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les ecclésiastiques de son Eglise, les obligeant de vivre selon la discipline des Apôtres, de laquelle ils s'étaient relâchés; et, parce qu’il leur donna aussi des Règles, ils furent appelés Chanoines réguliers.
La nouvelle dignité d’Augustin ne changea rien à sa conduite. Il parut toujours le même dans toutes ses actions; placé comme évêque entre Dieu et les hommes, il ne manquait pas d’honorer l’un par ses sacrifices et sa piété, et d’édifier les autres par ses bons exemples : rendant ainsi à Dieu et à César ce qui leur appartenait à l’un et à l’autre. L’évêché d'Hippone avait plus de quarante mille écus de revenu : cependant on ne vit pas Augustin plus richement vêtu, ni plus magnifiquement accompagné qu'auparavant. 11 ne porta jamais d’habits de soie; mais son vêtement était simple et convenable à la pauvreté religieuse dont il faisait profession. Ses ornements même pontificaux étaient d'étoffes d’un prix médiocre. Sa mitre, que l’on conserve avec son bâton pastoral au couvent de Valence, en Espagne, où ils furent transportés de Sardaigne, afin que l'héritage d’un si grand Père, comme dit le pape Martin V, revint à ses légitimes enfants, n’était que de toile fine. Il se contentait de cette médiocrité pour avoir de quoi subvenir plus largement aux nécessités des pauvres, pour l’entretien desquels il n’épargnait pas même les encensoirs, les croix et les calices d’argent. Quoiqu’il n’eût aucun attachement envers ses parents, il ne laissait pas de les assister comme les autres fidèles, et de donner l’aumône à ceux d’entre eux qui étaient dans l’indigence; il se comportait en cela avec une modération extrême : car il ne prétendait pas les enrichir, mais seulement les secourir dans leur nécessité; ni rendre leur maison plus splendide, mais la tirer de la dernière misère : ne jugeant pas raisonnable que les biens de l'Eglise, dont Dieu devait un jour exiger de lui un compte si rigoureux, servissent à fomenter le uxe et l'ambition de ses parents, et qu’il employät le sang de Jésus-Christ, et le patrimoine des pauvres à leur faire des marchepieds d’or et d'argent pour les élever, les agrandir et les approcher de sa personne. Il ne voulut jamais se charger de la clef du trésor de son Eglise ni du revenu de son évêché; 1l en laissa l’économie et la dispensation aux ecclésiastiques les plus intègres de son clergé. I] dit même un jour à son peuple qu’il aimait mieux être entretenu par leurs offrandes et leurs charités que de jouir d’un si grand revenu, et que, si on lui faisait une pension modique pour sa subsistance et celle de ses officiers, il ferait volontiers une cession générale de tout ce qui lui appartenait. Quand on lui. donnait quelque robe de prix, il avait honte de la porter, et il la faisait vendre, afin que les deniers en fussent employés au soulagement de plusieurs. « L'Eglise », disait-il, «n’a de l'argent que pour le distribuer, et non pour le garder; c’est une cruauté indigne d’un cœur de père, tel que doit être celui d’un évêque, d’amasser des biens, tandis qu’il repousse la main du pauvre qui lui demande l’aumône ». Lorsqu'il s’était entièrement épuisé, et qu'il ne lui restait plus rien à donner, il montait en chaire et avertissait le peuple de sa pauvreté et de l'impuissance où il était de secourir les nécessiteux, afin qu'ils fissent eux-mêmes l’aumône.
T1 ne voulut jamais acheter ni maison ni métairie. Il ne recevait point les héritages qui étaient légués par testament à l'Eglise au préjudice des enfants, parce qu'il ne pouvait approuver que ceux-ci en fussent frustrés. Cependant, il ne refusait point les autres libéralités qu’on lui faisait pour le soulagement des pauvres; mais c'était avec tant de désintéressement, qu’il élait toujours prêt à s’en dépouiller. Quelqu'un ayant transporté à son église le domaine d’une terre, et lui ayant mis entre les mains l'acte de sa
donation, quelques années après, cette personne s’en repentit et le pria de lui rendre son contrat : le Saint le fit très-volontiers. Il lui remontra néanmoins que son procédé n’était guère chrétien, et qu’il devait faire péni-
tence de s’être repenti d’avoir fait une bonne œuvre et d’avoir voulu re-
prendre à Dieu une chose qu’il lui avait donnée sans aucune contrainte, Cette facilité d’Augustin donna occasion au peuple de murmurer contre lui, sous prétexte que c'était faire tort aux pauvres et refroidir la dévotion des fidèles envers l'Eglise, que de rejeter les legs pieux qu’on lui laissait par testament; mais le saint Evêque, pour faire voir la droiture de son intention, s’en expliqua publiquement dans un sermon, où, après avoir discouru sur ce sujet, il conclut par ces paroles : « Quiconque déshéritera son fils pour faire l'Eglise son héritière, qu’il cherche un autre qu’Augustin pour accepter l'héritage; mais je prie Dieu qu’il ne se trouve personne qui veuille recueillir sa succession ». Il ne blâme point ceux qui laissent quelque chose à l'Eglise pour faire prier Dieu à leur intention; mais ceux qui, par caprice, sans aucun sujet et par une dévotion indiscrète et nullement tolérable, disposent de tous leurs biens en faveur de l’Eglise et déshéritent leurs parents.
La vaisselle de sa table était de bois, de marbre ou d’étain, et non d’ar-
gent : ce qu'il faisait, non pour devenir plus riche par cette épargne, mais
afin d’être plus libéral. On n’y servait point de mets exquis ni délicats, mais seulement des herbes, des racines et des légumes. Quand on y apportait d’autres mets, c'était pour les malades ou pour les étrangers qui s’y trouvaient. Pendant qu'on mangeait, on faisait ordinairement une sainte lecture pour servir de nourriture à l'esprit, en même temps que le corps prenait la sienne. Et parce qu’il n’arrive que trop souvent que, pendant le repas, on se laisse aller à parler mal de son prochain, pour fermer entièrement la bouche aux médisants et bannir de sa maison ces festins sanglants où la langue tranche plus dangereusement que les couteaux, il avait fait écrire, en gros caractères, dans la chambre qui lui servait de réfectoire, ces deux vers latins :
Quisquis amat dictis absentum rodere vitam, Hanc mensam vetitam noverit esse sibi.
« Que celui qui se plaît à déchirer par ses médisances la réputation des absents, sache que cette table lui est interdite ». Il faisait garder si exactement cette règle, que quelques évêques, commençant un jour un discours de raillerie où la médisance allait entrer, notre Saint les interrompit, leur disant : « Messieurs, lisez ces vers : il faut les effacer, ou changer de matière, ou bien ne pas trouver mauvais que je me retire, et que je vous laisse dévorer entre vous la proie que vous tenez ».
La continence pour laquelle, avant sa conversion, il avait eu tant d’horreur, devint l’objet le plus tendre de son cœur. Il fuyait jusqu'aux apparences de l’impureté; la seule représentation d’un objet peu honnête causait en lui d’étranges alarmes; les fantômes, qui frappent l’imagination pendant le sommeil, lui paraissaient des monstres furieux, dont il demandait à Dieu incessamment la grâce d’être délivré. Comme il connaissait par une triste expérience la fragilité de la chair, il était toujours sur ses gardes, pour ne point donner la moindre entrée à la tentation : il étudiait ses paroles, il observait ses regards, il examinait ses actions et ses démarches, afin que tout en lui respirât la pureté. Lorsque son devoir pastoral l’obli-
geait de recevoir les visites des femmes, ou de les aller visiter, il ne leur parlait jamais qu’en présence de quelque autre prêtre.
Plus il se voyait par son caractère élevé au-dessus des autres, plus sa charité le rendait abordable à tous ceux qui avaient besoin de son assistance. Il était sans cesse appliqué à procurer le bien de ses ouailles; il recevait leurs visites avec une douceur paternelle, répondait à leurs demandes, entendait leurs plaintes, résolvait leurs doutes, pacifiait leurs différends, étouffait leurs vengeances; en un mot, il ramenait par sa prudence les esprits les plus difficiles, et démêlait, par sa grande pénétration, les affaires les plus embrouillées. Comme il s'employa avec un zèle infatigable à ces fonctions multiples et incessantes sans reprendre un peu haleine, il regrettait sa chère solitude : « Je prends à témoin », dit-il dans un de ses ouvrages, « Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour l’amour duquel je le fais et en présence de qui je parle, que si je considérais ma satisfaction particulière, j'aimerais beaucoup mieux travailler tous les jours manuellement, et avoir certaines heures pour vaquer en repos à l’oraison et à l’étude de l’Ecriture sainte, que d’être attaché comme un esclave à écouter les querelles d’autrui et les affaires du monde, pour les décider comme juge, ou pour les arranger comme arbitre ». Ses visites ordinaires étaient chez les veuves, pour les consoler dans leur affliction; chez les pauvres, pour subvenir à leurs besoins, et chez les malades, pour les aider à supporter patiemment leurs maux ou pour les disposer à une bonne mort. Il faisait rarement de ces visites que la civilité commande plutôt que la charité, encore les faisait-il si courtes, qu’elles ne lui dérobaient guère de son temps.
