SAINT VIDIAN, MARTYR A MARTRES
AU DIOCÈSE DE TOULOUSE (vi siècle).
Vidian était issu, par son père, de la maison d'Alençon. Sa mère s'appelait Stacia. Le père de Vidian prit les armes contre les Sarrasins et fut fait prisonnier à Lucerna en Galice. Le roi de ces contrées ayant consulté les oracles, ceux-ci répondirent que ce captif français avait un enfant qui deviendrait un jour la terreur des Sarrasins, et qu’il fallait le faire mourir. On offrit aussitôt la liberté au prisonnier, à condition qu’il donnerait son fils en otage. Cette proposition fut acceptée, et l'enfant vint à Lucerna prendre la place de son père.
Une marchande de Lactora, au pays des Vascons, ayant abordé à Lucerna, délivra le jeune prisonnier, qui s’employa au négoce avec sa libératrice. Poussé par le désir de la vengeance contre les Sarrasins, il rassembla une armée, marcha droit à Lucerna, tua le roi et brûla la ville. Après cette glorieuse expédition, il revint en France à la cour de Charlemagne et fut comblé d’honneurs par ce prince. Ayant appris que les Sarrasins avaient fait une nouvelle irruption en Gascogne, il se rendit avec son armée sur les bords du fleuve de Garonne, près d’Angonia, et les défit entièrement dans un champ appelé le Campestrés.
Pendant cette expédition, saint Vidian allait quelquefois se reposer dans une forêt où les malades ont souvent éprouvé la puissance de son intercession. On appelait l'éminence sur laquelle la forèt était située Ze Naout de san Vidian. Ce jeune seigneur, ayant été blessé mortellement par les Sarrasins, se traina jusqu’au bord d’une fontaine pour y laver ses blessures; mais les infidèles
l'ayant atteint, lui tranchèrent la tête. Le Saint communiqua à cette fontaine une vertu miraculcuse. Son martyre fut partagé par un grand nombre de compagnons.
Stacia, mère de saint Vidian, ayant appris son martyre, vint à Angonia, qui prit alors le nom de Martres (de martyribus), et fit élever en son honneur un superbe tombeau. Cette ville a gardé un touchant souvenir de la victoire remportée par les chrétiens sur les infidèles, et tous les ans (le jour de la Sainte-Trinité), elle offre une représentation exacte et fidèle du triomphe et de la défaite, en partageant sa brillante jeunesse en deux camps, avec les costumes et les armes de l’époque.
D'éclatants miracles se sont opérés au tombeau de saint Vidian. L'église de Martres possède encore aujour& aui la plus grande partie de ses reliques, qui sont exposées dans une belle chapeïle qui lui est consacrée; une autre partie de ses ossements repose dans l’église collégiale de Saint-Ybars. La fontaine sur les bords de laquelle il lava ses blessures, est devenue le but d’un pieux pèlerinage. On conservait aussi à Martres la coupe dans laquelle, d’après la tradition, saint Vidian recevait la sainte Eucharistie.
Tiré de l'Aistoire générale de l'Eglise de Toulouse, pat M. l'abbé Salvan.