouche taise ses anciens discours; car le Seigneur est le Dieu de toute science, et toutes pensées sont à découvert devant lui ».

On s’en revint à Ramatha. Le jeune Samuel demeura dans Silo pour servir le Seigneur sous les ordres du grand prêtre. C'était pour Anne un grand acte de courage de quitter ainsi le fils unique qui lui avait coûté tant de prières et de larmes; aux angoisses de l’espérance allaient succéder maintenant les inquiétudes qui naissent d’une séparation douloureuse. Il est vrai qu’elle gardaït pour Samuel ce tendre amour qui jouit jusque dans absence et se nourrit par l'éloignement même, comme une vigne fertile, en étendant ses rameaux, étend aussi les sucs nourriciers aux grappes les plus éloignées de sa racine. Puis elle visitait le jeune enfant aux jours de fête, en venant à Silo offrir les sacrifices accoutumés; elle lui apportait alors une tunique qu’elle avait faite de ses propres mains. La maternelle tendresse de cette femme fut récompensée par le ciel : le grand prêtre bénit Anne et Elcana, en leur souhaitant une prospérité nombreuse. Effectivement, trois fils et deux filles leur furent donnés, et leur vieillesse se

couronna de gloire, comme le palmier déjà vieux s’entoure de rejetons qui verdissent à ses pieds.

Samuel, vêtu de la robe des lévites, s’occupait au service du Temple. Tous les Pères ont loué, sur la foi des traditions antiques, son enfance écoulée dans les exercices ‘de la piété, ses mœurs pures, son doux caractère et ses belles qualités. Il croissait en âge et en sagesse, également agréable à Dieu et aux hommes; car les hommes ont le cœur plus juste que leur conduite n’est courageuse, et, tout en exilant parfois la vertu de leurs œuvres, ils lui accordent néanmoins l’hospitalité dans leur estime.

Cependant les fils du grand prêtre Héli, prêtres eux-mêmes, déshonoraient le sacerdoce par une conduite impie, et détournaient le peuple du culte divin par leur ignorance et leur mépris de la loi. C’était un grand crime; Car qui résiste aux scandales sortis du sanctuaire ? Et d’où viendra le secours lorsque la trahison s’assied au foyer domestique ? Héli connut le désordre de ses fils; mais, au lieu de les en punir avec sévérité, il leur adressa seulement quelques reproches empreints d’une molle et excessive douceur. Il y a un temps pour la miséricorde sans doute; mais il n’y a jamais de temps pour la faiblesse. Aussi les enfants d’Héli ne tinrent nul compte de ses avertissements, et, d’un autre côté, Dieu, par la bouche d’un prophète, l’accusa de coupable condescendance et lui prédit de dures afflictions et la mort de ses fils. Ces menaces furent confirmées par le ministère de Samuel, qui allait, quoique bien j jeune encore, entrer dans l'éclat de ses destinées.

Il avait alors douze ans. Une nuit, il fut réveillé par une voix qui prononçait son nom. Croyant qu'Héli le demandait, il alla trouver le vieillard, qui répondit : « Je ne L’ai point appelé, retourne et dors ». Peu après, la même voix se fit entendre; Samuel courut au grand prêtre, qui le renvoya comme précédemment. Le jeune lévite n’avait pas encore eu de commerce direct et immédiat avec le Seigneur, et il ne savait point, de science expérimentale, comme il l’apprit dans la suite, à quel signe on reconnaît l’inspiration divine. 11 fut appelé de nouveau; cette fois, le grand prêtre lui dit : « Retourne et dors, et, si l’on appelle désormais, tu répondras : Parlez, Seigneur ; car votre servileur écoute ». La voix cria encore : « Samuel, Samuel ! » Il répondit : « Parlez, Seigneur, car votre serviteur écoute ». C'était véritablement le Seigneur; et la voix ajouta : « Je vais faire, en Israël, une chose qu'on ne pourra entendre sans stupeur. En ce jour-là, j'accomplirai tout ce que j’ai dit contre Héli et sa maison, je commencerai et j'achèverai. Car je l’ai menacé de tirer de sa maison une vengeance sans remède, à cause de son crime, parce que, sachant l’indigne conduite de ses fils, il ne les a point punis. C’est pourquoi j’ai juré que l'iniquité de la maison d'Héli ne serait jamais expiée ni par des victimes ni par des présents ». Telle fut la parole du Seigneur, qui se servit d’un enfant et d’un lévite pour instruire un vieillard et un pontife; car il ya une maturité meilleure que celle de l’âge et un sacerdoce qui appartient à tous les hommes : c’est la maturité et le sacerdoce de la vertu.