T1 ne s’absenta jamais de son diocèse que pour des nécessités indispensables ou particulières à son Eglise, ou communes à toute la chrétienté, comme pour assister aux Synodes, ou pour négocier quelque affaire importante au public; ainsi il se chargea, avec d’autres évêques, d’une ambassade vers l’empereur Honorius, contre les Donatistes, qui persécutaient cruellement les catholiques. Il reprenait généreusement les prélats qui s’arrétaient trop longtemps à la cour des princes, leur remontrant que le véritable honneur d’un évêque n’était pas de mendier, par des soumissions serviles, la faveur des grands, mais de résider aux lieux où ils ont les objets de leur zèle, les engagements de leur charge et les âmes dont Dieu leur demandera un compte très-rigoureux.
1] était demeuré dans l'Afrique plusieurs restes des usages païens : Augustin entreprit de les abolir, et il y travailla avec tant de douceur, de prudence et de zèle, qu’en peu de temps il en purgea son diocèse. C'était une coutume de faire des danses aux jours de fête devant la porte des églises, et de faire ensuite des festins dans les cimetières. Il abolit cette récréation peu chrétienne. En certains jours de l’année tous les habitants de la ville s’assemblaient sur la place publique, où, se divisant en deux bandes, ils se battaient à coups de pierres avec tant de brutalité, que plusieurs y perdaient la vie; il fit cesser ce cruel divertissement, où souvent les pères tuaient leurs enfants, et les enfants leurs pères. On célébrait, le jeudi de chaque semaine, une fête en l’honneur de Jupiter; il retrancha cette idolâtrie. S'étant aperçu que le peuple sortait de l’église avant la fin de la messe, et murmurait contre le prêtre lorsque quelquefois il était trop long, 1l invectiva si fortement contre cette indévotion, que ses exhortations furent suivies de l’amendement. Il fit décréter qu’au sacre des évèques on ferait la lecture des saints Canons, comme il est porté au troisième concile de Carthage, afin que, n’ignorant pas ce qu’ils prescrivent,
on ne fit rien de contraire dans leur ordination; il avait lui-même un regret sensible d’avoir été sacré du vivant de Valère, contre un Canon du concile de Nicée dont il n'avait point eu connaissance. Quelques-uns croient qu'il introduisit dans l'Eglise plusieurs cérémonies pieuses et dévotes, qu'il composa des oraisons, la bénédiction du cierge pascal et un office des moris.
Comme la fin principale de l’étude d’un ecclésiastique doit être de défendre l’Eglise, Augustin employa toute la vivacité de son esprit et sa profonde érudition pour combattre les erreurs de son temps. Manès avait si universellement répandu le venin de son hérésie des deux natures coéternelles, que, malgré tous les remèdes qu’on y avait apportés, ses erreurs subsistaient toujours. Augustin en purgea l'Eglise et particulièrement l'Afrique, par les livres qu’il composa contre cette doctrine également absurde et pernicieuse. Il fit celui qu’il intitule : De Z'Utilité de la Foi, pour désabuser un de ses amis, nommé Honorat. Fortunat, par son éloquence fardée, voulait faire revivre ce monstre abattu. Augustin lui présenta la discussion à Hippone, où, en présence de tout le peuple et des plus savants de la province, des notaires écrivant mot à mot tous les arguments de part et d'autre, après deux jours de conférence le manichéen demeura muet devant les objections invincibles de notre saint Docteur. Honteux d’avoir été ainsi vaincu publiquement, il sortit de la ville et n’y reparut plus. Félix, qui soutenait opiniâtrément les mêmes erreurs, se laissa persuader par la force des raisonnements d’Augustin, et abjura, ce qui causa une si grande consternation parmi les Manichéens, que nul n’osa plus se présenter pour la discussion. Mais Augustin acheva par ses prédications ce qu’il ne put faire par les conférences publiques. Parmi les conversions qu’il fit en chaire, celle de Firme est remarquable. C'était un riche marchand d'Hippone ; les Manichéens l’avaient tellement abusé, qu'il leur fournissait de grandes sommes d'argent pour étendre partout leur secte. Mais, ayant entendu prêcher saint Augustin contre leurs erreurs, il les abandonna. Depuis, renonçant au trafic, il se fit religieux de l'Ordre de Saint-Augustin, où il mena une vie fort sainte le reste de ses jours. Quelques ouvrages d’Adimantus, qui avait été disciple de Manès, étant tombés entre les mains de notre grand Docteur, il y répondit et les réfuta par le livre que nous avons, sous ce titre : Contre l’Adversaire de la Lot et des Prophètes.
Les plus grands ennemis que saint Augustin eut à combattre durant son épiscopat, furent les Donatistes. L’erreur de Donat, leur chef, comptait près de quatre cents évêques et était très-puissante en Afrique. Ces sectaires se vantaient qu'eux seuls composaient la véritable Elise, et, par conséquent, qu'il fallait rebaptiser tous ceux qui n'étaient pas de leur secte. Il y avait parmi eux une fraction appelée les Circumcellions, parce qu’ils rôdaient sans cesse autour des cellules des frères, et cherchaient de tous côtés les fidèles pour les séduire. Ils étaient si barbares, qu’ils faisaient cruellement mourir tous ceux qui tombaient entre leurs mains et qui ne voulaient pas renoncer à la foi catholique, sans faire aucune distinction de sexe, d’âge ni de condition. Ils démolissaient les églises, renversaient les autels, pillaient les biens des prêtres, chassaient les orthodoxes de leurs maisons, mutilaient les uns, jetaient de la chaux vive avec du vinaigre dans les yeux des autres, et exerçaient toutes sortes de cruautés sur ceux qui leur résistaient. Comme saint Augustin était leur plus redoutable adversaire, ils avaient conçu une haine implacable contre lui. Ils employaient également la force et la ruse pour s’en défaire. Ils publiaient partoat qu'il était un loup ravis-
santet un séducteur des âmes dont il fallait se défaire, et que celui qui ferait ce coup rendrait un service signalé à l’Eglise et mériterait des louanges éternelles. Eneffet, ils attentèrent souvent à sa vie, et, sans une protection particulière de la divine Providence, ils l’eussent cruellement mis à mort.
C'était la gloire d’Augustin d’avoir de tels monstres à combattre. Il les battait continuellement dans ses sermons. Il montrait l’impiété et la fausseté de leur secte, renversait leurs dogmes par des raisonnements puissants, et minait peu à peu leur parti. Enfin il leur donna le coup de mort dans cette célèbre conférence de Carthage, tenue sous l’empereur Honorius, en présence du comte Marcellin, que ce prince avait envoyé comme commissaire; Car, par le zèle et la prudence de notre saint Docteur, les Donatistes y furent confondus, et l’unité de l'Eglise catholique y fut parfaitement établie.Ce qui empêchait la conversion des évêques perverlis, c’est qu'ils avaient été dépouillés de leurs évêchés, et que l’on avait mis d’autres évêques en leur place. Il fallait donc trouver un accomodement pour les ramener à la foi. Saint Augustin, dans le livre qu’il a écrit sur ce qui s’est passé entre lui et Emérite, évêque des Donatistes, rapporte ce que l’on fit pour cela. Les évêques catholiques écrivirent à Marcellin, pour montrer le désir qu’ils avaient de la réunion: s’ils étaient vaincus dans la conférence, ils quitteraient leurs évêchés sans plus rien y prétendre, et, s’ils demeuraient victorieux, quoiqu'alors on ne pût plus douter qu'ils ne fussent les véritables pasteurs, ils consentaient, pour le bien de la paix et afin qu’on ne vit pas deux évêques dans une même église, que les uns et les autres renonçassent à leur dignité, et que l’on en fit un troisième pour en être-uniquement le chef. « Pourquoi ferions-nous difficulté », disaientils, « d'offrir à notre Rédempteur ce sacrifice ? Quoi donc! il sera descendu du ciel dans un corps mortel, afin que nous soyons ses membres ; et nous aurions de la peine à descendre denos trônes pour empêcher que ses membres ne soient déchirés par une cruelle division? Nous n’avons rien de meilleur à notre égard que la qualité de chrétiens fidèles et obéissants à Dieu ; gardons-la donc inviolablement. Mais, quand à celle d'évêques, nous ne l'avons qu'à l'égard de nos peuples, puisque c’est pour eux que nous avons été faits évêques : nous en devons donc disposer, soit pour la retenir, soit pour la quitter, comme il sera le plus expédient pour la paix des fidèles.
Saint Augustin, un peu avant cette conférence de Carthage, fit lire cette lettre par Alype, en présence de trois cents évêques catholiques, et, par ses pressantes remontrances, il les obligea tous d’acquiescer à ce sentiment. Cela commença la ruine du schisme des Donatistes. Quelques temps après la conférence, il se trouva, par ordre du souverain Pontife, à une autre assemblée tenue à Césarée, en Mauritanie, où il acheva de les détruire.
