II
î:78 SCÈKES de la vie PlIUSIENNE.
Flavie avait repris le sang-froid qui l'avait un instant quittée, et, sans répondre à l'insinuation , elle se contenta de hausser les épaules.
A ce moment, Thuillier reparut; son air de béatitude l'avait abandonné.
— Ma chère Brigitte, dit-il à sa sœur, tu es bien le cœur le plus excellent; mais, par intervalles aussi, tu es d'une violence!.,.
— Tiens! s'écria la vieille fille , je m'en vais aussi avoir à répondre de ce côté.
— Certainement, je ne te reproche nen dans le fond, et je viens de tancer Céleste d'importance; mais il y a des formes qu'il faut savoir garder.
— Qu'est-ce que tu me chantes, avec tes formes? où sont-elles donc, ces formes auxquelles j'aurais manqué?
— Ah! ma chère amie, lever la main sur sa sœur!
— Moi, j'ai levé la main sur cette pécore? Ah bien, eu voilà une bonne!
— Et puis, continua Thuillier, on ne met pas en prison, une femme de l'âge de Céleste.
— Votre femme, je l'ai mise en prison?
— Tu ne diras pas non, j'ai trouvé la porte de sa chambre fermée à double tour.
— Parbleu! parce que, dans ma colère des infamies qu'elle vomissait contre moi, j'aurai tourné la clef sans le vouloir.
— Allons! allons ! dit Thuillier, ce ne sont pas des procédés pour des gens de notre classe.
— Ainsi, c'est moi maintenant qui ai eu tort? Eh bien, mon petit, tu te souviendras du jour d'aujourd'hui, et
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nous verrons comment ira ton ménage quand je ne m'en luôlerai plus.
— Tu l'on mêleras toujours, dit Tlniillier, c'est ta vie que le ménage, lu serais la première attrapée.
— C'est ce que nous verrons, dit Brigitte. Après vingt ans de dévouement , être traitée comme la dernière des derriières!
Et, s'élançant vers la porte qu'elle ferma sur elle avec violence, la vieille fille quitta rappartemcnt. Thuillier ne s'émut pas autrement de cette sortie.
— Est-ce que vous étiez là, Flavie, dit-il, quand a eu lieu la scène?
— Non. cela se passait dans la chambre de Céleste. Elle l'a donc un peu rudoyée?
— Ce que j'ai dit : lever la main sur elle ei la mettre enp'.'nitence comme une petite fille... Céleste a beau être une lumme un peu endormie, il y a des bornes qu'on ne doit pas passer.
— Klle n'est pas toujours commode, dit Flavie, cette bonne Brigitte; nous venons aussi, tout à l'heure, d'avoir une petite castilie.
— Enfin, dit Thuillier, tout ça s'apaisera. Je vous disais donc, ma chère Flavie, que nous avions eu ce matin le plus beau succès : le National répète en entier deux paragraphes d'un article où il y ajustement plusieurs phrases de moi.
Thuillier fut encore interrompu dans le récit de sa bonne fortune politique et littéraire.
— Monsieur, dit en entrant Joséphine la cuisinière, peut-il me dire où est la clef de la grande malle?
— Pour quoi faire? demanda Thuiilier.
— Pour mademoiselle , qui m'a dit de la porter dans sa chambre.
— Qu'est-ce qu'elle en a besoin?
— Mademoiselle va sans doute faire un voyage : tout son linge est déjà sorti de la commode, et elle est en traia de plier ses robes comme quand on veut les emballer.
— Une autre folie maintenant! dit Thuiilier. Allez donc voir, Flavie, quel est le coup de tête qu'elle médite.
— Ma foi, non! dit madame Colleville, allez-y vousmême : dans son état d'exaspération, elle est capable de me battre.
— Aussi ma stupide femme, s'écria Thuiilier, avait bien besoin de lever ce lièvre du contrat! Il faut véritablement qu'elle ait dit des choses bien piquantes, pour que Brigitte soit ainsi sortie de ses gonds.