Après avoir reçu la communication céleste, Samuel ne retourna point auprès d'Héli; même le lendemain, il n’osait lui faire connaître la terrible vision. Mais Héli l’appela : « Que t'a dit le Seigneur ? ne dissimule pas, je te prie. Que le Seigneur te traite en toute sévérité, si tu me caches aucune des paroles qui te furent adressées ». Samuel obéit, et raconta tout ce qu’il avait entendu. Le grand prêtre répondit : « C’est le Seigneur; qu'il fasse ce qui lui semble bon». On peut croire qu'Héli corrigea ainsi, par l’ac-

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ceptation résignée de sa punition future, le vice de sa faiblesse paternelle; mais les menaces du Seigneur n’en eurent pas moins leur accomplissement.

En effet, un peu plus de vingt ans après la prophétie de Samuel, les Israélites furent deux fois vaincus dans une guerre contre les Philistins, leurs implacables ennemis, ils perdirent trente mille hommes dans la seconde bataille. Quand on apprit ce désastre à Silo, la ville retentit de clameurs lamentables, Héli demanda la cause du tumulte public; on lui répondit : « Israël a fui devant les Philistins; une grande partie de l’armée a été taillée en pièces; même vos deux fils sont tués, et l’arche de Dieu est prise ». En entendant nommer l’arche de Dieu, Héli tomba de son siége à la renverse et se brisa la tête. Telle fut la mort de ce malheureux père, qui semble n'avoir eu d’autres défauts qu'une molle condescendance envers ses fils.

Ces événements, annoncés à l’avance, et plusieurs autres prophéties également vérifiées, prouvèrent que Samuel était le fidèle interprète du Seigneur. Il avait près de quarante ans; on le proclama juge du peuple à la place d'Héli (1092 avant Jésus-Christ). Samuel devint donc le chef politique de la Judée, comme Jephté, Samson et d’autres l’étaient devenus. À l'autorité civile, il joignit l’autorité religieuse, comme lévite, peut-être même comme pontife; car, bien qu'il ne fût point de la race d’Aaron, plusieurs ont pensé qu'il exerça, par mission extraordinaire, les fonctions de la souveraine sacrificature. Investi de ce double pouvoir, il défendit la cause de Dieu et de son pays. Il assembla le peuple en armes à Masphath, non loin de Ramatha et de Silo. Il rassura ses compatriotes, les exhortant à défendre leur liberté compromise par la victoire des Philistins; il fit envisager les malheurs publics comme un châtiment de l’idolâtrie et des crimes de la nation, et ramena les esprits au culte du vrai Dieu.

De grands succès, où la main de Dieu se montra plus d’une fois, glorifièrent le gouvernement de Samuel : l’arche fut recouvrée, l’audace des Philistins abattue dans un combat sanglant, et la paix avec ses avantages acquise aux Israélites. Le péril passé, Samuel continua néanmoins de gouverner sa patrie. Il avait fixé à Ramatha son principal séjour; de là, il allait visiter les villes environnantes, afin d'écouter les plaintes du peuple et de lui rendre justice. Galgala, Béthel et Masphath étaient les principaux endroits où il exerçait ses pacifiques fonctions.