Outre les Manichéens et les Donatistes, il fit encore la guerre aux Pélagiens. Pélage, anglais de nation, d’un esprit inquiet et remuant, mais trèsartificieux, avait répandu partout sa pernicieuse doctrine, niant que la grâce fût nécessaire pour vouloir le bien et pour pratiquer la vertu, et soutenant que le libre arbitre seul, avec les dons et les qualités naturelles, était suffisant pour l’un et pour l’autre. Il avait si bien déguisé ses faux dogmes, qu’au Synode de Diospolis il passa pour orthodoxe ; mais Augustin, ayant découvert le venin qui était caché dessous, écrivit fortement contre lui, et prouva divinement la nécessité de la grâce intérieure pour porter noire volonté à produire les actes surnaturels, par lesquels nous méritons
la gloire éternelle. I1 emploÿa dix années entières à répondre aux écrits de cet hérésiarque : il le fit avec une éloquence si admirable et dans un style si sublime que, comme dans le reste de ses ouvrages, il surpasse de beau-. coup les autres Docteurs, il semble qu’en écrivant sur cette matière, il se soit surpassé lui-même. Saint Jérôme, ayant lu ce qu’il avait écrit, ne voulut plus composer sur ce sujet, parce que, le trouvant épuisé par saint Augustin, il avouait qu’il n’y avait rien à y ajouter. On peut voir les traités qui nous en sont demeurés, où il montre la nécessité et l’efficacité de la grâce, les ravages du péché originel, la corruption de notre nature par ce péché, et la liberté dont l’homme jouit toujours dans sa plus grande faiblesse. Il prouve toutes ces vérités par des textes si formels de l’Ecriture, et les explique avec tant de netteté et de si belles pensées, que tous ceux qui ont vouiu depuis traiter solidement cette matière, se sont attachés à ses sentiments et ont suivi ses principes, sans crainte de s’égarer dans un sujet si épineux. Dans le concile de Carthage et de Milève, il fut chargé d'écrire contre Pélage, et de faire savoir aux fidèles ce qui avait été décidé : et depuis, les textes de ses écrits ont servi à composer les définitions et les Canons que les Conciles généraux et provinciaux ont faits sur la même matière, et les souverains Pontifes ont renvoyé à sa doctrine ceux qui voudraient savoir quel est le sentiment de l'Eglise touchant la grâce divine.
Il est vrai que Cassien, auteur des Conférences, et Fauste, évêque de Riez en Provence (Semi-Pélagiens), trouvèrent à redire à ce qu'il avait écrit touchant la nécessité de la grâce pour toutes sortes d’actions salutaires, et composèrent contre lui quelques ouvrages, où ils tâchèrent de donner quelques adoucissements à sa doctrine ; saint Hilaire même et saint Prosper, ses plus zélés disciples, Le prièrent de s'expliquer, parce que plusieurs, interprétant mal ses sentiments, prenaient de là occasion de s’abandonner à l’oisiveté ou au désespoir. Mais il fit encore triompher la vérité contre ces restes du Pélagianisme, par les livres De la Prédestination des Saints, et du Bien de la Persévérance : après avoir justifié ses sentiments par des raisonnements tirés de l’Ecriture sainte et des ouvrages de saint Cyprien, de saint Ambroise et de saint Grégoire de Nazianze, il dit : « Je sais certainement que nul ne peut, sans errer, disputer contre cette doctrine que nous enseignons et que nous défendons par l’autorité des saintes Ecritures ». Puis il ajoute : « Que celui qui entendra ces vérités en rende grâces à Dieu, mais que celui qui ne les comprendra pas, prie le Docteur intérieur des âmes de lui tirer le rideau qui lui cache ces mystères, et de lui lever la taie des yeux, qui l’empêche de les voir, afin qu’il ne demeure pas plus longtemps dans l'erreur ». Ces paroles font voir, vu la grande modestie de notre saint Docteur, qu’il était très-persuadé qu’il défendait le parti de la vérité. En effet, après sa mort, le pape saint Célestin, écrivant aux évêques de France, rend de lui cet illustre témoignage : « Nous avons toujours tenu dans notre communion le bienheureux Augustin, pour sa vie et pour ses mérites : on n’a jamais eu le moindre soupçon, ni de la pureté de sa foi, ni de l'intégrité de ses mœurs ; au contraire, nous savons que tous nos prédécesseurs l’ont aimé et honoré comme un très-excellent Docteur de l'Eglise ».
La défaite de Jovinien augmenta encore le nombre des victoires de saint Augustin. C'était un prêtre de Vénus plutôt que de Jésus-Christ, tenant école ouverte à Rome; il y enseignait, au préjudice de la chasteté religieuse, que le mariage devait être préféré à la continence ; notre saint Prélat combattit cette erreur. Il écrivit et prêcha contre elle, et, par la
force de sa doctrine, il renversa les maximes de ce faux prêtre et excita les : fidèles à l'amour de la pureté. Nous ne nous étendrons pas sur Maximin et Félicien, Ariens ; sur Parménien, Cresconius, Gaudence et Pétilien, Donatistes ; sur Célestius, Julien, évêque de Capoue, Pélagiens, et enfin sur plusieurs autres qu’il terrassa. Pour ne pas grossir excessivement cette histoire, il suffit de dire que tous leurs artifices n’ont servi qu’à ériger de nouveaux trophées à la gloire d’Augustin ; mais nous ne pouvons omettre ce qu'il a fait pour achever de confondre et de détruire l’idolâtrie.
Lorsque Alaric, roi des Goths et arien de religion, s’empara de la ville de Rome, qu’il mit au pillage et saccagea entièrement, excepté les habitants qui s'étaient réfugiés dans l’église de Saint-Pierre, les païens rejetèrent ces malheurs sur les chrétiens, publiant que, depuis qu’on avait cessé d’adorer les dieux de l’empire, ils avaient été accablés de toutes sortes de calamités. Mais notre incomparable Docteur, ne pouvant souffrir que l’on fit cet injuste reproche à l'Eglise de Jésus-Christ, entreprit aussitôt sa défense pour la justifier de cette calomnie. Il composa pour cet effet les vingt-deux livres de la Cité de Dieu, qu’il dédia au tribun Marcellin : il y montre, avec autant d’éloquence que de solidité, que ces grandes calamités n'étaient arrivées qu’à cause du culte des faux dieux, que le temple de Saint-Pierre a été respecté par les barbares, que la religion chrétienne a pu les adoucir un peu.
Enfin, saint Augustin ne s’est pas contenté de combattre les ennemis de la foi et de désarmer les infidèles, les hérétiques, les libertins et les schismatiques ; mais il a voulu travailler encore pour l'Eglise universelle : car, outre les ouvrages polémiques qu’il a composés, il a fait des traités pour tous les états de la vie civile et chrétienne. Les gens mariés, les veuves, les vierges, les réguliers, les ecclésiastiques et les laïques trouvent dans ses livres les plus solides maximes pour leur conduite. Sa doctrine est comme un fleuve dont la source ne tarit jamais, qui se répand universellement sur toutes les branches de l’Eglise pour les rendre florissantes et fertiles en toutes sortes de bonnes œuvres et de fruits dignes de Jésus-Christ. Il a dressé les préceptes de la grammaire pour les enfants; il a composé une rhétorique pour les orateurs ; il a expliqué les catégories pour les philosophes ; il a recherché avec beaucoup de travail et d’exactitude ce qu'il y avait de plus rare dans l’antiquité pour les curieux ; il a écrit des volumes entiers de théologie positive pour les prédicateurs ; il a traité avec une pénétration merveilleuse les mystères de la religion : la Trinité, les processions divines, l’Incarnation, la prédestination et la grâce pour les théologiens ; 1l a laissé des méditations toutes de feu et de sublimes contemplations pour les mystiques; il a fourni quantité de belles lois pour les jurisconsultes ; en un mot, il a enrichi l'Eglise d'innombrables écrits, armes redoutables et invincibles pour renverser ceux qui osent l’attaquer.
