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DES MIRACLES EN GÉNÉRAL

Les lois de la nature sont l’ouvrage de la Divinité. L'ensemble des créatures et la dépendance, ou l’empire mutuel des parties du monde, liées entre elles par des rapports visibles et nécessaires, élèvent notre esprit jusqu’à la connaissance du premier Etre.

L'intelligence humaine admire le spectacle magnifique de l'univers. Elle conçoit une partie de la sagesse qui l’anime, et le ravissement dont elle est pénétrée à cette vue, développe et grave en nous l’idée du Créateur. Get Etre suprême est inaccessible aux mortels en sa propre essence, Mais il est visible aux yeux de notre âme, dans les merveilles qui nous frappent, parce qu’on ne peut méconnaître sans folie l'harmonie générale, et qu’on ne peut l’apercevoir sans remonter à sa source, et sans avouer que c’est un esprit éternel, immense, incompréhensible, qui en est l’auteur, Il ne faut aussi qu’un coup d'œil rapide sur les objets qui nous environnent, pour y reconnaître des règles constantes et des bornes qui semblent être posées par la main du Tout-Puissant. L'expérience mille fois répétée … des mouvements qui se succèdent en si grand nombre, observant toujours dans leurs variétés mêmes l’uniformité la plus marquée, nous montre avec évidence l’enchaînement des causes et des effets.

A la vue de cette marche inaltérable, qui se découvre si facilement, l’homme observateur ose poser des principes, prévoir la suite des événe- . ments, et commander en quelque sorte le résultat des circonstances ; et les êtres de toute espèce paraissent empressés à suivre, avec la fidélité la plus inviolable, la route qu’il leur a tracée. C’est par ces traits de constance et de régularité qu’on distingue les lois nécessaires de la nature. Il est vrai que la plupart nous échappent, parce que nos regards passent rarement la superficie des objets, et qu’ils ne s'étendent jamais au-delà d’un cercle étroit, qui n’est peut-être qu’un point dans la vaste étendue de l’univers. Mais cette ignorance n’ôte rien de leur certitude aux lois qui paraissent à

portée de la raison et de nos sens. Un flambeau n’en éclaire pas moins nos yeux, quoiqu'il brille dans un espace resserré.

Ce serait donc le comble de l’absurdité, de révoquer en doute les règles les plus sûres, parce qu’il plaît à la Providence de nous cacher les autres. Que mille ressorts secrets agissent de concert pour opérer toutes les révolutions, ou qu’un seul principe, aussi fécond en lui-même qu’il est caché pour nous, donne l’origine à tous les mouvements divers, et la naïssance aux productions qui décorent tour à tour la scène du monde; il n’en est pas moins vrai que dans l’ordre des temps et des phénomènes, les hommes de tous les siècles ont vu, comme nous, les mêmes effets être amenés par les mêmes causes, et les mêmes circonstances annoncer les mêmes changements.

De là naît invinciblement dans tous les esprits l’idée de la nature et de ses lois. C’est une connaissance qu’on ne peut attaquer sans renverser tous les fondements de la certitude, sans disputer à la raison tout son empire, sans priver absolument l’homme de toute son intelligence, et sans le réduire au seul instinct comme les bêtes.

L'ordre dans lequel nous connaissons ces règles uniformes, n’est peutêtre que la suite de notre expérience et le précis de nos observations. Mais elles ne sont pas moins dans leur fondement et dans la vérité de leur existence, les fruits de la science éternelle qui les dispose ; et c’est principalement par ces traits que Dieu se manifeste aux mortels.

Le Créateur est donc, au jugement de la raison, le seul maître de la nature. C’est lui qui fait toute sa force et qui marque à son gré les limites de cet empire. Mais l’ordre général qu'il a réglé par sa puissance, dès le commencement du monde, il peut à son gré le suspendre ou le renverser, selon qu’il est écrit dans les décrets éternels de sa sagesse infinie. C'est un attribut de sa grandeur, et le domaine inaliénable de sa puissance. I est ridicule d’opposer l’immutabilité du premier Etre à ces coups de son autorité qui suspendent le cours des événements ordinaires, comme si la variété de ses ouvrages supposait nécessairement qu’il est capable de varier luimême. Ce serait une erreur plus grossière encore de soutenir avec Spinosa que la Divinité même n'aurait pas le pouvoir d’opérer des prodiges, parce qu’on aura voulu définir la nature, le cercle entier de tous les êtres et de toutes les formes qui se succèdent. Quand même on ferait grâce aux principes arbitraires d’un système fondé sur l’abus des idées abstraites et des mots consacrés pour les exprimer, il n’en résulterait jamais qu’un changement dans le langage. On sera toujours forcé par l’évidence à distinguer dans la suite des révolutions, celles qui présentent toujours un même enchaînement, de celles qui paraissent au contraire directement OPPOSÉE à toutes les expériences.

