CULTURE DES CÉRÉALES
L’indigène est arrivé à réduire cette culture à sa plus simple expression ; aussi ne récolte— t— il , en moyenne, que 4,000 kilogrammes par charrue. Une charrue représente, dans les terres fortes où la pluie tombe en quantité suffisante, de sept à dix hectares ; dans les régions sèches, sableuses, à terre légère, du Sud, de dix à quinze hectares. La charrue est conduite par un khammès ou fermier au cinquième. Ce fermier reçoit du propriétaire la terre, les semences, le cheptel qui se compose de deux bœufs ou deux chevaux, parfois même de deux petits ânes, et de l’antique charrue romaine qui est arrivée jusqu’à nous presque dans son état primitif. Le fermier doit semer, labourer; il répandra la semence sur la jachère et donnera ensuite un labour de trois à quatre doigts de profondeur pour l’enterrer. Dans certaines régions, il doit sarcler, puis moissonner et dépiquer. On le voit, la part moyenne qui revient au khammès est d’environ 800 kilogrammes de grain, blé ou orge. Cela lui suffit pour vivre une année avec sa famille.
Autour des grands centres de colonisation, quelques indigènes commencent à cultiver les céréales à la mode européenne. Mais ils sont rares encore.
La culture européenne des céréales présente deux systèmes distincts, basés sur des principes absolument différents : le système français et le système andalou.
Le système français, usité dans les provinces de Constantine et d’Alger, consiste à labourer avec des charrues attelées de huit bœufs, chaque année, sans fumure, les champs à une profondeur de 16 à 20 centimètres. Le labour a lieu lorsque les
herbes ont commencé à germer sur la jachère quelques jours après les premières pluies. Le grain est semé sur cet unique labour et enterré au moyen de la herse. Jusqu’à la moisson,
11 ne reçoit plus aucun soin.
On a récolté de cette façon, lorsque les terres étaient neuves, jusqu'à 18 quintaux de blé, 25 quintaux d’orge ou d’avoine à l’hectare. Mais les rendements sont tombés aujourd’hui à 8 ou
12 quintaux. Quelques colons, dans les pays où les terres sont d’un prix élevé, ont essayé de remédier à cette baisse par des fumures ou des cultures alternées. Mais ils ne sont jamais arrivés, même par ce moyen, à atténuer les effets de la sécheresse et à lutter contre les plantes adventives.
Les Espagnols, dans la province d’Oran, ont réagi contre ces deux causes d’insuccès. Tous les colons de cette province les ont aujourd’hui imités. Ils ont fait de la culture des céréales une culture bisannuelle de la façon suivante : au commencement de janvier, ils donnent à la moitié de la terre qu’ils possèdent une première façon, avec quatre bêtes seulement, grâce à son ameublissement antérieur ; au mois de mars un second labour, quelquefois un troisième en juillet, mais alors avec deux bêtes. Cette terre, parfaitement débarrassée de toutes les herbes que deux ou trois labours ont empêchées de germer et de fleurir, est prête pour l’année suivante. D’autre part, la nitrification s’y est opérée activement par la parfaite division que l'humidité y a maintenue. Dès les premières pluies, on peut l’ensemencer. La céréale profite donc de toutes les pluies de l'année agricole, et quelque mauvaise que soit la saison il n'y a jamais de retard à son ensemencement. Avant la Noël, toutes les semailles sont terminées; et, sur la terre où la moisson a été faite en juillet, on peut, dès janvier, commencer à labourer pour l'année sui-
vante ; et îe cycle recommence. C’est ce mode de culture qui a a enrichi la région de Sidi-Bel-Abbès, si réputée pour ses céréales et qui fait actuellement la fortune des colons du département d’Oran.