Devenu vieux, Samuel délégua une portion de son autorité à ses fils pour juger Israël; mais, par une fortune qui semble peser sur la plupart des grands hommes, il eut la douleur de voir ses fils infidèles à sesexemples et à sa réputation. Leurs sentences et leur conduite étaient si pleines d’iniquités, que les anciens du peuple vinrent s’en plaindre à Samuel et lui demander un roi. Samuel fut blessé de cette proposition, qui tendait &

remplacer une œuvre toute divine par une œuvre de main d'homme. IE

consulta Dieu dans la prière, et fit connaître à ses concitoyens l'avenir qui leur était réservé. Mais les Israélites se flattaient sans doute de n’être pas plus opprimés et d’être aussi courageux que les autres nations. Ils eurent donc un roi : Saül, de la tribu de Benjamin, fut élu et sacré (1080 avant Jésus-Christ). Mais il ne fut pas plus sage que son peuple; il s’éloigna des volontés connues du Seigneur, et le Seigneur le rejeta comme il l'avait choisi.

Samuel reçuila mission d'annoncer à Saül que son règne était fini : « L’obéissance », lui dit-il, « est meilleure que les victimes; comme vous avez rejeté la parole du Seigneur, le Seigneur vous rejette de la royauté ».

Il allait se retirer après ces paroles; mais le prince voulut le retenir en le saisissant par le manteau; le manteau se déchira. Samuel dit : « Aujourd’hui, le Seigneur déchire de vos mains le royaume d'Israël pour le donner à un autre qui vaut mieux que vous ». Depuis ce jour, Samuel cessa de voir Saül et de lui rendre publiquement hommage comme à son prince; mais il l’aima toujours, à cause de leur longue et ancienne intimité, et le pleura le reste de sa vie. Toutefois il dut se résigner : sur un ordre céleste, il choisit David pour second roi d'Israël, et lui donna en secret l’onction sainte. Diverses causes appelèrent la fureur de l’ancien monarque sur le nouveau; celui-ci n’échappa que par la fuite à des périls sans cesse renaissanis. Samuel, qui partagea la mauvaise fortune de David, conserva néanmoins jusqu’à la fin de sa vie une grande influence sur les affaires publiques de son pays.

L’illustre prophèle mourut fort avancé en âge (1043 avant Jésus-Christ). 11 fut enterré à Ramatha, dans le sépulcre de sa famille ; tout Israël porta son deuil. Enfant de la prière, et consacré à Dieu même avant de naître, il acheva dans la piété une vie commencée sous de si religieux auspices. Homme supérieur, il se montra modeste sans faiblesse et ferme sans dureté ; les rois l’écoutèrent avec respect, et sa voix conserva de l’empire jusque sur le peuple agité par l'esprit d'innovation. Politique habile, il réforma l'Etat et fit fleurir la religion, première garantie de l’ordre; politique honnête, il ne chercha que dans la vertu un contre-poids à la licence, et put défier ses concitoyens de signaler dans sa vie et ses jugements rien de répréhensible. Ainsi parut Samuel; et, s’il doit être nommé l’exemple des princes à cause de ses belles qualités, sa mère doit être nommée l'exemple des mères à cause de sa religieuse tendresse; car nous oserons dire qu'il y aurait plus de fils comme Samuel s’il y avait plus de mères qui voulussent imiter la piété d'Anne.

CULTE ET RELIQUES. — ÉCRITS

Nous avons dit que le corps du prophète Samuel fut déposé à Ramatha, dans le sépulcre de sa famille : son tombeau se conserva, malgré les révolutions du pays et les calamités du peuple juif, jusqu’au commencement du ve siècle de l'Eglise. On institua dans la synagogue une espèce de fête de deuil, où l'on célébra publiquement, par un jeûne, le jour anniversaire de sa mort, principalement depuis le retour de la captivité de Babylone. Mais les chrétiens lui décernèrent d’autres honneurs qui méritent d'autant mieux le nom de fête, que c'étaient les mêmes que ceux que l'Eglise rend aux Saints. C’est ce que l’on vit établi, principalement après qu’on eut transporté ses reliques de Judée à Constantinople. Cette translation se fit par ordre de l'empereur Arcadius (19 mai 406). Elles furent mises en dépôt dans la grande église pour quelque temps. De là elles furent transportées (20 juin 407) dans la basilique qu'on avait bâtie en son honneur et sous son nom dans l'Hebdome, qui était la banlieue de Constantinople. Cette église de Saint- Samuel fut renversée par un tremblement de terre qui secoua la ville à deux reprises (16 avril et 19 octobre 551). Quelques auteurs ont prétendu que l’empereur Justinien avait fait rebâtir sur-lechamp la basilique de Saint-Samuel ; mais l'historien grec Procope (500-565) dit seulement que Justinien fit faire un bassin de fontaine ou une citerne dans le monastère de Saint-Samuel, en Palestine, et apparemment au lieu d’où l’on avait tiré son corps. En effet, on a toujours continué, jusqu'à ces derniers siècles, de montrer en cet endroit un monument appelé le Tombeau du prophète Samuel, avec une grande fontaine d'une eau très-saine, à quelques pas de là.

