L'île Barbe, dans la Saône, au nord de Lyon
2. Ce monastère subsiste encore aujourd'hui, mais, depuis longtemps, il a été converti en une églisa collégiale.
tous les habitants s'étaient renfermés dans les souterrains de la forteresse. L’ennemi parvint à combler le seul puits qui servait aux assiégés. Le Saint passa la nuit en prières, demandant à Dieu avec confiance d’avoir pitié de ses enfants, de mettre les ennemis en fuite et de ne pas permettre que ce peuple périsse par la soif. Il priait encore quand tout à coup le ciel se couvrit de nuages épais; une pluie abondante, accompagnée d’éclairs et de tonnerre, tomba sur le château, ct l'ennemi, épouvanté du prodige, leva le siége ; en même temps tous les vases exposés à la pluie furent remplis, les assiégés purent étancher la soif qui les brûlait, et rendre grâces à Dieu et à leur libérateur. Ils recouvrèrent la liberté après la fuite précipitée de leurs ennemis.
En ce même temps, une femme stérile s’adressa au Saint pour obtenir, par ses prières, la naissance d’un enfant qu’elle consacrerait à Dieu sous sa direction. Ses vœux furent exaucés, elle devint mère d’un fils que notre Saint baptisa. Un jour que, devenu grand, il se rendait à Chinon, pour y entendre prêcher le saint abbé, ce jeune homme, traversant à la hâte une rivière, s’y noya. La mère court à l’église et prie le Saint de la secourir ; celui-ci interrompt son sermon et enjoint à son auditoire de prier pour cette femme. Il se transporte ensuite sur le bord de la rivière, et, par une inspiration divine, il ordonne aux eaux de lui rendre le corps qu’elles venaient d’engloutir. Elles obéirent, mais notre Saint, voyant ce corps sans vie, s’écria : « Ah! mon fils, quoi! vous avez le malheur d’être mort sans avoir reçu le saint Viatique ! » Il répéta trois fois ces paroles avec gémissement; le jeune homme ouvrit lés yeux comme s’il se fût éveillé d’un profond sommeil, et lui dit : « C’est donc vous, saint prêtre, qui m'avez procuré là naissance et régénéré par les eaux salutaires du baptème; c’est vous encore, par l'efficacité de vos saintes prières, qui me rendez aux larmes d’une mère tendre et affligée qui glorifiera Dieu d’un tel prodige ! »
Notre Saint, retournant à la ville, rencontra un aveugle de naissance qui, après avoir passé trois mois en jeûnes et en prières, vint au-devant de lui, réclamant son assistance. L'homme de Dieu lui demanda s’il désirait voir la lumière ; l’infirme répondit qu’il serait heureux de pouvoir admirer ce qu’il n’avait jamais vu et ce dont chacun disait des choses si merveilleuses. Alors le saint abbé lui lava les yeux avec de l’huile bénite, et dit, en faisant le signe de la croix: « Que vos yeux soient ouverts », et à l’instant ils s’ouvrirent et il en rendit grâces au ciel.
Durant le reste de la vie de notre Saint, Dieu opéra bien d’autres miracles encore par l’intercession de son serviteur. Enfin, après plusieurs années d'exercices admirables dans les voies de la perfection et après un grand nombre de merveilles dont les peuples de la province d'Aquitaine furent témoins, notre solitaire-thaumaturge eut, par révélation, connaissance du moment de sa mort. Trois jours avant son arrivée, il s’abstint de toute nourriture, n’en voulant pas d’autre que la sainte Eucharistie, méditant les grandeurs de Dieu et chantant ses louanges. Il employa le peu de temps qui lui restait à exhorter ceux qui l’approchaient, à l'amour de Jésus, à l’humilité et la pratique de toutes les autres vertus.
L'heure de sa mort étant arrivée, ainsi qu’il le désirait depuis longtemps, afin d’être réuni à Jésus-Christ qu’il avait tant aimé, il leva les yeux et les mains au ciel, donna sa bénédiction à ses religieux, qui fondaient en larmes, et rendit sa belle âme à Dieu, expirant sur la cendre et le cilice.
Son corps fut enseveli honorablement dans l’église de son monastère, qui, dès ce moment, commença à le vénérer et à le reconnaître pour son patron et son protecteur auprès de Dieu. Sous le règne de Charlemagne (171-814), cette église fut convertie en célèbre collégiale ; le lieu de sa sépulture a toujours été en singulière vénération à cause des grandes merveilles que la bonté de Dieu y opère par les mérites et par l’intercession de son fondateur.
