CHAPITRE PREMIER
DE L'ORIGINE DES CANONISATIONS, OU DES HONNEURS DÉFÉRÉS DANS L'ÉGLISE PRIMITIVE AUX SAINTS MARTYRS, ET DEPUIS AUX SAINTS CONFESSEURS.
Dans les jours de persécution, les combats des Martyrs fournissaient aux chrétiens des spectacles de religion. Ils accouraient en foule, pour être les témoins de ces victoires. Ils recueillaient les restes vénérables de ces victimes, avec une avidité qui les décelait quelquefois aux tyrans. On s’assemblait dans la suite autour de ces dépôts sacrés, pour célébrer le jour
de leur triomphe. On y lisait l’histoire de leur confession et de leurs souffrances. Les actes qu’on en avait dressés entretenaient un commerce d’édification entre les Eglises éloignées. Les monuments les plus authentiques et les plus vénérables par leur antiquité nous instruisent de ce détail. On le trouve tout entier dans la lettre des fidèles de Smyrne aux Philadelphiens, sur la mort de saint Polycarpe, leur évêque, disciple de saint Jean l'Evangéliste. « Les Juifs », disent-ils, après le récit de sa détention et de sa mort, « suggérèrent à Nicétas de prier le proconsul qu’on ne donnât point de sépulture à Polycarpe, de peur que les chrétiens ne quittassent le Crucifié pour honorer le corps du bienheureux martyr. Ils ne savaient pas que nous ne pouvons jamais quitter Jésus-Christ, qui a souffert pour le salut de tous ceux qui se sauvent par tout le monde, ni en honorer un autre en sa place ; car nous l’adorons parce qu’il est le Fils de Dieu. Mais nous regardons les martyrs comme ses disciples et ses imitateurs, et nous les Aonorons avec justice, à cause de leur affection invincible pour leur maître et leur roi... Pour nous », ajoutent-ils, quand ils ont raconté comment on brûla le corps. de saint Polycarpe, « nous retirâmes ses os plus précieux que des pierreries, et nous les mîmes en un lieu convenable, où, avec la grâce du Seigneur, nous espérons pouvoir nous assembler pour célébrer avec joie /a fête de son martyre... » On croyait donc déjà, dans les plus beaux jours de l'Eglise naissante, qu’on devait honorer les Saints : on conservait donc alors leurs reliques comme des trésors ; on s’assemblait donc déjà pour célébrer des fêtes le jour de leur mort. Tout ce qui nous reste de monuments des trois premiers siècles atteste ce culte des saints
martyrs.
Le nom de Confesseur se donnait alors aux chrétiens, quand ils avaient fait une profession publique de la foi devant les persécuteurs. C’étaient des
soldats de Jésus-Christ, éprouvés par les supplices, à qui souvent il ne
manquait que le dernier coup de la mort. On a étendu ce titre, depuis la paix de l'Eglise, aux fidèles qui s’endorment dans le baiser du Seigneur, après une vie passée dans la persévérance de toute justice, ou l’exercice d'une pénitence laborieuse. Ces saints confesseurs sont entrés plus tard en partage des honneurs que la religion accorde à ses héros. Saint Martin de Tours paraît en avoir joui le premier, du moins en Occident. On peut rapporter au commencement du v* siècle l’établissement de sa fête. Elle était ancienne dans son Eglise quand on y célébra le premier concile, l’an 4614. « Cet illustre pontife ne donna point son sang pour la foi », dit Sulpice- Sévère, « mais il ne lui manqua rien que l’occasion de le répandre. Il eut toutes les vertus, et par conséquent il mérita toute la gloire des martyrs ». C’est sur le même principe que l’Eglise entière s’est appuyée pour faire honorer la mémoire de ses enfants les plus illustres, lorsque Dieu luimême a pris plaisir à les glorifier dans le monde par des miracles éclatants.