Les Grecs et les autres peuples qui suivent leur rit, font la fêle du prophète Samuel le 20 août. C’est ce qui s’est observé depuis parmi les Latins qui ont mis son nom dans leurs martyrologes, depuis celui du vénérable Bède, au commencement du vire siècle, jusqu'au Romain moderne.

On attribue à Samuel le livre des Juges, celui de Ruth, et les vingt-quatre premiers chapitres du premier livre des Rors.

Nous avons tiré l'histoire de la vie de saint Samuel des Femmes de la Bible, par Mgr Darboy; et cella de son culte de la Vie des Saints de l'Ancien T'estament, par Baiïllet, — Cf. Acta Sanctorum, et Dom Ccillier.

ABBÉ DE L'ILE BARBE, PRÈS DE LYON Vers 450. — Pape : Saint Léon Ier, le Grand. — Roi des Francs : Mérovée.

Sanctorun quo majora merila, eo tutiora sunt patrocinia.

Plus sont sublimes les mérites des saints, plus sûre est leur protection.

$S. Ambroise, epist. LXXxV ad sororem.

Saint Maxe ou Maxime vivait sur la fin du 1v° siècle et au commencement du v°. Nous trouvons dans plusieurs mémoires dignes de foi et respectables par leur antiquité, qu’il était originaire de la province d’Aquitaine, une des quatre grandes régions de la Gaule, et issu de parents distingués. Avant de quitter le monde pour se donner totalement à Dieu dans la solitude, il avait été élevé dans le faste et les grandeurs de la cour, à laquelle sa famille était attachée ; mais malgré les dangers qu'il ne manqua pas d’y rencontrer, il s’y distingua par sa probité, son innocence et sa piété. Beaucoup plus amateur de la véritable sagesse que de la faveur et de l’applaudissement des grands, il s’appliqua avec zèle à se perfectionner dans la pratique de la loi du Seigneur. Il avait souvent médité ces paroles : « Que celui qui veut venir après moi, renonce à soi-même, porte sa croix tous les jours et me suive »; mais bientôt il se les appliqua comme si le Sauveur les eût adressées à lui-même ou à lui seul. Elles firent tant d’impression sur son esprit, qu’il prit la résolution de les mettre en pratique. Renonçant dès lors à tout ce qu’il possédait, il se dévoua entièrement au service de Dieu, quitta la cour et se retira dans un ermitage, emportant pour tout trésor un exemplaire des divines Ecritures.

Dans cette retraite, plus belle à ses yeux que le palais qu’il quittait, saint Maxe, n’ayant presque aucun vêtement pour se couvrir, commença à répandre des torrents de larmes avec le solitaire auquel il s'était associé. Dès cet instant, il s appliqua sans relâche à mener une vie austère et retirée ; son abstinence était si extraordinaire, qu'il ne mangeait jamais ni œufs, ni viande, ni poisson, pas même de fruits. Pour toute nourriture, il se contentait de pain arrosé de larmes, auquel parfois il ajoutait un peu de sel. Il s’abstenait de tout ce qui était capable d’enivrer ; l’eau seule était sa boisson ; souvent même il s’en privait par mortification. La prière était son occupation ordinaire et chérie ; rien ne pouvait le distraire de l’oraison, et si quelquefois il s’arrachait à ce saint exercice, c'était pour employer une partie de son temps à la visite des malades. Jamais vous ne l’eussiez vu se rebuter dans l’exercice des œuvres de charité ; les maux les plus dégoûtants

ranimaient son courage et l’embrasaient de zèle pour le soulagement des membres souffrants de Jésus-Christ.