Le pape Martin V, dans le sermon qu’il a fait à la translation des reliques de sainte Monique, proclame qu'aucun Saint n’a rendu de si grands services à l'Eglise qu'Augustin. Saint Paulin, évêque de Nole, son intime anu, dit, dans une lettre qu’il lui écrit, qu'il est Le sel de la terre, dont on assaisonne les cœurs pour les rendre incorruptibles ; une Fournaise de charité et un Séraphin brûlant du feu de l'amour de Dieu ; un Flambeau posé sur le chandelier qui dissipe les ténèbres de l’erreur, et, par sa brûlante lumière, met toutes les vérités catholiques dans leur plus beau jour. Sulpice Sévère le nomme l’Abeille industrieuse qui nourrit les fidèles de son miel, et tue les hérétiques de son aiguillon. Saint Remi d'Auxerre dit qu’il
surpasse autant les autres Docteurs dans l’exposition des Ecritures, que le soleil surpasse les petits flambeaux qui s’allument la nuit dans le ciel. Saint Jérôme, dans une de ses lettres, lui parle en ces termes : « Votre vertu se prêche partout où il y a des langues qui savent parler ; les catholiques vous honorent et vous reconnaissent pour le restaurateur de leur ancienne loi ; et ce qui augmente voire gloire, c’est que les hérétiques vous appréhendent comme leur plus redoutable ennemi ». Sérapion, dans un traité qu'il adresse à Arnobe le Jeune, et qui se trouve parmi les œuvres de saint Irénée, dit : « Sa science est si irréprochable, qu’on ne peut la censurer sans se convaincre d’hérésie par sa propre bouche ». Et Arnobe, dans sa réponse, lui avoue qu'il est dans le même sentiment et qu’il soutient sa doctrine avec autant de fermeté que si les Apôtres la lui avaient dictée. Saint Grégoire, pape, conseille de lire ses ouvrages, pour engraisser son âme d’une viande délicieuse. Enfin, les écrivains ecclésiastiques l’appellent le Miroir des prélats, le Maître de la théologie, l'Ornement des évêques, l’Eclat de tout l'Ordre sacerdotal, la Lumière des Docteurs, le Soleil de lAfrique, le Bouclier de la foi, le Fléau des hérétiques, le Temple de la religion, le Firmament de l'Eglise, et la Colonne inébranlable de la vérité.
Mais ce qu'il y a de plus admirable en lui, c’est d’avoir su parfaitement unir, avec sa profonde érudition, une grande tendresse de cœur pour Dieu et des sentiments extatiques de dévotion dans ses prières. Souvent la science ne donne que de brillantes lumières à l’esprit, sans exciter le feu de l’amour divin. Augustin n’a pas séparé la pratique de la théorie; son cœur a reçu les mêmes impressions que son esprit; et, comme il a eu d'admirables connaissances de la Divinité, il a senti de merveilleuses ardeurs d'amour pour elle. Il ne faut que jeter les yeux sur ses Confessions et ses Soliloques, son Manuel et ses Méditations, qui sont extraits de ses écrits, non-seulement pour être persuadé qu’il a beaucoup aimé, mais encore pour être touché des mêmes flammes dont il était embrasé : « Recevez ce cœur, Ô mon cher maître », dit-il dans une méditation, « décochez contre lui toutes les flèches de votre divin amour. Oh! que ces blessures me seront douces et aimables; oh! que je serai glorieux, si mon âme peut dire un jour : J’ai été allaitée de votre charité ! » et, comme s’il avait été exaucé, il dit dans ses Confessions : « Vous aviez dardé dans mon cœur une flèche d'amour qui l’avait pénétré si avant, que le fer en est demeuré dans la plaie ». Quelques auteurs, appuyés sur ces paroles, ont dit que son cœur avait effectivement reçu l'impression des plaies de Notre-Seigneur ; mais, quoi qu'il en soit, il suffit de dire qu'il était tellement pénétré de ce feu divin, qu'il ne respirait que la charité. Tout ce qu’il y avait de plus éclatant dans les honneurs, de plus doux dans les délices de la vie, de plus avantageux dans les faveurs de la fortune, de plus charmant dans la conversation des hommes ; tout cela, disons-nous, lui paraissait indigne du moindre désir de son cœur, et il proteste que cette profonde science, qui lui avait attiré tant d’admirateurs, lui aurait été insupportable, si elle ne l’eût conduit à une union intime avec son Bien-Aimé. « O mon Dieu!» disait-il, « que celui-là est malheureux, qui sait beaucoup et qui ne sait pas ce que vous êtes; mais heureux mille fois celui qui vous connaît, quoiqu’il ignore toutes les autres choses du monde ! » Quelques doctes croient que Jésus-Christ, pour fonder l’amour que saint Augustin lui portait, lui fit trois diverses fois la même demande qu’à saint Pierre : « Augustin, m'aimes-tu ? »
« Vous savez », répondit-il, « Seigneur, que je vous aime, quoique mon
amour soit indigne de vous ; mais, comme vous méritez d’être aimé, faites que mon amour soit digne de vous! » — « Mais que ferais-tu pour moi? » repartit Jésus-Christ. — « Je consentirais volontiers », répliqua Augustin, « à ce que le feu du ciel descendit sur moi et me dévorât entièrement sur vos autels, afin d’être un holocauste agréable à votre divine Majesté ! » — « Que ferais-tu encore pour moi? » continua Jésus-Christ. — « Ah! » poursuivit Augustin par un amoureux transport, « s’il se pouvait faire que je fusse Dieu, et que vous fussiez Augustin, je choisirais de tout mon cœur d’être Augustin, afin que vous fussiez Dieu ».
Cette exagération surprenante et inouïe fait voir jusqu'où allait sa charité. L'illustre Gilles de la Présentation, général de son Ordre, précepteur de Philippe le Bel et archevêque de Bourges, croit que ce fervent amour fut récompensé dès cette vie par la claire vision de l’essence divine, et qu’il en fut favorisé dans un ravissement qu’il eut à Ostie ; cela, néanmoins, est incertain.
Toutes les belles et exquises qualités d’Augustin et ces faveurs extraordinaires du ciel, ne lui servirent qu’à s’humilier plus profondément ; il était si persuadé de son néant et si confus des désordres de sa jeunesse, qu’il s’estimait indigne de recevoir la moindre caresse de Jésus-Christ; après avoir employé plus de quarante ans à l'étude des saintes Lettres, il confesse qu’il ne les conçoit pas et qu’il les trouve aussi difficiles qu'au commencement. Il ne pouvait souffrir qu’on lui donnât aucune louange, ni qu’on lui accordât aucune prérogative sur les autres. Dans une lettre qu'il écrivit aux Donatistes, il dit que leurs évêques n’avaient pas voulu conférer avec lui, parce qu'ils ne voulaient pas parler à un pécheur tel qu'il était. Il pria saint Jérôme d'examiner ses écrits et de les censurer et corriger en maître. Les savants n’ignorent pas la dispute que ces deux saints docteurs eurent ensemble ; il s'agissait de savoir si la représentalion que saint Paul fit à saint Pierre, à Antioche, touchant les cérémonies légales, et dont il est parlé dans l’Epître aux Galates, avait 6t6 simulée et seulement en apparence, ou véritable. Saint Jérôme soutenait qu’elle n'avait été que simulée, et qu’on ne pouvait combattre cette interprétation sans altérer la vérité du texte de saint Paul. Saint Augustin était d’un sentiment contraire. Saint Jérôme s’en offensa, et lui écrivit une lettre forte, pour ne pas dire aigre et ardente, où 11 le traite de jeune évêque, peu versé dans l’Ecriture, et qui cherchait, par des opinions nouvelles, à se mettre en crédit au préjudice des anciens Docteurs, qui avaient vieilli dans l’étude des Lettres sacrées. Quoique le sentiment de saint Augustin, que saint Thomas a suivi, fût plus conforme à celui de l'Eglise, il le soutint néanmoins par sa réponse, avec beaucoup d’humilité, de douceur et de respect pour ce grand homme, auquel il se reconnaissait inférieur en doctrine : et cette conduite chrétienne fut cause que saint Jérôme changea de sentiment dans ses Dialogues contre les Pélagiens.
Mais les plus belles et les plus éclatantes productions de son humilité, sont les livres intitulés Xétractations ‘ et ses Confessions où il fait lui-même le tableau de son esprit et de son cœur. Dans ses Æétractations, il repasse tous les traités qu'il avait faits jusqu'alors avant et après son baptême, durant son sacerdoce et depuis qu'il était évêque, et les corrige avec beau-
1. 1. Poujoulat remarque judicieusement que le vrai titre de cet ouvrage est De Recensione Librorum ; dans cette Revue de ses ouvrages, saint Augustin n'eut rien de faux, d'imprudent à rétracter. Malgré sa sévérité, il ne put que rectifier quelques légères inexactitudes, éclaircir des points obscurs, développer des pensées incomplètes.
coup de sévérité et tant d’exactitude qu’il n’omet ni sentence, ni parole, ni syllabe. Dans ses Confessions, il découvre ses plaies avec tant de sincérité, et il représente les désordres de sa jeunesse, qu’il va même rechercher dans les premières années de son enfance, avec tant de clarté, qu’il n’en oublie pas la moindre circonstance ; il n’a pas honte d’y avouer les mauvaises inclinations qui le portaient au vice, et les folies de son imagination qui avaient causé en lui de si grands égarements ; il y déclare ingénûment tous les déréglements de sa vie et les excès où les mauvaises compagnies l'avaient précipité ; il les pèse au poids du sanctuaire, sans se flatter ni déguiser ; il veut bien que tout le monde connaisse sa misère, afin que l’on Sdthibe davantage la miséricorde de Dieu sur lui ; enfin, il veut que la postérité sache qu’il a été hérétique, libertin, pécheur, pour nous apprendre, par cette humilité, que la pénitence est glorieuse à Dieu et avantageuse à celui qui la pratique.
