LATE D
quelquefois à la fleur de l’âge, qu’il faut chercher le vrai mépris du monde, de la fortune et des plaisirs ; sagesse mieux affermie, moins fastueuse et plus inébranlable que celle du Portique.
Cette vertu qui rend l’homme semblable aux intelligences les plus pures, et le rapproche de la divinité, ne fut qu’un fantôme dans l’école de Platon. C’est une réalité dans celle de Jésus-Christ. Ouvrez les Annales de l'Eglise. C’est dans l’âge le plus tendre, dans le sexe le plus délicat, dans les conditions les plus humbles, comme dans les états les plus augustes, que vous trouverez cette élévation de sentiments qui distingue les grandes âmes et qui fait l’honneur de l'humanité. Souvent tous les caractères d’héroïsme, dont il ne fallait qu’un seul trait pour immortaliser dans le monde, se trouvent réunis dans un de nos chrétiens illustrés et portés tous ensemble à ce degré d'excellence que les plus sages du paganisme ne surent pas même imaginer.
Cette grandeur des Saints inspire un respect profond pour la religion de Jésus-Christ, et ces exemples si frappants sont bien propres à ranimer la ferveur éteinte et à confondre la lâcheté des chrétiens pusillanimes. C'est ce que veut l’Eglise, quand elle nous étale avec pompe les conquêtes de ses apôtres, les victoires de ses martyrs, le zèle de ses pasteurs, le courage de ses vierges et la mortification de ses solitaires. C’est le même esprit qui l’anime dans les fêtes qu’elle célèbre à leur gloire. Ce tribut légitime qu’elle nous fait payer à leurs vertus, est tout à la fois, et pour eux un hommage auquel ils sont sensibles, et pour nous une leçon à laquelle il est difficile de résister.
Une vertu médiocre n’entrera donc jamais en partage des honneurs du culte public. On peut avec une charité véritable, mais peu éclatante, couler des jours paisibles dans les délices de l’innocence ; mais ce n’est pas assez pour devenir l’objet de la vénération commune. Cet état de médiocrité ne rend point un chrétien étranger pour le royaume des cieux ; mais il ne lui mérite point une plate distinguée dans l’histoire du christianisme. Semblables à des citoyens ou à des guerriers obscurs, qui ne rendent à la patrie que des services ordinaires et qui, n’ayant aucun droit à l'immortalité, reçoivent pendant leur vie toute la récompense de leurs travaux ; les justes qui meurent ainsi sans éclat dans le baiser du Seigneur, jouissent dans le ciel de ses miséricordes ineffables ; mais leur mémoire s'éteint sur la terre, et ils tombent bientôt dans l'oubli. Le tableau d’une perfection commune grossirait sans fruit les ouvrages des écrivains ecclésiastiques; peu capable de réveiller notre ferveur, il n’exciterait en nous aucune émulation. 1] faut à la tiédeur des traits qui l’étonnent, qui la ravissent, qui la confondent. C’est à la vue de ces grands modèles, qu’on est pénétré d’une sainte ardeur et d’une honte salutaire. L'Eglise attend ces fruits de tous ceux qu’elle propose à notre vénération.
Cet héroïsme qui caractérise les Saints, plus facile à sentir qu’à décrire, est comme l’empreinte générale que doivent porter toutes les vertus de ceux qu'on canonise. C’est lui qui donne à leurs mérites le poids qu'on ne saurait assez apprécier. Des obstacles puissants à surmonter, des ennemis redoutables à vaincre, des violences continuelles à se faire à soimême : voilà l’objet du courage des Saints. Des entreprises vastes, des des-
seins importants, des travaux rudes et constants : voilà celui de leur zèle. ;
Des sacrifices amers à la nature, des épreuves rigoureuses, de longs supplices : voilà la matière de leur pénitence. Un goût sensible pour la prière,
des effusions fréquentes d’un cœur embrasé d'amour, des transports d’une
âme affamée de la justice, des efforts soutenus pour atteindre au comble de la perfection chrétienne : voilà l'exercice continue] de leur piété. Une vie passée d’abord dans le déréglement, dans l’hérésie, dans l’irréligion, mais consacrée dans la suite aux bonnes œuvres, à la retraite, à la :mortification et à ces pieux excès qu’inspire la crainte des jugements éternels ou le regret amer d’avoir offensé la bonté suprême, loin d’être une tache ineffaçable qui rende ces saints pénitents indignes de nos hommages, est au contraire un exemple plus efficace pour les pécheurs. La componction a souvent fait de vrais héros ; mais il faut que leur retour dans la voie des préceptes évangéliques porte ce caractère sublime, pour qu’il couvre . aux yeux des hommes la multitude de leurs iniquités et qu’il change en vénération l'horreur qu’inspirent leurs crimes.
D’après ces principes, l'Eglise romaine veut qu’on justifie l’excellence héroïque des vertus pratiquées par ceux qu'on lui propose pour être inscrits dans les diptyques sacrés. Ce n’est pas assez pour elle qu’on lui montre quelques œuvres éclatantes ou certaines vertus portées même à la plus haute perfection. La sainteté doit être entière ; et pour imposer silence à la cause, il ne faudrait qu’un seul vice capable d’en ternir l'intégrité.
L'esprit de la religion ne souffre point de mélange ni de vicissitudes. Il doit percer partout dans les Saints, et bannir jusqu'à l’ombre de l’imperfection, autant que le permet la fragilité de la nature. Le mérite d’un héros du christianisme doit donc être pur et sans tache. C’est là son caractère. Il doit être inaltérable, et persévérer, avec des progrès sensibles, jusqu’à son dernier soupir. C'est le second trait qui le fait reconnaître, Cette constance, portée jusqu’au tombeau, fait aussi un des principaux objets de l’attention des juges dans la discussion des vertus. Nous allons détailler toutes les perfections dont on exige la preuve, et toutes les pré. cautions qu’on emploie pour s’en assurer. Nous ne craignons point de dire que l’impiété même ne peut refuser son suffrage à la sagesse qui dirige cet examen, ni son respect à la sainteté qui sort victorieuse de ces épreuves,