‹ Les petits bourgeois (les parvenus)Chapitre 12 sur 17 · MC) LES PETITS BOURGEOIS · texte numérisé non relu

MC) LES PETITS BOURGEOIS

TIluillior conlinuaient d'afrecler a leurs réceplions périodiques.

Convaincue que le coulag*^, dit vulgaireinent danse du panier, est la ruine dos fortunes les mieux ('lablies, madame Phellion élail dans l'usago d'aller de sa personne (aire les achats chez ses fournisseurs. De ti'mps immémorial, dans la maison Phellion, le dimanche était jour de pol-ar.-feu; et la femme du grand citoyen, dans ce costume à dessein néglijçé dont s'afTuh'ont les ménas^ères quand

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elles vonl aux provisions, revenait (ont prosaïquement de la Uoucherie, suivie de sa cuisinière, qui perlait dans son panier un magniOque morceau de gîte à la noix.

Déjà deux fois dU' avait sonné à sa porte, et un torril)f(* orai^i^e s'amassait sur la lète du petit doaioslique, qui, par sa lenteur à venir ouvrir, faisait à sa maîtresse une situation beaucoup moins lolérable que celle de Louis XIV, lequel avait seulement failli attendre.

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Dans sa fiévreuse impalience, madame Pliellion venail de donner à la sonneUo une troisième el terrible impulsion.

Qu'on juge de sa confusion el de son émoi quajid, à ce moment, d'un petit coupé venu avec fracas s'at)altre à la porte de sa maison, elle voit descendre une femme, et quand, dans cette visiteuse si intempestive el si matinale, elle

reconnaît 1 élégante comtesse Tornas de

Godollo!

Devenue rouge pourpre, l'infortunée

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l)our£:ooise perdit la IcMe, et, noyée duns ses excuses, elle allHil par quelque gaucherie suprême compliquer sa position, déjà si fausse; heureusement, attiré par

le i)ruit incessant de la soiinette, Phcl-

lion, vêtu d'une rohe de chambre cl coiffé d'une calotte f^rocque, était sorti de son cabinet pour voir ce qui se passait.

Après une phrase qui, par sa pompeuse allure, compensait largement le négligé du costume qu'elle était destinée à excuser, le grand ci («.yen, nvec cette sérénité

qui ne l'abandonnait jamais, offrit galamment la main à l'élrangèro, et, après l'avoir installée au salon :

— Peut-oii, sans indiscrétion, xiit-il, demander à iîiadanie la comtesse ce qui nous procure l'avantage inespéré de sa visite?

— J'ai désiré, repartit la Hongroise, causer avec madame Phellion d'un inté-^ rèl qui doit vivement la préoccuper. Je n'ai pas l'occasion de la voir sans té-

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moins; alors, quoiqu'à peine connue d'ciie, je me suis j/erinisdc venir la relancer jusqu'ici.

— Commonl donc! madame, c'esl un honneur insii^^no pour noire pauvre demeure. Mjis que devienl donc ma(!ame Pliellion? ajoula avec iiupalience le dig^ne homme en se dirij^eanl vers la porle.

— Non, je vous en conjure, dit la comlesse, veuillez ne pas la déranger. Je

133 Li:s PKTiTS noi'[iGEo:s

suis vcniio nialadroilcnicnt tno ji'ior ati

rnillou do ses soins de maison. Brigilte

commciico h 1res bien fiure mon éducation, cl jo sais le respocl (juon doif avoir pour los soucis d'une ménai^ère. D'ailleurs, je no suis pas fort à jdaindrc, j'ai le dédommafîemrnl de voire présence sur laquelle je n'avais pas complé.

AvanJ que Pliellion eût pu ropondre à celle parole oMJf^TJinle, madame Plielliorr parut; un bonnet h riibans avait remplacé le cbapeau do marché et un

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vasic cliâle dérobail les autres insufTisances de la loileUe malinale.

En voyant entrer sa femme, le grand citoyen voulut discrètement se retirer.

— Morïsieur Phellion, (!it la comtesse, vous n'êtes pas de trop pour la conférence que j'ai désirée avec niadaïue : au conirair»^, votre judiciaire excellence ne peul (ju ' 1res ulilerarnl servir à éclairer une question où vous n'êtes pas moins inléressé (juc v<)tre diqne co:nna^ne; il

134 LKS PETlîS BOUIIGLOIS

s'agll (la inariai^e «le luoiJMcur voire

(ih

— Le îi:ariagc de mon Gis! dit nia-

da'iie Pheltion d'urî air d'élonnement, mais je no sache pas que rien de pareil soil en ce nioneiil sur le lapis.

— Le maria..e de monsieur Félix avec Céhsle, reprit lacomlesse, est, je pense, un de vos désirs, sinon un de vos projets ?

— Nous n'avons faii, madame, dil

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Plicllioii aucune espèce de démiirciie extérieure pour cel objet.

