‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 40 sur 220 · SAINT LÉONCE I* DIT L'ANCIEN · texte numérisé non relu

SAINT LÉONCE I* DIT L'ANCIEN

ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX (vers 542),

Aussi illustre par sa naissance que par la droiture de sa conduite, Léonce jouit d’une grande influence, et sur le peuple et sur les grands. Son sacre eut lieu vers 520. A peine eut-il été insfallé sur le siêge métropolitain de Bordeaux, qu’il donna tous ses biens à son Eglise et aux pauvres. Voyant que l’église bâtie par son prédécesseur Amélius devenait trop petite pour contenir tous les fidèles, car la population de Bordeaux commençait à prendre un accroissement considérable, il en fit construire une autre sur de plus grandes proportions. Suivant l'opinion la plus générale, c’est lui et non pas Léonce son successeur, qui présida en 541 au quatrième concile d'Orléans. I mourut fort peu de temps après. Fortunat, dans une très-longue épitaphe qu'il lui consacra et qu’on trouve dans le [Ve livre de ses poésies, fait l'éloge le plus magnifique des vertus de Léonce. Voici cette épitaphe :

« C’est sous cette pierre que reposent les cendres du vénérable Léonce, qui porta haut la mitre pontificale : son peuple, par des gémissements et des murmures confus, nous annonce toute la grandeur de sa perte; l’enfant, le jeune homme, le vieillard lui donnent à l’envi des larmes. Léonce ne le cédait à personne sous le rapport de la naissance, la pureté elle-même avait formé ses mœurs; on ne chercha point d’autres titres et en aurait-on pu désirer de plus précieux pour l’élever dans sa place ? Plus il était distingué par son rang et par ses vertus, plus il cherchait à s'abaisser par humilité profonde. Sa seule présence mettait la discorde en fuite, elle cédait en frémissant, l'amour et le respect lui livraient tous les cœurs. En le perdant, chaque âge a perdu son défenseur. Qu'est-il besoin de le dire ? leurs larmes ne nous l’apprennent qu'avec trop d’éloquence. Voit-on quelqu'un parler de sa mort sans s’attendrir ? On ne se console qu’en dressant dans son cœur un temple à sa mémoire. Passerons-nous sous silence l’immense charité de ce généreux pasteur ? Il prodigua pour l’amour du Christ jusqu'à l'héritage de ses pères. Le pauvre recourait à lui avec confiance, le captif lui demandait le prix de sa rançon et l’indigent avait acquis le droit de disposer de ses richesses, Ne doutons point qu’une si belle âme n’ait volé de la terre dans les cieux. Léonce véeut moins pour lui que pour Dieu; il ne cessait d'étudier et de suivre les vues de la Providence sur ceux qui luiétaient confiés. Le prince lui-même rendait justice à son mérite; enfin, pour tout résumer en un mot, il était devenu l’idole de son peuple, parce que toute son ambition avait été de régner sur les âmes. IL vécut puissant cinq lustres et sept ans, et fut à la fin du jour enlevé de ce monde ».

Après une existence consacrée à étendre le royaume de Jésus-Christ, Léonce vint finir ses jours dans le diocèse de Rodez. C’est à Saint-Léons, non loin de Millau, alors célèbre par un monastère de Religieux bénédictins, qu'il rendit doucement son âme à Dieu, vers 542.

Tiré de la France Pontificale, et de Notes communiquées par M. l'abbé Bousquet de Rodez.

SAINT AVIT fe, DIX-HUITIÈME ÉVÊQUE DE CLERMONT ET CONFESSEUR (594).

Saint Avit, d’une famille noble d'Auvergne, élu évêque de Clermont après la mort de Cautin, fut sacré dans la ville de Metz, en présence du roi Sigebert, contrairement aux canons qui voulaient qu'un évêque fût ordonné par son métropolitain et dans sa province. Pasteur zélé, il fut le père des pauvres, le tuteur des orphelins, l’hôte des étrangers, la consolation de la veuve et de tous les malheureux. Il convertit à la foi un grand nombre d’entre les Juifs qui habitaient la ville d’Arverne (nom primitif de Clermont) et en baptisa dans une seule nuit plus de cinq cents. Il voulut lui-même les purifier dans l’eau régénératrice, les oindre du saint chrême, et les admettre dans le sein de l'Eglise. L'éclat de mille flambeaux, la blancheur éclatante des robes d’innocence, dont étaient revêtus les nouveaux prosélytes, donnaient à toute la ville un air de fête, et ne lui inspi-

raient pas moins de joie que n’en sentit Jérusalem à la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres.

A la prière de saint Avit, plus d'une fois les prisons s'ouvrirent, et les chaînes des captifs se brisèrent comme le verre fragile. Le roi Childebert, à sa considération, affranchit les églises de tout tribut.

Chéri autant que révéré de tous les hommes célèbres de son temps, Avit détermina saint Grégoire de Tours, qui faisait alors auprès de lui les fonctions de diacre, à écrire l’histoire que ce savant écrivain nous a laissée. Il répara ou fit construire à neuf plusieurs églises. Vers 575, il fit bâtir celle de Thiers, en l'honneur de saint Genès, martyr : cette église, enrichie et dotée d’un Chapitre par Guy II, de Thiers, en 1016, et restaurée en 4107, fut brûlée par les Calvinistes en 1578. Mais le plus beau monument de sa gloire est l'érection de la basilique de Notre-Dame du Port, ainsi appelée parce que le lieu où on l'avait bâtie était auparavant comme l’entrepôt dans lequel on apportait toutes les denrées et marchandises nécessaires aux habitants. C'est une église du vie siècle, retouchée au 1x, mais avec une délicatesse qui respecta et maintint dans ses parties les plus importantes, comme dans son ensemble architectural, l’œuvre de saint Avit. La forme de cette église est une croix latine, avec deux bas-côtés et un chœur entouré de plusieurs chapelles, s'élevant au-dessus d’une crypte qui contient l’autel où est placée une statue miraculeuse de Marie. Notre-Dame du Port est un pèlerinage très-fréquenté : on s’y rend surtout en foule pour la grande fête du 45 mai. Le 20 décembre 1851, Pie IX a accordé indulgence plénière: 40 pour la neuvaine qui se célèbre depuis le 45 mai jusqu'au 24, pourvu qu'on ait suivi cinq fois les exercices ; 20 pour la visite du sanctuaire aux fêtes de Noël et de l'Epiphanie ; aux solennités de V'Annonciation, de la Visitation, de la Purification, de l’Assomption, de Notre-Dame des Sept Douleurs (3° dimanche de septembre).

Les précieux restes de saint Avit furent déposés dans cette basilique de Notre-Dame du Port, et y furent longtemps en grande vénération.

Tiré du Propre de Clermont, &e la Chronologie des Evêques de Clermont, et de Notre-Dame de France.

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