— Monsieur ne me dit pas toujours où est la clef? fit Joséphine en insistant.
— Je n'en sais rien! répondit Thuiilier avec humeur; cherchez-la, ou bien dites-lui qu'elle est perdue.
— Ah! oui, dit Joséphine, c'est moi qui me charge de lui dire ça.
Ace moment retentit la sonnette de la porte extérieure.
— C'est sans doute la Peyrade, dit Thuiilier avec satisfaction.
Le Provençal, en effet, parut un moment après.
— Ma foi, mon ami, dit Thuiilier, il était temps que tu arrivasses, car la maison, à cause de toi, est en révolution, et il faut qu'avec ta parole dorée tu taches de nous ramener le calme et la paix.
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Et il raconta à l'avocat la cause et les circoosiances de la guerre civile qui venait d'éclater.
S'adressant alors à madame CoUeville :
— Aux termes où nous eu sommes, dit Théodose, je puis, je pense, sans inconvenance, demander à avoir avec mademoiselle Céleste un entretien de quelques instants?
Là encore, le Provençal faisait montre de son habileté accoutumée : il comprenait que, dans la mission de pacification qu'on lui donnait, Céleste CoUeville était le nœud de la situation.
— Je vais l'envoyer chercher, dit Flavie, et nous vous laisserons seul avec elle.
— Mon cher Thuillier, dit la Peyrade, vous allez, sans violence et en quelques mots, mettre mademoiselle Céleste en demeure de donner son consentement, de manière à lui faire croire que c'est dans ce but que vous l'avez appelée. Après cela, je vous congédierai et je me charge du reste.
Le domestique fut envoyé à l'entre-sol, chez madame CoUeville, avec ordre de dire à Céleste que son parrain voulait lui parler.
Une espèce d'office où, au milieu du tracas ménager de Brigitte, avait commencé la situation qui suit son cours, n'était pas un lieu convenable pour l'entretien demandé par la Peyrade; on passa donc au salon en attendant Céleste. Aussitôt qu'elle parut, pour se conformer au programme qui venait d'être arrêté :
— Mon enfant, lui dit Thuillier, ta mère nous apprend des choses qui m'étonnent : serait-il vrai, quand ton contrat aurait dû être signé hier, que tu ne sois pas encore
décidée au Tnariage que nous avons arrangé pour loi?
— Mon parrain, répondit Céleste, un peu surprise de la brusquerie de rinlerpellaiion, il ne me semble pas que j'aie dit cela à -maman.
— Est-ce que tantôt, dit Flavie, vous ne me faisiez pas l'éloge le p'us exalté de M. Félix Pheilion?
— J'ai parlé de M. Pheilion comme tout le monde en parle.
— Voyons! dit Thuillier avec autorité, il ne s'agit pas d'équivo({uer : rcfuses-tu, oui ou non, d'épouser M. de la Peyrade ?
— Eon ami, dit le Provençal en intervenant, tu as une manière brusque et carrée de poser les questions, qui, moi présent surtout, ne me paraît pas fort à sa place : en ma qualité de principal intéressé, veux-tu me permettre d'avoir avec mademoiselle une explication, qui, en effet, peut être devenue nécessaire? Celte grâce ne me sera pas refusée par madame Colleville ; dans la position qui est la mienne, ma prétention, je pense, n'a rien qui puisse inquiéter sa prudence maternelle.
-— Je me prêterais volontiers à votre désir, répondit Flavie, si je n'avais peur que toutes ces façons n'aient l'air de remettre en question ce qui est irrévocablement décidé.
— Moi, chère madame, au contraire, j'ai le plus grand désir que jusqu'au dernier moment mademoisell'j Céleste reste en possession de sa liberté tout entière. Veuillez donc, comme nous disons au Palais, appointer ma requête.