Voilà quelle fut la vie du grand Augustin jusqu’à l’âge de soixante-douze ans ; se voyant alors plus épuisé encore par les fatigues qu’il avait souffertes, qu'accablé de vieillesse, il ne pensa plus qu'à se préparer à la mort par la contemplation des choses célestes, auxquelles son âme aspirait avec des ardeurs inconcevables. Pour en avoir plus de loisir, il pria le clergé et le peuple d’agréer, pour son coadjuteur et successeur, le prêtre Erade, dont la piété et la science leur étaient connues aussi bien qu’à lui. Il passa ensuite les quatre années qu'il vécut encore dans des transports continuels d’un très-pur amour pour Dieu, sans néanmoins cesser de prêcher à son peuple, et de répondre aux personnes qui le consultaient.
Quelque temps avant la mort de notre Saint, le comte Boniface, qui gouvernait l’Afrique au nom de Rome, brouillé par Aétius avec l’impératrice Placidie, s’en vengea en appelant les Vandales d’Espagne. Saint Augusin lui écrivit pour le détourner de cette trahison. Le comte ne déféra point à ses avis salutaires. Quatre-vingt mille barbares se précipitèrent sur l’Afrique, et par les sacriléges, les incendies, les larcins et les pillages, sans épargner les choses sacrées non plus que les profanes, ruinèrent en peu de temps tout le pays ; ce qu'il y eut de plus déplorable, c'est qu'après avoir massacré les évêques, les prêtres et les religieux, ils y ramenèrent l’hérésie des Ariens, que notre Saint en avait bannie. Le cœur déchiré de douleur, à la vue des malheurs de sa patrie, notre Saint resta au milieu de son peuple, qu’il tâcha de soulager, de consoler. Quand le troupeau souffre, le bon pasteur ne doit pas s’éloigner. Bientôt les Vandales assiégèrent la ville d'Hippone. Ce fut en cette circonstance que saint Augustin composa la belle oraison, qui commence par ces paroles : Ante oculos tuos, Domine, culpas nostras ferimus, que l’on trouve à la fin des Diurnaux, et que le cardinal Séripand, qui l’avait tirée d’un ancien manuscrit, distribua au Concile de Trente, où il était légat du Pape.
À la fin, consumé de tristesse, n’en pouvant plus, il dit aux évêques : « Mes frères et mes pères, prions ensemble afin que ces malheurs cessent, ou que Dieu me retire de ce monde ». Quelque temps après, il se mit au lit, pris d’une fièvre violente, causée par la douleur qui inondaiït son âme, et bientôt on vit avec effroi qu’il allait mourir. Ce cœur si tendre et si fort prit alors Ce je ne sais quoi de plus affectueux et de plus tendre encore. Il employa ses dernières forces à dicter, pour les évêques d’Afrique, une lettre admirable, où il les engageait à ne pas abandonner leurs peuples, à leur donner l'exemple de la résignation et de la patience, à souffrir et à mourir avec eux et pour eux. Ce fut son dernier écrit, et comme le chant du cygne; et il était
digne de ce grand cœur d’avoir, sur le bord de sa tombe, un tel cri d'amour.
Cependant le peuple d'Hippone apprend qu’Augustin va mourir. Aussitôt sa maison est assiégée. Les fidèles veulent voir une dernière fois leur évêque. Les malades se pressent autour de son lit. Les mères apportent leurs enfants pour qu’il les bénisse. Emu de ces témoignages d’affection, le mourant offrait à Dieu ses prières avec ses larmes. Un père lui ayant demandé d’imposer les mains sur la tête de son enfant et de le guérir : « Si j'avais le pouvoir de guérir », dit en souriant le doux vieillard,« je commencerais par moi-même.». Néanmoins, le père insistant, il mit sa main sur la tête de l’enfant, qui fut guéri.
Mais déjà Augustin ne tenait plus à la terre. Il échappait aux embrassements de son peuple. Emporté par l’amour de Dieu qui le consumait, et tout à la fois retenu par le souvenir de ses péchés, que quarante années d’expiation n’avaient pu lui faire oublier, il employait ses dernières heures à achever la purification de son âme. Il avait fait écrire sur de grandes bandes d’étoffe et placer contre la muraille les Psaumes de la pénitence, ef de son lit, dans les derniers jours de ses souffrances, il lisait ces versets avec d’abondantes et continuelles larmes. « Et afin », dit Possidius, « que nul ne l'interrompît dans cette suprême méditation, dix jours environ avant sa mort, il nous conjura de ne plus laisser entrer personne dans sa chambre, sinon à l’heure de la visite des médecins. On lui obéit religieusement, et ces dix derniers jours, ce grand homme les passa dans un silence absolu, seul avec Dieu, et dans un mélange singulier de repentir et d'amour ».
Enfin, l'heure dernière approchant, tous les évêques se réunirent une dernière fois autour de son lit ; et, parmi leurs embrassements et leurs soupirs, l’âme du saint vieillard s’envola dans le sein de Dieu, le 28 août 430. 11 y avait soixante-seize ans que Monique l’avait mis au monde, quarante-trois ans qu’elle l'avait converti par ses larmes, et quarante-deux qu’elle l’attendait dans le ciel.
« Saint Augustin ne fit point de testament », dit Possidius, « parce que, s'étant fait pauvre pour Jésus-Christ, il n'avait plus rien à donner » ; il laissa pourtant deux grands trésors à l'Eglise, les OEuvres qu’il avait composées et les Ordres qu’il avait institués. Dieu fit voir, par une protection singulière, combien ses livres lui devaient être chers : car les Vandales ariens ayant, environ un an après sa mort, pris et saccagé la ville d’Hippone, ne purent jamais mettre le feu à sa bibliothèque, quoique, n’ignorant pas combien il leur avait été contraire, ils fissent leurs efforts pour cela, parce que les anges, comme le rapporte Baronius, les empêchèrent de causer à l'Eglise cette perte qui aurait été irréparable. Pour les Ordres religieux qu'il a fondés, et qui se partagent en plus de soixante Congrégations différentes de l’un et l’autre sexe, on peut dire qu’ils sont des trésors immenses d’où PEglise a de tous temps tiré de puissants secours.
On le représente : 4° avec une église à la main, pour montrer que,par sa plume, il l’a beaucoup mieux défendue que l’on ne défend les villes avec l’épée ; 2° tenant un cœur enflammé à la main, avec plusieurs hérétiques effrayés et expirant à ses pieds. — Onle voit aussi représenté avec sainte Monique sur le bord de la mer. Saint Augustin est assis au premier plan. C’est un jeune homme d’une trentaine d'années. Sa figure est pâle, fine, un peu triste encore ; ses yeux sont noirs, profonds, et pleins du plus beau feu; sa bouche pensive est fermée. Des cheveux courts, taillés en rond autour de la tête, laissent voir un front large sur lequel tombe un rayon de lumière. De sa main gauche il presse les mains de sa mère.
CULTE ET RELIQUES. — SES ÉCRITS
Son corps fut enterré à Hippone, dans l’église Saint-Etienne, qu’il avait fait bâtir. En 498, les Vandales menaçant sa tombe, ses saintes reliques furent pieusement emportées en Sardaigne par des évêques d'Afrique exilés, et déposées à Cagliari, dans la basilique de Saint-Saturnin, et dans une urne ou sépulcre de marbre blanc encore subsistant. Deux siècles plus tard, ce précieux trésor tomba au pouvoir des Sarrasins avec l'ile de Sardaigne. Luitprand, roi des Lombards, le racheta et le fit transporter à Pavie le 5 des ides d'octobre 722 ; on le déposa dans le triple souterrain de la basilique de Saint-Pierre-du-Ciel-d'Or. La garde en fut confiée, jusqu’au pape Innocent III, aux disciples de Saint-Benoît. À cette époque ils furent remplacés par les Chanoïnes réguliers, auxquels furent adjoints, en 1326, les Ermites de Saint-Augustin. On visite avec admiration, dans cette église, l'Arche, monument en marbre, élevé par les Ermites de Saint-Augustin vers le milieu du XIVe siècle. La statue du Saint en habits pontificaux, couché et mort, la tête appuyée sur un oreiller, est la plus belle de l'Arche et même de l’époque. Les restes d'Augustin demeurèrent ensevelis avec les plus insignes honneurs dans la basilique de Saint-Pierre-du-Ciel-d’Or, à Pavie, jusqu’en 4695, époque à laquelle ils furent découverts et de nouveau exposés à la vénération des fidèles. L'église de cette abbaye ayant été changée en hôpital, on transporta dans la cathédrale la châsse précieuse qui renfermait ses ossements. L’authenticité de ces reliques fut confirmée par Benoît XIII en 4728. Les reliques et le monument de sant Augustin, gardés jadis par les Chanoines réguliers que l’empereur Joseph Il supprima en 17181, et par les Augustins que les révolutionnaires d'Italie abolirent en 1799, furent transportés de l’église Saint-Pierre, dans la cathédrale, où on les vénère encore. Ce monument est placé dans une chapelle latérale, du côté de l’épitre. Le devant est en forme d’autel, et l'on y célèbre la messe.