Saint Grégoire de Tours dit que de son temps le tombeau de saint Maxe était fameux par un nombre prodigieux de miracles bien évidents ; il rapporte, entre autres, qu’un jeune enfant de son diocèse, réduit à toute extrémité, ayant été porté sur le tombeau du Saint, fut à l'instant parfaitement guéri ; il en fut de même d’une jeune fille. Ces deux faits étant parvenus à la connaissance du même évêque de Tours, il fit admettre le jeune homme dans le monastère de Chinon, et la jeune fille dans un cloître de vierges, pour y être l’un et l’autre consacrés à Dieu en mémoire et en reconnaissance de tels bienfaits.
L'Eglise célèbre la fête de saint Maxe le 20 août, et celle de sa translation le 28 octobre.
CULTE ET RELIQUES
La ville de Bar-le-Duc (Meuse) a le bonheur de posséder, depuis plus de huit cents ans, de précieuses reliques de saint Maxe. Sous le règne de Frédéric, duc de Lorraine-Mosellane, ayant fait construire le château de Bar (950), Hézeb, très-noble seigneur, édifia à ses frais, dans l’enceinte de ce château, nn oratoire pour l’expiation de ses fautes. Il fit consacrer cette église par saint Gérard, évêque de Toul, en l’honneur de la sainte Vierge, du premier martyr saint Etienne et de tous les Saints. Après sa consécration, il la décora et l’enrichit des précieuses reliques de saint Maxe, transférées de la province de Touraine par une singulière disposition de la Providence, après avoir été miraculeusement sauvées des flammes, où la malice des hérétiques les avait précipitées 1. Depuis ce moment, cette église castrale et collégiale a toujours porté et se fait gloire de porter le nom de son protecteur, le grand saint Maxe, et d'en conserver les reliques enfermées dans une châsse comme un précieux trésor.
Dans le dernier siècle, le Chapitre de Saint-Maxe de Bar, qui en était le dépositaire, ayant été supplié par celui de Chinon de lui en remettre telle partie qu’il jugerait à propos, cette juste demande lui fut accordée, et une portion considérable de ces saints ossements lui furent donnés ; recus avec reconnaissance, ils furent en grande vénéralion dans la Touraine.
” Souvent les peuples de Bar et des environs ont eu recours à saint Maxe et ont obtenu, par son intercession, l’elfet de sa protection dans les calamités et les besoins publics. Ces prodiges sont en trop grand nombre pour les rapporter tous ; nous n’en citerons qu'un.
Le 7 mai 1679, une grande sécheresse durait depuis trois mois : le clergé et le peuple de Bar réclamèrent l’assistance de notre Saint, en accompagnant avec dévotion et avec confiance ses saintes reliques. Un hérétique se permit de dire d’un ton railleur et impie : « Ces bonnes gens s’attendentils que des ossements secs et arides auront le pouvoir de leur donner de la pluie, le ciel étant aussi serein ? » Mais ce fut à sa confusion qu’il proféra ce blasphème ; car la procession remontant de la ville basse à la ville haute, la pluie vint si subitement et si abondamment que la châsse fut déposée dans la maison de cet hérélique en attendant qu'il fût possible d'achever la procession. Cet hérétique s'appelait Cuny, et sa maison existe encore aujourd’hui dans la côte de l’Horloge, une des rues de Bar. En souvenir du miracle, on avait sculpté au-dessus de la porte la châsse de saint Maxe ; mais les révolutionnaires voulurent effacer ces précieux vestiges, et on pouvait encore voir, ces dernières années, les coups de hache qui délruisirent ce pieux témoignage.
Au moment de la Révolution, la châsse en argent qui contenait les précieux restes de saint
1. Cette opinion que les reliques de saint Maxe ont été apportées à Bar au xs siècle est celle des rédacteurs de l'office du Saint. Toutefois elle n'est guère probable, et en s'appuyant sur les documents historiques du xvie siècle, on peut même dire qu’elle est plus que hasardée, car il est certain que les reliques de notre Saint furent conservées à Chinon jusqu'en 1565, époque à laquelle les Calvinistes essayèrent de les brûler. On ne sait comment elles furent arrachées à leur fureur, ajoutent les annotateurs de Grégoire de Tours, mais il est de fait que le Chapitre de Saint-Maxe prétend que ces précieux ossements, sauvés des flammes, furent apportés à Bar-le-Duc et que, dès lors, il le prit pour patron.