— Soit! dit madame Colleville; vous vous croyez bien habile; mais, si vous vous laissez entortiller par cette p.e-
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lite fillo, tant }iis pour vous! — Venez-vous, Thuillier, ajouta- t-olle, puisque nous sommes de trop ici? Aussilôl que les deux prétendus furent seuls : ,
— Mademoiselle, dit la Peyrade en a] prochant un fauteuil pour Ccleste et en prenant pour lui-même un siège, vous me rendrez, j'ose le croire, cette justice que, jusqu'à ce jour, je ne vous ai pas fatiguée de l'expression de mes sentiments. Je connaissais votre enlraînenicnl de cœur et en même temps les répulsions de votre conscience; j'espérais, à la longue, en me faisant bien peiit, finir par passer entre ces deux courants contraires; mais, au point où nous en sommes, je ne crois être ni indiscret ni impatient en vous suppliant de me faire connaître le parti auquel vous vous êtes arrêtée.
— Mon Dieu! monsieur, répondit Céleste, puisque vous y mettez tant de bonté et de franchise, je vous dirai, ce que vous savez déjà, qu'élevée avec M. Félix Phellion, le connaissant depuis bien plus longtemps que vous, l'idée du maiiage, toujours si inquiétante pour une jeune Qlle, m'effi ayait moins de son côté que de tout autre.
— A une époque pourtant, fit remarquer Théodose, vous fûtes autorisée à arrêter sur lui votre choix...
— Sans doute, mais dans ce temps-là il y avait entre nous la difTiculté des idées religieuses.
— El aujourd'hui cette difficulté a disparu?
— A peu près, dit Céleste, Je suis dans l'usage de subordonner mon opinion à celle des personnes plus instruites et plus éclairées que moi, et vous-même, monsieur, avez entendu hier la manière dont s'est exprimé M. l'abbé Gondrin.
— A Dieu ne plaise, repartit le Provençal, que je me permette d'infirmer l'arrêt d'un juge si éminenti Cependant, j'oserai vous faire remarquer que, parmi MM. les membres du clergé, il y a des nuances : quelques-uns passent pour trop sévères, quelques autres pour trop indulgents, M. l'abbé Gondrin est plutôt un prédicateur qu'un casuiste...
— Mais M. Félix, dit vivement Céleste, paraît bien vouloir donner raison aux espérances de M. le vicaire, car je sais que ce matin il s'est présenté chez lui,
— Alors, dit la Peyrade avec une pointe d'ironie, il serait décidément allé voir le père Anselme? Mais, en admettant que, du côLé des principes religieux, M. Phellion soit prochainement en mesure de vous donner toute espèce de satisfaction, avez-vous pensé, mademoiselle, au grand événement qui venait de s'accomplir dans sa vie?
— Sans doute, et ce n'est pas là, il me semble, une raison de lui vouloir plus de mal.
— Non, mais c'est une raison pour que lui-même il se veuille plus de bien. A cette modestie, à cette humilité qui était l'un des plus grands charmes de son caractère, j'ai peur pour vous qu'il ne substitue une confiance, une satisfaction intime qui, en développant chez lui beaucoup de ^personnalité, pourrait arriver à altérer et à tarir la source des sentiments affectueux; et puis vous ne pouvez guère vous le dissimuler, mademoiselle, qui a découvert un monde veut en découvrir deux : vous voyez-vous en rivalité avec tout le firmament?
— Vous plaidez votre cause avec beaucoup d'esprit, dit Céleste eu souriant, et, comme avocat, je vous crois un
mari aussi inquiétant que M. Piielliun comme astronome.
— Mademoiselle, reprit le Provençal, pour parler plus >érieuseinent, je vous crois ie coeur admirablement bien placé et capable des plus grandes délicatesses : eh bien, savez-vous ce qui arrive à M. Pliellion? Il n'a rien perdu a sou dévouement pour sou vieux professeur ; sa pieuse fraude est aujourd'hui connue; sa découverte lui est restituée, et, si j'en crois M. Minard, que j'ai rencontré il n'y a qu'un moment, il va être nommé immédiatement chevalier de la Légion d'honneur et très-prochainement membre de l'Académie des sciences. Moi, si j'étais femme, je serais fâchée, je vous l'avoue, qu'au moment précis où je voudrais recevoir un homme en grâce, une pareille avalanche de bonheur vînt fondre tout à coup sur lui; j'aurais peur que le public ne m'accusât de pratiquer le culte du soleil levant.