Le pape Grégoire XVI ayant, en 1837, érigé un siége épiscopal à Alger, le premier évêque, Mgr Dupuch, voulut obtenir pour son diocèse des reliques de saint Augustin. Il adressa à l’évêque de Pavie une demande qui fut favorablement accueillie. Une portion notable des ossements du saint Docteur fut remise à Mgr Dupuch, qui, chargé de ce précieux dépôt, se rendit à Toulon pour retourner en Algérie. Là, il s’'embarqua avec Mgr Donnet, archevêque de Bordeaux, et NN. SS. les évêques de Châlons, de Marseille, de Digne, de Valence et de Nevers, le 25 octobre 1842, et les saintes reliques furent portées solennellement de l’ancienne cathédrale de Toulon au vaisseau. Après une heureuse navigation qui dura trois jours, le vaisseau entra dans la rade de Bône, où il y eut un pffice solennel. Le dimanche 30 octobre, les mêmes prélats transférèrent les reliques dans le lieu où fut jadis Hippone, et les déposèrent dans un monument élevé à la mémoire du saint Docteur et orné de sa statue.
On ne rapporte point que saint Augustin ait fait d’autres miracles durant sa vie que d’avoir délivré des énergumènes par la force de ses prières et de ses larmes, et d’avoir rendu la santé à un malade par l'imposition de ses mains ; mais on en raconte un assez grand nombre qui ont été faits à son tombeau, et que l’on peut voir dans sa vie, composée par le R. P. Simplicien de Saint- Martin, religieux de son Ordre. On y trouvera une chose prodigieuse touchant le cœur de saint Augustin. Cet auteur, fondé sur la foi des autres historiens de son Institut, écrit que saint Sigisbert, évèque en Allemagne, demandant à Dieu avec ferveur qu'il lui plût de lui donner quelque relique de ce grand Docteur, auquel il portait une singulière dévotion, l’ange gardien du même Saint {ui apparut et, lui présentant un vase de cristal, où il ÿ avait un cœur, il lui dit ces paroles: « Après la mort du bienheureux Augustin, évèque d’Hippone, j'ai pris son cœur par le commandement de Dieu et l'ai préservé de corruption jusqu'a maintenant ; voici que je vous l’apporte, afin que vous lui rendiez la vénération qui lui est due ». Sigisbert, ravi d’avoir reçu du ciel un si riche trésor, assembla le peuple pour en rendre à Dieu des actions de grâces solennelles, et par une merveille aussi surprenante que glorieuse à l'amour dont cet homme de feu avait brûlé durant sa vie mortelle, à ces paroles du Te Deum : Sanctus, Sanctus, Sanctus, son cœur commença à se remuer, comme s'il eût été encore animé des flammes de la charité et du grand zèle qu'il avait fait paraitre pour la gloire de la très-sainte Trinité. Ce qui est encore plus admirable, c’est que ce même prodige se renouvelait tous les ans à la vue de tout le monde, au jour de la Sainte-Trinité, lorsque ce précieux cœur étant mis sur l'autel, on y chantait la grand’messe ; c’est peut-Ôtre un des motifs pour lesquels les Papes ont permis aux religieux de son Ordre de chanter, au jour de sa fête, la préface de la Sainte-Trinité. On dit encore que pas un hérétique ne pouvait entrer impunément dans l'église pendant que son cœur y était exposé. On avait coutume de faire toucher à ce saint cœur, d’autres petits cœurs que l’on gardait comme des reliques : l'illustre Augustin de Jésus à Castro, primat des Indes, nous en a fourni une preuve authentique, lorsque, par commission de Grégoire XI, visitant le monastère de Munich, en Bavière, il trouva, parmi les saintes reliques, une petite châsse d'argent, dans laquelle était un cœur de fer entouré d’un cercle d’or avec cette inscription sur un parchemin : Cor admotum.vero cordi sancti Augustini ; ferreum æropter nimiam ejus constantiam et aureum propter inflammatam ejus charitalem : « Cœur
qui a été appliqué sur le vrai cœur de saint Augustin; il est de fer pour montrer sa grande constance ; il est entouré d’or pour signifier les ardeurs de sa charité ».
Le tome 1er des Œuvres du saint Docteur, de l'édition des Bénédictins, contient les ouvrages qu'il écrivit dans sa jeunesse et avant qu'il fût prêtre : 10 Les deux Livres de Rétractations; 20 les treize Livres de ses Confessions; 30 les trois Livres contre les Académuciens, en 386; 40 le Livre de la Vie bienheureuse, la même année ; 50 les deux Livres de l'Ordre, la mème année ; 60 les SoXloques, ainsi appelés parce que saint Augustin s’y entretient avec son âme, furent écrits en 387. — On trouve dans l’Appendice, au tome vi des Œuvres de saint Augustin, un autre livre de SoXloques, qui est supposé, ainsi que le livre des Méditations. Ces deux ouvrages sont modernes, et tirés des vrais Soliloques et des Confessions du saint Docteur, des écrits de saint Victor, etc. On en doit dire autant du Manuel; c'est un recueil de pensées de saint Augustin, de saint Anselme, etc.; 10 le Livre de l’Immortalité de l’Ame est de l’année 388; c’est un supplément aux Soliloques. Le Saint le composa à Milan, peu de temps après son Baptèême ; 80 de la Quantité ou de la Grandeur de l'Ame, vers le commencement de l’année 388 ; 9o six Livres de la Musique, achevés en 389 ; 40v le Zivre du Maitre, composé vers le même temps; 410 les érois Livres du Libre Arbitre, commencés en 388, et achevés en 395 ; 4120 les deux Livres de la Genèse contre les Manichéens, vers l'an 389 ; 430 les deux Livres des Mœurs de l'Eglise catholique et des Manichéens, vers 388 ; 140 le Livre de la vraie Religion, écrit vers l’an 390 ; 450 la Règle aux Serviteurs de Dieu; 160 le Livre de la Grammaire, les Principes de la Dialectique, les dix Catégories, les Principes de la Rhétorique, le Fragment de la règle donnée aux Clercs,la seconde Règle, le Livre de la Vie érémitique, sont des ouvrages supposés.
Le tome r1e contient les lettres du saint Docteur, qui sont au nombre de deux cent soixantedix, et rangées selon l’ordre chronologique. Il y en a un grand nombre qui sont de véritables traités. — L’Appendice au tome 11 contient : 40 seize Lettres de saint Augustin à Boniface, et de Boniface à saint Augustin, qui toutes sont supposées ; la Lettre de Pélage à Démétriade; 39 où doit aussi regarder comme supposées les lettres de saint Cyrille de Jérusalem à saint Augustin, ef de saint Augustin à saint Cyrille, sur les Louanges de saint Jérôme, ainsi que la Dispute du saint évêque d'Hippone avec Pascentius.
Le tome 11e est divisé en deux parties, dont la première contient : 40 Les quatre Livres de ‘la Doctrine chrétienne, commencés vers l’an 397, et achevés en 426 ; le Livre imparfait sur la Genèse expliquée selon la lettre, en 393 ; 3° les douze Livres sur la Genèse expliquée selon la éettre, commencés en 401, et achevés en 415 ; 4° les sept Livres des Locutions, ou façons de parler, sur les sept premiers Livres de l'Ecrilure, vers l'an 419 ; 50 les sept Livres des Questions sur l'Heptateuque, en 419 ; 60 les Notes sur Job, vers l’an 400; T° le Airoër, tiré de l'Ecriture, vers l’an 427.
L’Appendice de la première partie du tome xxx contient : 40 érois Livres des Merveilles de lEcriture ; 20 l'Opuscule des Bénédictions du patriarche Jacob ; 3° des Questions de l'Ancien et du Nouveau Testament ; 4° un Commentaire sur l’'Apocalypse : ces quatre ouvrages sont supposés.— On trouve dans la seconde partie de l'Appendice du même tome : 40 les quatre Livres de l'Accord des Evangélistes, vers l'an 400. Le but de l’auteur est de montrer qu’il n’y a rien dans les quatre Evangélistes qui ne s'accorde ; 20 les deux Livres du Sermon sur la Montagne ; 30 les deux Livres de Questions sur les Evangiles, vers l'an 400 ; 40 le Livre des dix-sept Questions sur saint Matthieu. Plusieurs savants doutent que cet ouvrage soit de saint Augustin ; 50 les cent vingt-quatre Tratfés sur saint Jean, vers l'an 416; 60 les dix Traités sur l’Epitre de saint Jean, vers la même année; 70 l'Explication de quelques endroits de l'Epître aux Romains, vers l’an 394; 80 le commencement de l’£xplication de l'Epitre aux Romains, vers la même année ; 90 l’Explication de l'Epitre aux Galales, vers la même année.
Le tome 1v® contient les Explications sur les Psaumes, en forme de discours, lesquelles furent achevées en 415.
