UN ÉTABLISSEMENT TYPE
1° Considérations générales: le pays; le climat. — Dans 1 énumération et l’étude des productions de notre colonie, nous ne devons pas négliger une des principales richesses de l'Algérie, les eaux thermales et minérales. Dans l’exposé qui précède, nous
avons montré combien ces sources sont nombreuses et combien variées par la thermalité et la composition chimique de leurs eaux.
Sans parler encore du climat tempéré et des sites pittoresques, les effets thérapeutiques de ces eaux suffiraient amplement pour attirer vers nous les malades et les convalescents qui, pendant la période hivernale, recherchent des conditions climatologiques et une cure spéciale appropriées à l’affection dont ils sont atteints.
En effet, pendant la saison froide, tous les grands établissements sont fermés, même dans le midi de la France. Seule, l’Al gérie, qui est si près de la mère-patrie, serait en état d'offrir aux valétudinaires un climat réparateur et des eaux salutaires. Mais encore faut-il que touristes ou malades trouvent une installation et un confort suffisants. Bien que les premiers essais n’aient pas répondu aux espérances que l'on avait conçues, il ne faut pas perdre courage. Les résultats obtenus finiront par compenser de lourds sacrifices.
Hammam-R’irha en est une preuve flagrante. On lira sans doute avec intérêt cette étude rapide sur le plus bel établissement thermal de notre colonie.
Il est vrai que, dans le cas particulier, Hammam-R’ihra, situé dans une belle région, est favorisé par un climat exceptionnel.
Placé dans une région montagneuse à 525 mètres d’altitude, protégé par le sommet de la colline qui s’élève encore à 150 mètres au-dessus du Grand-Hôtel, par Le massif du Zaccar et les collines de Vesoul-Benian, Hammam-R’irha n’est exposé ni à la violence du vent ni aux tourbillons de poussière L’atmosphère n’y est pas saturée d’humidité comme sur le littoral ; les brouillards véhicules de fièvre ne dépassent guère
le lit de l'Oued-el-Hammam. La température, qui s'élève rarement à 35°, ne descend pas au-dessous de 12° ou 13°. L’air y est chargé de senteurs balsamiques, à cause de la proximité des forets de pins.
2° Les thermes dans V antiquité et sous la domination arabe. — Un docteur anglais, M. Lauder Brunton, et M. Victor Waille, professeur à la Faculté des lettres, ont, chacun dans sa spécialité, consacré une étude à cette station. L’un et l’autre inclinent à penser que ces sources étaient utilisées par les Phéniciens ou les Carthaginois, avant l'occupation romaine. On a découvert, en effet, dans la propriété de M. Pezat, un mur formé de blocs énormes et superposés sans ciment. Cette structure mégalithique est un curieux spécimen. Pline ne fait pas mention des Aquæ calida ?. Seul Antonin en détermine l'emplacement à 23,000 pas de Julia Ccesarea (37 kilomètres de Cherchell). A l'abri d'un castellum édifié par les Romains, une ville, à laquelle M. Victor Waille assigne les dimensions suivantes : 1,000 mètres sur 600, ne tarda pas à se développer.
Plus tard, de 303 à 484, quatre évêques s'y succédèrent ; c'est dire son importance. Mais à partir du huitième siècle le silence se fait sur ses ruines. Les géographes arabes en parlent vaguement : El-Bekri l'appelle « une petite ville », Edrisi « un bourg». D'après M. de Grammont, Diégo de Haëdo, dans son Histoire des rois d’Alger, raconte qu'Hammam-R'irha était très fréquenté par les Arabes. L’auteur anglais Shaw fait la description des deux piscines, sans doute des piscines romaines. « L'une était destinée aux Arabes et l'autre réservée aux juifs », dit-il.
Quoi qu'il en soit, les Arabes, dès le début de leur arrivée dans ce pays jusqu'à nos jours, ont toujours fait usage de ces
eaux qu’ils entourent de légendes et pour lesquelles ils continuent à avoir un culte presque religieux. Ils appellent encore ces bains Hammam-Sidna-Sliman, du nom du grand Salomon qui, par sa puissance, entretient le feu souterrain, et qu’ils invoquent en brûlant du benjoin. Ils arrivent le lundi et le mardi, comme s’ils se rendaient à un pèlerinage saint, avec leurs femmes et leurs enfants. Quant au nom de R’irha, il semble venir des Rigas, tribu turbulente qui, en 1870, se révolta plusieurs fois.