Ces faits, qu’on appelle merveilleux à cause de l’étonnement et de l’admiration qu'ils inspirent, sont en quelque sorte le langage extraordinaire de la Divinité, comme les lois constantes de la nature sont les voix éclatantes qui publient sans cesse sa gloire,

Cest principalement pour établir la religion chrétienne, que les miracles les plus authentiques et les plus inouïs ont été accumulés. Quel enchaînement de prodiges dans l'Egypte, dans le désert, dans la terre de Chanaan, pour briser les fers d'Israël, pour assurer le Testament de l’ancienne alliance, et pour fonder l’empire de ce peuple choisi par préférence à tous les autres, pour conserver le premier dépôt de la révélation! En vain l’impiété voudrait y méconnaître le doigt du Tout-Puissant. Le temps "

et le nombre, l’ordre et la dépendance, le merveilleux et la publicité des événements, confondent tous ses raisonnements.

Que l’incrédule aille à la source, qu’il connaisse tous ces miracles et qu'il les rassemble sous un même point de vue. S'il en avait été pendant quarante ans le spectateur et l’objet, et s’il avait éprouvé sans cesse, pendant un si long intervalle, tout ce que l’histoire sacrée nous atteste, n’avouerait-il pas que c’est Dieu qui a parlé? Oserait-il résister à sa volonté consignée dans le renversement de toute la nature? Qu'il se le demande à lui-même, et sa conscience lui répondra mieux que nous. L'’unique ressource qui paraîtrait lui rester serait d'attaquer l’authenticité des livres saints, et de la tradition qui nous les a conservés, ainsi que les monuments et les témoignages de tous les siècles, qui déposent unanimement en leur faveur. Mais les défenseurs de la religien ont repoussé mille fois avec succès les faibles efforts que l’esprit d’erreur n’a pas rougi de faire contre ces garants de la foi chrétienne.

L’Evangile de Jésus-Christ, préparé par tant de figures et prédit par tant de Prophètes, sous l'empire de la loi judaïque, s'annonce lui-même par des prodiges plus grands encore. Qu’on se mette à la place des Apôtres, depuis le premier moment de leur vocation jusqu’au dernier de leur vie, qu’on se rende propre tout ce qu’ils ont vu, tout ce qu'ils ont fait, tout ce qu'ils ont senti dans leur esprit et dans leur cœur, et qu’on décide si la Divinité ne s’est pas montrée par la profondeur de la sagesse et la plénitude de la puissance.

Ces miracles, qui sont en quelque sorte, à notre égard, les remparts de la révélation, sont aussi comme le modèle, et pour ainsi dire, la pierre de touche de tous les autres.

Dieu pouvait sans doute assurer le triomphe de la religion sans cet appareil imposant. Il n’avait qu'à le vouloir, et nous serions nés tous fidèles. Il permet au contraire que notre foi soit l’effet de notre choix pour être par là plus méritoire. C’est un don de son amour ; mais on est maître de le rejeter. Heureux ceux qui se livrent au doux penchant de la grâce! elle leur rend la foi si facile, que souvent ils n’ont aucun besoin de toutes ces preuves, que les docteurs font valoir avec tant d'avantage contre les ennemis de l'Eglise. Mais l'Eternel, qui multiplia les prodiges pour l’établissement de sa loi, les avait disposés dans les conseils de sa miséricorde et de sa justice pour attirer les regards des nations, pour confondre les ennemis de la révélation, pour consoler les fidèles, pour affermir les pusillanimes, et pour nous disposer à reconnaître dans tous les temps, à ces marques sensibles, ce qu’il voudra nous annoncer.

Les miracles sont donc l’expression de ses volontés particulières, les signes de sa colère et de sa tendresse, et le moyen le plus ordinaire dont il se sert pour venger sa gloire ou pour établir celle de ses serviteurs qu'il veut honorer à la face du monde entier.

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