— Je ne le sais que trop, repartit la Hongroise, puisqu'au contraire chacun dans Votre famille senible s'étudier à conlrecarror mes efforts; luais enlln ce qui est clair, malgré toute la réserve et, je Iranclierai le mol, malgré toute la maladresse apportée au maniement de celte affaire, cVst que les deux jeunes gens s'aimeiit, c'est qu'ils se trouveront tous deux fort a plaindre s'ils ne sont

13o LES ri;T!Ts lioriuîfois

l'un à l'aulre; et i)art'r a ce désastre, tel esl le but de la démarche h laquelle je me suis décidée ce niatio.

— Nous ne pouvons, madame, dit Phellion, qti'êlre profoiidémeitt touchés de l'inlérêlque vous voulez bien montrer pour le bonheur de notre enfant; mais en vérité cet intérêt...

— A quelque chose de si Inexpl'cable, interrompit vive.! eut la conilrsse, (|u'il vous met un peu en défiance.

— Oh ! niaddine, dil Phellion en s'incliiianl d'un air de respeclucuse dénégation.

-— Mon Dieu! continua In Honiirois^, rcxpticalion de mon pioc'dé est très

siijipto. Jai étudié Céle>le. et dans retle

clièrc naïve enfant j'ai démêlé une valeur

morale qui me ferait vivement re^r^tt. r

de la voir sacrilié;-.

— Il est certain, dit madan e Plicl lion, que Céleste est un an^re de douceur.

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— Quant à monsieur Félix, j'ose m'y intéresser, d'abord parce qu'il est pour nioi le digne fils du plus vertueux des pères...

— Madame, de grâce, dit Phellion en saluant de rechef.

— Mais il se recommande aussi pour moi par celle gaucherie de l'aniour vrai, qui éclate dans toutes se^ actions et dans foutes SCS paroles. Nous autres femmes nous trouvons un chani.e inexpriuiable

a voir !a }>assion suus une forme qui ne nous niniacc ni do (léceplious ni de iné- Cjuiples.

— Mon fils, en ( (Tel, n'csl pas brillant, (lit madame Phelli in avec une pointe' d'aigreur à jKvne saisissable. Ce n'c^t [)as un jeune homme à la mode.

— Mais il a lesquaiilés les plus essentielles, repril la conilesse, et un ihérile qui s'ignuie lui-même, ce (|ui est la dernière eonséeralion de la supériorili'' intellectuelle.

1 lO i-r.s riiTirs î:oUi.Gi:o:s

— En vcrilé, madame, dil Phellion, vous nous (urcoz li'entencJre dos choses!...

— Qui ne sont pas au-delà de la vérité, itUerrompit la comlesse. Une autre raison ([ui m^^ porte encore à me passionner pour le bonheur de ces jeunes gens, c'est que je ne .;.e pnssiontïe d'aucune façori pour celui de nionsieur de La Peyradi'. qui est faux et a\ide. Sur la ruine (le leurs esj)érance>, cet îio:!;me cherche a !)àt!r tout le succès de sa caplalion.

— Il est c rlain. dil Phellioî^ 4"^

i.i:> PETITS nori>,!;r:():s \i\

nioiisioiir de La Pcyiai'u^ a (]ci {ïrofonclciirs If'îK'l rciisos où pénc'lre difficilemcnl la lumière.

— El comme j'ai en le malheur d'avoir |)Oiir mnri, coiiliniia madame (icGodulio, un homme de ce ear;ïe'ère, la pensée seule des iourmenls auxquels Célesle sérail réservée par une associa lion aussi la laie ni'a donné pour le salut de son avenir l'élan de charilé qui peul-être, mainlenani, cesse de vous surprendre.

~ Nous n'avions pas bosoin, madame,

142 LES PETITS ROURGEOIS

(]il Phellion, îles explicalions si concUianlos dont vous venez cViilaminer voire conduile, mais les fautes par Irsquelles nous aurions contrarié vos frrnéreux efforts, j'avoue que pour éviter de les comna^'itre eiicore, il ne me jiaïaî- Irail peut-èlre j)as inutile de nous i("S

faire toiiclier au doigt.

" Combien ya-l-ii de temps, deii'.nnda la comtesse, qu'aueuue personne de voir ■ famille n'a paru diuis la maison Tluiillier?

— Mais, si j'ai I) )nne mé noire, dit Piiollio!}, nous y fuma io dirnaoche qui suivit ic dîner p >ur la planlalion de la crémaillère.

— Ainsi, quinze jours d'absence bien comptés, dit la Hongroise; et vous croyc'z qu'on qumze jours non n'arrive ?

— Si vraimonl . puisque trois glorieuses journées nous oîit suffi, CM 1830, pour renverser \\\w dynaslin parjure et fonder l'ordre de choses qui nous régit.

144 ï.vs PETITS noniGKois

— Vous voyez bien ! dit la comtesse.

FI, dans celte soirée, il ne se passa rien enire Célesle el monsieur voire fils?

— Si vraimeni, répondit Phellion, une explication fort (lésa«^réal)Ie an sujet des opinions religieuses de Félix; car, il faut bien le dire, celte bonne Célesle, qui en loule autre chose est un charmant caraclère, sur le chapitre de la dévotion, se montre quelque peu fanatique.

J'accord:^cela, dit la comtesse, n ais

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