‹ Les petits BollandistesChapitre 5 sur 281 · TITI. — DES FRUITS DE LA LECTURE DE LA VIE DES SAINTS · texte numérisé non relu

TITI. — DES FRUITS DE LA LECTURE DE LA VIE DES SAINTS

Nous ne croyons pas qu’il soit besoin de preuves pour persuader aux fidèles que la lecture de la Vie des Saints est un puissant moyen pour avancer dans la pratique des vertus chrétiennes. Cette vérité est rendue si évidente par l'exemple d’un grand nombre de Saints et de Saintes qui ont été attirés à la piété par cette voie, et particulièrement de saint Prote et de saint Hyacinthe, martyrs, de saint Augustin, de sainte Marie l’Egyptienne, de saint Honorat, évêque d'Arles, de saint Elzéar, comte, de saint Ignace de Loyola; de saint Jean Colombini et de sainte Thérèse, qu’il n’est plus possible d’en douter. Nous nous arrêterons donc ici à marquer seulement quelques-uns des principaux fruits qu’on en peut recueillir, afin d'engager ceux qui sont zélés pour leur avancement spirituel à ne se jamais relâcher dans unes} sainte pratique.

Premièrement, on y découvre l’immensité de la charité divine, ét Aa tendresse de l’amour et de la bienveillance que Dieu a pour ses élus. C'est ce qui paraît admirablement dans la passion des Martyrs. Il est vrai qu'ils ‘avaient de terribles combats à soutenir; qu’on leur faisait souffrir des tourments extrêmes et inouïs, et que la durée de ces tourments était quelque: fois capable de lasser les plus courageux et de les jeter dans le désespoir: mais qui pourrait expliquer les prodiges que Dieu a faits en leur faveur et les marques visibles qu’il leur a données de sa protection ? Combien de fois le feu a-t-il perdu sa force pour ne les point endommager, même en un seul de leurs cheveux ? On les jetait dans des fournaises ardentes ou dans des chaudières d'huile bouillante ; on les étendait sur des grils enflammés, on leur mettait des casques tout rouges de feu sur la tête, on leur faisait ava= ler du plomb fondu; mais ils sortaient de ces supplices aussi sains qu'ils étaient auparavant : cet élément, tout furieux qu’il est, ayant respecté leurs membres et n’ayant osé les brûler. Combien de fois les lions, les tigres, les ours et autres bêtes féroces, auxquels on les avait exposés, se sont-ils couchés à leurs pieds avec la douceur des agneaux, pour les leur lécher et; témoigner par ce devoir qu’ils honoraient en eux le souverain Seigneur de toutes choses qui les avait créés ? Combien de fois les bourreaux ont-ils. perdu la vue ou la force des bras, ou la vie même, afin de ne les pouvoir plus frapper ? Combien de fois, au milieu de leurs plus grands tourments, ont-ils fait des miracles de charité et de miséricorde en faveur de ceux qui les persécutaient : comme de les guérir des maux qu'ils s'étaient attirés par leur cruauté, de les préserver d’une mort prochaine, et même de les ressusciter? Combien de fois des Anges et des Saints sont-ils descendus du ciel pourles consoler dans leurs peines, pour les fortifier contre l’ennui et le découragement, et pour les guérir de leurs blessures ? D'ailleurs, quelles consolations célestes ne recevaient-ils pas dans la plus grande violence de leurs tortures ? Ces consolations étaient quelquefois si grandes qu’ils nesentaient ni le fouet, nile ” ., ni le feu, ni les autres instruments que l’on employait pour les per.écu -r, et qu'ils avaient déjà dans leur martyre un avant-goût des délices qui les attendaient dans l’autre vie. Il serait trop long derapporter ici les faveurs signalées de Dieu envers les autres Saints; les voies”

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‘6 éxtréordinaires par lesquelles il les a conduits ; les moyens qu’il a pris pour Jes sanctifer et ensuite pour les rendre lustres et glorieux dans le monde: j Jes miracles qu'il a opérés par leurs mains, et les honneurs qu’il leur a fait rendre; en récompense de celui qu'ils avaient eux-mêmes procuré à sa divine Majesté, pendant qu'ils étaient sur la terre : c'est ce que l’on a pu voir dans la lecture de leur vie, et qui a sans doute donné sujet de dire vec le Roi-Prophète : « Seigneur, vous honorez et vous faites honorer vos 5 amis jusqu’à l'excès ».

Secondement, on y reconnaît l’industrie admirable de la divine Provi- …dence pour procurer le salut des hommes, et pour tirer les infidèles et les ……pécheurs de l’état d’aveuglement où leur malice les avait plongés. En effet, quelles conversions n’ont pas faites les souffrances et le massacre des Marrs! On égorgeait un chrétien, et mille autres ouvraient les yeux à la lu- — mière de l'Evangile et embrassaient le Christianisme. Le sang des Martyrs élait comme une semence jetée en terre, qui rendait beaucoup plus que le centuple ; et les cruautés que l’on exerçait sur eux, bien loin de décourager les spectateurs et de leur donner de l'horreur et de l'éloignement pour notre religion, étaient ce qui les animait le plus à quitter l’idolâtrie et à se faire les disciples de Jésus-Curisr crucifié. C'est par ce moyen et non par l’éloquence des orateurs, ni par la puissance des armes, que la foi s’est établie et répandue par toute la terre, afin qu'on connût évidemment que cette

œuvre était de Dieu, et que la nature n’y avait point de part. Mais qu’y a-t-il ñ encore de plus surprenant que les moyens différents dont Dieu s’est servi

pour conduire ce nombre infini de saints Confesseurs à l’état de perfection d oùilles demandait ? Quelles austérités et quelles mortifications ne leur a-t-il pis inspirées ? Par quelles croix, par quelles tribulations ne les a-{-il pas fait passer ? Dans quelles humiliations ne les a-t-il pas laissés une grande partie dc leurvie, pour faire mourir en eux le sentiment du vieil homme et y

à former les inclinations de l’homme nouveau ? Peut-on voir sans étonnement qu'il se soit servi des opprobres pour les faire arriver à la gloire ; qu'il ait employé les persécutions et lesrebuts pour les rendre utiles à tout le monde ; —etque, pour les faire vivre dans l'éternité, il ait voulu que leur vie fût une — mort continuelle et un sacrifice de tout ce que la nature recherche et qui … peut être agréable à la chair et aux sens? C’est donc dans l’histoire des ” Saints que paraît avec éclat l’éminence de la sagesse de Dieu, qui nous dit par la bouche d’Isaïe : « Ses voies ne sont pas les nôtres, et ses desseins sont aussi éloignés de nos vues et de nos raisonnements, que le ciel est SL élevé au- dessus de la terre ».

En troisième lieu, on y voit à découvert la force, l'efficacité des souf- —frances et du sang de Jésus-Cnrisr. Car où pourrait- -elle paraître avec plus degloire que dans la constance inébranlable des Martyrs et des Confesseurs ? es premiers ont été attaqués avec tant de force, qu’il semblait que nulle issance n’y pût résister. L'enfer et le monde étaient déchaînés contre x. On leur enlevait leurs biens, on leur arrachait leurs femmes et leurs fants, on les jetait dans les prisons, on leur tenaillait les membres, on employait contre eux tout ce que la malice des hommes et des démons pou- “vait inventer de plus douloureux; mais, bien loin de se plaindre, ils ne faisaient autre chose que bénir Dieu, donner des louanges à sa divine Majesté,

rir à son service; et la grâce agissait si puissamment dans leurs âmes, Vils trouvaient plus de plaisir à souffrir que les hommt au siècle n'en

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