— Oh! monsieur! dit vivement Céleste, vous ne me croyez pas capable d'une pareille bassesse de sentiments.
— Moi, non, dit le Provençal, j'aflQrmais tout à l'heure précisément le contraire; mais le monde est si téméraire, si injuste, et en même temps si entier dans ses jugements!
Voyant qu'il avait jeté de l'inquiétude dans l'esprit de la jeune fille, qui ne répondit rien :
— Maintenant, continua la Peyrade, pour vous parler d'un côté beaucoup plus grave de votre situation, de quelque chose qui n'est plus un fait purement personnel, se passant, si l'on peut ainsi parler, entre vous et vous, sa-
vez-vous qu'en ce moment, dans cetfe maison, sans le vouloir, vous êtes la cause des scènes les plus désolantes et les plus regrettables?
— Moi, monsieur? dit Céleste avec une surprise mêlée d' effroi.
— Oui: de votre marraine, par l'extrême affection qu'elle vous porte, vous avez fait une femme toute nouvelle. Pour la première fois de sa vie, elle a une pensée à elle. Voulant avec cette énergie de volonté qui s'explique quand on n'en a jamais beaucoup dépensé, elle déclare qu'elle n'interviendra à votre contrat pour aucune espèce de libéralité, et je n'ai pas besoin de vous dire à quelle adresse va cette rigueur inattendue.
— Mais, monsieur, je vous supplie de croire que je suis tout à fait étrangère à cette idée de ma marraine.
— Je le sais de reste, dit la Peyrade, et ce ne serait là d'ailleurs qu'un petit malheur, si mademoiselle Brigitte n'avait pris pour une insulte cette attitude de sa bellesœur, qu'elle avait toujours trouvée souple et facile à ses impulsions. Des explications fâcheuses jusqu'à la violence ont eu lieu. Placé entre le marteau et l'enclume, Thuillier n'a rien pu empêcher; sans le vouloir, au contraire, il a plutôt envenimé les choses, et elles sont aiTivées à ce point, que si, en ce mouient, vous pouviez, sans encourir quelque terrible mouvement de colère, vous rendre dans la chambre de mademoiselle Thuillier, vous la trouveriez occupée à faire ses malles pour quitter la maison!
— Monsieur, que me dites-vous là! s'écria Céleste avec épouvante.
— La vérité , et vous pouvez vous faire confirmer le
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fait par les domestiques, car je sens que mes révélations sont à peine croyables.
— Mais c'est impossible! reprit la pauvre enfant, dont l'agitation s'accroissait à chaque parole de l'adroit Proven- (^al, j(i ne puis être la cause de si grands malheurs.
— C'est-à-dire que vous ne le voulez pas, car, pour produit, le mal l'est déjà, et fasse le Ciel que ce ne soit pas d'une fac^on irrémédiable!
— Mais que faut-il faire, mon Dieu? dit Céleste en se tordant les mains.
— Vous sacrifier, mademoiselle, vous répondrais-je sans hésiter, si, dans la circonstance, le rôle à la fois enviable et douloureux de victimaire ne m'était pas réservé.
— Monsieur, dit Céleste, vous interprétez très-mal la résistance que j'ai pu faire et qui à peine a été exprimée; j'ai pu avoir une préférence , mais je ne me suis jamais considérée comme une victime; ce qu'il faut faire pour ramener le calme dans cette maison que j'ai troublée, je le ferai sans répugnance, volontiers même.
