LES PF.TITS BOUUGKOIS
rail onlre les mains de deux ou Irois personnes! Non, j'ai ajjsolumenl besoin de La Peyrade; il le sent, el nous fait ses coïuli lions. Mais, en résumé, nous lui avions promis Céleste, et ce n'est qu'une avance d'un an tout au plus; que dis-je? une avance de quelques mois, de quelques semaines; peut être le roi vous casse une chambre au moment où personne ne s'y attend.
— Mais si Céleste ne voulait pas de lui ? objecta Brigitte.
MO Li:s pi:Trrs dourgroïs
— Céh^sle! Céleste! répond il Tliuiilier, il faudra !>ien (juNdle fasse ce que l'on vjiulra. D'ailleurs on devait penser à cela quand on a pris l'enj^agcmenl avec La Peyraile. car enfin il y a une parole doîiiîée ; d'ailleurs, puisqu'on peroiel à celle pelile fille de choisir entre lui et Pheilion!
— De manière, répondil la seej)lique mademoiselle Tliuiilier, que si Céleste se prononçiil en laveur de Félix, lu croirais, loi, encore au dévoûmenl de La Pevrade?
LKS TETlTi? BOUlUiKOIS 117
— Que veux-lu que j'y fasse? Ce sont là ses coudilioiis. D'ailleurs le conipère a loul calculé, il sait bien que jamais Félix ne se décidera à apporter à Céleste un billet de confession, et que sans cela la polile masque ne l'acceptera jamais pour mari. Le jeu de La Pevrade tst donc très lial)ile.
— Trop habile, dil Brigillr; du reste, arranges ça comme lu voudras, moi, je ne m'en mêle pas, toutes ces finesscries- 1;> n sont pas de mon goût.
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Thuilîier vit iTiaùame Culliville el lui intima d'avoir à prévenir Céleste des projets que l'on avait sur elle.
Céleste n'avait jamais été autorisée officiellement dans ses scnliu.ems pour Félix Phellion.
Flavie, au conlraire. à une autre époque, lui avait expressément défendu de donner au je; ne professeur auc;:ne espérance, mais com.me du côté de madame Thuilîier, sa marraine, qui seule
LtS l'I.TlTS liUUUGEOIS 119
recevait ses confidences, elle se sentait assez soutenue dans sou inclination, elle se laissait aller doucement à sa pente, sans beaucoup se préoccuper des obstacles que pouvait un jour rencontrer son choix.
Lors donc qu'il lui fut ordonné d'avoir à se décider entre Félix et La Peyrade, la naïve enfant fut uniquement frappée d'un des deux lerines de l'altirnative et elle se figura qu'elle faisait un bénéfice notable par cet arrangement qui la ren-
120 IV.S ITTITS BOURGEOIS
dail maîtresse de disposer de sa personne ai[isi que son cœur le lui disait.
Mais La Peyrade ne s'élail pas trompé dans son calcul, quand il avait compte que, d'une part, l'intolérance religieuse de la jpune fille, d'autre part, l'inflexi-" bilité philosophique de Phellion fils, créeraient à leur rapprochement un ol>sacle invincible.
Le soir même du jour où Flavie avait été chargée de communiquer h Céleste
LKS PirriTS BOURGEOIS 121
les volontés souveraines deThuillier, les Phellion vinrent passer la soirée chez Brigitte, et un engagement très vif eut lieu entre les deux jeunes gens.
Mademoiselle Colleville n'aurait pas eu besoin que sa i; ère lui insinuai qu'il serait souverainement inconvenant de faire intervenir comme arguriienl dans sa controverse avec Félix l'approbation conditionnelle donnée à leurs senliments
Céleste avait à la fois trop de délicatesse
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el trop d'ardeur relif,ài'use pour vouloir obtenir la conversion de celui qu'elle aimait d'autre chose que de sa conviclioû.
Leur soirée se passa donc tout entière en débals Ihéologiques, et l'Amour est un si étrange prolée, et il peut prendre tant de tormes imprévues, que, habillé ce jour-là en robe noire el en bonnet carré, il n'avait pas du loul la mauvaise grâce que l'on pourrait imaginer.
Mais Plieliion fils fui , dans cette ren-
LES TETITS UOUKGliOlS 123
coi»lie dont il ignorait la soleiinilé, du dernier des niaienconlreux.
Oulre qu'il ne concéda rien, il prit des airs de discussion légers et ironiques et linit par si bien mellre la pauvre Célesle hors d'elle-nième, qu'elle lui signilia une rupture définitive et lui détendit de reparaître devant elle.
C'était bien lé cas pour un amoureux plus expérimenté que le jeune savant do
revoir Célesle le lendemain ii.éine, car
124 LKS pi:tits DOrUGEOlS
on nVst jamais plus près de s'entendre dans [ps choses de cœur qu'au moment
où l'on vient de se déclarer la nécessité
d'une séparation élcrnolle.
Mais celte loi n'est j)as une rè^He de logarilliîiie, et Félix Pheilion, incapable de la deviner, se crut liés sérieusement et très positivement proscrit; ds; telle sorte (|ue pendant les quinze jours donnés a ia jeune tille pourdélibérer, comme dit le Code ( n matière de succession bénéficiaire, attendu jour à jour et minute
LKS PETITS IJOri\(ir,OIS 12')
h numife par Colesle qui, du rcslo, ne pensail pas plus a La Pe} rade que s'il eûl élé loul à fait élranger dans la question, le déplorable garçon n'eut pas môme ri iée îa plus lointaine de rompre son ban.
HeurensemenI pour ce .sluîtido amoureux veillait une fée bienfaisante, et la veille du jour où Céleste allait avoir à déclarer son choix , voici ce qui se passa.
C'était un dimanche, le jour que les