LA VIGNE
Puisque l’industrie viticole doit être, en Algérie, placée au premier plan, il nous paraît bon, dans l’intérêt même des viticulteurs algériens, de citer les opinions émises par les praticiens les plus remarquables, au cours du grand congrès tenu à Alger en décembre 1897. C’est là une date mémorable dans les fastes de l’agriculture algérienne. Des exposés lumineux faits par les gens du métier, des discussions fécondes auxquelles prirent part les hommes les plus compétents, découle un enseignement, naissent des indications précieuses dont chacun, en ce pays de grande production, peut aisément faire son profit. Le congrès fut présidé par M. Bertrand, que sa haute intelligence, son expérience approfondie et son esprit pratique désignaient tout naturellement au choix de ses collègues pour diriger les débats. C’est à l’honorable président de ces belles et pacifiques assises qu’il appartenait de présenter un rapport sur la viticulture en Algérie. Tout serait à citer dans ce document ; je me bornerai à en résumer les principales parties :
Établissement du vignoble. — En un pays où on doit lutter contre la sécheresse, il faut d’abord choisir un sol perméable dans lequel il sera nécessaire de pratiquer des défoncements qui, dans certains cas, doivent atteindre et même dépasser quatre-vingts centimètres. C’est ainsi que le système radicu-
laire de la plante trouvera dans le sous-sol un développement suffisant.
Les terres à gros rendement, c'est-à-dire fortes et perméables, permettent aux racines de pénétrer dans le sol jusqu'à un mètre et un mètre cinquante de profondeur.
Dans les terrains durs et secs, il importe de creuser entre les rangs de vignes des fossés profonds dans lesquels on enterre des matières qui se transformeront peu à peu en humus, réceptacles parfaits d'humidité.
Des cépages. — Les plants cultivés sont très variables. Il n'y a pas longtemps encore, on plantait un peu sans discernement. Les cépages les plus répandus proviennent du vignoble méridional : ce sont le carignan, le mourvedre ou espar, l'alicante ou grenache, le morastel, l'œillade, le cinsault.
Le petit-bouschet entre pour une certaine part dans la fabrication des vins, qu'il colore fortement.
On retrouve également, dans le vignoble algérien, des plants fins de la Gironde et de la Bourgogne, comme le cabernet, le côt ou malbec, le sauvignon, les pinots, etc., etc., sans oublier les gamays et les muscats .
La clairette, Lugni-blanc, l'aïn-kelb et le farana servent à la fabrication des vins blancs.
De la taille. — La taille est l'opération délicate que l'on ne doit confier qu'à des gens de métier, experts et consciencieux. Les vignes plantées à grands espacements seront presque toujours taillées à longs bois ; les plants plus serrés, généralement à deux yeux. Il n'y a rien d'absolu, tout dépendant du climat, des éléments de culture, de la richesse du sol, de la fumure, etc., etc.
Des piochages et façons. — Scarifiage d’hiver et déchaussage des pieds dans les terrains à pente ou dans les terrains compacts, dont la surface ne laisserait pas bien pénétrer les eaux.
Labour et déchaussage des pieds avant le départ de la végétation.
Après le départ de la végétation et avant la fleur, piochage du fond des raies; rechaussage à la pioche, en terminant le travail avec la charrue.
Scarifiage et piochage rapides après les pluies du printemps.
Scarifiage et piochage d'été, pour détruire les herbes et ameublir le sol. Cette dernière opération est un obstacle à la chaleur du dehors et à l'évaporation du dedans.
De l’ébourgeonnement. — Cette opération très utile consiste à enlever toutes les pousses qui se produisent sur la souche et les bois de taille des années précédentes, et qui, généralement, ne sont pas fructifères.
Des ennemis de la vigne. — Le chiendent et le liseron, qui paraît inofïensif, sont deux ennemis redoutables. On s’en débarrassera par deux labours croisés ou par un bon piochage en été.
Le siroco a quelquefois des effets funestes. L’an dernier, par exemple, du 20 au 25 juillet, il a détruit un bon tiers de la récolte.
Les al lises, par leur développement rapide et les dégâts qu’elles causent, ne sont pas moins redoutables. Il faut détruire ces coléoptères en automne, particulièrement lorsqu’ils cherchent des abris contre la mauvaise saison, et au printemps, lorsqu’ils commencent à envahir les feuilles.
L’oïdium est combattu par le soufre, mélangé à des matières inertes.
L’anthracnose est enrayée, soit par des badigeonnages au sulfate de fer, acidulé à F acide sulfurique, soit encore par des applications de chaux en poudre, additionnée d'une petite quantité de soufre.
Le peronospera est annihilé par les bouillies cupriques.
Des fumures. — C'est là une grave question, très controversée. Bornons-nous à citer l'observation si curieuse de MM. Muntz et Girard, qui établissent qu'une récolte de 125 hectolitres appauvrit le sol de 75 kilogrammes d'azote, de 18 kilogrammes d’acide phosphorique et de 69 kilogrammes de potasse environ. Faut-il, sous forme d’engrais chimiques, restituer ces éléments à la terre? Faut-il employer des fumiers organiques? Bornonsnous à répondre que l’emploi des engrais varie avec la constitution géologique du sol, et qu’une analyse chimique des terres doit être le point de départ des essais tentés par le viticulteur.
Dans les rapports présentés par M. Leroux sur la destruction des altises et sur le traitement préventif des maladies cryptogamiques, le viticulteur trouvera d’excellents conseils et des indications d’une grande utilité.