— Ce serait pour moi, répondit la Peyrade avec une humilité hypocrite, bien au delà de ce que je puis prétendre; mais, pour le résultat que nous cherchons ensemble, dans l'apparence au moins il faudrait, je dois vous le dire, quelque chose au delà. Madame Thuillier n'est pas sortie de son caractère pour y rentrer aussitôt, rien que sur la laution de votre résignation; ceci dans ma bouche est .-nerveilleux de ridicule, mais la situation l'exige, et il fauilrait que, de votre part, votre marraine piît croire' à un mauvais goût insigne, vous donnant pour le succès de ma recherche un empressement assurément bien peu vrai-
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semblable, et qui, cependant, serait assez bien joué pour lui faire illusion.
, — Soit, dit Céleste, je saurai me montrer riante et heureuse. Ma marraine, monsieur, pour moi, c'est une autre mère, et, pour une mère, que n'accepterait-on pas?
La position était telle, et Céleste étalait si naïvement la profondeur en même temps que l'absolue détermination de son sacrifice, qu'avec un peu de cœur la Peyrade eût été dégoûté de son rôle; mais Céleste, pour lui, c'était un marchepied ; et , pourvu que l'échelle vous porte et vous hausse, qui s'est jamais avisé de regarder si elle y mettait ou non de l'enthousiasme ? Il fut donc décidé que Céleste irait trouver sa marraine, qu'elle la convaincrait de la méprise où elle était tombée relativement à un sentiment de répulsion dont jamais la Peyrade n'avait été l'objet. L'opposition de madame Thuillier neutralisée, tout devenait facile; l'avocat se chargeait de faire la paix entre les deux belles-sœurs, et l'on pense bien que les phrases ne lui manquèrent pas pour faire entrevoir à la naïve enfant un avenir où, à force de dévouement et d'amour, il lui ôterait tout regret de la nécessité morale qu'elle aurait subie.
Quand Céleste aborda sa marraine, elle ne trouva pas à la convaincre toute la difficulté qu'elle aurait cru. Pour aller jusqu'où elle avait été dans sa rébellion, il avait fallu à la pauvre femme, qui procédait à rencontre de tous sel instincts et de tout son tempérament, une tension de vo< lonté presque surhumaine. Au moment où elle reçut les fausses confidences de sa filleule bien-aimée, la réaction se faisait, et, pour continuer dans la voie où elle était enga-
gée, il est à croire que la force lui eût manqué. Elle se laissa donc assez facilement être dupe de la comédie qui se jouait au bénéfice du Provençal. Une fois la tempête calmée de ce côté, la Pcyrade n'eut pas de peine à faire comprendre à Brigitte que, dans la répression de l'émeule faite contre son autorité, elle avait été un peu plus loin qu'il ne convenait; cette autorité cessant d'être en question, Brigitte n'en voulut plus à sa belle-sœur de ce qu'elle avait été sur le point de la battre, et, au moyen de quelques bonnes paroles et d'une embrassade, la pauvre Céleste payant tous les frais de la guerre, le différend fut arrangé.
Après le dîner, qui eut lieu en famille, le notaire chez lequel on devait se rendre le lendemain sans cérémonie, car il n'était pas possible de donner une nouvelle édition de la soirée avortée, se fit annoncer chez mademoiselle Thuillier. L'officier ministériel venait soumettre aux parties intéressées le projet du contrat avant d'en faire faire l'expédition. Cette attention n'avait rien que d'explicable chez un homme qui entrait en relation avec un personnage de l'importance de Thuillier, et qui devait ne rien négliger pour l'enrégimenter solidement dans sa clientèle.
La Peyrade était trop habile pour faire sur le projet dont il fut donné lecture aucune espèce d'observations. A quelques changements demandés par Brigitte , et qui donnèrent au notaire une haute idée de la capacité de la vieille fille pour les affaires, il fut bien facile au Provençal de remarquer qu'on prenait contre lui un peu plus de précautions que la bienséance ne le comportait, mais il ne voulut pas soulever de difficultés; il savait qu'un con-