3° Premières tentatives faites par i’ autorité militaire. — Après l’occupation de Miliana en 1840, tandis que l’on faisait une route pour relier cette ville à Blida, les médecins militaires découvrirent les eaux thermales et ne tardèrent pas à se convaincre de leur efficacité.
Des gourbis abritèrent les premiers malades, et, quelques années après, l’autorité militaire fit construire un hôpital dans lequel on utilisa les deux piscines romaines.
4° Les travaux de M. Arlès-Dufour et rétablissement moderne. — Le petit hôtel, dit hôtel « Belle- Vue », existait depuis 1877. En 1880, le concessionnaire, M. Arlès-Dufour, à l’énergie et à la foi duquel je me plais à rendre hommage, commença des travaux en vue de l’édification d’un vaste et bel établissement thermal. Sa conception était grandiose. Il consacra à l’exécution de ses projets la plus grande partie de sa fortune. Malheureusement les résultats ne répondirent ni à ses efforts ni à son attente. Quelle que soit l’issue de cette tentative, nous devons voir en M. Arlès-Dufour un initiateur courageux.
5° Améliorations introduites par le Crédit foncier.
le
Crédit foncier d'Algérie, par la force des choses, prit la suite de cette importante affaire. Au lieu d'abandonner l’exploitation de l'établissement à l'initiative privée, cette société puissante, capable, à l'aide de ses capitaux, de faire grand et beau, ne recula pas devant les sacrifices, et dépensa, en innovations et en améliorations, près de 300.000 francs. Sans être complètement terminé, l'établissement tel qu'il est, possède à la fois le luxe et le confort et peut donner satisfaction aux plus exigeants.
Le grand hôtel s'étend en façade au milieu de jardins où la floraison et la frondaison s'épanouissent comme par enchantement. Un escalier donne accès dans un vaste vestibule auquel aboutit à droite et à gauche un long couloir qui dessert les locaux du premier étage : chambres munies d'un élégant mobilier en pitchpin ; vaste salon où l'on peut donner des bals et des concerts ; de l'autre côté, une salle à manger, une salle de jeux, un fumoir complètent l'aménagement de l'aile gauche. L'étage supérieur est occupé par des chambres et des appartements. Il y a en tout une centaine de chambres. La façade opposée est garantie contre les intempéries par une belle galerie vitrée de 100 mètres de long.
Mais la partie la plus intéressante est assurément le sous-sol voûté ou les baigneurs trouvent, à côté des deux belles piscines déjà construites par M. Arlès-Dufour, les appareils d’hydrothérapie nouvellement installés et répondant aux exigences de la thérapeutique la plus compliquée : douches froides et chaudes, douches circulaires ou ascendantes, en jet, en pluie, massages à sec et sous l'eau, cabines, lits de repos et salle d’escrime.
6° L'hôtel Belle-vue, — Cet hôtel, qui date de 1877, a un aménagement plus modeste. Il possède également des salles de bains,
des piscines. De la terrasse où, après le déjeuner, on prend le café, la vue s’étend sur le beau panorama des collines voisines.
L’hôpital militaire, le plus ancien de ces établissements, est placé sous la direction d’un médecin-major. Il reçoit une moyenne de cinquante malades.
7° Les sources : composition chimique, thcrmalitê, effets thérapeutiques. — L’étude importante du docteur E. Renard, médecin principal de lre classe en retraite, attaché à l’établissement thermal.
Il est peu de régions où les points d’émergence soient aussi nombreux qu’à Hammam-R’irha. Ces eaux jaillissent entre 505 et 575 mètres d’altitude. Dans une zone limitée, on compte une vingtaine de sources dont la thermalité varie entre 70° et 42°. Les deux vastes piscines de l’établissement civil, d’une superficie de 50 mètres carrés, sont alimentées par une eau courante. La température de l'une est de 43° et la thermalité de la seconde de 37°.
Toutes ces eaux, d’une limpidité parfaite, ont à peu près la même composition chimique. Elles appartiennent à la variété dite (( sulfatée calcique ». Elles émergent dans un travertin qu’elles ont déposé sur l’helvétien ou directement dans l’helvétien. Les laboratoires de l’hôpital du Dey et du service des mines en ont fait scrupuleusement l’analyse.
Principes acides ou basiques contenus dans un litre