Le tome ve contient les sermons de saint Augustin, divisés en cinq classes : 40 les Sermons sur divers endroits de l'Ancien et du Nouveau Testament, au nombre de cent quatre-vingt-trois ; 20 quatre-vingt-huit Sermons du Temps, qui sont sur les grandes fêtes de l’année ; 30 soixanteneuf Sermons des Saints ou sur les fêtes des Saints ; 40 vingt-trois Sermons sur divers sujets ; So trente-un Sermons qu'on doute être de saint Augustin. — Les sermons attribués à saint Augustin, et contenus dans l’Appendice, sont au nombre de trois cent dix-sept, et divisés en quatre classes. Ils portent les mêmes titres que les précédents. On restitue à saint Césaire d'Arles, à saint Ambroise, à saint Maxime, elc., quelques sermons qui avaient été jusque-là attribués à saint Augustin.
Le tome vie renferme les ouvrages dogmatiques du saint Docteur sur divers points de morale et de discipline : 4° les quatre-vingt-trois Questions, en 388. Saint Augustin y répond à plusieurs difficultés sur différents sujets ; 20 les deux Livres de diverses questions à Simplicien ; 39 le Livre des huit questions à Dulcitius, en 422 ou 425. C'est une réponse à des difficultés qui avaient él proposées au Saint, en 421, par Dulcitius, tribun en Afrique ; 40 le Livre de la
Croyance des choses qu'on ne voit pas, en 399 ; 50 le Livre de la Foi et du Symbole, en 393; 6° le Livre de la Foi et des Œuvres, en 413 ; 10 l'Enchiridion à Laurent, ou le Livre de la Foi, de l'Espérance et de la Charité, vers l'an 421; 80 le Livre du Combat chrétien, vers l'an 396 ; 90 le Livre de la Manière d’instruire les ignorants, vers l'an 400 ; 100 le Zevre de la Continence, vers l’an 395 ; 410 le Livre du bien du Mariage, vers l'an 401 ; 120 le Livre de la sainte Virginité, vers la même année ; 130 de l’Avantage de la Viduité, vers l'an 414 ; 440 des: Mariages adultères, vers l'an 419 ; 150 le Livre du Mensonge, vers l’an 425 ; 160 le Livre contre le Mensonge, à Consentius, vers l’an 420 ; 170 de l'Ouvrage des Moines, vers l'an 400; 48e le. Livre des Prédictions des Démons, vers les années 406, 411 ; 190 le Livre du Soin pour les Morts, vers l'an 421 ; 200 le Livre de la Patience, vers l’an 428 ; 219 du Symbole aux Catéchumènes ; 220 trois autres Sermons sur le Symbole, que les derniers éditeurs de saint Augustin doutent ètre de ce saint Docteur; 230 le Discours de la Discipline chrétienne, où il est prouvé que toute la loi se réduit à l’amour de Dieu et du prochain ; 240 le Sermon du nouveau Candique aux Catéchumènes, qu'on doute être de saint Augustin ; 25° les Discours de la quaérième férie ne passent pas non plus pour authentiques ; 26° on en doit dire autant des Discours sur le Déluge, et sur la Persécution des Barbares ; 21° le Discours de l'utilité du Jeüne; le litre en explique sufisamment le sujet; 28° le Discours de la ruine de Rome.
On trouve dans l’appendice, au tome vie, un grand nombre d'ouvrages supposés de saint Augustin : 40 le Livre des vingt et une Sentences ou Questions. C’est une mauvaise rapsodie de différents endroits des ouvrages de saint Augustin; 20 le Livre des soixante-cinq Questions, ouvrage fait à peu près dans le même goût que le précédent, mais avec plus de méthode ; 3° le Livre de la Foi à Pierre. Il est de saint Fulgence ; 40 le Livre de l'Esprit et de l’'Ame, que l'on croit être d’Alcher, moine de Clairvaux. C’est un recueil de passages de différents Pères de l'Eglise; 50 le Livre de l’Amitié, qui est un abrégé du traité sur la même matière, par Aëlred, abbé de Rieval, en Angleterre , 60 le Livre de la Substance de l'Amour, que l’on attribue communément à Hugues de Saint-Victor ; 1° le Livre de l'Amour de Dieu, qui paraît être aussi du moine Alcher ; 8° les Soliloques, dont nous avons parlé ailleurs, ainsi que des Méditations et du Maauel; 96 le Livre de la Contrilion du cœur, tiré en grande partie de saint Anselme ; 40% le Miroir, qui parait être d’Alcuin ; 410 le Miroir du Pécheur, tiré de saint Odon, abbé de Cluny, et surtout de Hugues de Saint-Victor ; 12° le Livre des trois Habitations : savoir, du royaume de Dieu, du monde et de l'enfer ; 430 l’'Echelle du Paradis, qui est de Guignes le Chartreux ; 440 le Eivre de la Connaissance de la vraie Vie, qui a pour auteur Honorius d’Autun ; 45° le Livre de la Vie chrétienne, ouvrage d’un Anglais nommé Fastidius ; 46° le Livre de l’'Exhortation ou des Enseignements salutaires, a pour auteur Paulin, patriarche d’Aquilée; 470 le Livre des douze Abus du siècle, cité par Jonas d'Orléans ; 180 le Traité des sept Vices, et des sept Dons du Saint-Esprit, qui est de Hugues de Saint-Victor. Il a été supprimé dans la nouvelle édition de saint Augustin ; 490 le Livre du Combat des Vices et des Vertus, que les Bénédictins donnentà Ambroise Autpert, moine de Saint-Benoît sur le Vulturne, près de Bénévent ; 200 le Livre de la Sobriété et de la Chasteté ; 219 le Livre de la vraie et de la fausse Pénitence ; 22° le Livre de l’Antechrist, attribué à Alcuin; 230 le Psautier, qu'on dit que saint Augustin composa pour sa mère. C’est une prière tirée des psaumes ; 240 l'explication du cantique Magnificat n’est qu'un mauvais extrait de celle de Hugues de Saint-Victor ; 25° le Livre de l'Assomption de la Vierge Marie, qui paraît être d’un auteur du xxre siècle ; 260 le Livre de la Visite des Infirmes, qui n’est pas fort ancien; 270 les deux Discours de la Consolation des Morts, qui sont peut-être tirés de saint Jean Chrysostome ; 28v le Traité de la Rectitude de la Conduite catholique, tiré en grande partie des sermons de saint Césaire d'Arles ; 290 le Discours sur le Symbole, qui est un tissu de passages de Rufin, de saint Grégoire, de saint Césaire, ete. — Suivent plusieurs autres petits traités qui méritent peu d'attention, parce qu’ils n’ont rien de remarquable.
Le tome vire contient les vingt-deux Livres de la Cité de Dieu. — Cet ouvrage fut commencé en 413 et achevé en 426.
On trouve dans l’appendice, au vire tome, les pièces qui ont rapport à la découverte des reliques de saint Elienne : 1° la Lettre d'Avit, prêtre espagnol, à Balcone, évèque de Braga, en Portugal, touchant les reliques du saint Martyr. Avit joignit à cette lettre une traduction latine de la relation que Lucien avait donnée de la découverte de ce précieux trésor; 20 la Relation de la découverte du corps de saint Etienne, faite par Lucien. Ce Lucien était prêtre de Jérusalem, et curé d'un lieu appelé Caphargamala, où reposaient les reliques du saint Martyr; 30 la Lettre d’Anastase le Bibliothécaire, à Landuléus, évêque de Capoue, où il lui marque qu'il avait traduit en latin l’histoire de la translation des reliques de saint Etienne, de Jérusalem à Constantinople. Cette pièce est supposée ; 40 Lettre de Sévère, évèque de l'ile de Minorque, à toute l'Eglise, sur les miracles qui s’opérèrent dans cette île, par les reliques de saint Etienne. Elle fut écrite en 418, et l’on ne doute point qu’elle ne soit authentique; 5° les deux Livres des Miracles de saint Etienne, que l’on attribue à Evodius, évêque d'Uzale.
