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DES GRACES EXTRAORDINAIRES

Les miracles opérés après la mort des serviteurs de Dieu, sur leurs . tombeaux, avec leurs reliques ou par leur invocation, sont, au jugement de l'Eglise, une preuve complète de leur sainteté, quand on a trouvé à leur vertu ce degré d’élévation qui caractérise les héros de la religion. I] n’en est pas de même des prodiges qu’ils ont eux-mêmes opérés. pendant leur vie pour la confirmation de la foi. Ce don de miracles peut être confié, comme tous les autres, aux plus grands pécheurs ; et Jésus-Christ nous

avertit dans l'Evangile qu’il méconnaîtra devant le tribunal de son Pere, au grand jour des rétributions, plusieurs de ceux qu’il aura lui-même employés pour chasser les démons et guérir les malades en son nom. Ainsi, dans la rigueur, ces grâces extraordinaires (gratis datæ) ne sont point un indice assuré de la sainteté de ceux qui les possèdent, même dans le degré le plus éminent.

Il n’en est pas moins vrai, cependant, que dans le cours ordinaire des lois de la Providence, le juste est le plus souvent l’instrument dont Dieu se sert avec prédilection. Ce pouvoir est un ornement à la vertu, qui donne du relief à son héroïsme et qui nous inspire malgré nous le respect le plus profond. Aussi, dans la pratique de la Congrégation des Rites, après la discussion la plus sévère des perfections chrétiennes, quand on a reconnu dans les serviteurs de Dieu proposés pour les honneurs de la béatification, ces mérites accomplis qui font les Saints, on se prête sans peine à l’examen des grâces extraordinaires qui les ont fait admirer sur la terre.

On en distingue de plusieurs espèces, et l’on doit à chacune des attentions particulières, pour ne pas confondre des effets naturels avec les mouvements de l’Esprit de Dieu.

La première loi fondamentale, commune à toutes ces grâces, c’est l’utilité que doivent en retirer la religion et les mœurs, puisque Dieu ne les accorde, suivant la doctrine de l'Apôtre, que pour l'édification de l'Eglise et la sanctification des élus. Tout autre motif rend suspectes les actions mêmes les plus merveilleuses. Mais aussi ces grâces, qui sont le don de science et de sagesse, de persuasion et de miracles, de prophétie et de discernement des esprits, de l’usage des langues et de leur intelligence, comme les extases, les ravissements, les visions, les apparitions et les révélations, que l’on peut ranger sur la même ligne, ont leurs règles et leurs caractères propres, établis d’après les principes de la raison et de la foi, qui confondent l’erreur et font reconnaître la vérité. Ainsi la science et la sagesse qui viennent du Saint-Esprit n’ont pour objet principal que le salut. Souvent, par exemple, on a vu des hommes sans lettres et sans éducation disserter des mystères augustes du christianisme avec tant de précision et de profondeur, que les docteurs consommés dans l’étude en étaient ravis d'admiration, et les adversaires les plus dangereux de l’Eglise couverts d’opprobre.

Une doctrine si pure et si lumineuse, puisée dans la contemplation des vérités sacrées, paraît évidemment la récompense et le fruit de la foi la plus vive. Ainsi les prédictions des Saints sont des oracles absolus et formels, sans équivoque, sans incertitude, confirmés par des événements bien constants, qu’ils ne pouvaient avoir appris ni de la raison, ni du témoignage des sens, ni par l’art des conjectures, ni par le rapport des autres hommes. Ainsi les extases et les ravissements ne sont pas des suites naturelles, ni des maladies, ni des remèdes, ni des tempéraments, ni des circonstances ; mais une prédilection singulière de l’esprit d'amour, qui se plaît à transporter une âme sainte, à l’élever pour quelques instants audessus de la nature humaine et à lui faire en quelque sorte éprouver un avant-goût des joies célestes.

Mais il serait immense de parcourir dans cet essai tous les traits qui caractérisent les vrais prodiges opérés par les Saints pendant les jours de leur exil sur la terre, ou par leur intercession après qu’ils ont reçu leur

récompense.

Ce détail, plein d'instruction et d'agrément dans l'ouvrage immortel VIES DES SAINTS. = TOME XVII. 6

que nous avons analysé, perdrait toute sa grâce entre nos mains. Nous avons cru trop difficile pour nous de le mettre au goût de nos lecteurs dans un simple extrait.

On peut donc se contenter de conclure comme nous, avec une entière certitude, que la doctrine qui sert de base aux jugements de la Congrégation des Rites, et qu’on trouve exposée, selon toute son étendue, dans les quatre livres du souverain Pontife, est le chef-d'œuvre de la raison éclairée par le véritable esprit de la religion.

C'est de ces deux sources réunies que découlent tous les principes qu’on érige en règles invariables après la plus mûre délibération, et qu’on applique dans la suite avec une exactitude qui n’a peut-être point d'exemple dans les tribunaux les plus révérés.

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