Ce saint solitaire fut aussi doué d’une humilité si profonde, que le plus grand de ses soins était de ne pas se faire connaître pour ce qu’il était ; mais une vertu aussi éminente ne pouvait demeurer dans l’obscurité. Dieu

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ne permit pas que son serviteur fût longtemps inconnu dans sa solitude, quoiqu'il prit soin de se séquestrer du commerce des hommes. Aussi notre Saint, craignant de tirer vanité des éloges qui lui étaient adressés, quitta sa patrie et se transporta près de Lyon, dans un monastère célèbre par sa régularité et son étroite observance de toutes les règles monastiques : Zn insula Barbarä propè Lugdunum 1. Alors il avait déjà été ordonné prêtre. Là,

, bientôt ses vertus rares et solides brillèrent d’un nouvel éclat. Aussi Aigo- . bert, abbé de ce monastère, étant mort quelque temps après, notre Saint

fut élu à sa place ; tous le jugèrent digne de cette charge ; lui seul en res-

- sentit un profond chagrin i inspiré par son humilité.

Cette circonstance, qui était si opposée à ses pensées, à ses goûts, porta

le Saint à prendre une seconde fois la fuite et à retourner immédiatement

dans sa patrie pour y chercher un autre lieu de retraite où il pût demeurer caché aux yeux des hommes. Il se mit donc en marche dans ce dessein ; mais voulant traverser la Saône, la barque coula à fond ; le saint prêtre fut englouti dans les eaux avec le livre et le calice dont il se servait pour offrir les saints Mystères ; mais Dieu ne permit pas que son serviteur pérît alors ; le moment de la divine Providence n’était pas encore venu de le retirer de ce monde, et le Saint fut sauvé du naufrage, lui et tout ce qu’il portait.

De retour dans sa patrie, il chercha dnesitét les lieux les plus éloignés des hommes pour y vivre dans la retraite la plus obscure ; maïs ses austérités et ses vertus le firent bientôt connaître plus que jamais. Plusieurs personnages de distinction, attirés par ses beaux exemples et ses solides vertus, résolurent de s’en faire les imitateurs, en renonçant, comme lui, à ce que le siècle leur offrait de brillant et en se joignant à ce saint personnage pour consacrer avec lui leurs jours à la retraite et au service de Dieu. Plusieurs même apportèrent à ses pieds les biens qu’ils possédaient ; avec eux et l’aide de la divine Providence, il fit construire un monastère dans le château de Chinon, sur le territoire de la ville de Tours ?. IL s’y retira avec un grand nombre de serviteurs de Dieu dont il fut le père, pour les avoir engendrés à Jésus-Christ. Avec ceux qu’il regarda toujours comme ses frères, sous les yeux et sous la conduite du grand saint Martin, alors évêque de Tours, il mena une vie angélique. L’illustre métropolitain, si célèbre dans toute la chrétienté, fit bientôt de notre Saint son intime ami.

Tout le temps que le saint abbé fut à la tête de son monastère, il donna à ses frères les plus grands exemples de vertu et de sainteté. De plus, il procura aux peuples de ces contrées de signalés avantages. Dieu favorisa son fidèle serviteur du don des miracles, et les prodiges opérés par lui éclatèrent autant que ses vertus. À la parole du disciple, aussi bien qu’à celle du maître, la vue fut rendue aux aveugles, la santé aux malades ; des boiteux furent redressés, des morts ressuscités ; et plus d’une fois la patrie en danger fut sauvée des périls dont elle était menacée.

Saint Grégoire de Tours, auteur célèbre et accrédité pour l’histoire de ces temps éloignés, et l’un des successeurs de saint Martin sur le siége de cette ville, fait mention de notre Saint avec éloge; il le nomme grand par son nom, par ses vertus et par les merveilles de sa vie, ainsi que par les miracles opérés après sa mort et par son intercession. Cet écrivain, digne de foi, assure les avoir lus dans le livre de sa Vie. Entre autres choses, il rapporte qu'en 446, le château de Chinon ayant été assiégé par Ægidius,

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