Le tome virre renferme les écrits polémiques du saint Docteur : 49 le Traité des Hérésies, adressé à Quodvultdeus, diacre de Carthage ; 20 le Traité contre les Juifs. Cet ouvrage est quelquefois intitulé : Discours sur l'Incarnation du Seigneur ; 3° de l'Utilité de la Foi, en 391;
40 le Livre des deux Ames, la mème année ; 50 les Actes contre Fortunat le Manichéen, en 392 ; 6° le Livre contre Adimante, en 394; T0 le Livre contre l'Epilre du fondement, vers l'an 397; 80 les Disputes contre Fauste le Manichéen, divisées en trente-trois livres, vers l’an 400 ; 90 les deux Livres des Actes avec Félix le Manichéen, en 404 ; 100 le Livre de la nature du bien contre les Manichéens ; 11° le Livre contre la Lettre de Secondin le Manichéen, vers Jan 405 ; 420 les deux Livres contre l’'Adversaire de la Loi et des Prophètes, en 420 ; 130 le Livre contre les Priscillianistes et les Origénistes, vers l'an 415 ; 440 le Livre contre le Discours des Ariens, vers l’an 418; 150 la Conférence avec Maximin, évêque arien, et les trois livres contre le même hérétique, furent écrits en 428; 460 les quinze Livres de la Trinité, furent commencés en 400 et achevés en 416. — Les ouvrages supposés, contenus dans l’appendice, sont : 40 le Traité contre les cinq Hérésies ; 20 le Livre du Symbole, contre les Juifs, les païens et les Ariens; 30 le Livre de la Dispute de l'Eglise et de la Synagogue, qui est d’un jurisconsulle; 40 le Livre de la Foi contre les Manichéens, attribué dans les manuscrits à Evode d'Uzale;, 5° l'Avertissement sur la manière de recevoir les Manichéens; 6° le Livre de la Trinité contre Félicien, qui est de Vigile de Tapse; 7° les Questions de la Trinité et de la Genèse, tirées d’Alcuin; 8° les deux Livres de l’Incarnation du Verbe à Januarius, tirés de la version latine des Principes d’Origène, par Rufin; 90 le Livre de la Trinité et de l'Unité de Dieu; 109 le Livre de l’Essence de la Divinité, à Optat; 120 le Livre des Dogmes ecclésiastiques, qu'on sait être de Gennade de Marseille.
Le tome 1xe renferme les ouvrages polémiques contre les Donatistes, dont voici l’ordre : 40 le Psaume abécédaire contre les Donatistes, vers la fin de l’année 393; 20 les trois Livres contre la Lettre de Parménien, vers l’an 400 ; 30 les sept Livres du Baptéme contre les Donatistes, vers le même temps; 4° les rois Livres contre Pétilien, vers l'an 400 ; 5° l’Epitre aux Catholiques contre les Donatistes ou le Traité de l'Unité de l'Eglise, en 402 ; 60 les quatre Livres contre le donatiste Cresconius, grammairien de profession, en 406; 70 le Livre de l'Unité du Baptéme, contre Pétilien et Constance, qui paraît avoir été écrit vers l’an 411 ; 80 l’Abrégé de la Conférence contre les Donatistes, en 412; 90 le Livre aux Donatistes après la Conférence de Carthage, en 413 ; 109 Discours au peuple de l'Eglise de Césarée, prononcé en présence d'Emérite, évêque du parti de Donat ; 110 Discours de ce qui s’est passé avec Emérite, donadiste, en 413, ou en 418 selon d’autres ; 120 les deux Livres contre Gaudence, donatiste, en 420. — On trouve dans l’appendice à ce tome : 40 le Livre contre Fulgence le Donatiste ; il est supposé ; 20 divers Documents relatifs à l'Histoire des Donatistes, et qui contribuent beaucoup à l'intelligence des ouvrages que saint Augustin a écrits contre ces hérétiques.
Le tome xe contient : 40 les éroës Livres des mérites et de la Rémission des péchés, ou dn Baptéme des enfants, en 412 ; 20 le Livre de l'Esprit et de la Lettre, en 413; 30 le Livre de da Nature et de la Grâce, en 415 ; 40 le Livre de la Perfection de la justice, vers l'an 415; 50 le Livre des Actes de Pélage, vers l’an 417; 60 les deux Livres de la Grâce de Jésus-Christ et du Péché originel, écrits en 418, après que les Pélagiens et leurs erreurs eurent été condamnés par plusieurs Conciles et par le pape Zozime ; T0 les deux Livres du Mariage et de la Concuw piscence, au comte Valère, en 419 ; 80 les quatre Livres de l’Ame et de son Origine, vers l’an 420 ; 90 les quatre Livres à Boniface contre les Pélagiens, vers l'an 420 ; 100 les six Livres contre Julien, vers l'an 423 ; 140 le Livre de la Grâce et du Libre Arbitre, en 426 ou 421; 420 le Livre de la Correction et de la Grâce, la même année ; 130 les Livres de la Prédestination des Saints et du Don de la Persévérance ; 149 l'Ouvrage imparfait contre Julien, vers l'an 428. — Les ouvrages supposés que renferme l’appendice de ce dixième tome, sont : 4° l’Hypomnesticon ou l'Hyponosticon, en six livres : c'est un abrégé des raisons propres à combattre le Pélagianisme, dont l’auteur est inconnu; 2e de la Prédestination et de la Grâce, livre qui paraît être de quelque semi-pélagien; 3e le Livre de la Prédestination de Dieu, qui est indigne de saint Augustin; 40 Réponse aux objections de Vincent ; elles sont de saint Prosper. — Viennent ensuite plusieurs pièces importantes concernant l’histoire du Pélagianisme.
Le tome xi° contient la vie de saint Augustin, une table générale de ses ouvrages, et une des matières renfermées dans chacun. Cette vie n’est guère qu’une traduction latine de celle que Tillemont avait faite en français, mais qui n’élait point encore imprimée. — L'édition des œuvres du saint Docteur, la plus exacte et la plus complète que nous ayons, est sans contredit celle des Bénédictins. Elle est en 41 vol. in-folio, dont les deux premiers parurent à Paris en 1679, et le dernier en 4700. — De 1839 à 1845, il a été fait à Paris trois éditions: par M. Mellier, sous la direction de M. l'abbé Caillau, en 43 vol. in-8°; par M. l'abbé Migne. en 16 vol. grand in-80 à deux colonnes; par MM. Gaume, en 22 livraisons, même format.
Nous nous sommes contenté de donner le titre de ces ouvrages, On en pourra voir des ana. lyses raisonnées, dans la Traduction française des OEuvres complètes de saint Augustin, 17 vol. grand in-80 jésus à deux colonnes, imprimerie des Célestins, à Bar-le-Duc.
Nous nous sommes servi, pour compléter le Père Giry, de l'Æistoire de saint Augustin, par M. Poujoulat; de l'Aistoire de ses reliques, par M. Bocard, chanoine honoraire d'Alger; et de l'Aisfoire de sainte Monique, par M. l'abbé Bougaud, vicaire général d'Orléans.
SAINT VIVIEN *, ÉVÈQUE DE SAINTES, CONFESSEUR 460. — Pape : Saint Léon le Grand, -- Roi de France : Childérie {r,
Amare proæimum in Deo, charitatem habere est : studere vero propter Deum amari, charitati servire est.
Aïmer le prochaïn en Dieu, c'est avoir la charité; s'appliquer à être aimé pour Dieu, c'est être esclare de la charité. Saint Bernard.
Vivien, nommé aussi Bibien et Bien, naquit à Saintes d’une famille distinguée. Quelques-uns le font descendre d’anciens rois du pays. On sait que les Romains reconnaissaient parfois, moyennant un tribut, de petits souverains dans certaines provinces. Le père de Vivien était un païen, et s’obstina dans ses erreurs malgré les beaux exemples de vertus chrétiennes que lui donnaient Maurella, son épouse, et son admirable fils. Aussi nos anciens hagiographes voient-ils une marque de juste réprobation dans l’éternel oubli auquel son nom demeure condamné.
Le père de Vivien plaça son fils à la cour, au milieu de toutes les séductions du monde, espérant lui faire perdre le goût de la vertu et de la piété chrétiennes. Quoi qu’il en soit, Maurella eut le bonheur de voir l’innocence et la foi de son fils échapper aux périls qui les menaçaient. Il avait seize ans quand elle confia son éducation à saint Ambroise, alors évêque de Saintes. Vivien fit, sous la direction de ce saint prélat, de rapides progrès dans les lettres sacrées et profanes. Cest alors que son père, cherchant à éblouir sa jeune âme par l’appât des honneurs et des dignités, lui obtint le titre et la charge de comte des Santons. Le jeune comte n’y vit que des devoirs à remplir, que des occasions de pratiquer la charité et de rendre à son pays d'importants services. Sous son gouvernement paternel et sa prudente administration, Saintes reprit un éclat nouveau, et brilla au premier rang entre les villes d'Aquitaine.
Mais cette charge queWVivien n’avaitacceptée que par crainte, etpourempécher son père de se porter aux derniers excès envers lui, il s’en débarrassa bientôt. Cédant à une soudaine inspiration, il renonce à tous les honneurs que le monde lui promet. Il fut bientôt ordonné lecteur par saint Ambroise, son évêque, qui se l’attacha, et le fit passer successivement par les ordres inférieurs dans le laps de temps exigé par les lois de l’Eglise, Enfin, parvenu à sa trente-troisième année, il fut élevé au sacerdoce.
Aussitôt après la mort de saint Ambroise, les suffrages des évêques de la province, du clergé, du sénat et du peuple, se portèrent unanimement sur Vivien pour l’élever sur le siége épiscopal. L’humilité du saint prêtre en fut alarmée, mais elle dut céder devant la volonté publique. Dans ces temps malheureux où la chute de l’empire romain et les incursions continuelles des barbares multipliaient les calamités, les évêques étaient d'ordinaire les seuls défenseurs des opprimés, le seul soutien des faibles. Leur maison était l'asile des proscrits et des fugitifs, leur inépuisable charité l’unique ressource