‹ Les petits bourgeois (volume 2)Chapitre 15 sur 31 · NS TRES HE “À · texte numérisé non relu

NS TRES HE “À

au contraire, c’est un ami monté avec moi pour me prêter

main-forte.

En même temps, se retournant vers Cérizet :

— Je pense, mon cher, lui dit-il à voix basse, que nous ferons bien de remettre l’entretien que je désire avoir avec vous. Demain, à dix heures, chez M. du Portail, la maison mitoyenne à celle-ci. Après ce qui s’est passé ce soir, il y aurait pour vous, je dois vous en prévenir, quelque inconvénient à ne pas accepter cette conférence; je vous retrouverais immanquablement, car j’ai l'honneur de savoir qui vous êtes; c’est vous que, pendant longtemps, les journaux de l’opposition avaient accoutumé d'appeler « le courageux Cérizet ».

Malgré la profonde ironie de ce souvenir, entrevoyant qu’il ne serait pas traité plus rigoureusement que madame Cardinal, Cérizet se trouva trop heureux de ce dénoûment,

et, après avoir promis d’être exact au rendez-vous, il.

s’empressa de s’esquiver.

Le lendemain, Cérizet ne faillit pas à se trouver au rendez-vous qui lui avait été intimé.

Préalablement reconnu à travers un guichet, en déclinant son nom, il eut accès dans la maison et se vit immédiatement introduit dans le cabinet de du Portail, qu'il trouva occupé à écrire.

Sans se lever, et faisant signe à son hôte de prendre

un siége, le petit vieillard continua une lettre commen-…

cée. Après l'avoir fermée à la cire avec un soin et une per-

fection du cachet qui pouvaient faire supposer ou une na=

ture extrêmement proprette et méticuleuse, ou un homme ayant exercé des fonctions diplomatiques, du Portail sonna

Bruno, son valet de chambre, et dit en lui remettant la Jettre : |

— Chez M, le juge de paix de l'arrondissement,

Ensuite il essuya avec soin la plume de fer dont il venait de se servir, remit symétriquement en place tous les objets dérangés sur son bureau; ce fut seulement quand tout ce tracas petit-ménager fut terminé qu’il se tourna vers Cérizet et lui dit :

— Vous savez que nous avons perdu cette nuit ce HAE M. Toupillier?

— Non vraiment, dit Gérizet en prenant l'air le plus sympathique qu’il put se procurer; vous m'en donnez, monsieur, la première nouvelle.

— Vous auriez pu au moins vous en douter; quand on fait prendre à un moribond un immense bol de vin chaud qui encore a dû être narcotisé, car, pour en avoir bu un simple verre, la femme Perrache est restée pendant toute la nuit livrée à un sommeil presque léthargique, évidemment on s’est arrangé pour précipiter la catastrophe.

— J'ignore, monsieur, dit Cérizet avec dignité, ce que madame Cardinal a pu donner à son oncle. J'ai sans doute commis la légèreté d'assister cette femme dans les soins conservaioires qu’elle avait cru devoir donner à une succession sur laquelle elle m'avait fait entendre qu’elle avait des droits acquis; mais avoir attenté à la vie de ce vieillard, j’en suis incapable, et jamais rien de pareil n’a pu entrer dans ma pensée,

— C'est vous qui m'avez écrit cette lettre? dit brusquemens du Portail en prenant sous une boule de verre de psohême un papier qu’il présenta à son interlocuteur.

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— Cette lettre? répondit Gérizet avec l'hésitation d’un homme qui ne sait s’il doit mentir ou avouer.

— Je suis sûr de ce que je dis, reprit du Portail, J'ai la manie des autographes; j'en possède un de vous, re: cueilli à l’époque où l’opposition vous avait constitué à l’état glorieux de martyr; j'ai comparé les écritures, et c'est bien vous qui hier, par le mot que voici, m'avez avisé des embarras d'argent auxquels le jeune la Peyrade ést en ce moment livré. |

— Sachant, dit alors l’homme de la rue des Poules, que vous aviez recueilli chez vous une demoiselle de la Peyrade, laquelle doit être la cousine de Théodose, j'ai cru deviner en vous ce protecteur inconnu dont, en plus

d’une occasion, mon ami a reçu l'assistance la plus gènéreuse ; comme j'ai pour ce pauvre garçon une vive affection, dans son intérêt je m'étais permis.

— Vous avez bien fait, interrompit du Portail, Je suis enchanté d'être tombé sur un ami de la Peyrade. Je ne dois pas même vous cacher qu'hier soir c’est surtout cette qualité qui vous a protégé. Mais que signifient ces vingtcinq mille francs de lettres de change? Il est donc mal dans ses affaires, notre ami? Il mène donc une vie dissipée?

— Au contraire, repartit Cérizet, c’est un puritain. Lancé dans la haute dévotion, il n’a pas voulu, comme avocat, d'autre clientèle que celle des pauvres. Il est, d’ailleurs, sur le point de se marier richement.

— Ah! il se marie : et qui épouse-t-il?

— 1 serait question pour lui d’une demoiselle Colle-

ville, fille du secrétaire de la mairie du douzième, Par elle-même, cette fille n’a aucune fortune, mais un M. Thuil-

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